PREMIERE PARTIE
dans la philanthropie, qui fait presque toujours défaut dansles nations latines.
€ Londres est la capitale de ces fanatiques de la philanthropie ; ce sont des hommes et des femmes de toutes les classes et de toutes les positions sociales, riches et pauvres, instruitsou ignorants, normaux ou insensés, qui se sont mis en tête de guérir la maladie sociale et d'extirper de la société une forme spéciale de misère et de douleur.
« L'un a pris à cœur les enfants torturés par leurs parents; l'autre les vieillards aveugles; un troisième les fous maltraités dans les asiles; un quatrième les libérés des prisons; et tous travaillent sans relâche, impriment des journaux, prononcent des discours, organisent des sociétés, et parfois réussissent à produire de grandioses épidémies sentimentales et d'intenses mouvements de l'opinion publique, qui conduisent à quelque importante réforme humanitaire. Ce genre d'activité peut être un équivalent excellent du fanatisme politique, qui aboutit aux attentats de dynamite* € Mais dans les pays latins, ces agitations tomberaient dans le vide; la tradition de la charité administrative exercée par l'autorité pubUque ou par l'église est si profondément enracinée, que personne ne veut s'occuper personnellement des misères sociales. Si les enfants sont souvent maltraités dans les grandes villes, et si les journaux protestent énergiquement, secouant un peu l'opinion publique, celle-ci demande une loi de l'État, qui ne sera pas même appliquée, et s'en contente; mais personne ne pensera à fonder des sociétés privées, comme il y en a tant en Angleterre, qui épient les parents cruels et arrivent à temps pour leur arracher des mains les petites victimes ». Et cela est naturel. Dans les religions qui survécurent pendant de longs siècles, l'élément moral disparaît, parce qu'il est moins conforme au sentiment des masses, tandis que seul survit et surabonde le cérémonial : sur 73 articles capitaux des règles de S. Benoît, 9 seulement appartiennent à la morale ; dans les règles de S. Colombano 1 an de pénitence est ordonnée
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à qui perd une hostie et six mois à qui laisse manger deux hosties.
Les seules religions, en somme, qui peuvent empêcher le crime sont celles qui sont fanatiquement, passionément morales, ou bien les religions naissantes ; les autres servent auiant, ou peut-être même moins que l'athéisme.
Éducation — Illégitimes — Orphelins.
Illégitimes. — L'influence de réducatiou sur le crime nous €st démontrée indirectement par la proportion, de plus en plus forte, dans les nations les plus civilisées et dans les époques les plus récentes, des criminels illégitimes.
En Prusse les délinquants illégitimes qui constituaient en 1859 le 8 7o de la totaUté, se sont élevés en 1873 à 6 7o et les femmes du 5 au 8 %. En France sur les 800 mineurs arrêtés en 1864, il y avait 60 7^ d'illégitimes ou orphelins, 38 7^ étaient fils de prostituées ou de délinquants. En Autriche on comptait en 1873, parmi les criminels illégitimes, 10 % de mâles et 21 7o de femmes (Oettingen, op. cit). À Hambourg, 30 7o des prostituées étaient illégitimes (Htjgel, op. cit.) ; et à Paris le cinquième des parisiennes et le huitième des paysannes {Parent-du-Chatelet, œuv. cit.).
Dans les prisons du Wurtemberg, il y avait en 1884-85, 14,3 7o d'illégitimes; en 1885-86, 16,7 7^; en 1886-87, 15,3 7oî tandis que les illégitimes honnêtes s'élevaient à 8,76 7o- Sichart (1) sur les 3181 qu' il examina dans ces mêmes prisons en trouva 27 7oî c'est-à-dire presque le double ^nsi divisés:
Sur 100 voleurs 32,4
» » filous 23,1 •
» » criminels contre los mœurs . 21,0
> » paijures .... 13,0
» > incendiaires . . . . 12,9
(W Liszt, Archiv. f. Strafsrechtr,, 1890.
172 CHAPITHE XI
Il y trouva 30,6 7o d'illégitimes dans les criminels par habitude, le double des illégitimes criminels par occasion 17,50. Il en nota aussi qui avaient:
Répugnance au travail Mendiants Vagabond»
Sur 1248 voleurs légitimes 52,0 % 32 % 42 %
> 600 » iUégitimes 52,3 X 39 \ 49 %
En Italie la statistique des prisons nous donne le nombrede 3 à 5 ^/^ d'illégitimes, parmi les mineurs mâles et de 7 à 9 7o parmi les criminelles mineures (1).
Ajoutons que le 36 7o des récidivistes est fourni en Italie par les fils naturels et les exposés.
Pour comprendre la grande importance de ces chiffres, il faut se rappeler, qu'une grande partie des enfants illégitimes^ pour le moins le 60 % ^^ souvent le 89 ^/q (2), succombe dans les premiers 18 mois ou dans les premiers 18 ans. Marbeau peut donc dire sans exagération que sur 4 enfants trouvés, 3^ meurent avant 12 ans et le quart est sacré au crime.
