‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 19 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

En étudiant les rapports de la densité avec la population et la réaction monarchique en France, nous trouvons que dans, les départements à population plus dense, l'esprit public est plus enclin aux idées révolutionnaires. Au contraire les Basses- AJpes, lés Landes, Tlndre, le Cher et la Lozère, qui ne dépassent pas 40 habitants par kilomètre carré, donnèrent dans les élections politiques de 1877-81-83 un coefficient élevé de votes au parti monarchique. Il en est de même pour les départements de la Vendée, du Nord, des Hautes-Pyrenées, du Gers, du Lôt et de l'Aveyron, qui ne comptent guère plus de 60 habitants par Ml. carré ; le même fait fut aussi remarqué pour les plébiscites (Jacoby).

Au contraire lorsque la population atteint un haut degré de densité, comme dans le Rhône, la Loire, la Seine-et-Oise et la Seine inférieure, on voit V esprit révolutionnaire prendre im plus grand développement ; c'est ce qu'observait déjà Jacoby {op. cit.).

La proportion plus élevée de révolutionnaires est fournies par les départements à densité plus compacte, en suite par ceux qui se rapprochent de la densité moyenne, avec une légère faiblesse. — Dans les départements à densité minime dominent les conservateurs ; dans les autres, les deux partis s'équilibrent.

On comprend' aisément que là ou la population urbaine est plus dense, les agitations politiques sont aussi plus fréquentes. Ce fait s'observe surtout à Paris, où, comme écrit VioUet-le- Duc (1) : « Tout le monde civilisé déverse son écume, en faisant une ville cosmopolite dans laquelle une foule sans patrie, sans principes et sans traditions, dispose audacieusement des élections et se prévaut des malheurs du pays pour renverser le gouvernement et se mettre à sa place > .

C'est ainsi qu'après la Commune sur 36,809 individus arrêtés, il y eut 1725 étrangers et 25,648 provinciaux.

Tel est le vice, ajoute Maxime Du Camp, des pays trop con-

(1) Mémoires sur la défense de Paris, 1871.

centiés, où la vie provinciale ne trouve qu'un développement imparfait {op. cit.),

« Les grandes capitales sont dangereuses pour le calme politique, elles fout Teffet d'une pompe aspirante : elles attirent et retiennent. La France a la tête trop grosse, elle est, comme les hydi-ocophales, sujette à de véritables accès de fureiu- maniaque. La Commune fut un de ces accès ».

En somme, l'influence ethnique et climatérique élimine l'influence de la grande densité, mais cette dernière exerce une action directe bien évidente siu- les délits de vol, qu'elle multiplie, et sur les homicides, qu'elle diminue.

2. — Immiffraimi - Émigration, — C'est un fait indéniable qu'entre l'Italie et la France existe un contraste frappant, une complète contradiction, que nous verrons renouveler aussi pour la richesse ; en effet, en Itahe l' homicide décroit régulièrement avec la densité, pendant qu'en France il s'élève extiTiordinairement avec le maximum de la densité, bien que Paris soit, sous ce rapport, au dessous de la Seine-et-Oise, qui l'envin>nne. Mais cette contradiction, outre qu'elle résulte de Tinfluonce toujours croissante de la civilisation que les grands centres exercent, chez noas, en diminant la propension légendaire à la vengeance, qui faisait regarder certains homicides comme nn droit et même un devoir, et aussi, selon l'expression de Ferri, du degré, de saturation criminelle, causé par le nombre excessif de nos crimes de sang, qui ne pouvait plus être dépasré, cette contradiction, disons-nous, est due à spéciale condition en France d'un élément nouveau, l'immigration, qui manque chez nous et qui augmente, il est vrai, la densité, mais d'une manière néfaste, en apportant plus de 1,200,000 éti'angei's à l'âge et dans les conditions plus proclives au crime, et cela sur quelques points seulement. En effet, le maximum des homicides, 45, est donné par les Boûches-du-Rhône, qui serait un des grands centres d' immigration, ayant 50,000 itaUens. Si bien que dans la carte de la criminalité tracée par Joly, par pays d'origine, en éliminant l'élément d'immi-

