‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 54 sur 190 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

s'élèvent chez les parents des plus grands criminels à 37 °/q de buveurs suivant Penta, à 41 °/,^ suivant Marro, et à 27 o/q et à 45 ^/^^ de criminels ou vicieux, suivant Yirgile et Marro.

Comment un malheureux enfant pourrait-il se défendre du mal, quand il lui est représenté sous les couleurs les plus séduisantes; et pis encore, lorsqu'il lui est imposé par l'autorité et par l'exemple de ses parents ou de ceux qui sont chargés de l'insti'uire? nous le voyons par ces exemples:

Y., sœur de voleurs fut élevée par ses parents comme un garçon; vêtue en garçon, elle prit un aspect viril et maniait le couteau vigoureusement; elle vola en route un manteau: arrêtée, elle en accusa ses parents ; la famille Cornu était composée d'assassins et de voleurs, habitués au crime par ie& parents dès la plus tendre enfance; sur cinq frères et sœurs, une seule avait montré une répugnance invincible pour le crime : c'était la plus petite ; mais ses parents trouvèrent le moyen de la vaincre en lui faisant porter pendant deux lieues, dans son tablier, la tête d'une de leurs victimes. En très peu de temps, elle s'était si bien dépouillée de tout remords qu'elle devint la plus féroce de la bande, au point de vouloir pratiquer les tortures les plus cruelles sur les victimes. Crocco, qui à trois ans frappait à coups de pierre ses compagnons et plumait vivants les oiseaux, avait été abandonné, par son père, presque toujours seul au miheu des bois jusqu' à dix -neuf ans. — Frégier raconte d'un enfant, qu'il était l'orgueil de son père voleur, parce que à trois ans il savait lever en cire l'empreinte des seiTures.

Les femmes des assassins, écrit Vidocq, sont plus dangereuses que leurs maris; elles accoutument les eufants au crime, en leur faisant un cadeau à chaque assassinat qui se commet.

Nous avons déjà vu, et nous verrons encore dans le chapitre suivant, la grande proportion des parents et des familles immorales des criminels, action héréditaire qui ne peut se séparer de l'éducation.

Là aussi, comme dans l'abandon et pour la même raison de la prostitution et de la plus grande opiniâtreté de la femme dans lo crime, le nombre des femmes sujettes à cette influence est bien plus grand que celui des mâles.

Pour beaucoup de personnes, l' influence de 1' éducation, telle qu' elle nous est représentée par ces chiffres, paraîtra peu importante; mais, outre que nous devons y ajouter les proportions déjà citées (v. s.), des enfants exposés, il faut aussi rappeler que beaucoup de crimes ont une origine autonome, que beaucoup d" êtres pervers naissent et restent pervers, malgré les efforts désespérés de leurs parents pour les corriger.

Parmi nos délinquants mineurs de rannce 1871-72 (1), le 84 7o ^®s garçons et le 60 % des filles appartenaient à des familles morales : ce qui s' explique par les premières faiblesses des parents honnêtes qui se trouvent impuissants, lorsque plus tard ils veulent se faire obéir sérieusement.

Noël, Yidocq, Donon, Demarsilly, Lacenaire, Abbado,Hessel, Fra Diavolo, Cartouche, Trossarello, Troppmann, Anzalone, Demme, appartenaient à des familles honnêtes. Rosati me racontait qu'il avait été plusieurs fois battu par son père après ses premiers vols et qu'il avait vu pleurer sa mère à chaudes larmes, il leur avait toujours promis, bien entendu, sans maintenir sa promesse, de restituer les sommes volées.

On voit d'autre part et les révélations de Parent-Duchatelet et de Mayhew en font foi, que beaucoup de voleurs et de prostituées enricliies font tout leur possible pour élever leurs enfants dans la vertu.

(1) Beltbami-Scalia, oiivr. cit.

Hérédité.

Statistique de Vinfluowe héréditaire. — Sur 104 criminels dont j'ai examiné linfluence héréditaii'e

71 présentaient des phénom. hérédit. 3 avaient la mère prostituée

20 avaient le père alcoolique

frères et

sœurs fous

la mère »

> criminels

le père criminel

» épileptiq.

la mère »

» suicides

le père fou ou méningit.

des

sœurs prostituées

ô » la mère folle ou épileptique.

Toutefois, ne disposant pas de moyens officiels de recherches et devant me borner aux renseignements obtenus des prisonniers, je me trouvais dans des conditions d'observations les plus désavantageuses.

Le docteur Yirgilio, qui, au contraire, était dans des conditions bien plus favorables, trouva le crime chez les parents des criminels dans le rapport de 26,80 ^/q presque toujours comme l'alcoolisme (21,77), du côté paternel, sans compter nn 6 °/q de collatéraux (1).

Penta aussi, mieux favorisé que nous (2), sur 184 criminels-nés de S. Stefano trouva :

(1) Saggio cli ricerche sulla naiura morhosa del delitto du docteur

G. VlEGILIO.

(2) Ârchivio cli psichiatria, XII, 1891.

