PREMIERE PARTIE
€ontei' sou crime à tous ; le jour suivant il court lii-e le Petit Journal^ qui racontait son assassinat, puis va se constituer luimême prisonnier.
On reconnut que c'était la lecture des romans judiciaires et des faits divers des journaux, qui lui avaient suggéré l'idée de ces crimes.
On peut en dire autant de ces romans dont l'action roule ■entièrement sur des faits criminels, comme ceux actuellement à la mode en France. — En 1866 deux jeunes gens, Brouiller et Serreau, étranglèrent une marchande ; arrêtés, ils déclarèrent que le crime leur avait été suggéré par la lecture d'un roman de Delmons.
Quelques uns, dit très justement La Place, ont reçu de la nature un organisme enclin au mal, mais ils ne sont déterminés à l'action que par l'histoire ou par la vue des méfaits d'autrui. Il y à quelques années, un paquet de dix obligations volées fut trouvé enveloppé dans un papier sur lequel le voleur avait écrit ces tristes hgnes extraites d'un roman de Bom-rasque:
« La conscience est une parole inventée pour épouvanter les imbéciles et les obliger à s'avachir dans la misère. Les trônes et les millions ne se gagnent que par la violence et la fraude » .
Dans les grandes villes, les logements nocturnes à bas prix, pour les pauvres, sont des lieux d'incitation au crime. Beaucoup, dit Mayhew, sont entraînés aux Lodging-House par la grève et des Lodging au vol.
Les lois politiques et les nouvelles formes de gouvernement populaire imposées par la civilisation moderne, et en partie aussi par une feinte liberté, favorisent de toutes manières la formation de sociétés, sous prétexte de communs divertissements, d' entreprises administratives, ou de secom^s mutuel. L' exemple de Palerme, de Livourne, de Kavenne, •de Bologne ; l'histoire de Luciani et de Pagge ; celle de Crispi et Nicotera nous montrent combien est com-te la distance de quelques entreprises généreuses à la violence la plus immorale -et même au crime. — Dans l'Amérique du Nord, quelques
sociétés allèrent jusqu' à commettre impunément et même officiellement le crime au milieu de deux des plus florissantes villes (New- York et S. Francisco) et firent presque légitimeileur fraude.
Les révolutions politiques qui sont plus fréquentes avecces formes gouvernementales provoquent l'accroissement de quelques délits, soit parce qu'elles agglomèrent un grand nombre de personnes, soit parce qu'elles excitent les passions violentes.
L'Espagne est une prison, dit un illustre espagnol {es iiu presidio suelto), où l'on peut commettre impunément n'importe quel crime, pourvu que l'on crie en faveur de celui-ci ou de celui-là, ou que l'on donne au délit une apparence politique.
Les criminels acquittés en 5 ans s'y élevèrent à 4065, le quadruple de ceux qui le furent en France (Armengol, Estudios penUenciarios^ 1873). On ne doit donc pas s'étonner, après cela, si en Espagne les crimes sont proportionnellement plus nombreux qu'ailleurs. — Comme les révolutions, les guerres font augmenter le chiffre des crimes, à cause des agglomérations et des contacts permanents, ainsi que nous l'avons vérifié chez nous en 1866 (Curcio), et dans l'Amérique du ISTord en 1862, durant et après la guerre (Corre, op. cit.^ pag. 78).
Les crimes de débauches, qui avant 1848 étaient en France de 100 à 200, s' élevèrent à 280, puis à 505 et avec eux augmentèrent aussi les naissances illégitimes.
D'après cela, on comprend aisément, sans qu'il soit nécessaire de citer des chiffres, combien 1' agglomération doit augmenter les crimes dans les prisons, où, de F aveu des criminels eux-mêmes, la plus grande perversité est un titi-e de gloire et la vertu une honte. La civilisation, en multipliant les grands centres pénitenciers, donne, par cela même, une plus grande extension au crime, surtout, lorsque avec une soUicitude blâmable, elle y introduit ces institutions charitables et philantropiques (écoles de reforme, patronnats), qui relèvent la dignité de l'homme honnête: mais ne suffisent pas A améliorer l'âme du coupable endurci.
