‹ Le crime dans la familleChapitre 17 sur 40 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les délits commis par les enfants à Paris. — Les vagabonds, les voleurs, les mendiants, etc.

Après avoir présenté la situation sociale et morale des parents et avant de continuer l’enquête statistique concernant les 600 familles sur lesquelles j'ai réuni des documents détaillés, il me paraît indispensable de présenter des observations générales embrassant la totalité des mineurs de 16 ans traduits en justice à Paris, pendant ces dernières années, et de tracer ensuite la monographie des deux délits d'élection de l’enfance : le volet le vagabondage.

Je donne tout d’abord quelques chiffres qui démontrent que ces deux délits sont ceux qui sont commis le plus fréquemment par les enfants.

Pendant les années 1897, 1898 et 1899, voici quel a été le nombre des arrestations concernant les mineurs âgés de moins de 16 ans.

En 1897, sur 1 2r1 enfants de cet âge arrêtés, il y a eu:

426 voleurs,

5r1 vagabonds,

110 mendiants,

Et 164 autres délinquants.

En 1898, sur 1300 mineurs de 16 ans arrêtés, 1l y a eu :

440 voleurs,

549 vagabonds,

119 mendiants,

Et 192 autres délinquants.

En 1809 sur 1 096 mineurs de 16 ans arrêtés, il y a eu :

411 Voleurs,

441 vagabonds,

88 mendiants,

Et 156 autres délinquants.

Comme on le voit, les voleurs et les vaga- ‘bonds forment près des quatre cinquièmes des enfants traduits en justice. Le tiers environ de ceux-ci seulement, comme nous le remarquerons plus loin, sont déférés devant le Tribunal correctionnel et, parmi ces derniers, la moitié à peine sont soumis à l’éducation correctionnelle.

LS

Veut-on savoir maintenant comment l’enfant

devient voleur, vagabond ou mendiant ? Voici.

les exemples et les renseignements les plus instructifs que j'ai pu recueillir.

Prenons les plus nombreux tout d’abord:

les vagabonds. |

Je ne veux pas rechercher si le vagabondage des enfants est un délit ou une convention judiciaire, et pénétrer dans les détails de la discussion. Je m'abstiendrai même d’en formuler une définition juridique, ce qui serait fort difficile, étant donnée celle contenue dans l’article 278 du Code pénal; le texte devrait être complété en ce qui concerne les enfants, pour lesquels 1l n’a certainement point été rédigé. Néanmoins, la jurisprudence admet que l’enfant peut être vagabond et poursuivi comme tel. |

L'enfant est porté à quitter la maison paternelle pour errer au dehors: il fait du vagabondage, pouvons-nous dire, comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Malheureusement cette tendance est déplorable, parce que, on le conçoit aisément, l'enfant flânant au hasard, toutes les sollicitations de la rue peuvent l’assaillir. Il m'a été donné de voir des enfants qui, dès l’âge de 7 ans, étaient des vagabonds incorrigibles.

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Pour l'enfant vagabond, le foyer familial, c’est la rue; le toit paternel, c’est l’arche des ponts; le lit, c’est le banc qu’il rencontre ou le fond des bateaux ou des voitures laissées sur la voie publique. Et, chose déconcertante, la plupart des vagabonds qui ont passé devant moi * avaient des parents bons et dévoués, des frères et des sœurs qui vivaient sagement au foyer de la famille.

Le jeune vagabond supporte aisément toutes les souffrances matérielles; coucher à la belle étoile n’est rien pour lui; le froid, la faim ne l’abattent pas : tout, plutôt que de retourner à l’école, à l'atelier, ou de réintégrer le logis paternel.

Parfois l’enfant reste des mois entiers loin de chez lui, et il s’ingénie seulement à réunir à la fin de la journée la somme nécessaire pour payer sa place au coucher et s’acheter de quoi souper, Îl ne réussit pas toujours, et quoiqu'il fasse des corvées aux Halles ou ailleurs, quoique le soir, devant l’entrée des théâtres, il fasse les portières, 1l ne parvient pas toujours à réunir les quelques sous dont il peut avoir besoin pour manger et se loger.

