‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 88 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

certaine réputation de sévérité, les iniquités des bandits étaient fréquentes, surtout dans les deux derniers siècles ; les précautions, les lois, les menaces, les punitions restaient le plus souvent sans effet.

« Dans la Vénétie, si un noble commettait quelque délit, la justice, appelons-là quant même ainsi, envoyait aussitôt des bandes contre les révoltés qui troublaient la tranquillité de la ville, mais le peuple, en éludant les lois protégeait les bandits qu'il tenait en grande considération, et le noble délinquant trouvait un refuge certain dans son château. Les magistrats, eux-mêmes nobles presque tous, après avoir publié décrets et sentences contre les criminels, après un grand fracas de menaces, mettaient toutes choses à l'oubli. Le Résident de la République vénitienne à Milan, n'avait-il pas lui-même aSirmé, les armes à la main, le droit d'asile ? En effet, un matin le chef des archers de Milan avec ses sbires était passé devant la maison du Résident qui, pour punir tant d'audace avait fait décharger siu* eux une fusillade qui en blessa et tua plusieui-s » (1).

Enfin, quelque chose de pareil, si non à la camorra, mais certainement à la mafia sicilienne, existait à Paris à l'époque de Cai-touche. Les voleurs y étaient organisés en bandes, avaient des centies d' action jusque parmi les agents de police ; ils comptaient des pseudo-huissiers, des espions et avaient pour affiliés toute une population : aubergistes, porte-faix, horlogers, tailleui-s, armuriers et même des médecins.

En France, en 1500, les Bourguignons, les Bohémiens, étaient de véritables bandes de brigands, composées d'anciens soldats d'aventure, de vagabonds, qui à mesure que se poliçait la société, que les rues s'ouvraient dans les grands centres de Paris, se retiraient dans les bois de Rouvray, d'Estrellère, où les fugitife de la guerre civile allaient les grossir (Voyez Homme Criminel^ vol. II, pag. 474).

(1) Op, cit.

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Armes, — Il est une autre circonstance qui influe puissamment sur le brigandage : c'est la facilité de porter et de manier des armes. Les gladiateurs, sous les Romains, furent les plus terribles chefs de brigands; et transformèrent leurs bandes en véritables armées. Il est à noter que « dans tout le midi de l'Italie, dit Tommasi Crudeli (p. 73), à commencer par la campagne de Rome, le couteau, bien plus qu'une arme proditoLre, est Tépée du peuple; presque toujours, en effet, r usage du couteau est précédé d' une provocation formelle. L'habitude de ces duels est si profondément enracinée, que durant le rigoureux désarmement de la population sicilienne, opérée par Maniscalco, il y avait dans chaque quartier de Palerme des cachettes pratiquées dans les murs et connues de tous les habitants du quartier, dans lesquelles étaient déposés les couteaux qn' on allait prendre dans les cas de disputes ».

Paresse, — L'extension de la mafia a Palermo est due a l'absence de toute industrie et à l'influence des couvents qui en favorisent la paresse.

Certes, les prêtres et les moines, enti-ent toujours comme part et cause du brigandage ; la province napolitaine au xvm siècle comptait sur 4 millions d' habitants, 115,000 ecclésiastiques, dont presque la moitié étaient moines ; chaque village de 3000 habitants avait au moins 50 prêtres. Et, chose remarquable, dans l'argot des camorristes, l'ordre était appelé iibbidienxa^ justement comme dans le jargon des couvents.

Los prêtres faisaient de la mendicité un métier, et souv^t même une œuvre méritoire.

Une des causes principales du brigandage et de la camon^e, dit très bien Monnier, était l'habitude répandue parmi les Napolitains de laisser grandir leurs enfants, dès l'âge de trois ans, au milieu des rues, en mendiant et jurant par tous les saints, qu' ils étaient orphelins et mouraient de faim ; le mendiant se transformait bientôt en filou ; jeté en prison,

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