‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 22 sur 190 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

En Prusse les oondaniDations étaient une fois très nombreuses contre les juifs pour faux, calomnies, mais plus encore pour banqueroute et recel, crime, qui ti-ès souvent échappe au.v recherches de la justice. Cela nous explique le grand nombre de mots juifs éparpillés dans les jarg'ons de l'Allemagne et da l'Angleterre, sachant que le voleur considère le receleur comme un maître et un guide, et par suite s'approprie très facilement son langage.

Chaque grosse entreprise de la célèbre bande de Magonza (Tonnerre) était préparée par un kochener ou receleur juif. Il fut un temps en France « où presque tous les chefs des grosses bandes avaient des juives pour concubines. — Trop de causes poussaient autrefois les juifs à ces crimes comme aux louches bénéfices de l'usure : 1" avidité de l'or, un découragement désespéré, l'exclusion de tous les emplois et de toute assistance publique : la réaction contre les races persécutrices et fortes, contre lesquelles ils ne possédaient aucun autre moyen de réaction : souvent même ballottés des violences des brigands armés à celles des feudataires, il leur arri\'ait d'être obligés de s'en taire les complices pour ne pas être les victimes ; on ne peut donc s'étonner si leur criminalité put paraître plus grande, tandis qu'il est juste de noter, que du jour ou le juif/ put enfin faire partie de la vie politique, on vit diminuer cette tendance à une criminalité spécifique.

On s'aperçoit ici de nouveau combien il est difticile de conclure sérieusement dans les questions morales et complexes, en se basant uniquement sur des chiffres.

Si comparativement à celle des autres races, la moindre criminalité des juifs pouvait être prouvée, on verrait surgir une divergence avec la diffusion de la folie, qui chez eux est d'une prépondérance si évidente (1).

(1) En Bavière il y a: l fou chaque 908 catholiiiuos, 967 protest., 514 juifs En Anne ver : 1 fou chaque 527 > 64 1 ^337 ■►

En Silesie: 1 fou chaque 1355 ^ 126 4 ^604 ^

En Danemark on noto 5,8 aliénés chaque lOOOjuifs > » » 3,4 » > 1000 chrétiens.

(Okttingex).

Mais ici, il s'ajj^it bioii moins de race que do surmenage intellectuel; car dans les races sémitiques (Arabes, Bédouins) l'aliénation mentale est très rare.

10. — Bohétnieitë. — On ne peut en dire autant des Bohémiens, qui sont rimage vivante d' une race entière de criminels et en reproduisent tontes les passions et tous les vices. v< Ls ont en horreur, dit Grelmann (1), tout ce qiù exige la moindre application ; ils supportent la faim et la misère plutôt que de se soumettre au plus léger travail soutenu, ils travaillent juste assez pour ne pas mourir de faim;' ils sont parjures même cntre-eux, ingrats, vils et en même temps cruels, d'où le proverbe, en Transilvanie, que cinquante bohémiens peuvent être mis en fuite avec un linge mouillé » .

• Incorporés dans l'armée autrichienne, ils y tirent triste mine. Ils sont vindicatifs à l'excès ; un d'entre-eux pour se venger de son maître qui l'avait battu, le transporta dans une grotte, le cousît dans une peau et le nourrit avec des substances les plus dégoûtantes jusqu'à ce qu'il mourut de la gangrène. I>ans le but de piller Lograno ils empoisonnèrent les fon- " îaines du Drao, et quand ils crurent les habitants morts, ils jiénétrèrent en masse dans le pays, qui dût d'être sauvé à un habitant qui avait découvert le complot. On les vit, dans Texcès de la colère jeter leurs enfants comme une pierre de fi'onde à la tête de leur adversaire. Ils sont vaniteux comme tous les délinquants, mais ils n'ont aucune crainte de l'infamie. Tout ce qu' ils gagnent, ils le consomment en spiritueux et «n ornements ; si bien qu'on les voit aller nu-pieds, mais avec des vêtements galonés ou de couleurs vives : sans bas,

mais avec des souliers jaunes.

Ils ont l'imprévoyance du sauvage et celle du criminel. On ra-

il) Histoire des Bohémiens, Paris, 1837. — Pekdari, Stigli Ziiigari, Milauo, 1871. — Pott, Zigeunor Halte, 1844. — Vidocq, ojj. c^V., id., pag. 330. — BoRROW {Qli Zingari in Spagna, tradiiz. di Hiidson, 1818). — CoLOCci, OH Zingari, Ancona, 18S9.

