‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 60 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

elle les perdait régulièrement tous; elle eut plusieurs amants^ entre autres un orateur de grand talent, dont elle eut plusieurs fils, desquels un poëte, un peintre, etc., célèbres.

2^ FI..., propriétaire d'une maison publique; elle eut deux enfants, dont Tun est aveugle et afifecté de la paralysie de Parkinson.

Parmi les enfants, que F... eut de son amant Ken..., sont à noter:

1^ Em..., qui, en veillant le cadavre de son père, s'enivrait avec sa belle-sœur; elle eut une fille de conduite immorale; une nièce prostituée (à 15 ans) et voleuse.

2^ Em..., paysan, essaya de se suicider en s'étranglant ; il épousa FI..., femme de mœurs dissolues, connue par ses rapports incestueux avec son fils aîné, voleuse de complicité avec sa fille, ivrogne; on la soupçonnait fortement d'avoir tué son gendre : sa fille l'appelait: « Vieille chargée de crimes » .

De ce triste mariage, nacquirent deux enfants :

1^ Marie, qui, dans une période menstruelle, tua son mari, aidée par sa mère ; elles furent acquittées toutes les deux. 2^ Am..., qui eut des rapports avec sa mère, et tua le mari de sa maîtresse.

Dans une des branches collatérales de FI... (fille de F...), on trouve beaucoup de négociants faillis ; une mère qui, malgré une nombreuse progéniture, s'enfuit avec son dernier amant, en emportant la caisse; un mari qui après avoir gaspillé, loin de la famille, toutes les ressources de la maison, vit à la charge de sa femme; un frère du second époux de Marie, qui se tua après avoir assassiné sa femme adultère.

Dans cette famille, par conséquent, presque tous les membres ont commis un ou plusieurs crimes; ceux qui ne sont pas criminels, sont suicides ; mais il y a une branche collatérale, celle de Ze..., qui est composée de personnes qui occupent une place élevée dans l'art et qui ont réellement un grand talent.

Cette famille confirme donc, elle aussi, l'intime rapport qui existe entre le génie et le crime.

Laurent (Les habitués des prisons)^ nous raconte aussi

Thistoire de toute une famille de délinquants-nés, qui appuie merveilleusement les données de Marro et de Aubry.

Dans cette famille, le grand père paternel mourut d'une affection cardiaque; il était de caractère faible et complètement dominé par sa femme : celle-ci, nerveuse et excentrique, battait son mari à tous propos, très irascible, elle prenait du plaisir à frapper sa sœur quand elle était malade.

€ Le père était très nerveux et -violent, mais poltron et bien qu'il connut la vie désordonnée de sa femme, il n'avait pas le courage d'intervenir. D mourut d'un insufiBsance aortique » .

« Un oncle paternel, très vicieux et violent, frappait ses parents pour avoir de l'argent. D profita de leur absence pour vendre une partie des meubles, et tenta de tuer son frère par jalousie. Un cousin germain des deux précédents s'abandonna à la pédérastie.

€ Le grand-père maternel était intelligent, mais ivrogne: il subit deux années de prison pour vol. Capitaine sous la Commune, il fut encore puni pour mauvaise conduite; il était déséquilibré, brutal et grossier; de son premier mariage il eut 4 filles, dont nous décrirons Fétat mental plus loin.

€ La grand'mère maternelle abandonnait ses enfants, et dissipait en compagnie de son mari la paye de la semaine. Elle mourut d'un cancer de l'utérus.

€ La mère, très vicieuse, paresseuse, violente, se maria à vingt ans, et eut deux enfants de son mariage; à 23 ans elle abandonna son mari pour \1vre avec un jeune homme, de qui eUe eut une fille. Elle retourna en suite avec son mari, et en eut un quatrième enfant, et pendant ce temps elle était la maîtresse d'un marchand de vin.

« A cet amant en succéda un autre; a 35 ans elle mit au monde un cinquième enfant. Abandonnant la famille et les enfants sans souci, elle passait sa vie à jouer aux cartes dans les bouges, et à se disputer avec les ivrognes. Elle essaya plusieurs fois, étant en état d'ivresse, de tuer son mari. A 37 ans, elle eut de l'un de ses amants un sixième enfant, qui mourut de méningite. Elle devint enceinte une autre fois,

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6t abandonna alors définitivement le toit coiqngal, emmenant avec elle ses filles qu' elle abandonnait à la merci du premier venu, pendant qu'elle s'enivrait ; à 39 ans, elle devint enceinte pour la neuvième fois, et se laissait maltraiter par son amant.