Les jeunes vagabonds préfèrent, je le répète, les privations, les souffrances physiques et les intempéries climatériques, toutes les vicissi-

tudes, en un mot, plutôt que de partager . l'existence paisible, et certainement moinsrude, de la famille, de l’atelier ou de l’école.

C’est là un curieux problème de psychologie. Faut-il supposer pour l'indépendance un goût exagéré dont l'enfant ne se rendrait pas compte? Faut-il faire intervenir un instinct? Ces deux hypothèses semblent aventurées. On a défini en effet l'instinct : un sentiment intérieur soustrait à la réflexion, qui porte à exécuter certains actes sans avoir la notion de leur but: à se servir de moyens toujours identiques à eux-mêmes, sans aptitude à chercher à s’en créer d’autres, et à se rendre compte des rapports qui existent entre les moyens et le but. C’est la définition de l'instinct la plus généralement admise; en tout cas elle ne concorde

pas suffisamment avec l'attitude des enfants

vagabonds, pour l’admettre comme explication, car ceux-ci ne réfléchissent pas, il est vrai, mais

ils perçoivent nettement le but à atteindre : s’en ‘‘:

aller au dehors; ils n’emploient pas des moyens qui se ressemblent constamment, ils en créent au besoin de nouveaux.

Tantôt, par exemple, ils s’enfuient simplement de la maison paternelle, tantôt ils se servent de ruses variées, et plus ou moins bien combinées, pour arriver à leurs fins; ils cal-

La

culent par. conséquent les rapports entre les moyens employés et le but à atteindre. Ce sont là, 1l semble, des constatations qui ne. concordent pas avec la définition de l'instinct, et, conséquemment, il n’apparaît pas que l'enfant sagabord obéisse à ce genre de sentiment en opérant sa fugue.

Si, scientifiquement, le vagabondage n'est pas le résultat d’un instinct qui provoque l’acte accompli, est-il l'effet d’une conception plus ou moins intelligemment mise en œuvre? Dans certains cas, assurément oui, tout à l'heure, je rapporterai l'exemple d'un enfant, ayant composé son récit avec une habileté très adroite, très cohérente qui, sûrement, relevait de lintelligence.

Mais alors le vagabondage, acte normal, se-rait-il le résultat d’une déviation pathologique de l'intelligence? Chez certains enfants, c’est incontestable; seulement, ce sont des malades; mais en bien plus grand nombre assurément, le vagabondage ne dépend pas de la:

maladie. Alors, dans quelle. disposition organique prend-il sa source? Je n’en connais pas. d'explication: précise, et s’il fallait absolument donner: une: interprétation, je reproduirais, comme en une sorte d’apologue, le passage d'une des pièces ‘de notre immortel Molière.

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L'auteur fait demander à un de ses personnages, Sganarelle, intronisé médecin malgré lui, pour quel motif une jeune fille, contrariée dans ses sentiments d'amour, est atteinte de mutisme, et le médecin improvisé, sans se.déconcerter et à la satisfaction de son interlocuteur, répond gravement qu'elle est muette parce qu’elle a perdu la parole. pu

Eh bien! dans l’état actuel des connaissances psychologiques, il n’est pas possible de préciser scientifiquement l'opération intellectuelle qui pousse lès enfants à abandonner la vie de famille, et la seule explication qui nous sémble logique et justifiée, c’est de dire que l’enfant devient vagabond parce que... il est porté au vagabondage. ou |

Peut-être le penchant à commettre ce délit réside-t-il dans la curiosité souvent si active

qui est innée chez l'enfant. Combien on en a

vu, en effet, qui ont entrepris de longs et pénibles voyages en chemin de fer ou à pied pour voir Paris, dont ils avaient ouï dire les merveilles. En somme, si la curiosité n’est pas l'unique agent du vagabondage chez l'enfant,

elle paraît en être un des principaux facteurs.

C'est du moins l'impression laissée par les nombreuses confidences reçues de la majorité des jeunes vagabonds, en'y adjoignant aussi cet

amour de la liberté et de l’indépendance qui est ancré en eux. Or cette tendance est parfaitement guérissable pourvu que l’on emploie des moyens sérieux de préservation.