PREMIEIŒ PAUTIE 4<

<éonte qu'ayant une fois repoussé les impériaux d'une tranchée, ils leurs crièrent : « Fuyez, fuyez, car si nous ne manquions pas de plomb nous vous tuerions tous ». L'ennemi, ainsi averti, revint sur ses pas et les massacra.

^ans morale, ils sont cependant supersticieux (Borrow) et se croiraient damnés et deshonorés en mangeant de l'anguille ou de l'écureuil, et cependant ils mangent des... charognes presque putréfiées.

Ils s'adonnent à l'orgie, 'aiment le bruit et font grand tapage dans les marchés; féroces, ils assassinent sans remords poiu' voler; on les soupçonnaient autrefois de caunibahsme.

Les femmes sont très habiles au vol et y forment : leui's ■enfants, elles empoisonnent le bétail avec certaines poudres poiu' avoir le mérite de les guérir, ou bien pour en obtenir la viande à bas prix ; en Turquie elles s'addonnent aussi à la prostitution. Tous excellent en quelque escroquerie spéciale, tel que 1' échange de la bonne monnaie contre dos pièces fausses, la vente des chevaux malades, qu'ils ont l'art de faire passer pour sains; si bien que si chez nous, juifs était autrefois synonime d'usmier, en Espagne gitajio est synonime de fi-ipon dans le coimnerce du bétail.

Dans quelque condition que se trouve le bohémien, il conserve toujours son habituelle impassibilité, il ne semble nullement se préoccuper de l'avenir et vit au jour le jour dans une immobilité absolue de pensée, abdiquant toute prévoyance.

V Autorité,, lois, règles, principes, préceptes, devoirs sont •des notions et des choses insupportables à cette race' étrange (CoLocci). Obéir et commander lui est également odieux, pour lui c'est un poids et un ennui. Avoir lui est aussi étranger que devoir (1); la suite, les conséquences, la prévision, le lien ■du passé à l'avenir lui sont inconnus » (Id.).

(1) Le verbo devoir n'existe pas en langue bohémienne. Le verbe avoir (terava) est pres(|ue oublié des bohémiens européens et est inconnu aux bohémiens d'Asie.

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Colocei croit qu'ils ont des itinéraires spéciaux, communs aux évadés, aux voleurs et aux contrebandiers internationaux, qu'ils marquent par des indices spéciaux, semblables aux ^mAr des Allemands.

Un des signes le plus employé dans ces indications est le^ patterau, dont il existe deux types : Tancien est à trident,, le nouveau en forme de croix latine.

Ces sig-nes marqués sur le parcours des grandes routes, ou tracés avec du charbon sur les murs des maisons, ou bien gravés avec le couteau sur Técorce des arbres, deviennent des moyens conventionnels pour dire aux futures bandes de confrères : Celle-ci est une route de bohémien. Dans le premier patterau la direction est indiquée par les lignes latérales,, dans le second par le bras plus long de la croix.

Les points d'arrêt ou stations sont marqués par le Svastika mystérieux, vestige sans doute de l'antique symbole indien,, peut-eti'e même embryon de notre croix.

Lorsqu'ils veulent quitter l'endroit où ils se ti'ouvent — écrivait Peclion de Rub>' au xvi siècle — ils s'acheminent dans la direction opposée et fout une demi-lieue en sens contraire, puis reviennent sur leurs pas.

De môme que les criminels et les Parias, de qui ils descendent, ils ont une littérature criminelle populaire qui glorifie le crime, comme dans le dialogue suivant entre un père et son fils (CoLocci, op. cit.)

Père. — « Holà, mon Basile, si tu deviens grand, par la croix de ton père ! tu dois voler :^ .

Fils. — « Et puis, père, si je suis découvert ? »

Père. — « Alors recommande-toi à la plante de tes pieds,, joie de ton père » .

Fils. — « Au diable ta croix, père ! Tu ne m'enseigne pas bien » .

Ils est important de noter que cette race si inférieure au point de vue moral et réfi"actaire à toute évolution civile et intellectuelle, qui ne put jamais exercer ime industrie quelconque et qui en poésie n'a pas dépassé la lyrique la plus

pauvre, est eu Hongrie créatrice d'un art musical merveilleux — nouvelle preuve de la néophilie et de la génialité que l'on peut trouver mêlées à l'atavisme chez le criminel (1).

(1) V. LoMBROSO, Atavism and Evolution, in Contemporary Review^ 1895, July.

Lo.MBROSO — ni.

Civilisation — Barbarie — Agglomérations — Presse Nouveaux crimes.

