TROISIÈME PARTIE
d'une belle physionomie; et loin de présenter cette insensibilité commune aux criminels-nés, ils se distinguent au contraire par une véritable hypéresthésie morale et physique. Mais, si des martyrs d'une grande idée sociale ou religieuse, nous passons aux rebelles, aux régicides, aux présidenticides, tels que Fieschi, Guitoau; aux fauteurs des massacres de 1793^ tels que Carrier, Jourdan, Marat ; aux anarchistes, nous voyons que tous ou presque tous ont le type criminel. — Ce sont des rebelles.
Applications aux expei^tises psi/ehiatriques. — Les médecins légistes, les pénalistes pratiques qui ont étudié l'anthropologie criminelle, ont pu se convaincre de quel précieux secours est cette science dans la diagnose du véritable coupable, de même que pour reconnaître dans quelle mesure un complice a participé à un crime; autant de notions qui ne s'appuyaient souvent jusqu' ici que sur de faibles indices, tels que les divulgations faites dans la prison ou les vagues attestations des maires.
J'en citerai comme preuve les observations suivantes:
Bersone Pierre, 37 ans, voleur très connu, avait été arrêté sous l'inculpation d'un vol de 20.000 fi'ancs, fait en chemin de fer: en prison, il simula la folie, prétendant qu'on l'empoisonnait; on acquit bientôt la certitude qu' il avait commis beaucoup d'autres vols, l'ayant trouvé muni d'une quantité de portefeuilles et de passeports, entre autres celui d'un certain Torelli. À l'observation anthropologique on remarqua :
Capacité crânienne moyenne: c. c. 1589; indice céphalique 77; type physionomique criminel complet.
Le tact est presque normal, langue 1,9, 2-3 à la main droite, 2-1 à gauche avec mancinisme sensoriel.
La sensibilité générale et la dolorifique sont ti-ès obtuses: 48 et 10 miU. du charriot de Ehumkorff, tandis qu'elles sont de 61 et 24 mill. chez un homme normal.
L'étude avec Thydrosphigmographe — instrument avec lequel on met en évidence les tracés du pouls et les modifications de volume des membres sous l'influence d'une émotion et qui exprime en milhmôtres la réaction émotionnelle psychique —
LoMBRoso — JII. 34
me confirma dans l'observation de sa grande insensibilité à la douleur, qui ne changeait pas les lignes sphigmographiques ; la même apathie persistait lorsqu'on lui parlait du vol eu chemin de fer, tandis qu'on observait une énorme dépression — abaissement de 14 mill. — quand on lui parlait du vol Torelh. J'en concluai qu' il n'avait pris aucune part au vol en chemin de fer, tandis qu'il avait certainement participé au vol Torelli; et mes prévisions se vérifièrent complètement.
Gall... Marie, 66 ans, de Lucera, fut trouvée morte dan son lit, la face adossée au matelas, les narines sanguinolentes, écrasées et déchirées internement. Les soupçons se portèrent aussitôt sur ses deux beaux-fils M... et F..., fort mal notés et qu'on avait vu rôdant aux environs dans la journée: eux seuls avaient intérêt à la mort de la victime, qui était sur le point de contracter une rente viagère qui les déshéritait.
À l'autopsie on découvrit tous les caractères internes de la putréfaction avancée et de l'asphyxie ; et on trouva dans l'cosophage an ascaride lombricoïde, appuyé sur l'ouverture de la glotte. Deux experts déclarèrent qu'il s'agissait d'asphyxie provoquée par suffocation violente en maintenant la victime la face contre un coussin, l'ascaride n^ayant pu être amené là que par un accès de toux : un autre expert admit l'asphyxie, mais il ne voulut pas exclure que l'helminthe pouvait l'avoir provoquée. Appelé à mon tour à une surexpertise, je ne pus faire à moins d'observer: que les morts par asphyxie provoquée par des lombricoïdes sont toujours des enfants ou des aliénés et opposent constamment une grande réaction, qui faisait ici complètement défaut; que, d'autre part, le témoin C... déclarait avoir entendu des cris suffoqués dans la nuit du crime et des coups dans la direction de la chambre de la victime, et surtout: que l'accusé M... était anthropologiquement et juridiquement suspect du crime, dont il avait été accusé ouvertement par sou frère qui, bien moins criminel que lui, était moins endurci dans la négative. C'était, en effet, celui-là le tj^e le plus complet du criminel-né: mâchoire, sinus û'ontaux et zygomes énormes, lèvre supérieure amincie^ incisives géantes.