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gratiou, le département des Boûches-du-Rhône descend, du degré maximum de 86** qu'il avait avant, au 62*^ ; THérault, de 81** à celui de 63° ; les Alpes Maritimes de 83^ à 45° ; sans parler de la Seine, où sur 40,000 arrêtés 13,000 seulement sont nés dans ce département : car si la Seine impoile beaucoup de firipons, elle en exporte aussi un grand nombre. Dans l'Hérault, Tarrondissement serait bon, mais une ville gâte tout (Cette) ; sur 10 accusés elle en donne presque 7 ; elle fournit à elle seule la moitié des procès jugés par le tiibunal de Montpellier, grâce surtout à l'accumulation des récidivistes, qui dorment sur les places, et qu'on appelle pour cela les Couche-Vêttis et enfin à cause des étrangers. En 1889 il y avait 21 étrangers sur 118 habitants accusés, c'est-à-dire que pendant que la proportion des indigènes était de 2 7ooi celle des étrangers était de 19 7oo- ^ même fait se reproduit à Marseille pour les ouvriers travaillant au port. Ce sont ces étrangers, écrit Joly, qui donnent le plus fort contingent aux vols, aux assassinats, aux émeutes anarchiques, aux blessures, etc.

En 1881 les coupables de viols étaient 17 sur 1 inill. do Français

» » » > 60 » » d'étrangers

En 1872 » > » 18 » > de Français

> » * » 46 » » d'étrangers

On savait déjà que les émigrants fournissaient ime proportion plus grande de crimes.

D'après les récentes statistiques des Etats-Unis (1), il résulte que les Etats qui reçoivent le maximum d' immigrés, surtout Irlandais ou Italiens, donnent le maximum de la criminalité.

(1) Oompetulium of tke Tentk Census (1880) of the United iSlates, V. II, 1G59. Je dois ces données au fondateur du premier laboratoire d'économio politique universitaire, prof. Cognetti de Martiis et au socrttaire le docteur Albertini.

Ainsi :

Californie

0,30 criminels p. %o

hab

émigrants

Nevada

Wyomin

MoQtaiia

Arizona

New-York

Au contraire:

New Mexique

Pensilvanie

Cela dérange tout l'effet de la densité. En effet Montana u 0,3 habitants par mille carré, Wyomin 0,2, Nevada 0,6, Arizona 0,4, on a donc par suite, avec une densité minime, grâce à Témigration, un énorme contingent de crimes, pendant que New- York (151 liab. par mill. carré), Pensilvanie avec ^5 hab. par mill. carré), où la densité est très grande, en ont beaucoup moins et que le District Columbia, qui contient 2960 hab. par mill. carrés, offre aussi une proportion relativement inférieure.

Sur 49,000 individus arrêtés à New-Tork. 32,000 étaient immigrants (Barre, The Dangeroiis Classes).

Sur 38,000 détenus dans T Amérique du Nord, 20,000 'Paient fils d'étrangers (Beltrami-Scaua, op. cit.).

En France, on avait déjà remarqué dès 1886 que sur

100,000 hab. stationnaires dans leur pays 8 allaient aux Assises 100,(KX) demeurant on dehors de » 29 passaient » 100,000 étrangers habitant en France 41 » »

Présentement en France, l'immigration a triplé; de 1851 â 1886, elle s'est élevée de 380,381 à 1,126,183.

Joly (1) observe avec justesse que quand le courant qui pousse à rémigration d'un pays à l'autre est faible, il entraîne les hommes plus énergiques et plus intelligents, mais lorsqu'il

(1) JoLY, France criminelle, 1890.

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devient trop violent il entraîne à la fois les hons et les mauvais ; et en effet, la majeure partie de la criminalité des émisants est fournie par les provinces limitrophes, oîi Ton s'expatrie le plus.

