‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 147 sur 190 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

pour expliquer les amours homo-sexiiels ; il n'est pas jusqu'à la hernie, observe justement Férc^ qui ne rappelle quelques-unes des conditions normales dans les vertébrés inférieurs, et dans l'embryon; en étudiant les Dinkas (voyez Appendice) je trouve que le pied plat, si fréquent parmi les épileptiques est atavique.

Et très souvent, la morbosité et l'atavisme remontent à une cause commune, comme l'observait Wagner (1), dans une magnifique dissertation : « L'idée, écrit-il , que l'atavisme des criminels se manifeste avec la maladie spécialement fœtale se trouve complètement confirmée dans les belles découvertes de Etting-shausen : si , par exemple , nous refi-oidissons une racine de chêne de manière à la frapper partiellement de mort, l'année suivante elle produira des feuilles qui ne ressembleront plus à la feuille du chêne moderne, mais seront pareilles à celle du chêne de l'époque tertiaire ; ce fait explique la réapparition de formes fossiles intermédiaires et indistinctes. On comprend très bien, dès lors, que des influences capables d'engendrer une maladie peuvent provoquer des rétrogressions morphologiques ataviques » ,

L'arrêt de développement, toujours partiel, n'exclut pas l'énergie dans d'autres directions : l'énergie nmsculaire, la néophyhe, par exemple, et même l'acuité du génie, qui, à son tour, se trouve compensée par la méchanceté et l'absence de sens moral (2); il s'ensuit donc que le fait de l'origine épileptique et morbide de la folie morale n'exclut pas, mais confirme au contraire, sa parenté avec le criminel-né.

Le fond épileptique, tout en fixant les hgnes cliniques et anatomiques du fou moral et du criminel-né, qui se perdaient dans les vagues hypothèses semi-juridiques et semi-psychiatriques, explique l'instantanéité, l'intermittence et le contraste paradoxal de leurs symptOmes, qui sont, sans doute, leurs caractères les plus saillants ; voir la coexistence et le passage de

(1) AVagner V. Jaurego, Autrittsvorlesung an der psychiatrischen Klinik. Vienna, 1895.

(2) LoMBROso, Homme de génie, 2""* édition. — Paris, Carré, 189G.

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la bonté à la férocité, de la lâcheté à l'audace la plus effrontée, du génie à la stupidité la plus complète ; la manifestation de plus en plus fréquente du délire et de l'esprit d'association qui manquent toujours chez les autres ahénés non épileptiques.

Crimiïialoïdes. — Le criminaloïde, tout en s'en différenciant complètement, ne manque pas de rapports avec l'épilepsie et avec l'atavisme ; ainsi tout en comptant un nombre plus grand d^épileptiques (10 'Y^ par exemple, parmi les coupeurs de bourses) que les hommes normaux et une plus grande proportion de types criminels (17 ^o)? i^ compte toutefois quelques anomalies spécifiques, telles que la gaucherie (niancinismo) aussi fréquente chez les escrocs (Yoir vol. II, 216, 514, 518, Homme criminel).

Dans sa biologie on observe un moindre nombre d'anomalies dans le tact, dans la sensibilité, dans la psychométrie, et surtout moins de calvities et canities précoces, et moins de tatounges ; mais on rencontre au contraire une plus grande proportion d'anomalies absolument morbides, dépendant de l'abus des boissons alcooliques, comme les athéromes, les parésies, les cicatrices ; l'anomahe psychique est surtout moindre chez le criminaloïde, qui n'a pas le cynisme, la passion do faire le mal pour le mal; il confesse plus facilement et avec plus de sincérité sa faute et se repent plus souvent; mais il est plus lascif et plus fréquemment alcoolique: et les femmes criminaloïdes sont plus suggestionables ; il est plus précoce et récidive plus souvent, du moins le coupeur de bourses et le simple voleur: il est le plus souvent entraîné au crime par une grande occasion; toutefois l'impulsivité épileptoïde qui le fait failhr sans occasion ne manque pas non plus chez lui. Eappelons Casanova, confessant que lorsqu'il commettait une escroquerie, il ne la préméditait pas, mais qu'il lui semblait de céder à une volonté supérieure. Un coupeur de bourses me disait: « Quand cette inspiration nous vient., nous ne pouvons lui résister » [Homme criminel., vol. II).

