‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 165 sur 190 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Nouvelle Calédouie, Vange rouge, tant elle avait de dévouement pour les malades et les malheureux (1).

D'autre part ; presque tous sont jeunes et c' est dans la jeunesse que l'héroïsme et le fanatisme atteignent le plus haut degré d'exaltation. Et puis, on ne tue pas une idée en tuant celui qui l'a conçue; elle grandit, au contraire, et se perpétue par l'auréole du martyre — à plus forte raison si elle est vraie; taudis que si elle est fausse, elle tombe d'elle-même.

On ne peut, d' ailleurs, juger définitivement un homme durant sa vie, pas plus qu'une seule génération ne saurait avec certitude juger de la fausseté d'une idée, éclose sous ses yeux.

La Russie nous a donné depuis longtemps la preuve de l'inutilité des lois trop sévères contre les criminels politiques; chacune de ses terribles répressions (la mort lente et muette dans les mines et dans les charniers de la Sibérie) à été suivie de nouvelles et plus violentes réactions. — Et il en est de même en Italie et en France.

Ravachol n'était pas mort, qu' on en avait fait un demidieu, célébré dans des hymnes que l'on chantait à Paris au lieu de la Marseillaise (2).

Il n'y a pas, écrit un de nos plus profonds penseurs, G. Ferrero (La Riforma sociale., 1894), d'aliment plus puissant pour exciter les tendances révolutionnaires , que ces martyrologes légendaires qui exaltent l' imagination d' une quantité de fanatiques dont pullule notre société et qui son^ toujours un élément important de tous les mouvements révolutionnaires. Dans toute société se trouve toujours une masse de gens qui ont besoin du martyre; ils jouissent d'être persécutés, de se croire victimes de la méchanceté humaine; ils s'enrôlent dans les partis politiques qui présentent le plus de périls, comme certains alpinistes choisissent poiu' une ascension la montagne aux précipices les plus profonds et aux sommets les plus inaccessibles. Pour tous ceux-ci il n'y a pas d'excitation

(1) LoMBROso et Laschi, Le crivie politique, Paris, 1890, Alcan.

(2) Voyez Les anarchistes de C. Lombroso. — 1896, Paris, Briere.

plus jDuissante à embrasser les tlioories révolutionnaires que les persécutions yiolentes; et rien n'est plus dangereux que de donner à ces imaginations exaltées un cadavre de justicié ».

Ce qui caractérise surtout ces criminels politiques c'est une inadaptation, je dirai spécifique, à la forme du gouvernement sous lequel ils vivent; tandis que les criminels-nés se montrent inadaptables, non seulement au milieu social de la nation dans laquelle il se trouvent, mais au milieu social de toutes les nations qui ont atteint le même degré de civilisation que la leur.

C'est pour cela que tandis que les criminels-nés doivent être éliminés du monde civilisé, les criminels politiques par passion n'ont besoin que d'être éloignés du milieu juridique et social du peuple auquel ils ont montré de ne pouvoir s'adapter.

L'exil, comme il existait du reste dans les lois romaines et comme il est encore pratiqué en Abyssinie, et — dans les cas graves — la déportation, sont donc les peines qui conviennent le mieux à cette sorte de criminels; mais ces peines doivent être toujours temporaires et révocables (1) tous les 3 ou 5 ans au grè du Parlement; car bien avant l'expiration de la peine, l'opinion publique peut avoir changé sur la portée de leurs actes. C'est justement pour cela que notre école, adversaire du jury dans les crimes de droit commun, l'accepte toutefois dans les crimes politiques comme le seul moyen de diagnose permettant de reconnaître si leurs crimes sont regardés comme tels dans l'opinion publique actuelle.

C'est ainsi qu'on punissait autrefois l'hérésie et le blasphème comme les crimes les plus graves tandis qu' il paraîtrait ridicule aujourd'hui de les punir. 11 en sera avant peu de même pour les crimes de lèse majesté, pour les grèves et pour les prétendus délits de la pensée socialiste.

Nous préviendrions par ce moyen ces rares cas de rébellion qui sont, comme nous l'avons vu précédemment, un commencement d'évolution; et cette idée n'est ni révolutionnaire, ni

(1) Voir mon Gririte politique etc., IV partie.

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