TROISIÈME PARTIE
En France, en 1825, on enregistrait annuellenieut 9000 (mmes et délits dont les auteurs restaient inconnus; les dernières statistiques en enregistrent plus de 80.000. En Angleterre, au contraire il y en avait 56,55 en 1886-87, et seulement 53,2 rn 1890-92.
Cet énorme abaissement de la criminalité est bien réellement dû aux mesures préventives, surtout à celles visant les enfants, ainsi qu'aux luttes morales et religieuses contre l'alcoolisme ; nous en trouvons une preuve incontestable dans la bien plus grande diminution des crimes à Londres comparativement à la province et à la campagne ; ce qui est précisément l'opposé de ce qu'on observe partout ailleurs où les grands centres ont toujours une criminalité plus élevée (Yoir Ch. YII e YIIl).
Or, tandis que la ville de Londres, qui est la capitale la plus peuplée du monde civilisée, enregistre 15 personnes suspectes sur 100.000 habitants, la campagne en compte 61, et les autres viUes de provinces 50 :
Londres compte 3,4 maisons suspectes sur 100,000 habitants.
La campagne » 3,9 » > » »
Les autres villes » 8,4 > » » >
Nous avons une autre preuve de Tinfluence des mesures préventives, dans la diminution de l'alcoolisme, circonscrite précisément dans ces pajs de l'Angleterre et de la Suisse, où les sociétés religieuses (Croix-bleue) et les sociétés purement éthiques ou de l'Etat rivalisèrent de zèle pour remédier au mal dans sa source même.
Tandis qu'en France de 1869 à 1892 les ventes de boissons alcooliques de 365,995 montèrent à -417,518 en 1893 et de 1 litre 82 par habitant en 1830, à 4,20 en 1893 ; en Angleterre et en Suisse, au contraire, ces proportions descendirent
des jeunes gens envoyés aux Industrial Schools et celui des condamnés au fouet est augmenté de 9300, ce qui fait soupçonner une élévation dans cette catégorie.
dans les dernières années de 11 à 7 litres dans la seconde et de 7 à 5 litres dans la première (1).
Criminels-nés. — Ce serait une illusion, cependant, de croire qa'on peut appliquer avec succès cette cure aux criminels-nés ; car ils sont, pour la plupart, réfractaires à tout; traitement, même aux soins les plus affectueux commencés dès le berceau, comme Barnardo lui-même a pu s'en convaincre. Tel fut ce Jac..., qui placé par lui dans les meilleures conditions pour s'amender s'évadait incessamment pour se livrer au vagabondage.
Mais tandis que les peuples les moins civilisés s'attardent aux utopies des vieux juristes, et croyant à l'amendement possible de tous les criminels ne prennent aucune mesures contre la marée toujours montante du crime, les Anglais, qui ont su mieux y pourvoir, reconnaissent que si, grâce à leurs efforts ils purent éliminer presque complètement le criminel par occasion, le criminel-né persiste ancore; ils sont les seuls à admettre l' existence des criminels réfractaires à toute cure, des professioîial criminals^ comme ils les appellent, et des criminel classes.
Il n'est pas inutile, pour ceux qui font remonter toutes les causes du crime à l'éducation et au milieu, de préciser cette vérité avec des chiffres.
Tandis qu'en Angleterre les crimes ont diminué de 8 '^/',3, la récidive chez les hommes y reste stationnaire ou à peu près : la statistique anglaise, en effet, en enregistrait en 1892-93 une proportion de 41,7 %, puis de 42 % et enfin de 45 7o ^^'^ 1894-95 (2). Chez les femmes la récidive s'accroît constamment de 54,6 à 60, 4: cela malgré que les institutions préventives pour les femmes soient à Londres i^lus nombreuses que pour les hommes ; mais tous les efforts viennent se briser contre la corruption favorisée par la prostitution et contre
(1) Y. Atks, XCV, Revue du christianisme pratique, nov. 1894.
(2) Paolucci, Revue des Revues, mai 189G.
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l'ascensiou constante de l'alcoolisme chez la femme ; on ne connaît aucun homme, note Paolucci (1) de Calboli, ayant atteint 500 condamnations pour ivrogneries, comme Tassie Jar, ou 250 comme Jane Cakebreade.
Nous avons vu, à ce propos, comment l'introduction des compagnies de travaux agraires et la distribution des terrains diminua le vagabondage et le vol en Westphalie.
Mais, disons-le, ce système ne peut être utile que pour les criminels d'occasion et pour les vagabonds par désoccupation, taudis qu'il ne sert à rien pour les vagabonds-nés: nous en avons une preuve dans une expérience qui fut tentée a Paris.
Une personne (raconte VEconoinisie français^ 1893) obtint de placer avec un salaire de 4 francs par jour chez des négociants, industriels, etc., tous les mendiants valides qui se présenteraient à eux avec une lettre de sa part. En huit mois il offrit cette lettre à 727 mendiants, qui se plaignaient de souffrir la faim faute de travail; or, plus de la moitié (415) de ceux-ci ne se présentèrent même pas pour retirer ce document ; 130 d'entre eux le retirèrent, mais ne se présentèrent à aucun patron. D'autres se mirent au travail pour une demi-journée, réclamèrent les deux francs gagnés et ne reparurent plus. En somme, sur 727, seulement 8 continuèrent le travail. On voit donc par là, que 1 seulement sur 40 mendiants aptes au travail avait le désir sincère de travailler (2).
Si les jeunes gens de Barnardo s'amendèrent en émigrant au Canada, 42 °/q des jeunes gens de F École-Réforme de Eedhill qui y émigrèrent également en revinrent plus mauvais qu'avant malgré 1000 livres sterlings dépensées pour leur amendement (Joi^y, o. c).
(1) Revue des Revues. Mai, 1896.
(2) Voir aussi Pauliex, Paris qui mendie, 1890.
Applications pratiques à la critique pénale, aux expertises, à la pédagogie, aux arts et aux lettres.
Tous ces faits prouvent abondamment que l'anthropologie criminelle résout non seulement les problèmes théoriques de droit, mais peut suggérer d'utiles enseignements dans la lutte de la société contre le crime ; tandis que plus l'ancienne science pénale s'élevait dans les hautes régions jnridiques plus elle s'écartait de la pratique et savait d'autant moins nous défendre.
Crime politique. — Une des applications les plus nouvelles et à la fois les plus pratiques de l'anthropologie criminelle c'est celle qui, partant de l'horreur de l'homme pour le nouveau, de son misonéisme comme base juridique du crime politique qui jusqu'à présent s'était soustraite aux efforts des juristes (1), et de l'étude physionomique et biologique du criminel politique, établit la différence entre la véritable révolution, toujours utile et féconde, et les révoltes toujours stériles et nuisibles (1),
C'est un fait désormais reconnu et dont j'ai fourni des preuves dans mon Crime politique (1), que les initiateurs des grandes révolutions scientifiques ou politiques, sont presque tous jeunes, doués de génie, ou d'un singulier altruisme, et
(1) Yoyez, H. criminel, vol. II, pag. 255 et suiv. — Voyez, Lombroso e Laschi, Crime politique, Alcan Paris, 1891. — Lombboso, Les Anarchistes. Flammarion, Paris, 1895.