€ Cette femme avait trois sœurs.

« La première était vicieuse dès Tenfance. Corrompue, à 16 ans elle se donna à la prostitution; de caractère irascible, elle arracha une oreille à une femme, dans un accès de jalousie; la seconde sœur, alcoolique, lascive et obtuse, a trois enfants, dont Tun, à l'âge de 9 ans, se précipita de la fenêtre pour un motif futile, et une autre fois, sans raison apparente, se jeta sous une voiture.

€ n soufOdt de méningite et guérit.

€ La troisième sœur, obtuse et luxurieuse, s' enivrait en compagnie de son mari.

€ Passons maintenant à l'examen de la troisième génération, qui comprend 8 en&nts.

€ 1^ Une jeune fille de 19 ans, peu intelligente, très blonde; elle a. la voûte palatine ogivale, et les protubérances frontales très développées; le système pileux est aussi très développé. Méchante, jalouse, elle mettait des épingles dans la soupe de ses frères. A 10 ans on la trouvait dans les gargotes avec de jeunes gens se livrant à une débauche précoce. € 2* Un jeune homme de 18 ans, travailleur, économe, honnête, mais nerveux et entêté et de caractère &ible comme le père.

€ 3* Une fille adultérine de 15 ans, vicieuse, buveuse •et gourmande. Elle fréquentait les débits de vin et s'enivrait souvent. Elle volait dans les vitrines des épiciers.

€ 4® Une fille de 14 ans, paresseuse, menteuse, voleuse, irascible, égoïste, coquette et lascive, sa figure est constamment contractée par un tic nerveux, et sa physionomie n'est qu'une grimace continuelle. Sans aucun respect pour la familJe, ^lle profite pendant la nuit, du sommeil de sa grand' mère pour lui pincer les jambes, afin de se venger des punitions qu'elle a encourues.

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€ 5® Un garçon de 8 ans, rachitique, scrofuleux, très nerveux, irascible, despote ; il a des accès avec tendances à casser tout ce qui se rencontre sous sa main.

« 6® Une fille adultérine, morte à 16 ans de méningite.

La fameuse voleuse Sans Eefus était fille d'un voleur Comtois, mort sur la roue en 1788 et de la voleuse Lempave.

Marianne, la complice la plus habile de la bande Thiebert^ nacquit d'une voleuse et d'un voleur, cinq fois récidiviste ; elle vit le jour siu: la route publique dans une charrette volée (Lucas, De Vhérédité naturelle^ pag. 487).

Sighele a étudié tous les procès intentés contre les habitants d'Artène depuis 1852, et il a toujours rencontré les mêmes noms; le père, le fils, le neveu s'y suivaient à distance,, comme poussés par une loi fatale ; dans le dernier procès, se trouvaient deux familles, déjà célèbres dans les annales judiciaires: l'une était composée de 7 personnes, l'autre de 6: le père, la mère et les 4 fils, il n'en manquait pas un. C'est bien le cas, dit Sighele, de répéter les paroles de Yidocq : € Il existe des familles dans lesquelles le crime se transmet de génération en génération, et qui ne paraissent exister que pour prouver la vérité du vieux proverbe : Bon chien chc^se de race » (Arch. di psich., 1894).

Affinités électives. — On voit que cette hérédité, renduesi active par l'union de deux familles criminelles, d'oii surgissent naturellement les bandes organisées, a sa soii.rce dans une espèce d'aÔinité élective qui pousse la femme délinquante à choisir un amant ou un mari parmi les plus enclins au crime.

Eappelons l'affinité élective, qui, dans la famille Y., poussa René à choisir ses maîtresses parmi les prostituées et les délinquantes — et rappelons les mariages des Chrétien et Lemaire (v. s.).

Nous trouvons un autre exemple frappant de cette affinité^ dans les sympathies fatales de la marquise de Brinvilliers pour / Sainte-Croix, et dans celles de Louise Poch... et Marie Catel...^ voleuses, escroqueuses, prostituées, pour Rossignol ; la pre-

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