TROISIÈME PARTIE
pauvres gardiens, qui, malgré la rétribution élevée qu' ils reçoivent, ne tardent pas à abandonner le service (1).
Mais, si Ton doit déplorer de graves inconvénients, on en évite beaucoup d'autres qui auraient lieu dans les asiles communs si cette institution n'existait pas.
D' ailleurs, les subdivisions introduites récemment par Orange à Broadmoor en ont beaucoup amélioré les conditions : les aliénés criminels y ont été divisés en non condamnés et condamnés ; la première catégorie des non condamnés a été subdivisée en non poursuivis en justice et poursuivis. Les non poursuivis, parce qu'ils ont été reconnus aliénés avant ou durant le procès, sont recouvrés à Broadmoor ou dans un asile du comté ; les poursuivis et ensuite acquittés pour aliénation mentale, sont renfermés à Broadmoor ; les condamnés à mort ou aux travaux forcés y restent détenus jusqu'à l'expimtion de leur peine. Enfin, les prisonniers ordinaires condamnés à de courtes peines pour crimes de peu d'entité et <im ont été reconnus fous, sont reversés dans les asiles du comté.
Le Gouvernement a complété la réforme et écarté tous les inconvénients en adoptant une aile de la prison de WoMng pour le logement, le traitement, les soins et la surveillance des condamnés devenus fous en prison.
Il convient de relever, à ce propos, le fait singulier, révélé par l'étude statistique des asiles criminels, que dans tous les
(1) Un infirmior coûte en moyenne de 30 à 40 livres sterlings ; le -chef infirmier de 150 à 175; le vice-chef de 40 à 60; les mariés ont une habitation, une école pour leurs enfants, tous jouissent d'une bibliothèque, chambre d'étude et fumoir ; et cependant en 1867, 69 aban- -donnèrent leur poste et 64 en 1868. Il y a un infirmier pour 5 aliénés. A Dundrum 1 tous les 12. î^ dépense pour dostruction do vêtements s'éleva en une année à 512 livres sterlings. A Dundrum la dépense est de 28 livres sterlings et six schellings par malade, tandis que dans les autres asiles elle oscille entre 16 et 23 ; disons cependant que dans ce oompte n'entrent pas les revenus do la ferme, qui sont de 400 à 218 livres sterlings.
isiles criminels de rAngleterre, la mortalité y est inférieure ie la moitié environ à celle des asiles communs. C'est là un encouragement à les instituer, et à la fois une preuve que les tristes faits dont on s'y plaint, ne sont pas aussi graves ians leurs derniers effets qu'on nous les dépeint.
La dépense n' en parait pas non plus aussi exorbitante, juand on la compare, non à la dépense pour les fous communs^ tnais à celle des fous dangereux, qui, ayant besoin d'ime iouble surveillance, exigent ime dépense considérable; il faut mssi tenir compte des dépenses occasionnées par les évasions» si fréquentes de ces derniers et des procès auxquels ils donnent lieu si souvent. Dans le Massachussetts, elle a été évaluée à mon moins de 25 dollars par chaque jour d'absence de l'aliéné ; 3'est là même un des motifs qui poussa cet État à la construction d'un asile criminel ; ajoutons que les frais du personnel pourraient être considérablement diminués en y envoyant avec un petit supplément de paie le meilleur personnel pénitentiaire : on éviterait par ce moyen les fréquents changements des infirmiei-s, tout en s' assurant la collaboration i'hommes rompus à cette sprte de danger et par suite moins faciles à se laisser intimider. Enfin on pourrait encore limiter le nombre des recouvrés en éliminant les criminels devenus inoffensife et ces aliénés provenant des prisons qui se trouvent ians la période la plus aiguë et qui fournissent un chiffre élevé le guérisons, comme on a pu s'en convaincre par les expériences de Gutsch à Bruchsal, ainsi que les fous soupçonnés ie simulation qui pourraient rester, sous une rigoureuse surveillance, dans des infirmeries crées à cet effet dans les prisons.
Les peines selon recelé anthropologique et selon le sexe, rflge, etc. du criminel et le crime.
Nous avons va quels sont, selon la nouvelle école, les meilloiirs moyens de répression ; examinons maintenant leur application directe selon le sexe, Tàge et les crimes.
Sexe. — W après ce que nous avons démontré au chapitre XIY et dans la Femme criminelle et prostittiée^ nous pouvons conclure que la vraie criminelle-née n'existe presque que sous forme de prostituée , laquelle trouve déjà dans sa triste profession le substitutif pénal du crime.
La plupart des femmes criminelles « ne sont que des criminelles par occasion ou par passion, passant fréquemment de Tune à l'autre de ces deux phases. Elles n'ont que très rarement le type et les tendances criminelles ; et la très faible proportion qu'elles fournissent au crime, oscille entre 11 et 20 % du total des condamnations des hommes, qu' elles ne surpassent que dans l'empoisonnement, l'avortement et l'mfanticide, tandis qu'elles n'atteignent que 6 à 8 % dans les vols sur les grandes chemins » .
Ajoutons : que les crimes le plus essentiellement féminins^ tels que l'avortement, l'infanticide, l'exposition d'enfants sont ceux qui justement ont le moins besoin, d'être punis, étant presque toujours dus à la suggestion de l'amant ou du mari ; il suffirait donc souvent de les en séparer.
La peine pour la plupart de ces criminelles peut se borner à la réprimande avec liberté conditionnelle préventive, sauf dans les cas très rares d' empoisonnement, d'escroquerie ou d'homicide, dans lesquels il conviendra de les enfermer dans un couvent où aisément, étant donnée leur grande suggestionabilité, la religiosité se substituera à Térotisme, cause plus fréquente de leur crime. J'en ai eu des preuves dans une prison cellulaire où les religieuses étaient loin, cependant de posséder les aptitudes nécessaires à cette fonction. Quant à celles qui récidivent deux ou trois fois dans les crimes contre les mœurs, le seul moyen à employer sera de les enrôler dans la prostitution officielle ce qui aura, aussi, l'avantage de prévenir la prostitution clandestine, bien plus nuisible.