Afin de vérifier plus exactement l'importance de cette proportion, j'ai fait des recherches sur 3787 entrés, presque tous majeurs, dans les asiles d'Imola (doct. Lolli), de Padoue^ (prof. Tebaldi), de Pavie, et sur 1059 entrés dans 1' hôpital civique de Pavie en 1871, et j'ai trouvé une proportion de 1,5 d'exposés parmi les premiers et de 2,7 % panni les seconds. Et cependant, la mortalité est moindre parmi les illégitimes de Pavie que dans beaucoup d'autres pays (3). À âge et conditions égales, les exposés donnent donc 20 fois plus de délinquants que de fous. On peut donc affirmer en toute assurance, que la plus grande partie des enfants trouvés qui
(1) Statistica ddle carceri, Eoma, 1873, CXXVm.
(2) Sus 1000 enfants trouvés à Bordeaux, il en mourut, en 10 ans, 729. A Moscou en 94 ans, entrèrent 367,788 enfants trouvés dont 288,554 moururent dans le jeune âge, soit le 79 \. Angkl, Vortrag. ûb, Mortalit. der Kind., 1856.
(3) Le 25 % dans la première année de rentrée.
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échappent à la mort, s'abandonnont au délit. Mais rinfluence héréditaire n'est pas étrangère à cette déviation; car la plupart «ont le fruit d'une faute; n'ayant pas de nom à sauvegarder, pas de frein qui les arrête sur la pente des passions, sans une mère, qui par ses soins assidus, son affection et ses sacrifices aide à se développer en eux les nobles instincts et à refouler les mauvais; trouvant difficilement le moyen de vivre honnêtement, ils sont inévitablement entraînés au mal: et ceux qui n'ont pas de tendances perverses s'y livrent par imitation ; d'autre part, ces refuges de bienfaisance conmie les orphanotrophes, les bréphotrophes y influent aussi d' une manière «inistre; car, comme nous avons vu, les plus grands contacts provoquent toujours une recrudescence de criminalité.
Orphelins. ~ Que l'abandon et le manque de toute éducation y aient une très grande part, c' est un fait démontré par le grand nombre d' orphelins et d' enfants de second lit que r on trouve dans les prisons. En Italie, on comptait parmi les criminels mineurs en 1871-72, de 8 à 13 7o d'enfants de second lit. Barce (o. c) raconte qu'on arrêta à New-Tork 1542 enfants orphelins et 504 fils de second lit; il ajoute que le 55 7o ^^^ coupables, séjournant dans les pénitenciers, -étaient des orphelins de père et de mère : le 60 7o des enfants arrêtés avaient perdu un de leurs parents ou bien en avaient -été séparés. Suivant Marbeau, sur 100 mineurs emprisonnés, 15 avaient été abandonnés par leur mère.
En Italie, nous eûmes en dix ans, parmi les délinquants une moyenne de 33 à 35 % d'orphelins; mais sur 580 aliénés adulte de ma clinique, les orphelins en fournirent 47 % et on en compta 78 % ^^^^ 1059 entrés à l'hôpital de Pavie, 4e sorte que la proportion des orphelins criminels finit par être inférieiu: à la normale.
Mais il est certainement plus important de trouver une moyenne de 8 à 12 % d'orphelins parmi les criminels mineurs, car la population honnête des mineurs se trouve en proportions inférieures; et cela s'applique aussi aux criminels
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minears (23 à 30 ^q) qui perdirent seulement le père ou la mère (18 <^ „».
Je ne peux parier avec certitude des orphelins de père^ qui auraient donné dans les statistiques italiennes, environ 26 ^* 'q de délinquants, tandis que les orphelins de mère en donnaient 23 ° y-, car parmi les aliénés nous comptâmes 51 ** ^^ des premiers et 10 ^ ^j des seconds.
11 est au contraire certain que parmi les orphelins et surtout parmi les exposés condamnas. prA iomine le sexe féminin. Et cela, en dehors de cette sub-criminalité qui est la prostitution; si bien que Oettineen en arrive à ce calcul singulier, que tandis que pour cinq délinquants mâles, on trouve une femme délinquante, pour trois exposéf*s criminelles on trouve un mâle. .
Cela est naturel, car la femme étant plus faible et plus passionnée que rhomme, a le plus besoin de Tappui et du frein de la famille pour persister dans le droit sentier dont elle est plus facilement détournée que Thomme, grâce à la voie plus glissante et toujours ouverte de la prostitution: l'influence héréditaire est ici toute puissante et les filles issues d'un écart sexuel sont plus facilement entraînées dans la faute: et de là aux délits les plus graves.
Le grand nombre d' exposés que V on trouve parmi les délinquants, explique aussi la prédominance des mineurs délinquants parmi les populations urbaines (Cabdon, cmv, cit.): et nous donne la mesure des dommages causés par le défaut d'éducation et surtout par 1' abandon.
Parents vicieux, — Éducatiotu — Il est tout naturel que la mauvaise éducation, plus encore que l'abandon ait une influence déplorable sur le crime.
Rappelons ici cette hérédité morbide, qui, suivant Sichart, va jusqu'au 36 ^\^ et suivant Marro au 90 ^/q, rappelons le 6,7 % de parents épileptiques, le 4,3 ^/q de suicides, le 16 % de buveurs (1), le 6,7 de fous (voy. chap. suivant), chiffres qui
(1) LiSTz, 0. e.