Ainsi en 1886 on comptait 4 condamnés sur 100,000 Suisses, 18 sur 100,000 Espagnols, 23 sur 100,000 Italiens et presque aucun parmi les Anglais et les Russes.

A Paris, également, à proportions égales d' habitants, les colonies belge et suisse donnent 3 fois plus d'individus arrêtés que les Anglais et les Américains. La colonie italienne, qui est à peine quatre fois plus conséquente que celle de l'Autriche, a un nombre d'arrêtés 15 fois plus élevé (1).

D'autre part, moins l'immigration est stable, plus elle donne de crimes. Les Belges qui se font natu^diser Français, commettent moins de crimes que les émigrants Espagnols, qui ne font presque qu'y camper (2).

On peut en dire autant de l'émigration interne du même pays, spécialement de celle à destination variable des marchands ambulants, etc. Par exemple, dans une étude fidte à St.-Gaudens, d'oîi émigrent beaucoup de marchands ambulants (environ 7,000 sur 36,000 habit.) français, on observa qu'ils donnaient un contingent très élevé de crimes, escroqueries, violences et blessures ; de 41 qu'ils étaient en 1831-1869, ils s'élevèrent à 200 et 290 en 1881 ; les abandons d'enfants, les adultères et les divorces y sont aussi très fréquents.

c La Sarthe est un des meilleurs départements quant à la criminalité ; mais si l'on tient compte des crimes commis par ses natifs qui émigrent au dehors, il s'élève de 34 degré dans l'échelle de la criminalité.

Ainsi le département de la Creuze, pour des raisons analogues s'élève du S"»® au 18"^® rang, grâce à ses 45,000 immigrants à cause de l'instabilité du travail. Beaucoup arrivent honnêtes dans les grandes villes, mais toujours en

(1) JoLT, France criminelle ^ 1890.

(2) JoLY, France criminelle, 1800.

se faisant illusion sur le nouveau milieu qui les attire, ils se laissent par suite facilement entraîner à Terreur, et peu à peu deviennent criminels ; la jeune fille qui cède aux première* séductions devient prostituée ; l'ouvrier manquant de travail tombe dans l'oisiveté ; entouré de compagnons qui l'entraînent au mal, sollicité par l'appât de mille plaisirs dont il voit jouir les autres, il se fait voleur. Il y a des ouvriers repentants qui espèrent se faire oublier et se racheter par le travail, mais ils rechutent bientôt, grâce aux nouvelles fréquentations ou découragés par des révélations imprudentes. Enfin, il y a les malfaiteurs qui ne viennent dans les grandes villes que pour y conmiettre des crimes. Dans les petites villes, comme dit fort bien Joly, il faut rechercher V occasion de faire le mal, à Paris, Toccasion vient à vous et vous entraîne.

Les riches viveurs sont eux-mêmes cause de crimes, spécialement contre les bonnes mœurs ; et puis à Paris le crime s'y peut commettre avec de telles fraudes et de si loin, au point de ne paraître même plus un crime (Jolt, op. cit).

Le Parisien pur sang, ne s'est mêlé aux violences de la Commune que dans une mesure très restreinte, écrit Maxime Du Camp ; l'écume de la province fermentait dans Paris ; tous les déclassés, les vaniteux, les envieux y abordent gonfléa d'eux-mêmes et se croient capables de régir le monde pour avoir été exaltés dans les cabarets de village. Paris doit réaliser leur rêve ou périr; Paris ne sait pas même leur nom,, et pour escompter un si grave délit il doit tomber ».

L'émigrant, en général, écrivions-nous déjà dans la 2°*« édition de ce livre (1876), représente cette espèce d'agglomération humaine qui a la plus grande tendance au crime associé, c'est la plus besogneuse, la moins surveillée, elle ne connaît pas la honte; elle échappe plus aisément à la justice et fait un grand usage de l'argot ; les voleurs sont presque toigours nomades (voyez vol. I, Siir Vargot),

Les émigrants abbruzzais formaient le plus fort contingent de la bande Mancini (Jorioz).

La petite immigration des Oarfagnini aux travaux des caves

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