TROISIÈME PARTIE
foyer le plus infecte des plaies sociales, de la même manière que Ton voit le choléra frapper de préférence les quartiers les plus malpropres de la ville, en nous montrant par là où doivent le plus se diriger nos cures prophylactiques.
Nous visons d'autalit plus à ce but en rejetant en seconde ligne Fancienne cruauté répressive à mesure que se modifient les temps et nos conditions sociales s'améliorent; et s'il est vrai que le crime augmente en nombre, il n'en est pas moins vrai qu'il va sans cesse se dépouillant de son ancienne férocité atavique pour revêtir les formes assurément moins répugnantes et moins sauvages, du faux, de l'escroquerie et de la banqueroute, contre lesquelles la culture et la prévoyance sont une meilleure sauvegarde que la répression.
Ji]t à mesure que se modifient les temps, nous voyons s'atténuer de plus en plus les dures inégalités sociales ; et, de même que les plus urgents besoins sociaux ont été peu à peu et presque inconsciemment comblés par les moyens collectifs : à savoir: l'illumination, l'instruction, la viabilité: on entrevoit, dès à présent, qu'ils réparera nos- plus grandes injustices sociales: et que l'on éliminera par ces moyens une des causes les plus puissantes du crime occasionnel, telle que : l'insuffisance du travail pour la lutte pour l'existence, tandis qu'ils préviendront, en même temps, l'excès de la richesse, autre cause puissante de crime.
11 existe, il est vrai, un groupe de criminels, nés pour le mal, contre lesquels viendraient se briser comme contre un écueil toutes les cures sociales, ce qui nous contraint à leur élimination complète, même par la mort; mais nous comprenons aussi que cette douloureuse nécessité finira par disparaître au moins pour les criminels moins dangereux, pour les criminaloïdes ; et que les moyens d'adaptation à la vie deviendront de plus en plus fréquents, grâce aux cures médicales et à leur utilisation dans les travaux le plus en rapport avec leurs instincts ataviques, la guerre, par exemple, ou la chirurgie pour les homicides, la police, le journalisme pour les receleurs et les escrocs etc.; enfin, la colonisation dans les
teiTes sauvages et malsaines, où ils seraient le moins assujetis à une demeure fixe, pour les vagabondes.
Si d'un côté l'histoire naturelle nous a montré (1) jusque dans les plantes, l'existence d' organes meurtriers (plantes carnivores) elle nous enseigne aussi, presque comme un symbole de la charité humaine, les nombreux cas de symbiose des plantes, qui nuisibles par elles-mêmes deviennent utiles et bienfaisantes en s'unissant à d'autres, tout en redoublant leur propre vigueur. C'est ainsi que la richesse en azote des légumineuses est due à un schizomicète, au Rhixobium leguminosanim Frank qui s' agglomère dans leurs racines et qui pénètre par ses filaments radicaux dans le terrain jusque dans leurs parenchymes où il se multiplie pendant que les cellules à leur tour irritées se segmentent en donnant lieu à un autre tubercule où se forme la semence, dont une part est utilisée par la plante, tandis que l'autre se répand dans le terrain en y accroissant sa richesse en azote (2).
Dans le monde zoologique nous voyons la Méduse Cornbessa palmipes^ si nuisible à ceux qui l'approchent, défendre des gros poissons le Caranx melampygus^ en se grefiant au travers des orifices de son portique sous-génital {Chronique scientifique^ mai 1896) ; c'est ainsi que le pagure au lieu de dévorer l'actinie, la laisse se fixer sur sa demeure, et cette dernière, que de la sorte il abrite et transporte, lui sert à son tour, grâce à sa brillante couleur, à attirer la proie.
Et si maintenant la science nous montre la fusion de deux ordres de plantes inutiles ou nuisibles, les champignons et les algues, donner naissance à un troisième ordre très utile comme le lychon, le temps n'est pas éloigné où la société trouvera le moyen, avec une culture symbiotique appropriée, d'acclimater le criminaloïde au milieu de l'épanouissement de la civilisation la plus avancée et cela, non seulement en le tolérant, mais en l'utilisant à son propre avantage.
(1) Yoir E, Ch-^imiml, Vol. I, Parte I.
(2) D.»" Frank, Uéber die Pilxsymbiose der Leguminosen, Berlin, 1690.