PREMIERE PARTIE
révolutions arrivées à des époques très reculées; comme le Tribunat, qui après tant de siècles, revécut à Eome avec Cola de Rienzi et Baroncelli et dernièrement avec Cioeruacchio et Coccapieller, malgré tant de diversités d'institutions et d'individus.
Les tendances révolutionnaires de la Komagne se rattachent à leur histoire du moyen âge :
« Romagna tua non è ne sarà mai
« Senza guerra nel cuor dei tuoi tiranni ».
(Dante) (1).
La Commune de Paris elle aussi imita '89, comme '89 avait imité les Jacqueries, tandis que l'Assemblée nationale de Paris singeait les Assemblées provinciales de Erance; on peut dire qu'à Paris les barricades sont devenus une habitude décennale, comme en Espagne les révolutions militaires, en Russie les attentats contre les Czars, en Macédonie et en Grèce le brigandage, etc.
Une dernière preuve de cette influence des traditions, c'est que les révolutions qui ne savent pas les maintenir en honneur, périssent; et plus est grande la différence entre la forme du Gouvernement abattu et celle du nouveau, plus est instable l'adhésion du peuple. Un meilleur sort eurent pour cela les révolutions dont les auteurs surent respecter un droit antérieur, comme Brutus I, qui conserva à la plèbe son roi, sous le nom de roi sacrifècuius (chef des sacrifices), comme les Césars qui maintinrent les tribuns, le Sénat et jusque la même forme républicaine n'assumant que le titre de généraux ; comme les Anglais qui avec la Magne Charte s'en tinrent au droit antérieur, comme en Italie les Guelfes qui tout en représentant la plèbe, choisirent, pour conserver le pouvoir, le capitaine du peuple parmi les nobles, comme déjà avaient fait les Gibelins pour leur podestat
(1) Ta Romagne n'est et ne sera jamais
Sans guerre dans le cœur de tes tyrans.
Cela n'échappa pas à l'esprit pénétrant de Machiavelli qui écrivit : « Celai qoi veut réformer un État libre doit retenir l'ombre des moyens antiques, car, en transformant les choses anciennes les esprits des hommes doivent s'etforeer que ces transformations conservent de l'ancienneté le plus qu'il est possible » .
Réformes politiques inappropriées, — Il n'y a que des hommes ignoiants de la nature humaine, ou excessivement despotiques, qui puissent décréter des mesures ne correspondant pas aux conditions du moment, et détruire des institutions antiques pour les remplacer par des nouvelles, non pas parce qu'elles sont demandées, mais parce qu'ils les virent appliquées par d'autres dans d'autres organismes sociaux. En ap^issant ainsi ils soulèvent le mécontentement qu'enti-aîne après elle toute réforme ; et, en n'étayant pas le nouveau sur le vieux, ils créent un véritable antagonisme qui a pour résultat la dispersion des forces de l'État, et par suite un renouvellement continuel de révolutions. C'est ce qui aniva des réformes d'Arnaldo et de Savonarole ; de Cola de Rienzi qui voulait tenter en Italie une réforme politique que seulement Cavour put effectuer et encore non pas complètement; il en arriva autant en France de celle de Marcel qui essaya de fonder une fédération républicaine, alors que sans doute une constitution n'était pas même possible, et d'y introduire (ce qui était un songe en ce temps là) la taxe proportionnelle, l'unité sociale et administrative, les droits politiques étendus comme les civils, l'autorité nationale substituée à la royale, et Paris à la tête de toute la France (1).
Vouloir tout réformer c^est vouloir tout détruire^ écrit Coco à propos de la Révolution napolitaine du 1799. En Espagne, Charh^s III put, grâce au prestige de son génie et de son autorité, réprimer le clergé et améliorer les conditions du pays.
(1) Le vieux neuf, 1877.