‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 160 sur 205 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

lonnes infâmes, arrachaient nez et oreilles (1), écartelaient, noyaient dans T huile et dans l'eau bouillante, distillaient le plomb ardent dans le cou. Mais ils ne réussissaient qu'à multiplier les crimes et à les rendre plus horribles, car, la fréquence et la férocité des supplices endurcissaient l'homme et à l'époque de Eobespierre les enfants s'amusaient à construire de petites guillotines.

Or, que comptez-vous obtenir avec les nombreux adoucissements qu' on a introduits, maintenant que les prisons sont devenues presque des hôtels confortables ?

Et puis, qu'elle est cette justice qui punit un homme, moins pour la faute qu'il a commise, que pour servir d'exemple aux autres?

Il est tellement vrai, d'ailleurs, que le droit de punir, fondé sur le fait, n'a rien en soi d'absolu, que nous le voyons varier d'im juge à l'autre suivant les sympathies et les habitudes. Un juge, habitué à juger de grands criminels dans les Cours d'appel, affirme Breton, infligera des condamnations relativement plus sévères, alors même qu'il s'agit de délits légers ; il distribuera des mois de prison au lieu des jours. Aucuns juges, d'ailleurs, même dans le même pays, ne s'accordent avec précision sur la condamnation même lorsqu' il s' agit d'un crime identique. Est-il possible de croire à un principe éternel, absolu, de justice dans l'humanité, quand nous voyons

(1) La peine de mort fut appliquée eu France jusqu'en l'année 1100 à 1 16 genres de crimes ; les voleurs étaient roués, les assassins pendus; plus tard on infligea à tous le supplice de la roue.

De 1770 à 1780 on roua L. pour un vol de linge ; Gai... pour avoir volé du fromage (Mém, de Sanson).

En 1666 en Auvergne on pendait .... 276 individus » > on décapitait ... 44 »

» > on brisait les membres à 32 >

> > on brûlait .... 3 >

> » on envoyait aux galères 28 »

Dans une seule province on compta plus du double de suppliciés qu'on compte maintenant de condamnés dans toute la France {id.),

tendue justice varier si profondément à peu de ditemps et d'espace; quand nous voyons en Angleterre bigamie et le rapt si diversement de l'Allemagne; ous pas vu, il V a peu d'années encore, condamner e juif qui avait accosté une courtisane catholique,

le catholique qui laissait échapper un blasphème ire, tandis qu'ailleurs, l'infanticide et l'inceste, le rapt lérés ? Ne voyons-nous pas encore aujourd'hui pradroit de grâce et celui de prescription, comme si

d'un roi et le temps pouvaient efEacer ou mitiger ire dépravé d'un criminel, et l'empêcher de récidiver ?

Les peines suivant ranthropologie criminelle — Amendes

Probation System — Asiles d'aliénés Etablissements pour les incorrigibles — Peines de mort.

De toutes les critiques soulevées par les peines, la plus Importante est assurément celle de leur application, depuis surtout que l'œuvre féconde de Ferri, de Garofalo, de Du Hamel, de Viazzi, de Sighele, a non seulement corrigé, mais encore réformé et mis en rapport avec nos idées juridiques ce que la répression avait d'irrationnel. Or, une fois démontré que la peine ne peut plus se concevoir comme une compensation quelconque accordée à la société offensée, ou comme une sorte d' excommunication qu' infligeraient des prêtres laïques en tenant compte de la faute abstraite plus que du coupable, on comprend qu'elle doit changer de caractère et que Ton doit avoir en vue le bien-être de la société plus que la douleur du coupable, le criminel et sa victime plus que son crime; car la crainte que peut inspirer un homme jusqu'alors honnête, qui, tout-à-coup, commet un meurtre pour une question d'honneur ou pour une idée politique, est bie3 différente de celle qu'on doit avoir de l'homme qui couronne une vie chargée de crimes en assassinant dans un but de vol ou de viol : dans le premier cas, la peine est presque inutile, le crime étant par soi-même une punition si grave, qu'on est certain que le coupable ne le renouvellera jamais ; dans le second cas, tout retard, tout adoucissement apporté à l'application de la peine est un péril pour les honnêtes gens.

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C'est ainsi que dans la blessure il est absurde d'établir, mme font les codes, une si grande différenciation, suivant

gravité et la durée de ses effets, surtout depuis que la re antiseptique en accélère si rapidement la guérison ; car

meurtrier ne mesure pas ses coups ; et ce n'est que par pur

sard s'ils ne sont pas mortels.

On doit au contraire observer attentivement dans ces sortes

crimes, si le coupable était un homme honnête et s'il a été avement provoqué : dans ce cas, il entre dans la catégorie s crhninels passionnels ; tandis que lorsque le crime a eu i motif futil, ou lorsqu'il a été prémédité avec des complices, [•squ'il s'agit d'individus habitués au crime, la plus légère 3ssure, la tentative non réussie, elle-même, doit être punie mme les blessures les plus graves, afin d'empêcher les faies récidives. — Dans ces cas, observe justement Pinsero, ne doit pas tenir compte exclusivement de la querelle s parties, qui ne s'intéressant pas à ce qui peut arriver X autres, tandis que l'État doit surtout viser à la sécurité nérale.

Je trouve au contraire très juste de frapper la fraude civile ssi sévèrement que la fraude pénale : il serait absurde de sser impuni celui qui vend à deux personnes en même nps un immeuble appartenant à autrui ou escroque une tre de change qu'il sait de ne pouvoir rembourser, surtout "squ' il est déjà récidiWste et démontre une extraordinaire bilité dans le crime, tandis qu'on réserve toutes les rigueurs

la loi pour le filou de quelques centimes, qui, pour assouvir

faim, se fait servir une soupe qu'il ne peut payer (Pinsero, ypressioiiè pénale e coaxione civile^ I, 1896). « Il est impossible, dit avec raison Ferri, de séparer le crime

criminel, comme il est impossible dans la rédaction d'une

pénale de supposer (ce qu'on fait cependant) un type de minel moyen qu'on ne rencontre jamais, en réalité, dans cun imputé. — Or, que fait le juge ? Devant lui est une lance ; sur un des plateaux il met le crime, sur l'autre la ine ; il hésite, puis il diminue d'un côté, ajoute de l'autre,

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