PREMIERE PARTIE
femmes donnent la proportion la plus élevée de condamnées pour avortement (3 sur 100) et que les femmes occupées dans le service domestique ont le plus grand nombre de condamnées pour vol (55 sur 100) après les femmes de campagne (1).
Mais ici les chiffres sont trop restreints pour que l'on puisse en tirer des conclusions certaines et de toutes manières le grand nombre des prostituées confond toutes les recherches ; car il est certain qu'une bonne partie des campagnardes arrive au crime par la voie de la prostitution, ouverte ou déguisée sous le nom de domesticité citadine. La fréquentation des grandes villes, écrit Parent- Du -Chatelet, est nuisible aux femmes de la campagne qui d'après les statistiques paraissent s'adonner à la prostitution en raison directe de leur voisinage des grands centres.
La moitié des prostituées parisiennes est fournie par les couturières et les repasseuses ; Yg par les mercières, modistes, coiffeuses ; V-?o P^'^' ^^^ blanchisseuses et ouvrières de fabriques; quelques-unes par les actrices.
Militaires. — Il importe d'étudier k part la criminalité militaire prééminente, qui, suivant Hausner, surpasserait de 25 fois la criminalité civile (2) ; mais ici, il y a confusion, car certainement l'observatem- n'a pas exclu de la proportion des civils, les vieillards, les enfants et les femmes. Certes, nous trouvons en Italie des chiffres tout-à-fait différents. Si nous étudions la population militaire (3) criminelle d'Italie en 1872,
(1) Bosco. La Delinquenxa femminile, Roma, 1897.
(2) En Autriche il y a 1 militaire sur 856 civils et sur 78 milit.
» HoUande 1 :> -^ 43B0 ^ .^ 173 »
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(3) J'évalue d'après les indications de l'honorablo général Torro {pp. cit.), à 157,275 les soldats de terre en service actif, plus 11,931 officiers et 18,000 matelots ; j'exclus des délinquants militaires 217 gardes do finance et de sûreté publique ; j'y laisse 345 individus qui avaient déjà été condamnés pour vol, et qui, jiar une disposition du Code militaire, passent le reste do leur engagement dans les compagnies do disci-
il s'agit pour la plupart de condamnés pour des actions qu"on ne pourrait à vrai dire appeler criminelles en dehors de l'arméts telles que propos subversifs, maladies simulées, insubordination. ISTous trouvons alors 1 condamné sur 112 militaires.
Maintenant si nous comparons cette proportion avec celle des condamnés du même âge (entre 21 et 31 ans), nous voyons, il est vrai, qu'elle a empirée, mais non pas exagérément, car cette dernière compte un condamné sur 172 individus (Curcio) ; mais ôtant de ce calcul les femmes, qui légalement donnent une criminalité moindre du 80 '^/,„ la différence diminue.
Mais même si Ton devait encore réellement y reconnaître une grande différence (comme elle paraît exister en Allemagne), elle s'expliquerait par la facilité d'avoir des instruments de crime, par F âge plus incliné à la délinquance, par le célibat, l'oisiveté et par les plus nombreux et plus étroits contacts (d'oii le chiffre élevé de viols, de pédérastie et de la cnmorre) ; et en temps de guerre, par l'habitude du sang. Holtzendorff raconte (o. c, p. 12) qu' un assassin, qui avait été soldat, s' excusait en disant qu' il avait, dans les champs de la Bohême en 1866, vu mourir tant de gens, que un de plus ou un de moins ne lui paraissait pas grand'chose. Lucain avait dit : Nulla fldes pietasque viris qui castra srquuntur. Un fait curieux et significatif à ce propos, que nous a révélé la philologie, c'est que beaucoup de fonctions militaires étaient autrefois si criminellement exercées, qu'elles devinreni synonymes de défit : ainsi les latrones étaient des espèces à: cul lattis^ d'aides de camp du roi, qui, au lieu de passer leur temps comme aujourd'hui à conter fleurettes aux dames, commettaien tant de déprédations, que leur nom en resta confondu avec celui de voleur. De nos jours, on a peine à croire que
plino ; d'après co calcul les condamnés s'élevèrent en tout à 1668. — En 1871 les condamnés militaires s'élevèrent à 2319 dont 463 condamm'' a paravant pour vol ; le contingent effectif était complessivement, y compris les matelots et les officiers, de 199,980.
