‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 176 sur 190 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

sais liounête; et je puis le démontrer ». Et il mit à ma dispositioii de nombreux documents prouvant sa parfaite honorabilité: tels que déclarations, au lit do mort, des véritables auteurs du crime dont il était imputé, qui excluaient devant le juge de paix toute complicité de sa part ; et attestations des directeurs de la prison, etc.

Ses voisins, auprès desquels je m' informais, après mon étude le déclarèrent un parfait honnête homme.

Pédagogie. — On doit encore à notre école une autre application immédiate et non moins utile ; c'est l'application à la pédagogie.

L'examen anthropologique en relevant le tjpe criminel, le développement précoce du corps, Fasymétrie, la petitesse de la tête et le volume exagéré de la face, l'obtusitô sensorielle etc. chez les enfants criminels, explique leurs insuccès didactiques et surtout disciplinaires; et permet de les sélectionner, en les séparant à temps de leurs camarades mieux doués, pour les diriger vers des carrières mieux adaptées à leur tempérament; et quelquefois même, par l'émigration, par le nourrissonnage morale, et par un ti-aitement médicale, d'en obtenir la guérison.

J.rfe, Lettres. — Dans la littérature elle-même on peut entrevoir une dernière application de cette science nouvelle, non seulement dans l'interprétation des chefs-d'œuvre, dans lesquels le génie avait déjà entrevu les résultats de l'anthropologie criminelle, comme Shakespeare dans Macbeth., dans Lear, Wiers dans le Décapité; mais encore en ce qu'elle peut suggérer de nouvelles formes d' art, comme dans les œuvres admirables de DostoyeAvsky, La maison des morts, et Délit et ijeine, comme dans la Bêle humaine de Zola ; dans le romans Kolbotubrew of André SJdldringar de Garborg (1),

(1) Voir Ferri , Les criminels dans l'art. 1897. — Le pià récent/' scoperte ecc. di C. Lombroso, 1893, j). 350. — l e Fort, Le type criminel dans Vart. 1891.

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dans VHedda Oabler de Ibsen, dans Vlnnocente de D'Annunzio.

Et pourquoi ne compterions-nous pas parmi nos triomphes les nouvelles applications que l'on en a faites aux branches les plus éloignées de la science ?

C'est ainsi que Max Nordau a pu y trouver un point d'appui pour la critique des créations artistiques, philosophiques et littéraires (1); de même que Ferri et Le Fort ont pu en faire une application à la critique des grands maîtres de la peinture et de la dramatique, et que maintenant Sighele, Ferrero et Blanchi l'ont appliquée à Thistoire et à la politique modernes.

Quand un crime collectif surgit tout à coup comme une oasis étrange, inexplicable, dans la société moderne, les recherches sur le crime spécial des foules, nous l'expliquent admirablement, en nous enseignant à nous en défendre par les moyens préventifs conseillés par la pitié là oii autrefois ne régnait de consentement universel que la plus féroce réaction, ce qui n'aboutissait qu'à envenimer la plaie au lieu de la guérir (2).

(1) Dégénérescence. V'' et II* vol., 2* odit. Alcau, Paris, 1894.

(2) Sighele, La foule criminelle. 1889. — Feeekro, Le symbolisme du droit. 1889.

L'utilisation du crime — Symbiose.

Parvenu à la fin d'un si long travail, comme le voyageur qui touche enfin le rivage, j'embrasse d'un regard l'espace parcouru; et parmi les nombreuses lacunes dont ne fait jamais défaut l'œuvre même la mieux élaborée, je m'aperçois qu'un coté de la criminalité a été par moi trop oublié : c'est celui qui concerne l'utilité du crime, prouvée indirectement ou moins par sa longue persistance.

Si nous essayons, en effet, de rattacher la loi Darwinienne suivant laquelle ne survivent que les organismes ayant quelque utilité pour l'espèce, au fait que le crime, quoiqu'en dise Spencer, ne cesse de poursuivre une marche ascendante, au moins sous forme d'escroquerie, de péculat, de banqueroute, nous sommes portés à croire qu'il doit avoir dans le monde, si non une fonction, du moins une utilité sociale.

Il est connu, en effet, que dans l'antiquité et encore aujourd'hui parmi les peuples les moins civilisés, les plus grands crimes furent et sont encore utilisés comme arme politique.

Nous possédons, même, une sorte de code (celui de Machiavelh) qui n'est qu'une longue suite de projets criminels dans un but politique, dont Borgia fut l'exécuteur ou mieux le modèle.

Ne voyons-nous pas, du Conseil des X de Venise qui payait des sicaires et des empoisonnem-s dans un but politique, à la St. Barthélémy, le crime régner en souverain aux époques

les plus reculées de l'histoire de l'homme et même encore à des époques plus récentes ?

Personne n'a oublié les corruptions parlementaires de Pitt et de Guizot, les trahisons de Fouché et de Talleyrand; plus récemment les panamistes et les Crispistes nous ont montré que souvent la morale politique diffère de la morale privée et que des ministres peuvent être criminels tout en étant hautement estimés; les anarchistes, à leur tour, n'ont-ils pas déclaré qu'ils regardaient le crime comme une arme de guerre ?

L'homme intégre, d'aillem's, auquel l'amour de la justice et de la vérité empêcherait de dire un mensonge sans lequel ou ne peut surmonter une situation difficile, amorcer des personnalités défiantes, aduler des princes ignorants pour lesquels la flatterie est la meilleure des vertus, rencontrera toujours au pouvoir des obstacles insurmontables qui lui barreront le chemin.

Voilà donc le vice devenu presque nécessaire pour le gouvernement parlementaire, chez les peuples inférieurs comme chez les peuples civilisés.

BucMe a démontré dans son œuvre immortel combien il est plus dangereux pour un peuple d'avoir des hommes d'état ignorants que d'en avoir de criminels ; ceux là laissent le pas libre à tous les fripons, tandis que s'il sont fripons eux-mêmes, ils sont seuls à commettre des crimes.

Le pire des ministres qu'eut l'Italie ce fut celui qui déclarait : « Nous serons incapables, mais honnêtes »; et pourtant l'histoire a révélé que pas même celui-là ne fut honnête.

A notre époque, le mensonge n'est pas moins nécessaire aux spécialistes, aux médecins, aux avocats; il est même la base de leurs opérations.

Le mensonge pieux qui réconforte les derniers instants du phthisique s'étend souvent de l'hystérique au chlorotique, jusqu'au bien portant, de même que la défense de l'orphelin et de la veuve s'étend facilement aussi à leurs persécuteurs.

Existe-t-il, d'ailleurs, un crime plus grand que celui de la guerre, qui n'est qu'un amoncellement de vols, d'incendies, de

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