‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 41 sur 190 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

n'accroissent pas d'un seul point le monopole de la morale, et peuvent être, au contraire, un puissant instrument de méfait en créant de nouveaux crimes qui plus facilement peuvent échapper aux coups de la loi en enseignant, par exemple, aux criminels, à se servir des chemins de fer comme en 1845 à Tiebert; ou bien delà dvnamite, comme à Thomas; ou bien encore du télégraphe et des lettres chiffrées, comme au vénitien Fangin, qui par ce moyen signalait à ses complices le courrier qu'ils devaient dévaliser.

Caruso avait coutume de dire, que s'il avait connu l'alphabet, il aurait conqui le monde : l'assassin Delpero, au pied de l'échafaud, déclarait que la cause de sa ruine avait été l'instruction que lui avaient procurée ses parents, et qui lui avait fait préférer l'oisiveté au travail mal récompensé.

Enfin, tous les criminels apprennent par la lecture des procès, dont ils sont avides, à mettre en pratique l' art de leurs prédécesseurs. C'est ainsi, que sur 150 vagabonds, Mayhew en trouva 50 qui avaient lu Jack Sheppard et d' autres romans criminels ; et déclaraient que ces lectures leur avaient insjDiré leurs premiers pas dans la vie du crime.

Il n'est pas jusqu'à l' insti-uction supérieure qu'on nous dispense à nous autres Latins, chez qui le crime va toujours en augmentant, qui n'agrandisse souvent la plaie au heu de la guérir ; surtout par les crimes politiques. — Nous vivons à une époque à laquelle les jours sont des années et les années des siècles, et nous voulons faire vivre les jeunes gens dans une atmosphère ancienne de milhers d'années.

Les intelligences les plus fortement trempées n'ont pas même tout le temps qu'il leur faudrait pour embrasser cette partie des connaissances qui sont nécessaires à tous (comme l'histoire naturelle, l'hygiène, les langues vivantes, la statistique) et nous voulons qu'elles l'emploient à apprendre à balbutier de travers des langues et des sciences mortes : et tout cela pour se perfectionner le goût, pendant que nous trouverions ridicule que l'on enseignât durant dix ou douze ans à fake des fleurs ou des solfèges ?

136 CHAPITEE VIII

Le torrent de la vie moderne, tout imprégné de faits, nous passe devant et nous ne le voyons pas.

Combien devront sourire nos neveux en pensant que des milliers de milliers d'hommes ont cru sérieusement que quelque fragment de classique étudié en bâillant et par force, oublié plus vite qu'appris, et pis encore, les arides règles grammaticales d'une langue ancienne, fussent l'instrument le plus précieux pour développer l'esprit et former le caractère du jeune homme, plus que l'exposition des faits qui devraient le plus l'intéresser et plus que la cause des faits eux-mêmes.

Mais, en attendant, on crée des générations dont le cerveau s'imprègne, et pour longtemps, de la forme seulement et non de la substance ; et plus que de la forme (qui au moms pourrait se traduire par quelque chef-d'œuvre), d'une adoration de la forme qui va jusqu'au fétichisme, et d'autant plus fausse, d'autant plus av^eugle et stérile que plus long fut le temps qu'inutilement on j employa.

C'est de cette éducation que dérive cette adoration de la violence, qui fut le point de départ de tous nos rebelles, de Cola de Rienzi à Robespierre.

Toute l'éducation classique, qu'est-elle, si non une glorification continuelle de la violence sous toutes ses formes, qui commence à 1' apothéose de Codrus pour arriver aux régicides de Brutus

Sur ce point, tous les partis sont d'accord, tant le vice est profond : les cléricaux crièrent urrah au coup de poignard de Ravaillac ; les conservateurs aux fusillades en masse des communards en 1871

Qui peut s'étonner après cela, si dans une société aussi saturée de violence, la violence éclate de temps en temps de toutes parts eu éclairs et en tempêtes ? On ne peut impunément déclarer sainte la violence, sous prétexte qu'elle ne doit être appliquée que d'une manière déterminée ; tôt ou tard arrive qui transporte l'Évangile de la force d'un credo politique à un autre.

Je suis heureux d' avoir été précédé dans cette voie par

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