PREMIERE PARTIE
Cone et en suite Joly (1) observèrent en Fi-ance dans les départements ayant une moindre natalité le maximum des crimes :
Natalité contre le" personnes ""'^^^ ^'*ois
C'est qu'en France la moindre natalité est en relation directe avec l'immigration des étrangers ; cela s'explique d'autant mieux, comme le fait remarquer Maurel {Bévue Scientif.^ 2 novembre 1895), que là où il y a une moindre natalité on observe aussi une moindre masculinité ; or, selon l'observation de Joly pour Cette et Marseille, le vide de la population, effet de la diminution des naissances, est rempli par les immigrants étrangers, spécialement Génois et Calabrais, qui y apportent ainsi une énorme augmentation de crimes.
Une autre contradiction est donnée par la classe si prolifique des ouvriers vis à vis de celle si avare et par suite stérile des paysans; ainsi dans les pays où l'on trouve de grandes agglomérations d'ouvriers, comme la Seine inférieure, le Nord, le Pas-de-Calais, on observe aussi, en comparaison des départements du Cher et de l'Indre, un plus grand nombre de crimes malgré le chiffre supérieiu" des naissances.
Mais en somme, cet antagonisme prédomine ; ainsi Paris, une partie de la Champagne et de la Normandie et tous les départements méditerranéens, sauf le Gard, offrent un brusque abaissement de la natalité et un non moins brusque accroissement de la criminalité (Jolv).
Dans le Tarn-et-Garonne, écrit Guy, département très pauvre, sans communications, sans ressources, on observe une augmentation de population et un moins grand nombre de crimes, pendant que les communes riches et fertiles se dépeuplent rapidement et comptent plus de crimes et un plus fort contingent d'iiimiigration (Joly).
(1) Oeuvr. cit.
La Bretagne, au contraire, le Cher, la Seine, la Drôme, la Vienne, la Yendée, ont plus de naissances légitimes, moins de crimes, et plus de mariages précoces.
Tout cela a moins de rapport avec la natalité, qu' avec l'immigration qui en remplit les vides; et aussi, comme nous le verrons plus loin, avec la richesse et surtout avec l'avarice, qui en découle.
Mais l'influence de l'immigration nous est démontrée par la règle inverse que nous observons en ItaHe, oii il n' y a pas d'immigration, tandis qu'on y compte en revanche un fort contingent d' émigration dans le rapport de 193 pour 100,000 habitants par an (1).
Nous trouvons dans les statistiques de Coghlands qu'à l'accroissement de F immigration à ISTew-South Wales correspond un sm'croît de crimes, comme on l'a vu en 1884-86 : mais, d'an autre côté, l'augmentation des départs des immigrants 1888-88 correspond aussi avec l'augmentation des crimes 1884-88.
En étudiant, suivant les nouvelles recherches de Bosco {L'omicidio 7iegli Stati Uniti, 1895), l'influence de l'émigration sur les homicides aux États-Unis en 1889, nous constatons que :
parmi les détenus pour homicides 95 sur 1 million étaient nés aux Etats-Unis ;
parmi les détenus pour homicides 138 sur 1 million étaient étrangers, ainsi distribués :
Danemark, Suède et Norvège . 5,8 p. 100,000
Angleterre 10,4 » »
Irlande 17,5 » »
Allemagne 9,7 » »
Autriche 12,2 » »
France 27,4 » »
Italie 58,1 » »
avec des proportions doubles, sauf pour l'Itahe et la France, de celles qu'on observe dans les pays d'origine : ce qui confirme
(1) Del Vecchio, Sull'emigrazionc, ecc, Eoma 1892.
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l'observation que là, comme en France, rimmigratlon provoque ime sélection à rebours, sauf que dans ce cas la différence provient de ce que Tcige des émigrants est celui qui correspond en Europe au maximum des liomicides.
En Italie on observe presque toujours le maximum des naissances dans les départements qui sont les plus connus par leur criminalité et aussi par leur pauvreté : ainsi de 1876 à 1888 on compta annuellement en moyenne 40 naissances par chaque 1000 habitants dans Tltahe méridionale et insulaire: et seulement 36 dans les autres parti ^de l'Italie considérées dans leur ensemble.
De même en Sicile, aux 4 provinces le plus éprouvées par les homicides (1) : Girgenti, Trapani, Galtanissetta, Païenne correspond ti'ois fois le maximmn de la natalité. ]\Iais là une autre cause est encore en jeu : c'est le manque d'inhibition dû à la chaleur excessive qui fait oublier toutes les précautions Malthusiennes dans l'acte de transmettre la vie.
Du reste, l'excès des naissances dans l'Italie méridionale, est paralysé par l'excès de la mortahté et par l'émigration. C'est pour cela que, malgré la plus grande natalité, on ne trouva dans chaque famille en 1881 qu'une moyenne de 4,10 personnes en Sicile, 4,5 en BasiUcata, pendant que dans la Yénetie il y en avait 5,17 et en Toscane 4,92.
En comparant ensuite {R. Scientif., octobre 1875) les pays ayant le maximum de la natalité en Europe (1876-90):
Angleterre 34,0 — Allemagne 31,1 Italie . . 37,3 — Hongrie . 44,0
(1) BoDio, Statistica j)enale negli anni 1879-83 :
Omicidi Nati
per 100 m. per 100 m.
