PREMIERE PARTIE
sent naturelles aux ennemis eiixrmêmes, lesquels en feraient autant, en faveur de leurs clients, s'ils étaient au pouvoir.
« Les juges de paix sont omnipotents, mais très-partiaux et dévoués au parti qui les à fait nommer. Dans la composition des listes électorales ils font comme ils veulent, enlèvent ou ajoutent les noms qui pourraient leur nuire ou être utiles au parti adverse, et cela, en dépit des Cours d'appel et de cassation. Cela est souvent cause de crimes graves. — François Ricci, facteur, avait été effacé des listes, sur Tinstigation de la famille Moracchini. Aux élections municipales, Ricci, furieux de ce qu*il ne pouvait voter, se cacha derrière une haie et blessa d'un coup de fusil un membre de cette famille. Aux reproches qu'on lui faisait, il répondit : « Si je n'avais agi ainsi, on m'aurait pris pour un Lucquois ».
€ Les tours d'adresse sont infinis et variés dans les joui-s d'élections, mais souvent ils tournent au tragique. A Palneca le maire Bartoli renvoya trois fois le scrutin pour attendre le moment favorable; la quatrième fois (28 septembre 1884), ses partisans se renfermèrent avec lui, de bon matin, dans la mairie et s' y fortifièrent ; quand arrivèrent les adversaires, ils no purent entrer. Exaspérés, Us essayèrent de donner l'assaut, mais on les repoussa à coups de fusils : durant toute la journée des coups furent échangés d'ime maison à l'autre, et on eut à déplorer des morts et des blessés. Les adversaires de Bartoli déclarèrent au préfet qu'ils étaient « prêts à mourir plutôt que de vivre en esclavage ».
« Dans toute la France, on constata, en 1885, 42.523 contmventions rurales. La Corse à elle seule en comptait 13.405, presque le tiers ! » (1).
Le progrès de la civilisation, en multipliant à F infini les besoins et les désirs, en facilitant avec l'accroissement de la lichesse, I' excitation des sens, fait affluer dans les Asiles .d'aliénés, les alcooliques et les paralysies générales (2), comme
(1) BouRDK, En Corse, 1887. — Arch. di psych., VIII.
(2) A Bicêtro, en 1818-19 il n'y avait que 9 cas de paralysie générale ; on 1848-49 il y en eut 3i cas.
dans les prisons les criminels contre la propriété et contre les bonnes mœurs. La statistique nous démontre, en effet, que la plupart des crimes de cette nature, commis dans les capitales, par les classes cultivées, sont actuellement en augmentation (1).
Sighele nous démontre de son côté que la criminalité collective moderne affecte aussi les mêmes caractères.
Devant ces deux formes de criminalité collective on se demande : Pourquoi celle des riches est frauduleuse tandis qu'elle est violente chez les pauvres?
La réponse est facile : c'est que les classes supérieures représentent ce qui est vraiment moderne, alors que les classes inférieures représentent encore, dans les sentiments ou dans les pensées, un passé relativement lointain. Il est donc logique et naturel* que les premières soient modernes, évolutives dans leur criminalité collective, et que les secondes restent au contraire encore violentes, pour ne pas dire absolument ataviques.
(1) Crimes conlr« les
personnel} Suicides Vols Lascivité
Prosse 1854 8,9 ^U 0,43 88,41 2,26
(Oettingkn, op, cit.), rr&ncQ de 1831 à 1835 :
Lascivité sur Lascivité sur
adultes enfants Avortenients Infanticides Suicides Vols Homicides
Franco de 1856 à 1860 :
Les vols domestiques et ooux sur la voie publique commis en Corse
sont à ceux de la France comme 0,38 à 1
Les offenses aux conjoints, les empoisonnements . 0,33 à 1
Les viols 0,50 à 1
Aucun parricide, ni banqueroute 0,— à 1
Les extorsions sont comme 3, — à 1
Les pillages sont comme 7,— à 1
Les rapts de jeunes filles 23,—- à 1
"Los homicides 32,-— à 1
(RoBiQUET, Les crimes en Corse, 1862).