‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 149 sur 190 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Enfin, les défenseurs des systèmes les plus opposés aux nôtres raffirmeut aussi indirectement par les contraddictions dans lesquelles ils tombent dans leurs définitions.

Si l'on compare les différentes tentatives des codes on voit, en effet, combien il était difficile au légiste de fixer la théorie de l'irresponsabilité et d'en trouver une définition précise. « Tout le monde sait ce que c'est qu^une bonne ou une mauvaise action, mais il est difficile, impossible même, de distinguer si l'action dépravée a été commise avec pleine ou incomplète connaissance du mal » dit llittermayer. — Way, dans sa Die Strafrecht Zarcchung ^ 1851, écrit: « Nous n'avons encore aucune connnaissance scientifique de la responsabilité » . Et Mâhrlvg, Die Zulamft der peinlichen RechUpflege^ pag. 188 : « L'irresponsabilité est un thème que la justice criminelle, dans aucun cas spécial, ne peut résoudre avec sûreté » ; et en effet, il y a des hommes qui sont atteints d'un commencement de folie, ou ils y sont si profondément prédisposés, que la plus petite cause peut les y faire tomber : d'autres sont poussés par l'hérédité à la bizarrerie et aux excès immoraux.

« La connaissance du fait, dit Delbruk, jointe à l'examen du corps et de l'âme avant et après le fait ne suffit pas à éclaircir le thème de la responsabilité: il faut encore connaître la vie du criminel depuis le berceaux jusqu'à la table anatomique {ZeiUch. fiir Psychiat.^ 1864, pag. 72). Or tant que le criminel est vivant on ne peut le disséquer » .

Carrara admet « imputabilité absolue où il y a concours d'intelligence et de volonté dans l'accomplissement d'une action criminelle » ; mais, il ajoute aussitôt après : « à condition que cette volonté ne soit pas amoindrie par l'intervention de causes physiques inteUectives et morales » . Or, nous avons vu qu'il n'y a pas de crime dans lequel manque ces causes.

Droit de punir. — On nous répond: Mais puisque vous niez l'imputabilité, de quel droit punissez-vous ? — Yous proclamez l'irresponsabilité, puis vous frappez. Quelle inconséquence et quelle dureté ! (Carrara, op. cit.).

Je ne puis oublier ce que me disait un vénérable penseur en secouant la tête à la lecture de ces pages: « Où voulezvous en venir avec ces prémisses ? Devons -nous nous laisser dépouiller et assassiner par les bandits sous prétexte qu'on doute s'ils savent de faire le mal ? » . Je réponds : Rien n'est moins logique que ce qui veut l'être trop; rien n'est plus imprudent que vouloir baser des théories, même les plus sûres, sur des conclusions qui pourraient apporter le moindre bouleversement social. De même que le médecin au lit du malade doit douter du plus sûr système de cui-e, quand il s'agit d'un grave péril, de même le sociologue est tenu à la plus rigoureuse circonspection; car, s'il mettait eu œu\Te des innovations de cette espèce, il ne réussirait qu'à démontrer l'inutilité et l'impuissance de la science.

Les connaissances scientifiques, heureusement, ne sont pas en guerre, mais en alliance avec la pratique et l'ordre social.

S'il y a une nécessité du crime, il y a aussi une nécessité de la défense, et, par conséquent, de la peine qui doit se mesurer sm* le degré de témibilité qu'inspire le criminel (Garofalo).

La peine deviendra ainsi moins odieuse, mais aussi moins contradictoire et certainement plus efficace.

Je ne crois pas qu'il existe aucune théorie, ayant une base solidement assise, excepté justement celle qui concerne la nécessité naturelle, le droit de la propre défense; c'est l'ancienne théorie de Beccaria et de Romagnosi (1), de Carmignani, et en partie, de Rosmini, de Mancioi et d' Ellero, qui compte parmi nous deux valeureux défenseurs dans Ferri et Garofalo, et plus encore dans Poletti.

(1) Oenesi del Diritto fenale, au chapitre 212, est écrit : « La société a le droit de faire succéder la peine au délit comme moyeu nécessaire à la conservation de ses individus » . — Beccaria, Dei delitti e délie pêne: « Les peines qui outrepassent la nécessité de conserver le dépôt de la santé publique sont injustes ». — Carmignani : « L'objet de l'imputation civile n' est pas de tirer vengeance du crime, mais de faire qu'il ne se commette plus à l'avenir ».

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