1. — Civilisation. - Barbarie. — Parmi les nombreux Problèmes sociaux, il en est un dont la solution certaine et précise se fait plus vivement sentir : c'est celui de l'influence de la civilisation sur le crime et sur la folie.

Si nous nous en tenons aux seuls chiffres, le problème semble d'ores et déjà résolu ; car dans tous les pays d'Europe, hormis l'Angleterre, nous trouvons un nombre de crimes et de cas de folie, qui chaque année s'accroit d'une manière disproportionnée avec celui de la population (1).

(1) En France de 1826-37 les imputés «taient 1 pour 100 de la population ; en J868 ils atteignirent 1 pour 55 (Dufau, Traité de statist., 1840. — Block, U Europe politique, 1870). De 1825 à 1838 les prévenus (exceptés les criminels politiques et les contreventions fiscales) montèrent de 57,470 à 80,920. En 1838 de 237 pour 100,000 habitants ils atteignirent à 375, en 1847 à 480, en 1854 et 1855 à 1866 ils descendirent à 389, pour remonter à 517 en 1874, à 552 eu 1889. Ils s'accrurent donc dans l'espace de 50 ans du 133 °/o (.Joly, France Criminelle, pag. 10).

En Autriclie en :

1856 1 condamné chaque 1238 hah., 1 accusé chaque 832 hab.

En Angleterre

et Galles

on eut :

(Messedaglia, op. cit.),

de 1811

1 détenu

chaque 1210

hab.

(Bbltrami-Scalia, Storia cleUa riforiiia peniteuKiaria, pag. 13, 1874).

TREMIERE PARTIE 51

Mais ici Messedaglia fait observer très à propos, la grande probabilité d'erreur à laquelle on s'exposerait en voulant résoudre, sur de simples données numériques, des problèmes -complexes, dans lesquels sont en jeu plusieurs facteurs à la fois.

L'augmentation croissante des crimes et des cas de folie, pourrait en effet s'expliquer par les modifications des lois civiles et pénales ; par une plus grande tendance â la dénonciation ; par le facile accès des refuges, spécialement pour les aliénés, et aussi par la plus grande activité de la police.

Un fait paraît certain ; c'est que la civilisation possède une criminalité spécifique, de même que la barbarie ; la barbarie, ■en émoussant la sensibilité morale, diminue l'horreur do l'homicide, qui souvent est admiré comme un acte héroïque ; en considérant la vengeance comme un devoir, la force comme un •droit, elle augmente les crimes de sang et les associations de malfaiteurs de même que parmi les fous, elle développe les manies religieuses, la démonomanie, les folies par imitation. Mais d'autre part, les liens de famille y sont plus forts, l'excitation sexuelle, les folies de 1' ambition beaucoup moindres, -et par suite, les parricides, les infanticides et les vols y sont moins fréquents.

Les types de civilisation que l'homme a, jusqu'à présent, créé — écrit Guillaume Ferrero — sont au nombre de deux : la civilisation à type de violence et la civilisation à type de -fraude. L'une et l'autre différent fondamentallement par la

Do 1805 à 1841 la population s'accrut de 49 °io, les crimes 6 fois plus do la population.

Dans quelques comtées, par ex. Monte noutshire, la population s'accrut de 128 "io, les crimes de 720 "lo (Aberdee.v, Diseorso, 1876). Cependant dans les dernières années il y eut décroissance dans les crimes (V. 1).

En Italie :

de 1850-59 imputés pour crimes graves 10,173 condamnées 7.535 y 1860-69 » » » =. 23,854 ^ 10.701

» 1863 à 1869 les crimes augmentèrent do V',o. 1^ population seulement de ^/jo (CuHcio, op. cit.).

52 CHAPITOE IV

forme que prend chez elles la lutte pour l'existence. Dans la civilisation primitive, à type de violence, la lutte pour la vie se combat essentiellement par la force: le pouvoir politique et la richesse sont conquis avec les armes, soit au préjudice des peuples étrangers, soit des concitoyens plus faibles: la concurrence commerciale entre un peuple et l'autre est combattue surtout par les armées et les flottes: c'est-à-dire par l'expulsion violente des antagonistes, des marchés que l'on veut commodément exploiter tout seul: les contestations judiciaires sont tranchées par le duel.

Dans la civilisation à type de tVaude, la lutte pour l'existence est combattue, au contraire, par la ruse et la tromperie; les duels judiciaires sont remplacés par la guerre de chicane et les ruses des avocats : le pouvoir politique est conquis, non plus avec l'acier des armes, mais avec l'argent ; l'argent est soutirée des poches d'autrui au moyen de fraudes et de tripotages mystérieux, tels que les jeux de bourse: la guerre commerciale est faite avec le perfectionnement des moyens de production, et plus encore des moyens de tromperies, c'est-à-dire par l'habile falsification qui donne à l'acheteur l'illusion du bon marché (1).