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[es pirates étaient des marins de guerre; masnada à l'origine n' était qii' une troupe, et hriganie était une sorte de tirailleur auquel on donnait à forfait l'assaut d'une \ille.
Que les peuples guerriers se caractérisent par plus de 3ruauté c'est un fait qu' on peut voir encore de nos jours ; somme le démontre Hammou dans sa très belle étude sur [a PsijcJiologie militaire ; la cruauté particulière au soldat lui est inspirée par son mépris des autres castes non armées, mépris qui dérive sans doute des époques antiques, mais aussi de la plus û'équente impunité. Ce sont innombrables les sxemples de cruauté restés impunis en Allemagne, en Russie 3t en Italie ; h Coblenz un lieutenant tua à coups de sabre lin commerçant qui passait dans la rue ; il fut condamné \ un an; puis gracié; et lorsque la mère de la malheureuse dctime s'en plaignit dans une lettre violente, elle fut ellemême condamnée à l'amende (1894) ; à Berlin le soldat Laerke, étant de faction, blesse gravement deux ouvriers; ses supérieurs le comblent de louanges pour ce haut fait et lui ionnent de l'avancement (1893) ; à Bologne, à Monteleone, 1, Aquila, les officiers assaillent à main armée de pacifiques citoyens ; et ces exemples se pourraient prolonger à l'infini.
Il n'est pas jusqu'à la prétendue générosité chevaleresque, |ae l'on prête aux militaires, qui ne leur soit aussi étrangère ^[u'elle était rare au moven âge, oii elle n'exista jamais, sauf ilans la fantaisie de l'école romantique.
Il suffit, pour le prouver, de citer le jugement impartial i'uue observatrice de génie, M'"'' Ouida {FortnigJdhj Review, loût 1852). « De l'alcoolisme et de la syphilis qui ont et eurent eur siège et leur point de départ dans l'armée, à la corruption qui envahit les jeunes gens honnêtes après l'enrôleiient, si bien que les paysans ingénus en sortent pervertis, e mal y prédomine toujours » . J^ai moi-même observé à Turin .me criminalité spéciale chez ceux qui sortent de la milice; et :lont la milice seule est la cause.
Il y a, il est vrai, des exceptions, mais qui n'en sont pas pour cela moins funestes. Il s'agit d'individus que le service
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(on l'appelle ainsi par autonomasie) avec son obéissance passive, rend serviles^ incapables cl' une existence propre, sans individualité, sans originalité et qui ont besoin de s'incliner devant qui que ce soit, et cela tandis que les terres d'oii ils sortent ont besoin de bras et de travail et réclament des cœurs libres et forts. (Sergi, Degenerati, 1894).
Mais ce qui influerait le plus sur la disproportion des criminels militaires, c'est la moindre distance qu' il y a ici entre la criminalité apparente, comme l'appelle Messedaglia, et la criminalité réelle ; la facilité avec laquelle la discipline militaire met en lumière et frappe n'importe quel délit, tandis que l'on sait que dans le civil les crimes découverts et punis (1) n'atteignent pas à la moitié de ceux dénoncés ou commis.
Aliénés. — L'influence des professions chez les aliénés est bien moins clairement démontrée que chez les déhnquants ; car il n'est pas facile de trouver des statistiques qui s'occupent en même temps des riches et des pauvres recueillis presque toujom's dans des asiles différents. Cependant d'après celles étabHes en France, qui sont certainement les phis complètes que nous connaissons, nous entrevoyons (2) des
(1) En 1895, sur 233,181 affaires terminées par les juges d'instruction, 70,276 concernaient des infractions dont les aiiteurs étaient inconnus. — En 18G2-66, le 68 % des crimes, le 54 % des contraventions, en Bavière, restèrent impunis, parce que les auteurs en étaient inconnus ou les crimes insuffisamment prouvés (Mayhew).
(2) LuNiEB, Nouveau dictionnaire de médecine^ Paris, 1872. — Gieard DE Cailloux, Etudes pratiques sur les aliénés, Paris, 1863,
Girard (Seine 1832) Lunier (France 183fi-GI)
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