PREMIERE PARTIE
Tobservation que là, comme en France, Timmigration provoque une sélection à rebours, sauf que dans ce cas la difiérence provient de ce que Tàge des émigrants est celui qui correspond en Europe au maximum des homicides.
En Italie on observe presque toujours le maximum des naissances dans les départements qui sont les plus connus par leur criminalité et aussi par leur pauvreté : ainsi de 1876 à 1888 on compta annuellement en moyenne 40 naissances par chaque 1000 habitants dans TltaUe méridionale et insulaire : et seulement 36 dans les autres parties de Tltalie considérées dans leur ensemble.
De même en Sicile, aux 4 provinces le plus éprouvées par les homicides (1) : Girgenti, Trapani, Caltanissetta, Palerme correspond trois fois le maximum de la natalité. Mais là une autre cause est encore en jeu : c'est le manque d'inhibition dû à la chaleur excessive qui fait oublier toutes les précautions Malthusiennes dans l'acte de transmettre la vie.
Du reste, l'excès des naissances dans l'Italie méridionale, est paralysé par l'excès de la mortalité et par l'émigration. C'est pour cela que, malgré la plus grande natalité, on ne trouva dans chaque famille en 1881 qu'une moyenne de 4,10 personnes en Sicile, 4,5 en Basilicata, pendant que dans la Vénetie il y en avait 5,17 et en Toscane 4,92.
En comparant ensuite (R. Scientif.^ octobre 1875) les pays ayant le maximum de la natalité en Europe (1876-90):
Angleterre 34,0 — Allemagne 31,1 Italie . . 37,3 — Hongrie . 44,0
(1) BoDio, Statistica pénale negli anni 1879-83 :
Omicidi Nati per 100 m. . per 100 m.
Caltanissetta 46,2 4400
Catanie 26,9 3900
Girgenti 70,7 4600
Messine 19,2 3900
Palerme 42,5 3900
Siracuse 15,7 4000
Trapani 40,2 4300
et ceux ayant le minimum de la natalité :
France 24,6 — Irlande 24,9 — Suisse 29,4
nous ne trouvons parmi les premiers une coïncidence parallèle pour les homicides qu'en Italie et en Hongrie, en parfait contraste avec l'Angleterre et l'Allemagne, qui ont une grande natalité et peu d'homicides.
Parmi les nations à minime natalité, l'Irlande seule a donné un chiffre moindre d'homicides.
Et si en Italie, en Angleterre et en Allemagne un plus fort contingent de vols correspond à une plus grande natalité, il n'en est plus de même en Hongrie et en Suisse ; il s'en suit donc que, dans les grandes lignes, il n'y a aucun parallélisme.
4. — Domicile urbain et domicile rural. — L' influence de la densité est encore démontrée par celle du domicile urbain et rural en France. C'est surtout à MM. Fayet, Socquet et Lacassague que nous devons les plus diligentes recherches à ce sujet.
Il ressort de leurs études que les accusés ruraux étaient plus nombreux de 1843 à 1856, pendant que les accusés urbains étaient en majorité surtout depuis 1863 (1).
L'émigration des campagnes dans les villes est telle, qu'elle constitue un cinquième de la population urbaine; et c'est la part meilleure et la plus intelligente qui émigré, abaissant ainsi le niveau des campagnes, pour y reporter en suite les vices et les mœurs de la ville.
En résumé, les accusés de crimes contre la propriété ont diminué dans les campagnes d'environ -/g, et de la moitié dans les villes; ainsi il y eut:
en 1843 73 ^[^ accusés ruraux; 64 % accuses urbains » 1878 27 » » » ; 36 » * %
(1) Voir Lacassaqnk, dans mon Archivio di Psichiairia ed Antropologia criminale, III, pag. 311. Fayet 'avait déjà noté en France, en 1830-46 1 accusé rural sur 405 habitants et 1 accusé urbain sur 165 habitants {Journal des Econom., 1847).
PBEMIEBE PARTIE 87
Les accusés de crimes contre les personnes furent plus nombreux chez les ruraux dans la période de 1823 à 1878; ils décrurent cependant après 1859 beaucoup plus que parmi les urbains.
Pour les crimes contre les personnes on en trouva en effet:
an France:
en 1850 » 1851 » 1870 » 1871
En ce qui concerne Thomicide, Socquet démontre qu'à une époque plus reculée, en 1846-50, les accusés ruraux surpassaient presque du triple ceux des villes, dans la proportion de 20 à 7,6 7oi pendant qu'à une époque plus récente, en 1876-80, ils ne les surpassaient plus que du double, conmie 31 à 63 %; on voit d'après cela que la criminalité diminua dans les campagnes et augmenta dans les villes presque d'un tiers.
Les accusés pour assassinat étaient:
ruraux
o/oo
urbains
o/oo
en 1846-50
ruraux
urbaii
c'est-à-dire qu'il y eut diminution dans les derniers temps, dans les villes et dans les campagnes, mais beaucoup plus cependant dans ces dernières.
Dans les crimes contre la pudeur sur les adultes, les paysans surpassèrent les urbains —, certainement à cause du défaut de maisons de tolérance ; ainsi on compta dans les deux périodes suivantes:
en 1846-50
ruraux
urbains
avec une décroissance plus rapide que chez les habitants des villes, chez lesquels ils tendent, au contrah*e, à augmenter.
