PREMIERE PARTIE
À Mitilône les querelles de deux héritiers et à Delphe la violation d'une promesse de mariage causèrent des troubles pendant de longues années.
Bacon remarque (1) que des phrases ou des réponses trop vives de quelques princes furent parfois l'étincelle qui allumèrent des séditions; Galba se perdit en disant: Legi a se militein non eml; les soldats n'espérant plus après cela de se faire payer leur vote. Probo, se perdit également par ces paroles: Si vixero, non opus erit amplius Romano Imperio )niliUbus; et révolta contre lui la soldatesque.
Même dans notre siècle de grandes émeutes n'eurent pas pour motif une cause plus sérieuse. C'est ainsi qu'à Madrid en avril 1821, éclata une révolte, parce que le roi ne voulut, ou ne put intervenir à une procession religieuse; en juillet 1867, Bukarest s'insurgea contre le monopole des tabacs; en septembre 1867, Manchester se révolta pour l'arrestation de deux Fénians; en septembre 1876, Amsterdam, pour l'abolition de l'une des foires annuelles.
Guerre. — Les guerres sont souvent aussi des causes d'émeutes.
À Thèbes, après la perte de la bataille des Enophites, le Gouvernement démocratique fut renversé; à Athènes, les classes riches perdirent la primauté, lorsque, après les pertes faites dans la guerre contre Sparte, elles durent s'incorporer dans l'infanterie; à Argo, après la perte de la bataille contre Cléomène, toute l'armée dut accorder l'affranchissement aux esclaves; à Tarante prédomina la démagogie après que dans une bataille la majorité des citoyens eut été vaincue; Syracuse, après que le peuple eut vaincu les Athéniens, substitua la démocratie à la république.
« Souvent les oligarques, en temps de guerre (écrit Aristote), par une mutuelle défiance remettent la garde de la ville aux soldats, dont le chef devient ensuite le maître de tous, c'est
(1) Essais de politique. Paris, 1784.
ce qui arriva à Samos, à Larisse, à Abido » , et nous dirons aussi en France dans une époque plus récente.
Au contraire, les victoires Polonaises de 1587 à 1795, suivant Soltj'k, en ag-gravant l'état des classes pauvres sans leur donner une compensation équivalente, et en augmentant l'activité des peuples vaincus, auraient été une des causes de la ruine de la Pologne.
La guerre Franco -Prussienne créa ou mieux cimenta TEmpire en Allemagne, bien qu'auparavant les populations s'y montraient hostiles: la statistique des crimes politiques en Allemagne le prouve; on y relève que les procès pour offenses contre l'Empereur, après s'être élevés de 76 (1846) à 342 en 1848 et à 362 en 1849, avaient peu à peu repris le cours normale avant la guerre de 1866; montant ensuite de nouveaux à 375 pour redescendre à 132 et à 193 en 1879- 1880 (1).
À son tour, Sedan, tut le signal de la chiite de l'Empire Napoléonien, comme récemment la bataille d'Adua a marqué la fin de la dictature de Crispi en Italie.
Suivant Renan, les deux grandes évolutions hébraïques du Judaïsme et du Christianisme doivent être attribuées non pas seulement aux prophètes, mais aussi à la grande perturbation que provoquèrent parmi les Juifs, les victoires des Assyriens et des Romains.
Il est d'ailleurs évident que les occasions, en influant sur les révoltes, ne sont qu'un prétexte, une déterminante dans les révolutions oîi un peuple déjà prédisposé se précipite.
La brutalité d'un soldat et la débauche d'un prince furent l'occasion qui fit éclater les Yêpres Sicihennes et chasser les Tarquins. Mais qui pourrait croire, en pensant, de combien d'infamies se rendirent, impunément, coupables parmi nous, les rois et les peuples conquérants que ce fut là la seule et véritable cause et non pas seulement l'occasion et le prétexte?
(1) Verbrcchen und Verbrecker in Prussen, IS'A-ISIS. Berlin, 1884.