‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 134 sur 205 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mutabilité des lois. — S'il est possible qu'une forme politique persiste, ce ne peut être que grâce à la souplesse de sa constitution et de ses lois, qui doivent être adaptées aux temps^ nouveaux: la Suisse en est une preuve frappante, elle qui dans la période de 1870 à 1879 compta 115 révisions de constitution cantonale et 3 de constitution fédérale, et sut maintenir sa propre unité malgré la grande diversité des races et dea mœurs.

Misoriéisme. — Mais, aucun changement ne peut être introduit brusquement.

Pour que les institutions d'un peuple soient stables, dit Constant, elles doivent être au niveau de ses idées.

L'abolition violente de Tesclavage en Russie, et en Franceet en Allemagne la suppression des anciens États, étaient devenues une nécessité de justice historique; on peut en dire autant de la sécularisation des biens de l'Église, alorsque l'accumulation des biens de mainmorte et les prétentions du clergé à l'exemption des impositions foncières, avaient rendu impossible tout progrès économique et politique. Et cependant, ces réformes ne s'effectuèrent pas sans troubles immédiats, parce qu'on avait méconnu la loi du misonéïsme,. qui n'admet pas l'introduction trop rapide des innovations,, pas même pour le bien.

Drait ad référendum. — Le référendum^ ou appel au peuple, peut montrer # il existe, et à quel degré, une communauté d'idées entre la nation et ses représentants: sans compter qu' on peut le considérer, comme le plus puissant instrument d'éducation pour un peuple libre, parce qu'il 1^ force à étudier les lois auxquelles il doit se soumettre, et lui donne la conscience de la part qu'il a dans la vie politique^ du pays, en lui en faisant sentir toute la responsabilité (1).-

(1) Voyez Brunialti A., La legge e la libertà nello Stato moderno^ parte 1*. Torino, 1888.

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Instruction archaïque. — Pour nous défendre des révolutionnaires d'occasion, qui, quelque déclassés et détraqaés qu' ils soient, ont toujours en vue les réformes réactionnaires ataviques^ nous devons nous dépouiller de ce triste héritage des ancêtres, qu'est la réthorique arcadique.

Celui qui a étudié les événements de 1848 et 89 et le caractère de beaucoup de mattoïdes, aura vu qu'une des grandes causes des révoltes est l'éducation archaïque, qui est w complet contraste avec nos besoins positife ; nous nourrissons les jeunes gens de l'effluve des fleurs au lieu de la nourriture des forts, et nous voulons qu'ils soient robustes. Nous deviendrons ainsi des esthètes, nous ne le nions pas, bien que beaucoup en doutent, mais nous serons incapables de lutter pour la vie moderne.

Malaise économique. — Le seul remède moderne contre nos criminels politiques par occasion, par passion, par imitation ou par nûsère, contre les anarchistes, consiste à remédier au malaise économique des pays, qui est la vraie base d'actioa de l'anarchie.

Nous avons aujourd'hui le fanatisme économique, comme nous avions autrefois le fanatisme politique.

Il est donc urgent que nous ouvrions une issue à ce fanatisme avec les remèdes économiques (v. s.) comme nous en avons ouvert une au fanatisme politique avec la Constitution et le parlementarisme, au fanatisme religieux: avec la liberté des cultes, etc.

Or, nous ne faisons rien de tout cela; nous laissons qtte les taxes, les recrutements, les peines frappent le pauvre, auquel nous ne donnons rien en compensation, sauf des bulles de savon sous les noms de gloire nationale, liberté, égalité, qui, par leur contraste avec la réalité, rendent ses souf&unces encore plus dures.

Institutions pénales — Prisons, etc.

Les moyens préventifs du crime, malheureusement, du moins dans nos race, sont un rêve d'idéaliste; ce monde avocatesque qui nous régit et pour lequel la défense et la punition du criminel sont une source d'honneurs et d'honoraires, a bien autre «hose à faire que de prévenir le crime et substituer les peines presque toujours inutiles et si souvent nuisibles. C'est justement pour cela que nous devons nous arrêter avec soin à ces dernières — et surtout sur la prison qui, devant la vulgarité de nos légistes est la seule défense sociale contre le crime.

Prisons cellulaùes. — Une fois qu'on a décidé d'infliger la prison, la cellule semble tout indiquée; car, si elle n'amende pas le coupable, elle empêche qu'il ne s'enfonce davantage dans le crime et élimine, au moins en partie, la possibilité des associations malfaisantes, en entravant la formation de cette espèce d'opinion pubUque propre aux centres pénitentiaires qui oblige le criminel à ajouter à ses propres vices, les vices de ses camarades: la cellule semble aussi atteindre le plus haut degré de perfectionnement pour les recherches judiciaires, en isolant du monde externe un individu dont on veut découvrir les preuves de culpabilité; de même qu'elle est indispensable poiu* punir les délinquants encore corrigibles qui ont failli pour la première fois et auxquels la honte et les dommages de la connaissance mutuelle ôteraient ensuite

LoaiBROSO — Jil. tf

toute pudeur; elle of&e donc de réels avantages sans donner lieu à de graves dommages au point de vue de la santé des détenus, leur offrant tout au plus une plus grande facilité à accomplir inobservés le suicide (1).

Mais, les avantages de la prison cellulaire se trouvent d'autre part neutralisés par les grandes dépenses qui rendent illusoire son application sur une grande échelle; et surtout parce qu'elle favorise l'inertie du détenu et le transforme en un automate, incapable de lutter pour la vie.

€ Dans r organisation actuelle des prisons, écrivait Gauthier, tout est combiné pour écraser l'individu, anéantir sa pensée et détruire sa volonté. L'uniformité du système qui prétend façonner tous les c sujets » sur le même modèle, la rigueur calculée et la régularité d'une vie monastique, où rien n'est laissé à l'imprévu, l'interdition de n'avoir avec les étran-

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sur 1000

France

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cellulaires

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cellulaires

Belgique (Lovanie) . . .

cellulaires

Hollande

cellulaires

non cellulaires

Norvège

non cellulaires

Lecour, Du suicide et de V aliénation dans les prisons. Paris, 187G ; suivant cet auteur, en Amérique on a : 1 mort sur 49 prisonniers dans les prisons communes ; dans celles, au contraire, à système Aubum, 1 sur 54. En France 1 sur 14 dans les cellulaires. Surrant Alauzet, dans 8 maisons à système Aubum, en Amérique, on aurait eu une moyenne de 1 mort sur 50 avec un minimum de 1 sur 81. A Philadelphie la prison cellulaire donna 1 mort sur 83 ; en Franco 1 sur 39 {Essai sur les peines, 18(53).

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