TROISIÈME PARTIE
criminel, le défaut de seutiment est souvent compensé par l'énergie d'action et par la néophilie; c'est que, chez ceux-ci, l'anomalie organique détruit le misonéisme habituel à l'homme normal.
Leur anormalité, leur amour du nouveau, les poussent à s'enrôler dans les partis extrêmes. César et Catilina ne trouvèrent tout d'abord des partisans que parmi les fripons, tandis que l'ancien parti consulaire ne recrutait que des honnêtes gens (1). Et l'histoire nous apprend que le noyau des grands rebelles fut presque toujours criminel (2),
Et les criminels s'imposent, d'ailleurs, de telle sorte en profitant des complications de la vie parlementaire, qu'il serait impossible de les en chasser sans graves dommages ; de même qu'il n'était pas possible de chasser les tyrans antiques qui eux aussi étaient criminels, mais criminels utiles.
Bien des faussaires et des escrocs, tout en ne travaillant que pour eux, grâce à leur grande activité, mettent en mouvement une telle quantité de ferments qu'ils réussissent à donner une puissante impulsion au progrès; leur absence de scrupules, leur violente impulsivité, leur imprévoyance des obstacles les font triompher là où les hommes honnêtes échoueraient inévitablement.
Ce penchant novateur qu'ils apportent dans le crime est parfois le point de départ d'immenses innovations. L'ouverture, par exemple, du canal de Suez est due à une colossale escroquerie, accomplie avec les mêmes artifices criminels que ceux mis en œuvre par le Panama.
La flotte Anglaise dut son origine aux pirates (Drake).
La colonisation du Venezuela par des Italiens est due à un officier escroc chassé de notre armée.
Mimande {Criminopolis^ 1897), nous cite deux escrocs, un incendiaire, et deux voleurs qui introduisirent dans la nouvelle Calédonie la culture, sur vaste échelle, du tapioca et de la
(1) LoMBROSo e Lasciii, Le crime politique. 1890.
(2) Idem.
pomme de terre et la fabrication du cuir; tandis qu'un voleur, ancien distillateur, découvrit le moyen d'extraire des parfums et des liqueurs des plantes indigènes.
Chez les nations demi-barbares, oii le crime est plutôt une action commune qu'un méfait, très souvent les criminels deviennent une sorte de justiciers populaires et de tribuns politiques.
Ils exercent et mettent en pratique, à vrai dire à leur profit, mais en partie aussi au profit des autres, une espèce de communisme violent, qui leur permet de s'enrichir en dépouillant et volant les riches et les puissants ; mais ils appliquent en même temps une justice sommaire qui supplée au manque de justice officielle.
En Sardaigne, en Corse, et pendant longtemps en Sicile, sous les Bourbons, les véritables juges, les vrais protecteurs des opprimés furent, et sont encore actuellement, les brigands, qui bien souvent partageaient le butin avec les pauvres, dont ils devenaient les chefs dans les révoltes, comme les Clephtes en Grèce. A iSTaples, et en partie en Sicile, la camorre et la mafia, bien qu'étant des associations criminelles, exercèrent pendant longtemps sur les plèbes et parfois dans les maisons de débauche, dans les auberges et dans les prisons, une justice relative ; elles pouvaient offrir aux propriétaires et aux voyageurs une sorte d'assurance contre les malfaiteurs dont le gouvernement était loin de pouvoir les garantir. C'est pour cela qu'elles furent tolérées et parfois même aidées par les gens honnêtes. C'est ainsi que sous Louis XIY, et pendant presque un siècle, le bas peuple français dut aux brigands et aux contrebandiers, associés et organisés presque en armée, la jouissance du sel frappé de taxes si absurdes, qu'il était devenu un vrai objet de luxe (Ferrero).
Au miheu d'une civilisation trop corrompue, quand l'extrême légalité en arrive à favoriser l'impunité du crime, le lynchage, qui est lui même un crime, devient un moyen barbare, il est vrai, mais efficace pour s' en défendre : en Californie, par exemple, tous les offices publics, y compris la justice, étaient