Age avancé des parents Ivrognerie »

Phthisie »

Apoplexie cérébr.»

Pellagre »

Folie »

Folie — dans les ascendants et collatéraux — 27 Hystérisme »... 25

Epilepsie »... 17

Migraine » . . . 17

29 fois soit 16,0 %

Dans le 4 à 5 pour % seulement, les parents étaient parfaitement sains. — Plus tard il nous donna une nouvelle statistique de l'hérédité morbide dans 447 auti-es cas, divisés en deux séries:

1' Série

2"" Série

sur 232 cas

sur 21b cas

Criminalité des parents

Hystérisme

Epilepsie

Autres ncvropathies .

Alcoolisme

Folie

Tuberculose pulmonaire

Age avancé des parents

Apoplexie cérébrale .

Diathèse grave

Malaria chronique

Marro trouva parmi les causes de mort de 230 parents de criminels et de 100 parents de gens honnêtes ;

Chez le père criminels honnêtes

Alcoolisme . . . 7,2 2,4

Suicides . . . 1,4 —

Folie ... 6,5 2,4

Maladies cérébro-spinales 21,1 14,6

» de cœur . . 6,5 14,6

Hydropisie . , . 4,3 2,4

Phthisie . . . 5,1 2,4

Chagrins ou sccouss. nerv. 2,1 2,4

Chez la uiére criminels honnêtes

PREMIEEE PARTIE 179

Si au lieu d'examiner séparément chaque groupe on additionne ensemble les morts survenues par alcoolisme, suicide, aliénation mentale et maladies cérébrales, on trouve que parmi les morts des 230 parents de délinquants, ces causes sont dans la proportion de 32,1 *^/q, tandis que pour les parents des normaux elles ne sont que dans le rapport de 16,1 "^/(j — c' est- à -dire la moitié.

Le nombre des frères délinquants est surtout très considérable. Marro en trouva 68 sur 500 ayant 1 ou plusieurs frères délinquants, eux-mêmes ils eurent :

Parents aliénés 17 » épileptiques 4 » délinquants 6

» alcooliques 31 (chez 4 la mère l'était aussi)

» déjà vieux 33 (chez 4 les deux parents étaient vieux)

En étudiant, ensuite, les parents encore vivants de 500 criminels, Marro trouva dans 40 ^/q l'alcoolisme du père, dans 5 ^Iq celui de la mère, pendant que chez 500 normaux il n'y eut que 16 °/q d'alcooliques du côté paternel; la folie des ascendants ou des collatéraux dans les parents se trouve dans 42,6 7o des criminels (dans 13 % des normaux); l'épilepsie dans 5,3*^/0 (2 '^Iq des normaux); le caractère immoral et violent dans 33,6 % ; en examinant dans l'hérédité morbide la descendance de parents aliénés, apoplectiques, alcooliques, épileptiques, hystériques et délinquants, il la trouva dans 77 %, et jusqu'au 90 ^'^^ en y comprenant aussi les anomalies du caractère et de l'âge des parents (0. c).

Sichart étudia dans les prisons du Wurtemberg (Liszt, Archiv. f. Rechtw., 1890) 3881 détenus pour vols, ^^Lols et escroqueries; en les comparant avec la population honnête du même pays, il trouve l'anomahe ou le crime des parents

chez les incendiaires — le 36,8 \ chez les voleurs — le 32,2 \ » libidineux — » 38,7 «y » » filous — » 23,6 X » » parjures — » 20,5 ^/g avec le maximum chez les voleurs et les incendiaires.

En tenaut compte seulement de 1' alcoolisme, de la folie, de l'épilepsie et du suicide dans les ascendants directs, il trouva l'hérédité morbide dans le 71 *^/q des incendiaires, dans le 55 7o des voleurs, dans le 43 7o ^^^ violateurs et dans le 37 ^/^ des filous.

Quant au suicide des parents Sichart et Marro trouvèrent :

Suicide

(Sichart)

(Marro)

Voleurs ■ .

Incendiaires

Immoraux .

Parjures

Filous

Homicides .

Total 4,3 X.

En étudiant la proportion des parents vicieux dans les 3000 criminels de Sichart et en les comparant avec ceux de Marro, ils paraissent ainsi répartis :

Parents (Sichart]

vicieuv (Marro)

Voleurs . . . .

Incendiaires

Filous . . . .

Criminels contre les bonnes

mœurs

Parjures . . . .

Faux serments .

C'est-à-dire avec des chiffres très élevés pour les voleurs, moins élevés pour les faussaires et les filous, minimes pour les incendiaires et les parjures.

Sur 3580 criminels mineurs de Mettray, 707 étaient fils de condamnés, 308 étaient fils de parents vivant en concubinage (Barge, o. c).

Parmi les détenus de la maison correctionelle d'Elmire, il j en avait 13,7 7o ^^^^ ^^s parents étaient fous ou épileptiques ; 38,7 % avaient des parents ivrognes.

Nous trouvons dans nos statistiques officielles de 1871-72, sur 2800 criminels mineurs, 3 % de parents détenus. Là aussi

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