PROPHILAXIE ET THÉRAPEUTIQUE DU CRIME
Substitutifs pénaux — Climats — Civilisation Densité — Police scientifique — Photographies — Identification.
Si le crime est souvent réellement une conséquence fatale de certaines organisations, naturellement prédisposées, il est alors presque irrémédiable; et nous ne devons plus espérer que l' instruction et la prison soient des remèdes suffisants pour le combattre; mais nous entrevoyons dans ces cas les causes de la constante récidive sous tous les systèmes pénitentiaires ; et, ce qui importe le plus, nous y découvrons la marche à suivre pour la nouvelle thérapeutique criminelle.
11 ne suffit plus de réprimer le crime; nous devons tâcher de le prévenir; et si nous ne pouvons le supprimer, cherchons au moins de diminuer chez les criminels d'occasion, et chez les adolescents et les criminaloïdes, l'influence des causes que nous avons étudiées dans les chapitres précédents.
Et à cela, viennent en aide ces moyens que Ferri a si heureusement appelé — Substitutifs pénaux {Sociologie criminelle, Paris, 1890, pag. 240).
La conception des substitutifs pénaux part de l'idée que le législateur, connaissant et étudiant les causes des crimes, cherche, par des moyens préventifs, d'en effacer, ou, au moins, d'en amoindrir les effets.
C'est ainsi que, dans l'ordre économique^ le libre échange en diminuant les disettes, prévient beaucoup de révoltes et de vols; l'abaissement des tarifs douaniers, ou mieux encore leur abolition, prévient la contrebande; une distribution plus équitable des impôts prévient les fraudes contre l'état; la substitution de la monnaie métallique supprime le faux numéraire, qui résiste au maximum des travaux forcés, car on reconnaît plus aisément une fausse monnaie qu'un faux billet de banque ; des appointements plus rémunératifs aux fonctionnaires publics empêcheraient bien des concussions et des corruptions; ainsi que la distribution de bois aux pauvres empêche beaucoup plus de vols champêtres, que ne pourrait le faire un centaine de gendarmes.
Et — l'éclairage électrique, aussi, et l'ampleur des rues — préviennent les vols, et les viols, bien mieux que les agents de la sûreté publique.
La limitation de l'horaire des enfants et des femmes préviendrait, mieux que les peines, les attentats à la pudeur.
Les maisons d'ouvriers à bon marché, les caisses pour les invalides du travail, la responsabilité civile de l'entrepreneur empêcheraient beaucoup de vagabondages et de grèves.
Dans l'ordre 'politique, un gouvernement vraiment libéral, comme en Angleterre, prévient les insurrections et les vengeances anarchistes, de même qu'une entière liberté d'opinion et de presse empêche les corruptions des gouvernants et les révoltes des gouvernés.
Dans l'ordre scientifique, les médecins nécroscopes préviennent certains empoisonnements; de même que l'appareil de Marsh a fait disparaître l'empoisonnement par l'arsenic, comme les bateaux à vapeurs ont effacé la piraterie et le chemins de fer les vols sur les grands chemins.
Dans l'ordre législatifs des lois opportunes sur la recon-
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naissance des eufants naturels, sur la recherche de la paternité, sur l'indemnisation pour les violations de promesse de mariage, diminueront les avortemeuts, les infanticides, les homicides par vengeance; de même que la justice civile à bon marché préviendra les délits contre Tordre public, les jurys d'honneur préviendront les duels, et les bréphotrophes les infanticides.
Dans l'ordre religieux^ le mariage des ecclésiastiques et l'abolition des pèlerinages feraient disparaître beaucoup do •crimes contre les bonnes m<purs.
Dans l'ordre éducatifs l'abolition des spectacles atroces et des jeux de hasard sera un moyen préventif contre les rixes et les crimes de sang.
Climats et races. — Essayons, maintenant, une application systématique de ces substitutifs pénaux — suivant les causes les plus graves de crimes.
Nous ne pouvons certainement pas empêcher l'action pernicieuse des climats chauds sur les crimes ; mais nous devons tâcher d' introduire les institutions le plus capables d' en tempérer les effets ; par ex., en régularisant, dans ces climats, la prostitution, de manière à y diminuer les effets des excès sexuels : en facilitant l'usage des bains de mer et d'eau douce à d'entières populations, comme on faisait dans l'an- -cieune Kome, et comme on fait encore en Calabres, sachant que le bain froid affaiblit l'action de la chaleur excessive. Nous devons alors aussi rendre la justice punitive plus expéditive, plus apte à frapper les esprits impressionables ; évitant, bien entendu, d'étendre par habitude d'une pédantesque uniformité, ces mêmes lois, aux pays septentrionaux, surtout pour les délits contre les personnes, spécialement pour les ■crimes sexuels.
Le promoteur du nouveau Code itaUen (1) déplorait comme un inconvénient très grand la disparité de traitement juri-
(1) Zaxardelli, Proyctto del nuovo Codice Pénale. Eome, 1886.
clique existant entre les citoyens des diverses parties du Royaume; mais il ne pensait pas que si cette différence n'avait pas existé dans la loi, elle aurait certainement existé dans quelque chose de bien plus substantiel : c'est-à-dire « dans l'opinion publique qui interprète à Mazzara un homicide d'ime tout autre manière qu'à Aoste » (ce sont les paroles précises du procureur du roi Morana); c;^ qui avec les Assises trouve une sanction effective.
Il est évident, d'après cela, que, la précocité sexuelle dans quelques régions étant donnée, non seulement on doit condamner diversement selon les régions le viol sur une fille de douze ans ; mais encore la limite d'âge pour la responsabilité ne peut pas être la même dans les zones du nord et dans les zones méridionales et insulaires; quoi qu'il en soit on ne peut ni on ne doit la déterminer préalablement, mais après une étude pratique qui nous renseigne si la précocité sexuelle n'y est pas aussi suivie par la précocité psychique et dans quelles limites.
JSTous possédons bien maintenant, dans ces cas, l'unité de la loi; mais elle ne sert certainement pas à diminuer les crimes; elle ne sert qu'à rendre la loi impuissante et dérisoire.
Si dans ces régions on avait mesuré la peine à l'opinion publique en l'adoucissant pour les crimes qu'elle considère comme moins graves, cela ne serait certainement pas arrivé; mais peut-on, après ça, espérer un avantage quelconque en modifiant les lois pour des délits qui ne sont pas même des contraventions aux yeux du ]ilus grand nombre, comme le duel, l'adultère, etc. ?
Pour unifier la loi, réellement et non sur le papier seulement, il fiiudrait niveler les mœurs, la nataUté, la sexualité, et, plus que cela, il faudrait encore niveler les climats, le sol, les cultivations; sinon il en sera de la loi décrétée de même que de cet ukase, qui ordonnait aux Polonais de changer de langue. On pourra opprimer, massacrer un peuple : mais on ne lui fera jamais changer sa langue, tant qu' il n' aura pas changé de climat, d'air, de larynx et de nerfs, d'où proviennent néces-