Galtanissetta 46,2 4400
Catanie . 26,9 3900
Girgenti 70,7 4600
Messine 19,2 3900
Palerme 42,5 3900
Siracuse 15,7 4000
Trapani 40.2 4300
et ceux ayant le minimum de la natalité :
France 24,6 — Irlande 24,9 — Suisse 29,4
nous ne trouvons parmi les premiers une coïncidence parallèle pour les homicides qu'en Italie et en Hongrie, en parfait contraste avec l'Angleterre et l'Allemagne, qui ont une grande natalité et peu d'homicides.
Parmi les nations à minime natalité, l'Irlande seule a donné un chiffre moindre d'homicides.
Et Bi en Itahe, en Angleterre et en Allemagne un plus fort contingent de vols correspond à une plus grande natalité, il n'en est plus de même en Hongrie et en Suisse ; il s'en suit donc que, dans les grandes lignes, il n'y a aucun. parallélisme.
4. — Domicile urbain et domicile rural. — L' influence de la densité est encore démontrée par celle du domicile urbain et rural en France. C'est surtout à MM. Fayet, Socquet et Lacassagno que nous devons les plus dihgentes recherches à ce sujet.
Il ressort de leurs études que les accusés ruraux étaient plus nombreux de 1843 à 1856, pendant que les accusés urbains étaient en majorité surtout depuis 1863 (1).
L'émigration des campagnes dans les villes est telle, qu'elle constitue un cinquième de la population urbaine; et c'est la part meilleure et la plus intelligente qui émigré, abaissant ainsi le niveau des campagnes, pour y reporter en suite les vices et les mœurs de la ville.
En résumé, les accusés de crimes contre la propriété ont diminué dans les campagnes d'environ ^/g, et de la moitié dans les villes; ainsi il y eut:
en 1843 73 ^i^ accusés ruraux; 64 "/g accuses urbains » 1878 27 » » » ; 36 » » »
(1) Voir Lacassagne, dans mon Archivio di Psiohiairia ed Antropologia criminale, III, pag. 311. Fayet 'avait déjà noté en France, en 1830-46 1 accusé rural sur 405 habitants et 1 accusé urbain sur 165 habitants {Journal des Econom., 1847).
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Les accLisos de crimes contre les personnes furent plus nombreux chez les ruraux clans la période de 1823 à 1878; ils décrurent cependant après 1859 beaucoup plus que parmi les urbains.
Pour les crimes contre les personnes on en trouva en effet:
en France:
en 1850 » 1851 » 1870 » 1871
En ce qui concerne l'homicide, Socquet démontre qu'à une époque plus reculée, en 1846-50, les accusés ruraux surpassaient presque du triple ceux des villes, dans la proportion de 20 à 7,6 '^/q, pendant qu'à une époque plus récente, en 1876-80, ils ne les sui'passaient plus que du double, comme 31 à 63 '^/q', on voit d'après cela que la criminalité diminua dans les campagnes et augmenta dans les villes presque d'un tiers.
Les accusés pour assassinat étaient:
ruraux
o/oo
urbains
o/oo
en 1846-50
ruraux
urbains o/o
c'est-à-dire qu'il y eut diminution dans les derniers temps, dans les villes et dans les campagnes, mais beaucoup plus cependant dans ces dernières.
Dans les crimes contre la- pudeur sur les adultes, les paysans surpassèrent les urbains — , certainement à cause du défaut de maisons de tolérance; ainsi on compta dans les deux périodes suivantes :
ruraux
urbains
en 1846-50
avec une décroissance plus rapide que chez les habitants des villes, chez lesquels ils tendent, au contraire, à augmenter.
Dans les crimes contre la pudeur sm- les enfants, le nombre des accusés était en 1846-50 de 59 %, et de 53 Vq eu 1876-80 chez les paysans; pendant que chez les urbains de
o« CHAPITRE V
39 7o ^^ monta à 45 7o (Socquet), favorisé par l'oisiveté, par l'abus des boissons alcooliques et, surtout, par les raffinements de la satiété.
La prôdominence des avortements chez les urbains est aussi très évidente: on en compta à peu près le double et même le. triple dans ces dernières années, pendant que les infanticides j sont moins nombreux, sans doute grâce à la plus grande facilité de trouver des complices en ville et à la moindre crainte d'y ctre découvert.
Avortements: 1851-55 1876-80 France
Accusées des campagnes 9,3 . 4,2 p. mill. d'habit.
» » villes 19,6 14,5 »
Accusées des campagnes 32 35 »
» » villes 21 22 »
(Socquet, Contribution à l'étude de la criminaliU en France, 1826-SO).
La courbe des crimes contre la propriété démontre que les crises économiques sont plus profondément ressenties dans les campagnes que dans les villes (Lacassagne, op. c).
Les révolutions, les vendanges ont une influence différente sur le nombre des accusés en ville et dans les campagnes : dans les campagnes, par exemple, les accusés augmentent dans les années d'abondantes vendanges ; mais les révolutions politiques ne s'y fout que très peu sentir et seulement durant les années qui suivent les crises révolutionnaii-es, pendant qu'en ville elles sont ressenties, tout de suite et avec intensité (Lacassagne).
Les centres urbains et les centres ruraux ont donc chacun leurs criminalité spécifique : les crimes des campagnes sont sauvages^ féroces et ont pour origine la vengeance, la cupidité et la brutale satisfaction sensuelle, etc. ; dans les crimes des villes prédominent la paresse, les passions charnelles raffinées et le faux.
Ce phénomène de l'augmentation urbaine des crimes contre les mœurs et de la diminution relative des crimes de sang prend des proportions immenses quand on étudie le crime dans les capitales proprement dites.