PREMIERE PARTIE
nombre intermédiaire (1 livret chaque 8-13 habitants), est l-à suivante :
Moyennes de 20 provinces avec richesse
luaKima uioyenue miniraa
suivant le nombre des livrets
Crimes contre la foi publique . 57 45 45
s. ■> les bonnes mœurs . 11 12,6 20
Vols 132 133 160
Homicides 10 12,6 27,4
Comme nous avons vu pour les taxes et les impôts réunis : en Italie, là où il y a moins de prévoyance et une moindre épargne, calculée d'après lo moindre nombre des livrets par habitant, il y a une plus grande criminalité de sang, de vols et de viols et une moindre d'escroqueries : et en sens inverse, oîi il y a une richesse moyenne et une richesse maxima (qui donnent les mêmes résultats) il y a aussi le maximum d'escroqueries et le minimum d'homicides, de vols et de viols ; ce qui signifie au fond que le pays encore barbare est plus porté au crime violent qu'à celui de l'astuce ; mais là aussi nous voyons se répéter le fait que nous avons déjà observé pour les taxes, c'est-à-dire que les viols, à l'inverse de ce qui a lieu partout, sont le plus fréquents dans les provinces les plus pauvres.
Cependant, là où la race et le climat entraînent déjà au mal, la richesse, comme je l'ai déjà dit, n'y peut rien. Ainsi, nous trouvons un nombre élevé d' homicides dans les provinces les plus riches, . comme Palerme, qui en compte 43, Rome 27, J^aples 26, Livourne 21; mais ces exceptions s'expliquent par la position géographique de Palerme et de Xaples ; par la race pour Livourne, et par la race e l'abus de l'alcool et par les conditions politiques pour Rome. C'est le contraire qui a lieu dans les provinces les plus pauvres, dans lesquelles la position géographique, le climat et la race exagèrent certainement l'influence de la moindre richesse ; car les chiffres les phis élevés se vérifient dans les provinces méridionales et insulaires.
Pour les viols aussi, on a des exceptions et des explications
analogues, en ce que^ parmi les provinces riches, un nombre élevé de viols est offert par Livourne 26, et Eome 22, et parmi les provinces pauvres, un nombre très restreint est offert par Keggio Emilia, Yicence 4, Bellune et Rovigo 5, TJdine 7, etc., évidemment à cause des conditions ethniques et géographiques (nord). Ce qui coniirme indirectement que les chiffres élevés présentés par des provinces ayant une richesse également restreinte, mais situées toutes dans l'Italie méridionale ou dans l'Italie insulaire, doivent se lier non seulement aux conditions économiques, mais aussi à la race et au climat, etc.
Epargne en France. — En ce qui concerne la France, en prenant pour donnée de la richesse le chiffre des livrets de la Caisse d'épargne sur 1000 habitants de 1884-85, nous trouvons que tous les crimes y augmentent toujours en raison directe de la richesse, ainsi :
Assassinats Vols Viols Dans les Déi:)artements
à richesse minime on a une moyenne de 64 83 17 (1)
moyenne -» » 66 99 26
maxima » :> ■ 89 186 29 (2)
La contradiction si frappaate de l'influence de l'épargne entre la France et l'Italie, s'explique — jusqu'à un certain point — de la même manière que nous avons expliqué l'opposition que nous avons trouvé dans ces deux pays entre le crime et la densité (voy. Ch. Y), en ce que dans les régions les plus riches de la France, oii l'industrie est plus développée, affluent les émigrants qui y commettent, en général, quatre fois plus de
(1) Eichesse minime de 0 à 100 livrets par 1000 habitants. (Corse 20, Ardèche 97).
Eichesse moyenne de 100 à 200 livrets par 1000 habitants (Lot 101, Loire et Cher 190).
Eichesse masima de 200 à 406 livrets par 1000 habitants (Seine 201, Sarthe 406).
(2) Annuaire d' Économie politique, Paris, 1886.
