PREMIERE PARTIE
elle dégénéra; certains devoirs occasionnaient certains délits. Tous devaient se faire respecter pour l'honneur du corps, protéger les femmes, venger les offenses des compagnons, coopérer pour les sauver s'ils étaient accusés ; ils finirent par l'assassinat qu'ils ordonnaient et exécutaient de la même façon qu'entre chasseurs on poursuit et met à mort un lièvre; et par l'intimidation sur les jurés, sur leurs adversaires dans les enchères publiques ; si bien que les gens honnêtes devaient ou s'y affilier ou payer d'autres criminels pour s'en défendre (1). En Irlande, la Ligue agraire, dont on connaît le haut et loyal patriotisme dans la lutte en faveur de la liberté politique et économique de ce pays, vit, il y a peu de temps surgir à son côté la secte des InvincMes, qui ne comptait pas plus de deux cents membres, mais qui se signala bientôt par toute sorte de délits, soi-disant agraires.
Imitation. — Xous avons vu la criminalité, la folie, l'hallucination devenir épidémiques, par une véritable imitation dans les émeutes populaires; et l'imitation, par ce fait, être une cause et un facteur puissant de la révolte. — C'est ce qu'on peut voir se produire sur une grande échelle parmi les peuples, jusqu'à devenir une véritable épidémie révolutionnaire ; et c'est ce qui arriva, suivant FeiTari (2), dans la période de 1378 à 1494, dans laquelle, les plèbes européennes imitèrent les multitudes Italiennes révoltées contre les anciens seigneurs, à Rome avec Cola, à Gênes avec Adomo, Doge plébéien; à Florence avec les Ciompi, à Palerme avec Alessi, à Ifaples avec Lazzari.
Dans cette période eut lieu, presque en même temps, l'insurrection en Bohême des Hussites contre les Luxembourgeois ; les révoltes des ouvriers et des paysans des villes libres de l'Allemagne (Worms, Hall, Lubecca, Aquisgrana), le refus
(1) Voy. Lestingi, L'associaxione délia FrcUdlanxa (Arch. di psichiatria, vol. V, p. 462).
(2) Storia délie rwoluxioni d^Italia, Milano, 1870.
des bourgeois de Gand de payer les impôts, la guerre d'indépendance de la Suisse, les insurrections des paysans Suédois avec Inglebert, des Croates avec Harvat, et en Angleterre le mouvement religieux initié par ^Vyclif.
Les hommes de 93 imitèrent ou mieux singèrent les héros de Plutarque (Buckle), comme les Napoléoniens imitèrent les Césars.
En France, en 89, presque tous les départements imitèrent les massacres des septembriseurs de PariÉ et plus tard ceiiz de la terreur blanche. Et Aristote indique comme cause de révolte le voisinage de pays gouvernés diversement.
Le voisinage de roligarchique Sparte feisait souvent tomber la démocratie d'Athènes et vice-versa.
Idéaux épidémiqties. — La domination presque épidémique de certains idéaux n'est pas sans y exercer aussi son influence : ime fois c'était l'idéal monarchique — la gloire de son propre roi; puis la souveraineté populaire (1789); ensuite ce fut le principe de la nationalité, maintenant c'est l'amélioration des conditions économiques : non pas en réalité qu'elles ne soient plus mauvaises que ne Tétaient celles de nos pères ; les famines, au contraire, qui moissonnaient par millions les victimes, n'en fauchent maintenant que peu de centaines et nos ouvrières ont plus de chemises que les plus superbes châtelaines de l'antiquité. Mais les besoins, et la répugnance pour les moyens de les satisfaire ont augmenté en proportion de rac3roi8sement des gains : la charité conventuelle monastique est encore le moyen le plus répandu qiu nous soit offert pour soulager les trop nombreuses misères ; mais elle ne pare pas autant aux premières nécessités qu'elle n'irrite la naturelle fieii;é de l'homme moderne; quant à la coopération, elle a une zone d'action trop limitée, et dans nos campagnes elle manque même presque complètement.
Tradition historique. — Chaque révolution^ a écrit Machiavelli, laisse une pierre d'attente pour une autre ; on Tit en effet certaines révolutions reproduire les formes d'autres