‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 112 sur 190 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

convertir ses anciens camarades de Moulberry: elle parla aux 1500 détenus d'Auburn. — « Qu'avons-nous gagné, leur disaitelle, à servir le démon: prison, misère, mépris et maladies. — Quand j'étais si mauvaise, aimant à me faire craindre des autres, j'avais souvent peur et ne me serais pas mise au lit sans une lampe brûlant à côté de moi. Le matin je me demandais si je ne coucherai pas en prison le soir.

« Je me rappelle lorsqu'une dame me dit: Avez-vous trouvé Jésus? je lui répondis: Non^ est-ce qu'il perdu ? car, je haïssais les protestants. Ma religion était de pure forme (catholique).

« Si vous me demandez combien de temps cela m'a pris pom" abandonner sans retour ma vie de péché, je vous répondrai : Environ trois minutes, le temps de demander à Dieu de le faire » .

En 11 mois elle en convertit plus de 100.

Elle mourut de phthisie dans l'anrée — et le bruit qu'elle souleva autour d'elle fut si grand, qu'après sa mort 80 de ses complices devim'ent ou parurent devenir honnêtes (1).

Je ne garantis pas la conversion de ces derniers, mais celle de Délia est certaine ; on en trouve la preuve dans la transformation de sa physionomie qui est contrôlée par la photographie. — Mais avant tout, si Ton se rappelle qu' elle fut conduite à la prostitution et au délit par un viol commis sous l'influence d'un narcotique, qu'il n'y eut pas de précocité; et que même dans sa vie de délit elle se faisait la protectrice des faibles, si l'on pense à tout cela, elle apparaît bien plus une criminaloïde qu'une criminelle-née. Quoiqu'il en soit, la promptitude de sa conversion (ce fut, dit-elle, l'affaire de trois minutes) sous l'influence d'une impression suggestive et l'ardeur qu'elle y apporta, prouvent que dans ce cas, la passion religieuse en état naissant, étouffa toutes les autres passions.

Mais il est évident que de pareils cas, absolument hidividuels, comme celui qui me fut cité par les Baptistes, d'un voleur vagabond et ivrogne, qui, sous l'impression des sermons et des

(1) Délia, dite l'Oiseau Bleu, par E. M. Whitiemok, Genève, 1894.

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exemples des missionoaires, se convertit tout à coup et s'enrôla dans leurs rangs en persistant dans le bon chemin (1), ne prouvent rien en faveur de la religion et ne peuvent être cités à l'appui de son efficacité dans la cure de la criminalité comme elle est organisée chez nous, où ces féconds fanatismes n'auraient aucune prise.

Si l'on veut bien, d'ailleurs, remarquer que ces miracles se produisent surtout parmi les Anglo-Saxons et parmi les Suisses, on sera forcé de conclure, que l'influence que nous attribuons à la religion, est due en réalité à la race et à la civilisation avancée, qui porte ces peuples vers de grands idéaux et de nobles fanatismes, tandis qu'avec le développement de la culture, le sentiment religieux y va chaque jour en s'affaiblissant; c'est ainsi qu'on trouve des preuves de noble fanatisme dans les sociétés pour la Culture éthique (Ppukgst, Ueber die Gesellschaft fur Ethische Kultur^ 1896), et chez les Bons Templiers qui sont des sociétés éthiques et anti-alcooliques plutôt que religieuses.

« Dans les pays calvinistes, écrit Ferrero, la religion recrute des milliers de fanatiques, qui sous les noms et les théories les plus diverses s'agitent fébrilement, non en l'honneur d'un rite, mais pour sauver les âmes humaines.

« En Itahe comme en France on ne réussit jamais à déterminer un grand courant de protestation morale contre certaines des plus douloureuses iniquités sociales : et les esprits enthousiastes et actifs doivent chercher ailleurs un champ plus fécond oii déployer leur énergie » (Ferrero, Vita moderna^ 1893).

Considérons par exemple la Salvation Arniy (2), institution créé par Booth, sous les formes extérieures les plus excentriques; hiérarchie militaire, uniformes bizarres, naïves, mais

(1) Autrefois et maintenant^ Confessions, Genève, 1895.

(2) Truth about the Salvation Army, of Arnold White, Francise Park and iFERRARi, 1892, London. — Booth, Light in darkest England, 1892, London.

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