Dans les crimes contre la pudeur sur les enfants, le nombre des accusés était en 1846-50 de 59 7^, et de 53 7^ en 1876-80 chez les paysans; pendant que chez les urbains de
France
miU. d'habit
39 7o ^ monta à 45 % (Socquet), favorisé par l'oisiveté^ par Tabas des boissons alcooliques et, surtout, par les raffinements de la satiété.
La prédominence des avortements chez les urbains est aussi très évidente: on en compta à peu près le double et même le triple dans ces dernières années, pendant que les infanticides y sont moins nombreux, sans doute grâce à la plus grande facUité de trouver des complices en ville et à la moindre crainte d'y être découvert.
Avortements : 1851-55
Accnsées des campagnes 9,3
> ^ villes 19,t>
Accusées des campagnes 32
* * villes 21
(SocQUET, ContrihtUion à V étude de la ci'iminalUé en France, 1826-80).
La courbe des crimes contre la propriété démontre que les crises économiques sont plus profondément ressenties dans les campagnes que dans les villes (Lacassagne, op. c).
Les révolutions, les vendanges ont une influence différente sur le nombre des accusés en ville et dans les cîampagnes : dans les campagnes, par exemple, les accusés augmentent dans les années d'abondantes vendanges ; mais les révolutions politiques ne s'y font que très peu sentir et seulement durant les années qui suivent les crises révolutionnaires, pendant qu'en ville elles sont ressenties tout de suite et avec intensité (Lacassagne).
Les centres urbains et les centres ruraux ont donc chacun leurs criminalité spécifique: les crimes des campagnes sont sauvages, féroces et ont pour origine la vengeance, la cupidité et la brutale satisfaction sensuelle, etc. ; dans les crimes des villes prédominent la paresse, les passions charnelles raffinées et le faux.
Ce phénomène de l'augmentation urbaine des crimes contre les mœurs et de la diminution relative des crimes de sang prend des proportions immenses quand on étudie le crime dans les capitales proprement dites.
PRKBilERE PARTIE 8^
En France, par exemple, le département de la Seine pour rhomieide est déjà descendu à un chiflFre inférieur (19,9) à celui des départements qui T entourent : Seine et Oise, qui donne 24,3, Oise 25,8 (Ferri); il est encore plus bas quant aux infanticides; pendant que pour le viol sur les enfants il donne des chififres énormes : le nombre des vols y est aussi très élevé (244) (voie Pi. 111 et lY).
En Italie, dans les crimes contre la bonne foi publique, les capitales, Turin, Venise, Bologne, Rome ont la prédominence sur les provinces voisines : il en est de même pour les crimes contre les bonnes nururs (Tui-in, Gènes, Venise, Bologne, Rome, Naples et Palerme). Dans les homicides —, Rome seule tient la première place, pour des causes dont nous parlerons, et en partie Turin: dans toutes les autres C4ipitales ils sont en décroissance (v. supra).
Vienne compte 10,6 homicides sur 1 million d'habitants, pendant que TAutriche en compte 25; mais Vienne compte 116 vols et l'Autriche 113.
A Berlin, vraiment, de 1818 à 1878, les crimes contre la propriété, les vols, les fraudes et le vagabondage ont diminué malgré la grande fluctuation de la population, pendant, qu'au contraire, les crimes contre les personnes sont en augmentation — sauf Tannée de la guerre 1870 — (Starke, op. c, Archim'o di Psych,^ V, lU); cependant le nombre des homicides y est inférieiu: à celui des provinces, — 11,6 7o ^"^ un million d'habitants, — pendant qu'il est à Breslau 18,2, Magdebourg 12, Constance 16; dans les vols, au contraire, Berlin surtout dépasse toutes les autres pro\inces, moins une.
En Angleterre le phénomène est bien plus évident : on note qu'il y a actuellement 15 personnes suspectes en liberté, sur 100,000 habitants à Londres, 50 dans les autres villes anglaises et 61 dans les campagnes.
A Londres il existe également de 3 à 4 maisons suspectes par 100,000 habibmts, 3,9 dans les campagnes et 18 dans les autres villes.
Alimentation (Disette, Prix du pain)
1. — Alimentation. — Un des facteurs qui compliquent jusqu'à rendre souvent inextricables les influences de climats et de la densité est ralimeutation.
En comparant avec Oettingon (op. c.) dans le tableau suivant, le chiffre annuel des crimes en Prusse avec le prix courant des aliments indispensables, nous voyons que Talimentation y prend une égale et souvent même une plus grande part que la civilisation — car avec le bon marché du grain décroissent les crimes contre la propriété (sauf V incendie), et augmentent au contraire ceux contre les personnes, spécialement les crimes de viols :
Crimes
Crimes
Prix courant
Année
VioU
Incendies
contre la
contre les
du grain, seigle,
propriété
personnes
pommes de terre, etc.
En Prusse, en 1862, alors que le prix des pommes de terre, etc. était très élevé, les délits contre la propriété étaient dans les proportions do 44,38, et ceux contre les personnes de 15,8; quand le prix de cette denrée baissa, les premiers descendirent à 41 et les seconds montèrent à 18.
La disette de 1847 fit augmenter du 24 ^o ^^ moyenne des crimes contre les personnes (WAvroEus, Allg. Beiiôlk^ 1861).
îfous en avons des preuves encore plus évidentes, en faisant la synthèse des chiffres fournis par Starke pour la Prusse, pendant 24 ans, c'est-à-dire de 1854 à 1878 (Verbrechen wid Verbrecher, 1884, Berlin).