PREmEEE PARTIE 69
Nous verrous commeut à la suite de l'applicatiou du ticke uf leave on nota de 1861-62 eu Angleterie uu fort accroissement de délinquants, ainsi qu'on l'avait constaté déjà en 1834, à la suite de la déportation (B. Scalia, op. cit.) (1).
Les maisons de correction, qui semblent inspirées par un si-ntimeut de chaiitô vraiment humanitaire, par le seul fait de la réunion d'individus pervers, exercent une action tout autre que salutaire, et presque toujours contraii'e au but dans lequel elles furent instituées. D est à propos de rappeler ici, comment l'illustre Olivecrona attribue le grand nombre de récidivistes suédois aux vices du système pénitencier et à l'usage de soumettre les jeunes détenus à la même discipline que les adultes (2).
4. — Nouveaux crimes. — La civilisation introduit chaque Jour de nouveaux crimes, moins atroces peut-être que les anciens, mais qui, pour cela, n'en sont pas moins nuisibles. Ainsi à Londres, le voleur substitue la ruse à la violence ; aux effractions les vols à la pêche ; aux escalades le chantage et l'escroquerie à l'aide de la presse {Quart, revieu., 1871). L'homicide, dans le but de profiter des droits d'assurance, est un exemple d' une nouvelle forme de crime, commis par quelques médecins et que favorisent trop souvent les nouvelles connaissances scientifiques. De même la connaissance des symptômes de l'empoisonnement par 1' acide arsénieux, qui sont semblables à ceux du choléra, suggéra à deux médecins l'idée d'empoisonner, après les avoir assurés, beaucoup de leui's clients durant l'épidémie cholérique de Magdebourg et de Monaco (Pettenkofper, Théorie des Choiera, 1871).
À Vienne on a inventé le nouveau crime, dit Kratze, qui
(1) De 2649 qu' étaient les criminels en 1864-65, ils montèrent à 15,049 en 187B-74 ; dans les colonies où sont déportés les criminels pour faits de violences, ces crimes s'accrurent dans la proportion de 4 à 8 en comparaison des antres, pendant qu'en Angleterre ils sont restés dans celle de 1 à 8 (B. Scalia, 1874).
(2) Des causes de la réciiwe (Stockolme, 1873).
consiste à s'approprier des marchandises que l'on a fait expédier à des sociétés imaginaires (Rundschau, "VVien, 1876).
Les anarchistes ont mis à la mode la dynamite contre les édifices et conti-e les personnes. On vient à présent d'introduire, à Chicago, l'assommoir électrique (1) et de petites torpilles, qui, glissées dans les poches des gens, les foudroient et les mettent en morceaux.
La civilisation^ en relâchant les liens de la famille, augmente non seulement le nombre des enfants trouvés, qui sont des pépinières de criminels, mais encore multiplie l'abandon des adultes, les viols et les infanticides.
Malgré ces tristes conséquences, nous ne devons pas nous laisser entraîner au blasphème, impaissant d'ailleurs contre l'avancement fécond de la civilisation, qui même à ce point de vue, ne peut-être considérée comme préjudiciable, car futelle momentanément la cause d'un accroissement des crimes, elle en mitigé certainement le caractère. D'autre part, là oii elle atteint son apogée, elle a déjà trouvé les moyen de panser les plaies qu'elle à faites, avec les asiles d'aliénés criminels, le système cellulaire pénitencier ; avec les maisons d'industrie, les caisses d'épargnes appliquées aux postes et aux ateliers, et surtout par la création des sociétés protectrices de l'enfance abandonnée, qui préviennent le crime presque dès le berceau (Yoir IIP Partie).
(1) Au moyen d'une minuscule batterie électrique perfectionnée, pas plus grande qu'un porte-cigare et que l'on peut tenir dans la manche de son habit, on obtient autant de force électrique qu'il en faut pour abattre un homme et le rendre insensible durant plusieurs heures. Avec un fil isolé, le fluide peut passer de la batterie cachéo dans une plaquemétallique enveloppée do matière isolante que le malfaiteur tient dans une main et avec laquelle, on touchant un homme dans n'importe quel endroit du corps il le fait tomber à terre évanoui. Il y a peu de temps à Chicago, Jhonson fut accosté par deux malfaiteurs, qui le terrassèrent et pour vaincre sa résistance, lui appliquèrent sur le visage un petit corps métallique qui le paralysa. Revenu à lui, deux heures après, i?/ se trouva nu.