‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 91 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

ses adversaires administratifs par des incendies ou en dépréciant les biens qu'il voulait acheter.

Prisons. — Mais la cause prépondérante entre toutes c'est le séjour dans les prisons qui ne sont pas construites sur le système cellulaire. Presque tous les chefs de malfaiteurs : Maino, Lombarde, La Gala, Lacenaire, SoufFard, Harduin^ étaient des échappés de galère, et avaient choisi leurs complices panni ces compagnons qui y avaient donné des preuves d'audace ou de férocité.

C'est dans la prison que prit naissance la camorra et ce n'est que là qu'elle domina tout d'abord ; mais quand sous le roi Ferdinand, en 1830, beaucoup de forçats furent mis en liberté par la grâce royale, ils transportèrent aussi dans la vie libre les gains illicites et les mœurs dépravées auxquels ils s'étaient accoutumés (Monxier, pag. 58). Il y a peu d'années encore, la camorra choisissait ses chefs parmi les détenus de la Vicaria et les caraorristes libres ne prenaient aucune délibération importante sans s'être préalablement concertés avec eux. A Païenne (1) les vrais malfaiteurs se forment dans les prisons, et l'on ne se sert d'éléments nouveaux que quand on ne peut s'en passer pour- de certaines entreprises.

Tout cela est naturel pour celui qui se rappelle les vers des malfaiteui"s Palermitains que nous avons cités dans le chapitre précédent : la prison est luie fortiuie q}ie le ciel nous envoie, parce qu'elle nous enseigne le lieu et les compagnons de vol.

Influence de lu race. — oS'ous avons déjà parlé de la grande influence de la race sur le crime, il est évident qu'elle influe aussi sur les associations. ("Voir H. criminel, Vol. II).

Les Bohémiens, en général, pourraient être appelés, comme les Bédouins, une race de malfaiteurs associés. — Aux États- Unis, le nègre (d'après A. Maury); dans l'Italie méridionale l'Albanais et le Grec, et quelques fois même l'indigène, pa-

(1) LOCATELLI, Op, cit.

laissent avoir les mêmes tendances ; Saint-Jorioz écrivait en parlant de Sera : < Ce beau pays fourmille de voleurs, il y «n a autant que d'habitants > (voyez p. précédentes). Ce fait explique comment des brigands réussissaient à être nommés conseillers communaux. — Les habitants de Castelforte et de Spigno protègent les voleurs à condition qu'ils pratiquent leurs -exploits en dehors de leur pays. — Les habitants des environs de Palerme, parmi lesquels fourmillent les mafiosi^ descendent des anciens bravi des barons (Villari); et, en remontant plus haut, des rapaces conquérants arabes confrères des Bédouins. — J'ai remarqué, écrit d'Azeglio, en parlant des BomainS; que dans les anciens fiefs du moyen âge (Colonna, Orsini, Savello) est restée dans la population l'empreinte de cette vie de haine, de guerre, de division, qui était la vie normale de toute l'année dans ces malheureux siècles ; on y retrouve chez presque tous les jeunes gens le véritable type -du bravo (Boxxetii délia vita italiana^ pag. 187).

Hérédité. — Ces questions de race, il est aisé de le comprendre, se résolvent en une question d'hérédité.

Parmi les brigands modernes méridionaux, il y en avait quelques-uns qui descendaient du terrible Fra Diavolo. Beaucoup d'entre les fameux camoixistes sont frères, et on connaît les sept frères Mazzardi, les frères Manzi, les Vadarelli, les La Gala, et dans le Nord- Amérique les frères Toungas, qui allèrent jusqu'à dévaliser en plein jour les banques publiques du Minnesote. La bande de Cuccito, celle de Nathan, étaient toutes composées de parents, frères, beaux-frères. Ici, à l'influence de l'hérédité qui peut perfectionner dans l'art du mal aussi bien que dans celui du bien, à Y influence de la tradition, de l'éducation vient encore se joindre la puissance du nombre. Une famille de malfaiteurs est une bande toute formée, qui grâce à la parenté, a le moyen de se grossir et de se perpétuer dans les enfants (v. chap. précédents).

En 1821 les communes de Yrely et de Rosières étaient affligées par des vols et des assassinats, dénotant chez leurs

PJREMIERB PARTIE 267

auteurs une grande connaissance des lieux et une audace peu commune. La terreur empêchait les dénonciations, mais la justice finit par découvrir les coupables qui appartenaient tous à une seule famille. En 1832, les vols sV renouvelèrent, et les auteurs n'étaient autres que les neveux des premiers coupables. — En 1852 et jusqu'en 1855 les assassinats se réitérèrent dans les mêmes communes. C'étaient encore les arrières neveux des premiers qui aboutissaient à ces Chrétien, Lemaire et Tarne desquels nous avons donné plus haut l'étrange arbre généalogique.

