PREMIERE PARTIE
dans un opuscule intitulé : Règles pour faire^ d'un grand empire^ un petit, résume, comme il suit, les causes de mauvais gouvernement, qui, effectivement, entraînèrent ensuite son pays à la révolte :
« Voulez-vous, écrivait-il, en s' adressant à la métropole, irriter vos colonies et les pousser à la rébellion? Voici un moyen infaillible : Supposez-les toi\jours disposées à se révolter et traitez-les en conséquence : placez chez elles des soldats qui par leur insolence provoquent la révolte et la répriment avec des balles et des baïonnettes ».
Dans un pays où les réformes politiques marchent de pair avec les aspirations du peuple, les soulèvements sont rares ou nuls.
En France, un régime, comme celui des Orléans, convenable pour les classes riches, mais n'ayant aucune affinité avec les classes populaires, multiplia les révoltes et les crimes politiques, qui disparurent dans les premières années du gouvernement côsarien -démocratique de Napoléon III, qui en imposait au peuple par sa magnificence et ses tentatives de réformes sociales. C'est un fait démontré par les statistiques des accusés poiu: causes politiques de 1826 à 1880 (y compris les délits de presse), dans lesquelles on relève, en effet, que la période Napoléonienne (1851-1870) correspond au minimum des procès politiques :
Moyennes annuelles En contradictoire Contumace
Causes Causes
274 CHAPfTRB XIX
La lutte pour la suprématie entre les différentes classes sociales est un effet de cette inégalité, qu'Aristote appelle: la sottrce de toutes les révolutions (1). « D'un côté, écrit-0^ il y a ceux qui veulent l'égalité et qui s'insurgent, s'ils croient avoir moins que les autres, même s'ils sont égaux à ceux qui ont davantage : de l'autre côté il 7 a ceux qui aspirent au pouvoir et qui se soulèvent si, étant égaux, ils croient que l'égalité p'a pas une juste raison d'exister » .
Il suffit qu'une classe dominante abuse du pouvoir pour susciter la réaction ; et encore Aristote avait déjà dit [Politicon^ VIII) : « De quelque côté que penche un gouvernement, il dégénère toujours par l'exagération des principes sur lesquels il est fondé ».
En France, la Révolution de 1789 qui semblait devoir étouffer le principe monarchique dans le sang d'un roi, en dégénérant en anarchie, prépara l'Empire, qui surgit de nouveau après les troubles anarchiques de la République de 1849.
Les tortures qu'infligeaient Démophyle et sa femme à leurs serfs furent (avec la coutimie du brigandage traditionnel) cause de la grande révolte des esclaves en Sicile.
Prédominance exclusive (ïùne classe. Prêtres — Indépendamment de toute forme de goaveniement, la seule prédominance d'une classe, ou d'ime caste sur l'autre, fut de tous temps dangereuse en entravant le développement organique d'un pays et en le prédisposant d'abord à l'atrophie, ensuite à l'anarchie, par un procédé opposé, mais aussi fatal, que les révoltes violentes.
C'est aiuiii que la prédominance du clergé en Espagne, en Ecosse, et en Italie dans les États Pontificaux et dans le
(1) PolUicon, lib. X, Chap. 11. C'est un fait curieux que tous les auteurs qui ont étudié et écrit sur les révolutions, n'ont fait que copier Aristote, et cola parce qu' il fut un positiviste de génie, qui vécut au milieu d'un grand nombre de petites révolutions, ot vit et apprit certainement plus que tous SOS successeurs.
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NapolitaJD, retarda pendant longtemps ces pays dans la Yoie du progrès et les poussa à la révolte. — Et c'est pour une cause analogue que la tyrannie des patriciens de Borne, malgré sa déMte, l'entraîna d'abord à Saturnin et à Gatilina, puis à la dictature Césarienne; cette dernière, à son tour, provoqua la tentative de Brutus, qui manqua à son but parce que les Empereurs représentaient une juste réaction des classes humbles contre les classes oligarchiques.
Et bien souvent les oligarques, en rivalisant entre eux pour le pouvoir, comme a Cnido, laissèrent le pas libre au peuple qui les renversa. Cette fois ce sont eux-mêmes qui se font démagogues pour vaincre leurs adversaires (Aristotb, o. c).
À Florence, au moyen âge, la tyrannie des nobles pr^ara le triomphe de la petite bourgeoisie; et les abus de celle-ci provoquèrent à leur tour l'élection du Duc d'Athènes, qui, bien qu'il cliercha de réprimer les abus de pouvoir, finit par s'aliéner la plèbe elle-même, qui le chassa.
Classes équilibrées. — Loi-sque, au contraire, les classes sociales et les pouvoirs qui en dérivent s'équilibrent, la liberté se maintient et les révulutions deviennent très rares : c'est ainsi, que la durée de Sparte, suivant Aristote, dériva de la juste distribution des pouvoirs entre les classes élevées, représentées par le Sénat et les classes popul^dres, représentées par l'Ephorie, qui était élue par suffrages, à haute voix, sur les places publiques; et parce que les rois, dont les attributions étaient limitées, étant deux, se trouvaient aisément en désaccord et ne pouvaient, en conséquence, que rarement devenir des tyrans.
Partis et sectes, — Les partis et les sectes, parfois utiles dans la lutte des faibles contre les foris, sont souvent, comme les appelle Coco, des itisiruments corrupteurs de Vhomme, qui à son tour corrompt la tmiion.
On en trouve une confirmation évidente dans le spectacle qu'offrirent en Italie les Communes du moyen âge surtout à
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Florence, où Tintolérance et l'exagération des partis occasionnèrent, suivant Perrons (1), le complet épuisement politique et intellectuel.
Mais le mal est plus grand quand les partis tombent dans Texagération ; Sarmiento le prouve par l'exemple de la République Argentine, oii contribuèrent justement à la réaction de Rosas les Unitaires de Buenos- Ayres, véritables types d'utopistes révolutionnaires, idéologues, qui procédaient en droite ligne, le front haut, sans jamais dévier d'une ligne, employant toujours certaines phrases dédaigneuses, et qui, à la veille d'une battaille, s'occupaient d'un règlement, d'une formule ou d'une phrase pompeuse : impossible de trouver des hommes plus raisonneurs, plus entreprenants et plus... dépourvus de sens pratique (2).
Autant les partis gagnèrent du terrain dans l'influence politique, autant s'affaiblit, au contraire, avec le développement de la Uberté, l'importance des sectes, qui justement étaient le fruit de l'oppression; parce que, comme l'écrit fort justement Coco, la persécution transforme les idées en sentiments, et ceux-ci à leur tour conduisent aux sectes; mais c'est certainement grâce à cette origine, que la civilisation moderne leur est redevable de tant de services et de réformes dans le champ politique: il sufi&t de rappeler les Carbonari en Italie, les Cartistes en Islande, les Hétaïres en Grèce et les Nihilistes en Russie; quoique l'idéal de ces derniers ne semble pas correspondre aux sentiments de la grande majorité de la Russie actuelle, dont on peut dire ce qu'écrivait Stepniack de l'ancienne, que Czar et Dieu sont fondus ensemble dans l'idée populaire (3).
En Italie la Main fraternelle, découverte à Girgenti en 1883, était, au commencement, une sorte de société de secours mutuel dans les infirmités et dans les morts. Mais bientôt
(1) Histoire de Florence, vol. VI.
(2) Sarmiento, Civilisation y Barbaria, Buenos-Ayres, 1869.
(3) La Russie sous les Cxars. Paris, 1880.