PREMIERE PARTIE
analogies siugulières avec la criminalité. Les aliénés des villes s'y élèvent au double de ceux de la campagne, comme 223 à 100 et les hommes y sont ])lus souvent frappés que les femmes comme 132 à 100. Les agriculteurs fourniraient le minimum des aliénés et les professions libérales le maximum ; parmi ceux-ci, les artistes, les juristes, fourniraient un chiffre bien plus fort que les employés et les ecclésiastiques.
Les études de Girard nous montreraient la fréquence de l'aliénation mentale chez les domestiques, les ouvriers serruriers, les mineurs ; suivant celles de Bini et de Golgi elle serait fréquente parmi les cordonniers de 1,2 à 8 ^/^^ des retirés dans les hospices et parmi les cuisiniers de 1,3 ^/^y Zani aurait, lui aussi, noté sa fréquence chez les domestiques do 2 à 5 "/q et le chiffre très fort, 5 *^/q, donné par les professions libérales.
D'après les recherches de Girard et de Barofïio, les militaires
fourniraient à la folie un des chiifres les plus élevés 1,40 "
Girard (Seine IHoi]
Lunior
(i'r;uice 18jli-CI)
1 sur
sur
Employés ....
Banr[uiei-s ....
Domestiques Cordonniers et tailleurs Propriétaires . .
Agriculteurs ....
Militaires ....
Mineurs
Ouvriers métallurgistes . ;• 732
Aubergistes, etj. ... » 1700
Lolli sur plus do 1000 aliénés nota que pendant que les
Agriculteurs forment le 49 '*,'„ de la popul. ils donnent 34 •^'i, d'aliénés
Artisans »
Domestiques :•>
Propriétaires >
Commerçants »
Employés »
Clergé »
Professions liber, i-
des sains et 4 à 8 % des aliénés. Des études de Lolli, qui sont les seules que je connaisse en Italie, établies sur une grande échelle, il résulterait une plus grande fréquence de la folie parmi les propriétaires, les gens aisés et les commerçants que parmi les classes agricoles, dans lesquelles elle serait aussi moins fréquente que chez les artisans.
Je dois enfin faire remarquer ici, que les professions qui accoutument à la vue du sang ou au maniement d'instruments homicides, comme les professions de bouchers, militaires, etc. (Lasagna, Bertrand, Avinain, Legier), ou bien à une vie de isolement social ou sexuel, pasteurs, campagnards, prêtres (DumoUard, Grass, Mingrat, Leotard, Berthet, Frylay, Lacollange, Carpinteri, Crocco), surtout s'il vient s'y ajouter Texacerbatiou d'une chasteté forcée, provoquent, tant chez les aliénés que chez les délinquants une férocité démesurée dans les actes, accompagnée souvent d'une monstrueuse lubricité ; notons aussi que les empoisonnements se rencontrent plus fréquemment parmi les chimistes et les médecins (Tayllor, La Pommerais, Demme, Palmer, Desrués, Moreau, Laserre, Buchillot).
Horreur du travail. — Mais il faut faire attention dans ces recherches, que les professions des criminels sont très souvent nominales ; et que leur véritable profession est... 1' oisiveté.
Nous avons découvert à Turin une étrauge industrie, particulière aux criminels : c' est celle des faux menuisiers, des faux serruriers, foui-nis de tous les instruments de travail, afin de démontrer à la police leur propre laboriosité : mais leur travail n'est que simulé, ou bien juste autant qu'il faut pour échapper à l'admonition pour oisiveté; ce ne sont pas les moyens et l'occasion qui manquent pour travailler, mais bien au contraire la volonté.
Sichart (1) sur 3181 prisonniers en trouva 1347, c'est-à-
(1) Ucber individueUe Fuhlorcn des Vcrbrechens dans la Zeilsclirift filr die gcsajnmte Slrafn-issenschaft, 1891, Erstcs Hcft.
