‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 17 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

<îonter son crime à tous ; le jour suivant il court lire le Petit Journal^ qui racontait son assassinat, puis va se constituer luimême prisonnier.

On reconnut que c'était la lecture des romans judiciaires et des faits divers des journaux, qui lui avaient suggéré Tidée de ces crimes.

On peut en dire autant de ces romans dont Faction roule entièrement sur des faits criminels, comme ceux actuellement à la mode en France. — En 1866 deux jeunes gens. Brouiller et Serreau, étranglèrent une marchande ; arrêtés, ils déclarèrent que le crime leur avait été suggéré par la lecture d'un roman de Delmons.

Quelques uns, dit très justement La Place, ont reçu de la nature un organisme enclin au mal, mais ils ne sont déterminés à l'action que par l'histoire ou par la vue des méfaits d'autrui. Il y à quelques années, un paquet de dix obligations volées fut trouvé enveloppé dans un papier sur lequel le voleur avait écrit ces tristes lignes extraites d'un roman de Bourrasque :

€ La conscience est une parole inventée pour épouvanter les imbéciles et les obliger à s'avachir dans la misère. Les trônes et les millions ne se gagnent que par la violence et la fraude ».

Dans les grandes villes, les logements nocturnes à bas prix, pour les pauvres, sont des lieux d'incitation au crime. Beaucoup, dit Mayhew, sont entraînés aux Lodging-House par la grève et des Lodging au vol.

Les lois politiques et les nouvelles formes de gouvernement populaire imposées par la civilisation moderne, et en partie aussi par une feinte liberté, favorisent de toutes manières la formation de sociétés, sous prétexte de communs -divertissements, d'entreprises administratives, ou de secours mutuel. L'exemple de Païenne, de Livoume, de Bavenne, •de Bologne ; l'histoire de Ludani et de Pagge ; celle de Crispi et Nicotera nous montrent combien est courte la distance de quelques entreprises généreuses à la violence la plus immorale et même au crime. — Dans l'Amérique du Nord, quelques

sociétés allèrent jusqu'à commottre impunément et même* ofEiciellement le crime au milieu de deux des plus florissantes villes (New- York et S. Francisco) et firent presque légitimei* leur fraude.

Les révolutions politiques qui sont plus fréquentes avec ces formes gouvernementales provoquent T accroissement de quelques délits, soit parce qu'elles agglomèrent un grand nombre de personnes, soit parce qu'elles excitent les passions violentes.

L'Espagne est une prison, dit un illustre espagnol {es tin presidio suelto\ où l'on peut commettre impunément n'importe quel crime, pourvu que l'on crie en faveur de celui-ci ou de celui-là, ou que l'on donne au délit une apparence politique.

Les criminels acquittés en 5 ans s'y élevèrent à 4065, le quadruple de ceux qui le furent en France (Aiuiengol, Estudios peniienciarios^ 1873). On ne doit donc pas s'étonner, après cela, si en Espagne les crimes sont proportionnellement plus nombreux qu'ailleurs. — Comme les révolutions, les guerres font augmenter le chiffre des crimes, à cause des agglomérations et des contacts permanents, ainsi que nous l'avons vérifié chez nous en 1866 (Curcio), et dans l'Amérique du Nord en 1862, durant et après la guerre (Corbe, op, eit^ pag. 78).

Les crimes de débauches, qui avant 1848 étaient en France de 100 à 200, s'élevèrent à 280, puis à 505 et avec eux augmentèrent aussi les naissances illégitimes.

D'après cela, on comprend aisément, sans qu'il soit nécessaire de citer des chifi&es, combien 1' agglomération doit augmenter les crimes dans les prisons, où, de l' aveu des criminels eux-mêmes, la plus grande perversité est un titre de gloire et la vertu une honte. La civilisation, en multipliant les grands centres pénitenciers, donne, par cela même, une plus grande extension au crime, surtout, lorsque avec une sollicitude blâmable, elle y introduit ces institutions charitables et philantropiques (écoles de reforme, patronnats), qui relèvent la dignité de l'homme honnête ; mais ne suffisent pas à améliorer l'âme du coupable endurci.

rREMIEEE PARTIE 09

Nous verrons cotnmeut à la suite de Tapplication du ticke ofkave on nota de 1861-62 en Angleterre un fort accroissement de délinquants, ainsi qu'on l'avait constaté déjà en 1834, ■à la suite de la déportation (B. Scaua, op. dL) (1).

