DEUXIÈME PARTIE
ne voulut jamais déclarer le lieu de son refuge. A quoi attribuer chez les enfants des familles honnêtes ces étranges changements ? Où trouvent-ils les moyens de vivre indépendants et émancipés de leurs familles, si ce n'est dans les réunions et les associations de vagabonds?
« Mais, si ces enfants qui se font un idéal de cette vie de vagabondage, trouvaient, au contraire, aux premiers pas qu'ils feraient dans cette voie, la faim, l'isolement et une sévère siu'veillance, ne serait-ce pas préférable pour les familles ? Et la famille, par ce moyen, ne pourrait-elle pas faire valoir son autorité ? Il y a des ordonnances sévères pour l'hygiène publique, pour la police des rues, pour prévenir les contagions ; pourquoi n'y en aurait-il pas une qui limiterait ces
associations, qui sont une menace latente pour la société ? Pour les metti-e à l'ordi-e, quand ils sont enfants, il suffît d'un agent municipal ; laissez-les faire, et quelque jour ils résisteront aux charges de la cavalerie » .
Maisons de réforme. — C'est à la préservation ou à l'amendement de ces enfants que prétendent s'appliquer les établissements de réforme, qui en accueillirent, il y a quelques années, en France 7688, en Italie 3770, en Belgique 1473, en Hollande 1615, en Amérique 2400, Mais, nous avons démontré combien ces institutions sont loin de pouvoir réahser de bons résultats dans le système actuel de leur organisation, qui met en contact toutes ces natures perverses ; cette promiscuité devient encore plus dangereuse, lorsque ces jeunes détenus en arrivent à surpasser la centaine ; ils cessent alors d'être des individus pour devenir un nombre, et ne peuvent être surveillés et cultivés particulièrement, même par le plus habile directeur, de sorte que les règlements les plus énergiques finissent inévitablement par échouer. Et je ne parle pas théoriquement, mais bien d'après une enquête minutieuse dans plusieurs de ces institutions, tout en restant, d'ailleurs, l'admirateur des rares philanthropes qui en sont quelquefois à la tête.
Si dans quelques-unes de ces maisons de réforme, j'ai rc-
marqué des jeunes gens actifs, disciplinés, sans fausse bigoterie, je ne peux en dire autant de beaucoup d'autres, chez qui, sous le masque d'une mansuétude jésuitique, couvait le vice pire qu'auparavant. J'en ai même observé dans un des meilleurs établissements de Milan, qui, lorsqu'on les interrogeait sur les causes de leur internement, mentaient effrontément même devant le directeur, ce qui prouve qu' ils n' avaient ni le repentir, ni la conscience de leurs fautes.
Pour mieux m'en convaincre, j'en observai plusieurs après leur libération; je les interrogeai; et les réponses et les autobiographies que j'en obtins, me prouvèrent combien, même dans les meilleurs établissements, rampent les vices les plus infâmes^ tels que pédérastie, vol, camoiTe, précisément comme dans les prisons; au point d'inspirer le dégoût à ceux-là même, tout autre que vertueux, qui m' en parlaient et qui ne me prouvèrent que trop leur véracité, en retombant en peu de temps dans le crime ; on peut s'en convaincre en consultant la série d'autobiographies et de dialogues placés à la lin de la 2™° édition de V Homme criminel. Turin, 1878.
Dans un de ces établissements, à G... par ex. et à M..., existe impunément l'usage de la pewa, qui consiste à obliger, sous peine d'être battus, les nouveaux arrivés à masturber tous les adultes qui le désirent.
À Ascoli, les détenus incendièrent l'étabhssement avec du pétrole ; — à l'Ambrogiana, trois d'entre eux tuèrent un gardien à coups de poignard, sans autre mobile que le plaisir de faire du mal.
Ce sont incroyables les ruses qu'ils mettent en œuvre : un d'eux, usant de sa qualité de menuisier, cachait dans un morceau de bois, creusé à cet effet, des sigares, du saucisson, etc., qu' il vendait à ses camarades ; un autre cachait un stylet dans sa paillasse ; un troisième une pièce d'or sous sou numéro de matricule, de sorte qu' il 1' avait toujours avec lui quand il changeait de cellule, et sans sa confession on ne l'aurait jamais su.
8 *^/q des jeunes gens, que nous interrogeâmes à la Qe-