À la civilisation du premier type appartiennent ou appartinrent la Corse, en partie la Sardaigne, le Monténégro, les villes italiennes du Moyen-âge, et en gênerai presque toutes les civilisations primitives.

Au second type, au contraire, se rattachent tous les peuples civilisés modernes, c'est-à-dire ceux chez qui le régime capitaliste bourgeois s'est développé dans toutes les parties de son organisme.

La distinction entre les deux types n'est cependant pas aussi absolue en réalité qu'elle l'est en théorie, car souvent au sein d'une même société se mêlent des caractères appartenant aux deux t,vpes différents.

(1) GuGLiELMO Feekîro, VioleiiU e frodolenti in liomagnn, nel voluiiiogià citato : Il mondo criniinale italiano ; Milano, 1S94.

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Et puisque la pathologie suit aussi, dans le champ social, la même marche que la physiologie, nous retrouvons encore clans la criminalité ces deux moyens de lutte.

Nous assistons effectivement à la manifestation parallèle de deux formes de criminalité : la criminalité atavique^ qui est un retour de quelques individus à constitution morbide, aux moyens violents de lutte pour la vie, que la civilisation à désormais supprimés: l'homicide, le vol et le viol; et la critninalité évolutive^ qui n'est pas moins perverse dans l'intention, mais bien plus civilisée dans les moyens, car à la force et à la violence elle a substitué la ruse et la fraude (1).

Dans la première forme de criminalité ne tombent que peu d'individus fatalement prédisposés au crime; dans la seconde peuvent tomber tous ceux qui ne possèdent pas un caractère assez fortement trempé pour résister aux influences malsaines qui les entourent.

Sighele observe justement que le phénomène se reproduit avec plus d'intensité dans les deux formes de criminalité collective, propres l'une à la classe élevée, l'autre à l'infime classe sociale.

D'un côté sont les riches, les bourgeois, qui en politique, dans les affaires, vendent leur vote, leur influence: et, à l'aide de l'intrigue, de la tromperie et du mensonge volent l'argent du public ; de l'autre sont les pauvres, les ignorants, qui dans les complots anarchistes, dans les démonstrations, les émeutes essaient de se révolter contre la condition qui leur est faite, et protestent contre l'immoraUté d'en haut.

La première de ces deux formes de criminalité est essentiellement évolutive et moderne, la seconde est atavique, brutale, violente; celle-là est toute de cerveau, et procède par la ruse, comme l'appropriation de l'indu, le faux, la fraude : celle-ci est surtout de muscles, et procède par des moyens féroces, comme la révolte, l'homicide, la dynamite.

L'Italie de ces dernières années n'a que trop offert le triste

,(1) SioHELE, Dclinqnenxa settaria ; Milano, 1898.

spectacle de l'explosion simultanée de ces deux criminalités, Nous avons eu en même temps, en Sicile, le brigandage, les révoltes de la faim, auxquelles un mensonge pieux ou intéressé a prêté d'autres noms et d'auti-es motifs ; à Kome, avec le scandale des banques, les grosses immoralités des classes riches. Nous avons vu dans V Homme criminel^ I et II des exemples de la criminalité sanguinaire commise au Moyen -âge par des associations spéciales.

Mais, demandera-t-on : « Pourquoi si aux temps anciens ces associations criminelles existaient partout, ne se conservèrent-elles que dans quelques pays (Naples), et disparurentelles dans les autres ? » La réponse est facile, si 1' on pense aux conditions peu civilisées des peuples et surtout des gouvernements, qui maintenaient et entretenaient cette barbarie, source première et perpétuelle de ces associations perverses. « Tant que les gouvernements s'organiseront en sectes — dit très justement d'Azeglio — les sectes s'organiseront en gouvernements » . Quand la poste royale violait le secret des lettres. quand la police ne songeait qu'cà arrêter les honnêtes patriotes et trafiquant avec les voleurs, laissait pleine liberté à tous les excès dans les lupanars et dans les prisons ; la nécessité des choses contribuait à protéger, dans le camorriste, celui qui pouvait transmettre une, lettre avec sécurité, sauver d'un coup de poignard, ou racheter à un bon prix un objet volé, ou bien, dans des questions peu importantes, prononcer des jugements sans doute tout aussi équitables et certainement moins coûteux et plus expéditifs, que ceux que pouvaient offrir les tribunaux.