Les maisons de correction, qui semblent inspirées par un âentiment de charité vraiment humanitaire, par le seul fait de la réunion d'individus pervers, exercent une action tout autre que salutaire, et presque toujours contraire au but dans lequel elles furent instituées. Il est à propos de rappeler ici, comment l'illustre Olivecrona attribue le grand nombre de récidivistes suédois aux vices du système pénitencier et à l'usage de soumettre les jeunes détenus à la même discipline que les adultes (2).

4. — Nouveaux crânes, — La civilisation introduit chaque jour de nouveaux crimes, moins atroces peut-être que les anciens, mais qui, pour cela, n'en sont pas moins nuisibles. Ainsi à Londres, le voleur substitue la ruse à la violence ; aux ^Sractions les vols à la pêche ; aux escalades le chantage et l'escroquerie à l'aide de la presse (Quart revieu^ 1871). L'homicide, dans le but de profiter des droits d'assurance, est un exemple d' une nouvelle forme de crime, commis par quelques médecins et que favorisent trop souvent les nouvelles connaissances scientifiques. De même la connaissance des symptômes de l'empoisonnement par 1' acide arsénieux, qui sont semblables à ceux du choléra, suggéra à deux médecins l'idée 4'empoisonner, après les avoir assurés, beaucoup de leurs clients durant l'épidémie cholérique de Magdebourg et de Monaco (Pettenkofper, Théorie des Choiera^ 1871).

À Vienne on a inventé le nouveau crime, dit Kratze, qui

(1) De 2649 qu' étaient les criminels en 1864-65, ils montèrent à 15,049 en 1873-74 ; dans les colonies où sont déportés les criminels pour iàits de violences^ ces crimes s'accrurent dans la proportion de 4 à 8 ^n comparaison des autres, pendant qu'en Angleterre ils sont restés <ian8 celle de 1 à 8 (B. Soaua, 1874).

(2) Des causes de la réciiwe (Stockolme, 1873).

consiste à s'approprier des marchandises que Ton a fait expédier à des sociétés imaginaires (Rundschau, Wien, 1876).

Les anarchistes ont mis à la mode la dynamite contre les édifices et contre les personnes. On vient à présent d'introduire^ à Chicago, Tassonmioir électrique (1) et de petites torpilles, qui, glissées dans les poches des gens, les foudroient et les mettent en morceaux.

La civilisation, en relâchant les liens de la famille, augmente non seulement le nombre des enfants trouvés, qui sont des pépinières de criminels, mais encore multiplie l'abandon des adultes, les \dols et les infanticides.

Malgré ces tristes conséquences, nous ne devons pas nous laisser entraîner au blasphème, impuissant d'ailleurs contre l'avancement fécond de la civilisation, qui même à ce point de vue, ne peut-être considérée comme préjudiciable, car futelle momentanément la cause d*un accroissement des crimes, elle en mitigé certainement le caractère. D'autre part, là où elle atteint son apogée, elle a déjà trouvé les moyen de panser les plaies qu'elle à faites, avec les asiles d'aliénés criminels, le système cellulaire pénitencier; avec les maisons d'industrie, les caisses d'épargnes appliquées aux postes et aux ateliers, et surtout par la création des sociétés protectrices de l'enfance abandonnée, qui préviennent le crime presque dès le berceau (Voir IIP Partie).