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crimes que les français. Or de 1851 à 1886 l'immigration y tripla; et la qualité des immigrants empirait à mesure que leur quantité augmentait; car au début ce sont les meilleurs éléments qui accourent, mais en suite lorsque le courant qui pousse les gens d'un pays à l'autre devient trop fort, il ne charrie plus que les pires sujets (Joly). Le Nord a quatre fois plus d'étrangers que les Bouches-du-Rhône et 19 fois plus que l'Hérault; mais il a 9 fois plus de naturalisations, ^•'est à dire des éléments plus stables et plus assimilables que le premier, et 75 plus que le second, fréquenté par des espagnols, pendant que les premiers sont belges (Joly). Les immigrants y sont aussi attirés par la rareté des naissances et par la fréquence des grèves qui leur laissent l'espérance d'y trouver du travail (Joly, France criminelle).
Ajoutons à cela, la contradiction provoquée par la race sémite et le climat chaud dans l'Italie méridionale, que nous avons vu augmenter tous les crimes contre les personnes et en partie contre la propriété, et qui coïncident en Italie avec la minime épargne, ce qui confond les facteurs climatique et ethnique avec le facteur économique.
Mais ce serait une grande illusion de croire que ces explications suffisent. Il doit y avoir une influence encore plus grave. En effet: si nous comparons certains pays d'Italie comme le Piémont et la Lombardie qui ont beaucoup d'analogie de race et de climat avec la France, nous voyons, dans des conditions beaucoup plus identiques se continuer le phénomène opposé; là aussi, la plus grande épargne coïncide avec le moins de crimes, pendant qu'en France c'est le contraire qui arrive: mais ici, il faut en rechercher la cause dans la richesse énormément plus grande, pour le moins quadruple, de la France comparativement à celle de l'Italie, d'autant plus que, en P'rauce, dans beaucoup d'endroits, cette richesse trop vite acquise y pousse aux plus grandes débauches, si bien que (c'est Joly qui le remarque) se déhancher y est synonime de s'amuser.
Nous en trouvons une preuve directe clans le fait que chez
nous, la richesse moyenne et la richesse maxima aboutissent aux mêmes effets, justement parce qu'elles ont entre elles beaucoup d' analogie pendant que c' est le contraire qui se produit en France, oii la richesse maxima se différencie énormément de la richesse moyenne et donne des résultats contraires.
En Italie, l'augmentation de l'épargne y est bien plus un effet de l'économie et de l'inhibition, que d'une véritable richesse, tandis qu'en France, du moins dans beaucoup de régions industrielles, spécialement dans l'Hérault, les Bouchesdu-Rhône, l'épargne y est un indice de richesse si puissante, qu'elle déborde bien souvent dans la rapide spéculation. De là vient que nous en trouvons tous les avantages dans un endroit et tous les dommages dans l' autre. La petite richesse lentement accumulé refrène le crime ; la richesse débordante n'est plus un frein, mais un aiguillon et un facteur de crimes.
Régions agricoles, industrielles. — En effet, là où l'activité industrielle se mêle rapidement, pis encore si elle remplace l'activité agricole, on y voit aussitôt s'élever le chiffre des crimes.
Et en vérité, si nous divisons la France comme dans r étude sur sa Criminalité pendant 50 ans {o. e.)^ en régions agricoles., agricole- industrielles ., industrielles, nous voyons que le crime s'y accroît presque toujours, des premières en allant aux dernières : ainsi qu'on le voit dans ce diagramme (p. 153), qui nous monti-e comment sur 42 départements agricoles, 11 seulement, c'est-à-dire le 26 %, surpassent la moyenne des assassinats en France, pendant que dans les dér partements agricoles-industriels elle est dépassée par 10 départements sur 26, c'est-à-dire le 38 7o ^t de 7 sur 17, c'està-dire le 41 % dans les départements industriels (p. 153).
Quant aux viols sur les adultes et les crimes contre les personnes, nous trouvons de même la moyenne :