Ces faits nous expliquent très bien, poiu-quoi dans un village donné, nous trouvons un continuel repullulement de délinquants. H suffit qu'une seule de ces fan^illes perverses y ait survécu, pour corrompre, par l'affinité élective qu'ont entre eux les criminels, en peu de temps tout le pays ; cela justifie jusqu'à un certain point la barbarie des anciens et des sauvages qui punissaient avec les coupables, leurs parents innocents.

Autres causes. — Les délinquants s'associent très souvent aussi par nécessité, afin de pouvoir réagir contre la force armée, ou bien poiur se soustraire aux recherches de la police, en s'éloignant du lieu de leurs exploits, bien que l'on ait remarqué que presque tous les malfaiteurs associés ont une tendance constante à commettre leurs méfaits autour de la- zone de leur propre pays.

Ils s'associent encore, pour se compléter réciproquement, par les spéciales aptitudes qui leur manquent, comme Lacenaire qui était lâche, s'associa avec Avril qui était féroce et sanguinaire ; comme Maino et La Gala qui étaient courageux, mais ignorants, s'associèrent à Ferraris et Davanzo qui étaient instruits. — La plupart cherchent dans leurs complices ce courage qui leur manque naturellement. Ajoutons que pour beaucoup de ces gens-là le crime est une espèce de partie do plaisir, dont on jouit mal tout seul.

Parfois; l'association a une origine tout-à-fait accidentelle :

ainsi Tepas, en sortant de la prison, se mit à dévaliser un ' rogne, mais il s'entendit appeler par Faurier qui voulait parler le butin ; — dès cet instant naquit la bande Tepas,. s événements les plus fortuits, dit Mayhew, tel que lo it d'habiter le même quartier, la même rue, de porter le ême nom, do s'être rencontrés à la sortie de la prison, etc.^ muent naissance aux bandes des petits voleurs de Londres. Les rendez-vous des gamins en certaines places, dit Spaiardi, est une cause principale du brigandage en Lombardio.

Causes de crimes poKliques.

Nous avons vu que le crime politique est une sorte de «rime par passion, punissable seulement parce qu'il porte atteinte aux sentiments conservateurs et misonéiques de la race humaine, particulièrement dans la religion et dans la politique (1). Nous avons vu (H. Cnm.^ vol. II) qu'il est surtout fréquent dans la jeunesse et dans les peuples les plus intelligents et les plus cultivés.

Orographie, — L'influence de la plus faible pression de l'air sur ce genre de crime, est incontestablement très grande. On peut dire que les plus grands révolutionnaires surgirent toujours parmi les habitants des montagnes; voir les Sannites, les Marses, les Ligures, les Cantabres, les Bruzzes contre les Homains ; les Asturiens contre les Goths et les Sarrasins, les Albanais, les Druses, les Maronites, les Mainottes (2) contre les Turcs. De même que ce fut dans les Cèvennes en France, dans la VaJtelline et à Pignerol en Italie, que surgirent les premiers efforts en faveur de la liberté religieuse, malgré les dragonnades et les supplices de l'Inquisition.

(1) £a voir la démonstration complète duis mon Oréme pdiUifue «/ les rcvolutionSy 1890, !«' partie.

(2) Ce furent les Mainottes du Mont Taigete (Sparte) qui proclamèrent les premiers l'indépendance (Gervinus, Risorgimeiito délia Oreeia, 1864).

270 CHAPITHE XIX

Suivant Plutarque, Athènes, après la sédition de Cimone^ se divisa en trois partis, correspondant chacun aux diverses configurations géographiques du pays : les habitants de la montagne voulaient à tout prix le gouvernement populaire; ceux de la plaine réclamaient un gouvernement oligarchique: tandis que ceux qui habitaient près de la mer préféraient un gouvernement mixte.

Lieicx concentriques. — Dans les endroits, où convergent les vallées et où les contacts sont le plus nombreux, les peuples sont plus novateurs et plus révolutionnaires.

La Pologne dut incontestablement sa précoce civilisation et ses révoltes, de même que plus tard ses infortunes, à la position qu'elle occupe et qui fait d'elle un pont entre les Slaves, les Allemands et les Bizantius.

Los départements de la France, situés sur le parcours des grands fleuves, Seine, Rhône, Loire, ou possédant de grands, ports, fournirent, indépendamment d'autres causes, le plus fort contingent de votes révolutionnaires (1).

Doisité, — On peut en dire autant de la plus grande densité démographique et de la plus grande activité industrielle, qui sont en rapport avec un esprit d'évolution plus avanc^\ tandis que les populations agricoles et à moindre densité, sont le plus souvent les plus conservatrices (1).

Saluhriié et génialité. — La salubrité et la fertilité de liu terre ne restent pas non plus sans exercer sur l'esprit de révolte ime influence prépondérante, comme je l'ai démontré pour l'Italie par do longues séries de chiffres (1); et do son côt^î la plus grande génialité j prend une large part; c'est pour cela que Florence, Athènes et Genève, qui furent les Ailles les plus géniales, furent aussi les plus rebelles : et les génies, ainsi que

(1) Voy. Crime politique de Lombroso ot Lasohi, 1890.

Page 1