PKEMIERE TARTIE 245
dii-e 42,3 "^ (3, qui avaient horreur du ti-avail. Divisés par crimes les chiffres se répartissent ainsi:
Sur 1848 voleurs . . . 961 c'est à-diro 52 *^/o non travailleur
» 381 escrocs ... 172 >•> 45 » »
» 155 incendiaires . . 48 > 31 •> ■■>
» 542 criminels sexuels 145 » 26,7 » ;>
» 255 parjures ... 21 » 8,2 ■> ■>
L'importance de ces chiffres ressort encore phis clairement quand ou observe comment ils se répartissent entre ceux que Sichart appelle criminels par occasion et criminels par habitifde.
L' horreur du travail fut trouvé en total dans 1347 ou dans 42,3 % dont:
Délinquants par occasion . . . 170 ou 19,2 % » par habitude . . . 1170 ou 51,7 »
avec une prédominance plus que double chez ces derniers.
D'après les récentes statistiques de Wright (0. c), dans le Massachusetts, nous voyons que sur 4340 condamnés, 2991, c'est-à-dire le 68 '^/q, n'avaient pas de profession; et suivant les statistiques de la Pensylvanie que presque le 88 '^/^^ des condamnés dans les pénitenciers n' avaient jamais exercé aucun métier, pas plus que le 68 ^/^ % des condamnés aux « county jails » et aux travaux forcés. En ce qui concerne plus spécialement les homicides, il résulte des recherches de Frédéric Wines qu'en 1890, sur 6958 homicides condamnés, 5175, soit plus de 74 *^ „ n'avaient jamais reçu une instruction professionelle (Bosco, Omicidio negli Sfati Uniti, 1895).
Ce dégoût du travail s'entrevoit aussi par le genre de profession qu'ils embrassent. Marro, en effet, ayant remarqué que les maçons fournissaient le 11 '^*/f, des criminels, tandis que le nombre total des maçons, d'après le recensement de 1881. ne s'élevait qu'au 3,56 '^ ^ de La population, en trouva cette explication près des criminels eux-mêmes, « beaucoup d'entre eux afHrmaient avoir abandonné d'autres professions
exercées précédemment parce que ce n'est qu'aux maçons qu'on donne la paye sans attendre la fin de la semaine ou de la (juiuzaine », ce qui prouve qu'ils n'exerçaient cette profession que par caprice.
On en a une autre prouve dans leur grande mutabilité dans les professions. En effet, tandis que sur 100 normaux, 86 avaient toujours exercé la même profession, 13 avaient changé une fois, 1 en avait exercé trois; parmi les criminels, au contraire, changèrent la profession de 2 à 4 fois et plus:
27 sur 40 assassins 22 sur 31) voleurs de grands cliemius
30 ■■> 40 coup, de bourses 28 » 51 auteurs de blessures
00 » 77 escrocs GO » 97 voleurs
30 » 39 autours de viols 23 » 41 vicieux
soit avec le maximum chez los auteurs de viols et les escrocs. Des comptes-rendus de la maison de Kéforme d'Elmire on relève que 6635 détenus se divisent ainsi suivant leur profession :
Domestiques 1(394 ou 25,5 '^j^
Ouvriers communs 3651 ou 55,0 »
Exerçants dos métiers mécaniques 974 ou 14,7 »
Oisifs 320 ou 4,8 »
Le chiffre des oisifs y serait donc très restreint, mais le relatém- s'empresse d'ajouter : « il faut noter que ceux qui affirmaient d'avoir une occupation n'étaient presque jamais occupés régulièrement (1). En conséquence, le nombre des hommes qui enti'ent aux pénitencier et qui sont incapables de s'adapter au travail, est très grand, et considérable est aussi celui de ceux qui restent incapables malgré tous les systèmes d'excitation morale, parce que, affiiine le surintendant général Z. E, Brockway, sm- 34 '^/^ des détenus, aucune suggestion morale ne réussit à les stimuler au travail... et n'éveille pas même leur attention » (2).
(1) NiNETEKXTii Ykar BooK, Nciv-Yorh Stcitc RefoTm cilovy at Elwira, 1S94, \m.g. 38.
(2) 11)., M., pag. 54.