La camorra était une espèce d'adaptation naturelle aux conditions malheureuses d'un peuple, rendu barbare par son gouvernement.

Le brigandage à son tour était souvent une espèce de sauvage justice contre les oppresseurs. A l'époque de la servitude en Eussie, les moujik, indifférents de la vie, provoqués par des souffrances incessantes dont personne ne s'occupait, étaient toujours prêts à se venger par l'homicide..

eoinine nous le prouve un chant révélé par Dixon. Il n'y a pas (dit l'auteur bien connu de Tétude sur les prisons en Europe) de grande famille russe, qui ne compte le massacre d'un de ses membres dans l'histoire de la famille. L'immobilisation des capitaux et l'avarice poussaient les riches de l'Italie méridionale à l'usure, à des malversations incroyables contre les pauvres des campagnes. A Fondi, écrit Jorioz, beaucoup devinrent brigands grâce aux extorsion du maire Amante. — Coppa Masini, Tortora furent poussés au brigandage par les mauvais traitements impunis de leurs paysans.

« Les paysans de l' Italie méridionale (disait Govone à la Commission d'enquête) voient dans le brigand le vengeur des injustices dont la société les accable. Le maire de Traetto, qui se prétendait libéral, rossait sur la route ses adversaires et ne leur permettait pas de sortir le soir ; les dissensions qui s' élevaient entre les riches et les pauvres pom* la division de quelques terres, ayant appartenues à d'ancien barons, et dont la possession était douteuse et avait été promise à tous, particulièrement aux pauvres colons ; les haines qui divisaient les rares petits seigneurs des communes de l'Italie méridionale et les vengeances exercées contre les clients des uns et des autres, furent les causes piincipales du brigandage. Sur 124 communes de la Basilicate, 44 seulement n' eurent aucun brigand ; c' étaient les seules communes où. l'administration était dirigée pas des maires honnêtes. Des deux communes, Bomba et Montazzoli, près de Chieti, la première, où les pauvres étaient bien traités, n'eut pas de brigands, pendant que la seconde, où ils étaient malmenés, en fournit un grand nombre. — Dans les petites terres de l'Italie méridionale, observe fort justement Villari, existe encore le Moyenâge au miHeu de la civilisation moderne, seulement à la place de l'antique baron on trouve aujourd'hui le despotique bourgeois. A Partinico, ville de 20,000 âmes, on vît en plein Moyen-âge parce que les petits seigneurs y alimentent une vengeance qui dure depuis des siècles. — A San Flavio deux familles se détruisirent réciproquement par vengeance d'honneur » .

Nous avons toujours en Sicile — écrit Franchetti — une classe de paysans presque esclave de la glèbe et une .catégorie de personnes qui se considère comme supérieure à la loi ; une autre, c'est la plus nombreuse, regarde la loi comune inefficace et a élevé à la hauteur d'une principe la coutume de se rendre justice soi-même.

Et là où la majesté de la loi est méconnue et méprisée, ses représentant ne peuvent être respectés.

Le fonctionnaire public en Sicile est en effet adulé, caressé tant que les auteurs des abus et des tj^annies espèrent l'avoir pour complice, ou au moins comme un spectateur muet de leurs méfaits ; il est au contraire traqué, haï, assailli, combattu avec toutes les armes, dès qu'on reconnaît en lui un homme fidèle à son devoir.

Après l'abolition de la féodalité, continue ailleurs Franchetti, si la nature même des relations sociales n'avait pas changée, la forme extérieure s'était tout ou moins transformée.

Le pouvoir absolu des grands avait cessé d'être une institution de droit, ainsi que les juridictions et les gens d'armes des barons. L'instrument qu'il convenait maintenant d'employer, pour protéger les abus, était, dans bien des cas, l'employé du gouvernement ou le magistrat ; mais la corruption ne suffisait pas pour s'assurer leur connivence, il fallait encore y employer un art spécial. Il fallait recourir aux mêmes artifices, pour acquérir ou conserver l'influence sur tous ceux que leur condition économique ne rendait pas directement esclaves. La violence brutale dut en partie céder le pas à l'habileté et à la ruse.

« Mais pour cela, la violence n' était pas exclue, du

moins dans la plus grande partie de l' ile : rien n'était venu interrompre les antiques traditions, et les instruments pour les mettre en couvre n'avaient pas cessés d'exister. Les anciens gens d'armes des barons féodaux, mis de côté, existaient toujours, sans compter les hommes qui avaient déjà commis quelques délits, ou étaient prêts à en commettre et qui ne pouvaient manquer d'être nombreux dans un pays, oii la facilité

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