(1) Au moyen d'une minuscule batterie électrique perfectionnée, pas plus grande qu'un porte-cigare et que l'on peut tenir dans la manche de son habit, on obtient autant de force électrique qu'il on faut pour abattre un homme et le rendre insensible durant plusieurs heures. Avec un fil isolé, le fluide peut passer de la batterie cachée dans une plaque métallique enveloppée de matière isolante que le malfaiteur tient dans une main et avec laquelle, on touchant un homme dans n'importe quel endroit du corps il le fait tomber à terre évanoui. Il y a peu de temps î\ Chicago, Jhonson fut accosté par deux malfaiteurs, qui le terrassèrent et pour vaincre sa résistance, lui appliquèrent sur le visage un petit corps métallique qui le paralysa. Revenu à lui, doux heures après, ifc se trouva nu.

PREMIKUE PARTIE 71

Densité - Immigration - Émigration — Natalité.

1. — Densité. — Ou verra mieux Tinflueuce de la civilisation dans son rapport avec la criminalité en examinant un à un ses divers facteurs, et en premier lieu celui de la densité; car rhistoire du ^ crime nous enseigne qu'il n'apparut tel qu'il est que lorsque la société humaine eut atteint une certaine densité.

La prostitution, les blessures, le vol — selon la juste remarque de Reclus, Westermark et Krapotkine — se manifestent rarement dans la société primitive, comme chez les Veddah, qui ne se réunissent qu'à l'époque de la pluie et parmi certains Australiens, qui no se rassemblent qu'à la récolte de l'Tam. C'est pour la même raison que même parmi les animaux lorsqu'ils ne sont pas associés ou réduits en domesticité, l'équivalent du crime n'apparaît que rarement, car le moyen de se manifester manque à leurs instincts brutaux. Mais que les circonstances changent et s'y prêtent avec la formation des tribus, des urbs et des clans, et le crime, qui jusque là dormait latent, surgira avec violence, comme nous le dépeign3nt, chez nos ancêtres. Athénée, Hérodote, Lucrèce. Même parmi les sociétés bai'bares les moins compactes, les crimes sont relativement plus rares, bien que plus féroces, pendant qu'ils se multiphent dans les sociétés plus policées, dans lesquelles les cinq ou six formes de crimes barbares deviennent légions 4 notre époque.

Un seul regard jeté sur les délits de vols, sur les homicides et les soulèvements politiques de l'Europe par rapport à la densité, nous démontre que sauf les résultats contradictoires, effet de l'influence thermique qui accroît les homicides et les révoltes au Sud et les vols au Nord, les vols augmentent avec la densité, tandis que les homicides diminuent.

Nous voyons en effet dans le tableau suivant, que sur sept pays ayant une moindre densité, deux seulement (Espagne et Hongrie) ont des chiiBfres très élevés d'homicides, et sur huit pays ayant une densité maximum, V Italie seule compte un grand nombre d'homicides. Quant aux vols, c'est le contraire qui a lieu.

Pour les révoltes on ne peut tout d'abord rien conclure, car nous voyons des pays à densité égale (Pologne, Autriche, Suisse) avoir des différences énormes dans le nombre des révolutions, pendant qu'elles font défaut dans d'autres pays à densité grande ou petite, comme l'Angleterre, la Kussie, la Hongrie.

Au moyen-âge, une population très clair semée, la Corse, eut un grand nombre de révolutions (suivant Ferrari, elle en aurait donné 45 en 4 siècles) ; Nonantola et Biandrate furent aussi dans le même cas (Feril\r[, op. cit,).

Crimes et densité dans les Ettts d'Europe.

HabitanU p. kil. carré p.

Homicides (1) 1,000,000 d'hab.

Vols 't»

p. 100,000 hab.

R«v. polit. (8) p. 10,000,000 dhab.

Russie

Suède et Norvège 13 Danemark Ï3

Espagne (4) Portugal Autriche (4)

Hongrie Pologne Suisse

France (4)

Allemagne (4) Italie (4)

Angleterre (4) Irlande

Belgique

(1) Almanach de Ootha, 1886-87.

(2) Fkrri, Omicidio e Atlante, 1895.

(3) Le crime politique, di C. Lombroso e Làscbi, Torino, 1895.

(4) BoDiOy Relaxione délia Gommissione per la stalistica giudixiaria, 1896 (bozze).

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