DEUXIÈME PARTIE
petits reclus savent qu' il ne dépend que d' eux-mêmes de reconquérir la liberté dans un temps plus ou moins éloigné. Généralement, pour la première fois, cette école forcée ne dépasse pas 8 semaines; ce temps écoulé, l'enfant est mis en liberté avec la recommandation de fréquenter l'école ordinaire.
De ces libérés ou licenciés, 25 ou 30 7o retomberont dans la faute et se feront renfermer une autre fois pour quatre mois et, s'ils y retombent une ti'oisième fois, pour six mois. S'ils ont, ensuite, besoin d'un traitement moral plus prolongé, ils sont envoyés dans une écolo de réforme.
Les écoles industrielles reçoivent les enfants qui n' ont pas encore été condamnés, mais qui pourraient, par les habitudes contractées, faillir facilement. Les écoles de réforme accueillent les jeunes délinquants condamnés par les magistrats (juges de paix), ou par la cours semestrale du Comté ou des assises, à ime peine restrictive à laquelle suit l'internement pour 5 ans, au maximum, dans une école reconnue et autorisée, et soumise à une inspection. — En somme, les écoles industrielles sont des établissements préventifs, les écoles de réforme sont, comme l'indique du reste leur nom, des établissements répressifs et en même temps d'éducation, dans lesquels les enfants délinquants sont soigneusement séparés des enfants simplement vicieux et oii l'on évite avec soin les dangers de la promiscuité en les divisant par petits groupes.
Associations enfa?itines. — Il faut pour la même raison surveiller tous les centres scolastiques afin d'empêcher qu'ils ne se transforment en centres criminels ; on empêchera ainsi aux tendances criminelles, qui existent déjà en germe, de se développer: les associations de gamins dans les grandes villes paraissent inoffonsives; mais ce sont au contraire les plus à redouter ; ce sont celles-là que l'on doit tâcher de supprimer avec la plus grande énergie. « Les enfants qui font le mal, disait un maître d'école à Joly, ne sont jamais seuls; et « quand ils sont ensemble, ce n'est jamais pour quelque
chose « de bon » (Jolt, Le combat contre le crime, etc., pag. 127).
« Quand quelques-uns de ces enfants tournent mal, lui disait un autre chef d'école, c'est presque toujours grâce à des liaisons ou amitiés trop à part; deux enfants bons jusque-là se mettront en commun pour se faire des confidences douteuses et s'entraîneront mutuellement à faire le mal; — pis encore s'ils sont pervers; ils ont des tendances à s'organiser en bandes, qui ont tous les caractères de la criminalité, et usent entre eux une sorte d'argot » (Joly, Ici.).
Nous avons déjà vu nous-mêmes dans la première partie de VHomme criminel., et ensuite ici, dans VEtiologie, comment les hommes, dès qu'ils s'associent, perdent en honnêteté, même s'ils sont sénateurs, députés, académiciens: il est donc naturel que cette loi se manifeste surtout à cette époque de l'enfance où ils sont physiologiquement déshonnêtes (Yoir V" partie).
Il est facile de comprendre combien plus grave est le péril des associations, quand ces enfants appartiennent à la classe des orphelins ou à celle des familles immorales et impuissantes à les élever.
Nous pouvons affirmer, dit Spagliardi (1), que la plupart des jeunes vagabonds et des oisifs^ ne le sont pas par perversité de caractère ou par misère, mais bien par défaut d'éducation et parce qu'ils y furent entraînés par la fréquentation des mauvaises sociétés. Combien de fois, continue Spagliardi, n'avons-nous pas entendu d'honnêtes familles tenir ce propos : « Tant que notre fils resta dans son pays natal, c' était un jeune homme docile, plein de promesses; mais dès que nous nous fûmes établis à Milan, il perdit l'affection et le respect de ses parents et dévahsa plusieurs fois la maison » . Un jeune garçon de 8 ans, de bonne et honnête famille, disparut de la maison de ses parents pendant plusieurs jours, et sut se soustraire aux plus diligentes recherches ; quand on le retrouva, il
(1) The Monist. Chicago, 1895.