Connaissant (1) la grande importance que la femme attache aux vêtements et aux ornements, on pourrait très souvent, dans les délits légers tels que vols, rixes, injure^, remplacer la peine de la prison par des peines afllictives de la vanité mulièbre, comme la coupe des cheveux, etc.
En adoptant ces peines spéciales pour les femmes, nous ne ferions en réalité que retourner aux usages des anciens, des Indiens, des Juifs (Deutéron. XXI) et des Germains. Au moyen âge, en Russie, la femme qui avait battu son mari devait chevaucher un âne à rebours ; en Angleterre, les femmes qui s'étaient disputées entre elles, étaient obligées de parcourir les rues du village liôes par une chaîne à un poids, qu'elles devaient soulever en marchant; les calomniatrices et les bavardes avec une muselière {Remie des Bévues^ 1895).
Corrado Celtes dans son De origine^ situ^ moribfis et insiituti'onibus Ocrmaniie^ écrit : « Mulieres vel quae fascùiatioîie aut siiperslitione infamatae sint^ vel quae partum tiecaverini^ aut immatarum exurirent^ diversis suppliciis officitint^ aut euleo insutas 8ub?nergunt, aut igné etiam adimunt^ aut vives
(1) La Femme criminelle et la prostituée. Aloan., Paris 1895.
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humo defodiunt; nec his tormentis et cruciatibus arceri poiest quin semper scelus sceleri accumulent » (1).
Avortement, — Les délits d'avortements qui n'auraient pas eu pour but un lucre professionnel ne devraient être punis que par la réprimande ou le Probation System.
C'est à notre vaillant juriste Balestrini que revient le mérite d'avoir démontré que Tavortement procuré ne peut être frappé comme crime; puisque le législateur (2) ne peut prétexter la nécessité de la tutelle de Tordre des familles, ce délit étant le plus souvent commis par les filles mères dans le but, justement, de ne pas constituer une famille illégale ; l'objectif de l'intégrité personnelle disparaît, d'autre part, par le fait que l'avortement ne serait incriminable que lorsqu'il aurait été procuré malgré la mère ; l'objectif juridique disparaît, à son tour, la société n'ayant aucun avantage à la naissance des enfants illégitimes ; la fiction du droit civil qui étend la personnalité aux enfants à naître ne pouvant se transporter dans le droit pénal; l'existence juridique elle-même de la vie feetale comme partie du corps social est d' ailleurs très contestable ; un embryon ne représente pas réellement un véritable être humain ; mais un être se trouvant encore dans les stades d'animalité, ou plutôt un animal inférieur qu' un embryologiste pourrait seul dans les premiers mois reconnaître comme être humain.
Aucun droit n'est, en définitive, lésé dans l'avortement provoqué par la femme sur elle même, pas même par le danger qu'elle court, personne ne pouvant empêcher à autrui de se faire du mal.
Ajoutons que les dénonciations et surtout les condamnations en sont très rares; et que l'on court le risque de condamner
(1) LoMBBOSO, voir Congrès Pénitentiaire, Rapport sur le 2™« quésite, 1895. Moragua, Dans VArch. di Psich., 1894-95.
(2) RâLFFAixLO Balestbini, Aborto, infantieidio ed esposixione d'infante. Studio giuridico-socîologico {Biblioteca antropologico-giuric^ea^, SoRie 2«, vol. III).
LOMDROSO — III 32
'8 CHAPITRE lU
ustement, faute d'une preuve certaine très difficile a obtenir
iif de très rares exceptions (1).
En 1863 en Italie, sur 9 prévenues, 4 furent aquittées ; en
70, sur 8 accusées, 4 furent acquittées; enfin en 1881,
r 13 plaintes, 4 furent rejetées (Stati-stiche giudixiarie
nali).
En Angleterre, dans les années 1847-48-49 on procéda
ntre 3 personnes seulement; en 1850 contre 5, en 1851
ntre 4, en 1852 contre 9 et en 1853 contre 17, dont 12
cent acquittées.
En 1853 il n'y eut, en Ecosse, aucun procès pour avor-
nent ; il en fut de même dans le Wurtemberg pendant la
riode 1853-54.
Et la rareté des condamnations (28 7o) ^^^ seulement jette
ridicule sur la loi, mais encore fait paraître injuste le cas
ceptionnel où la peine est appliquée. (Beccaria, Dei delitti
ielle pene^ § XXXVI).
Infanticide. — Toutes ces raisons sont applicables, aussi, à ifanticide. La naissance, le développement ultérieur do Tem- ^^on, n'est qu'une cause d'injuste infamie pour la femme, as être d'aucun avantage pour la société, pour laquelle il vient au contraire une charge; car si l'enfant est abandonné, e r élève dans le bréphotrophe où elle finit par 1' assasler légalement, car la mortalité est si grande dans ces étassements, qu'on peut dire, sans exagération, qu'elle y sévit l'état d'épidémie permanente; c'est ainsi qu'à Syracuse
mortalité moyenne des enfants trouvés atteint 73 %, à )dica 99 % et à Turin 50 7o- On nous objectera q'on ne doit pas entraver l'accroissement
la population ; mais alors on devrait interdire par une loi Qanisme.
1) RiLFFAELLO BAiESTRiNi, Aborto, infantictdio ed esposixione d'in- \te. Studio giuridico-sociologico (c Bibliotecaantropologioo-giuridica »). ie 2% vol. UI.