Dostojewski nous dépeint les contrebandiers de la prison

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faisant leiii' métier presque pour rien, malgré les graves risques qu'ils encouraient et les plus formelles promesses de ne pas récidiver. Mendel et Benedikt nous décrivent les vagabonds comme des impulsifs voyageant continuellement sans but et sans repos.

Les criminaloïdes sont donc une atténuation, non une variété de l'espèce ; cela est si vrai que la plupart d'entre eux, devenus criminels d'habitude, grâce à la longue demeure en prison, ne se distinguent plus des criminels-nés que par leurs moindres caractères physiques, comme Eyraud.

Et ces criminels latents et puissants, que notre société vénère souvent comme ses chefs se différencient encore moins des criminels-nés, dont ils ont tous les caractères; mais leur puissante position leur a donné un dérivatif si grand qu'elle ne leur permet pas de se manifester, si ce n'est dans la famille dont ils sont le fléau ou aux dépens d'un pays entier, quand leur impudente énergie, secondée par la lâcheté et l'ignorance de la majorité ou par les tristes conditions politiques leur permettent de se placer à la tête d'un pays qui ne s'aperçoit de leur nature criminelle que trop tard.

Il n'est pas jusqu'à cette étrange espèce de criminel monomane, qui semble différer de l'épileptique par le mobile du crime et par la manière d' agir (voyez Homme ci^iwinel^ vol. Il, pag. 94, 97 et 418) qui ne révèle cependant l'oiigine épilep tique et atavique par l'obsession, par l'interruption des périodes d'idéation, l'impulsivité, l'importance exagérée accordée à certains détails, à la rime, par exemple, par l'épuisement après la crise criminelle, la préférence pour les symboles, les manifestations exagérées et intermittentes, et enfin par les notes héréditaires.

Fous-criminels. — Même chez les vrais fous-criminels, prédominent des formes que l'on pourrait appeler l'hypertrophie du crime, l'exagération du criminel-né, aussi bien par les caractères somatiques [Homme criminel., pag. 34 à 228, vol. I), fonctionnels, étiologiques que par la manière d'accomplir le crime et de se comporter après l'avoir accompli (p. 213 vol. II);

de sorte que, de même que les formes épileptiques, elles nous ont souvent servi par leur exagération à expliquer l'extension des tendances impulsives obscènes et cruelles des fous-criminels, qui sont presque toujours des épileptiques larvés ou des criminels-nés, sur lesquels se sont greffées la mélancolie et la nionomanie, grâce à cette naturelle tendance des différentes formes psychiatriques à s'enchevêtrer ensemble sur le terrain malsain de la dégénérescence. Nous avons vu ainsi comment l'hystérique, l'alcoolique, le monomane homicide, le dipsomane, le piromane, le cleptomane, le fou transitoire, reproduisent beaucoup des caractères de 1' épileptique et présentent comme celui-ci une exagération du fou moral.

11 n'est pas jusqu'au mattoïde qui en est si éloigné par son calme habituel, par l'absence de caractères de dégénérescence et d'hérédité, chez lequel ne se manifeste parfois cette forme épileptique que nous avons vu être le véritable noyau du crime [Homme criminel^ vol. II, pag. 646).

Criminels imv passion. — C'est l'unique catégorie de criminels qui constitue une espèce à part et forme le contraste le plus complet avec le criminel-né par les lignes harmoniques du corps, la beauté de l'âme, l'excès de la sensibilité et de l'affectivité, de même que par le mobile du crime, toujours noble et puissant, tel que l'amour ou la politique; eh ])ien, elle ne s'en rapproche pas moins, malgré cela, par quelques côtés des épileptiques, comme par excès, par l' impulsivité, par eu, par l' instantanéité des accès et la fréquente amnésie (Yoyez Homme criminel., p. 226, vol. II).

Criminels par occasion. — Les criminels par occasion ou mieux les pseudo-criminels, c'est-à-dire ceux qui ne cherchent pas l'occasion de crime mais y sont presque entraînés où tombent dans les mailles du code pour de très petits incidents, sont les seuls qui échappent à tout rapport avec l'atavisme et l'épHepsie; mais comme l'observait Garofalo, ceux-ci ne devraient, à juste titre, pas être appelés criminels.

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