Jusqu'ici, il n’a été question que d'enfants heureux ; maisil faut aussi faire entrer en compte ceux qui, comme Je l’ai dit plus haut, appartiennent à des unions irrégulières, ou bien dont le père ou la mère se sont remariés, ou bien qui, orphelins, vivent chez leurs grandsparents, chez leurs oncles, chez leurs tantes; ou bien encore dont l'existence s'écoule au sein d’une de ces familles de fantaisie dans lesquelles le père ou la mère, veufs ou divorcés, cohabitent en concubinage; enfin ceux qui, victimes de ces situations sociales, sont maltraités, violentés, privés d’affections et ne trouvent ni tendresse ni sollicitude dans la famille désemparée qui leur reste, sans compter que souvent ils sont jetés à la porte et qu'ils vagabondent malgré eux, n'ayant point songé à quitter un intérieur même déplorable.

On comprend aisément que ces enfants s’évadent en quelque sorte d’un milieu qui ne leur rapporte que des châtiments corporels ou l'indiflérence et que, l'amour dela liberté aidant, ils poursuivent la recherche, souvent chimérique, d’un toit plus hospitalier. Pour ceux-ci,

le vagabondage avec ses déconvenues cruelles peut les attirer : mais pour les autres, c’est le sentiment d'indépendance qui les pousse dans la rue, les rend indifférents à tout, leur fait

braver les privations douloureuses, sans que :

l’idée mauvaise qui leur a fait quitter la famille recoive la moindre atténuation. Le désir de rompre irrémédiablement le fil conducteur qui pourrait les ramener chez eux est si vif, que beaucoup d’entre eux, quand ils sont arrêtés par la police, cachent soigneusement leur identité : ils se prétendent orphelins, donnent de faux noms, se créent des états civils imaginaires, inventent des histoires plus ou moins vraisemblables , afin de dépister les recherches.

C'est ainsi que s’est comporté un des enfants vagabonds qui a passé dans mon cabinet. Il me raconta la mort lamentable de ses parents, vanniers ambulants, qui, disait-il, avaient été transportés à l’hôpital de Melun et y avaient succombé. |

Maintenu en cellule à la Petite-Roquette, le jeune vagabond persista dans son récit. Enfin, un jour, comme je lui demandais pour la troisième fois quel était son genre de vie à Melun, s’il allait jouer aux bords de la rivière : « Mais il n'y a pas de rivière à Melun », répondit-il. Cette exclamation qui lui avait échappé me dé-

Se

montra que toutes les histoires racontées par l'enfant étaient inventées. Je lui expliquai que Melun était bordé par la Séine; il finit par avouer qu'il avait menti, et peu à peu il fut amené à donner et son nom et l'adresse de ses parents.

Ceux-ci, éplorés, cherchaient leur enfant de tous les côtés depuis un mois; c’étaient d’honorables artisans des environs de Paris, ayant presque de l’aisance. Quand ils retrouvèrent leur fils, ils ne purent contenir leur émotion, les larmes s’échappèrent de leurs yeux, et cellesci étaient plus touchantes assurément que celles de l'enfant prodigue qu’on leur rendait; car lui ne regrettait qu'une chose, c'est que son mensonge eût été découvert. Il avait préféré la rue et

même la cellule à la vie heureuse dont il pouvait

jouir chez ses parents.

Un autre, tout dernièrement, me racontait que ses parents, saltimbanques de profession, l'avaient abandonné pour aller dans le midi de la France, sans indiquer le'lieu où-ils se rendaient. Or le père était un excellent employé des postes qui, lui aussi, recherchait partout son fils arrêté au moment où, après s'être installé dans une maison en-construction, il faisait brûler, pour.se chauffer, des lames SL PAAUS! qui allaient être posées. À

LES ENFANTS. US 8t

Mais les charmes de la rue séduisent et captivent surtout l’écolier : courir, gambader, crier, faire des niches sans être sous l’œ1il du maître et sans avoir à craindre les punitions, c'est un bonheur exquis; et la rue lui donne toutes facilités pour satisfaire ces goûts et dépenser son besoin de mouvement; c’est, en somme, la continuation de la récréation, avec l'ineffable joie de ne pas se sentir surveillé. Et puis, il est difficile de résister en été à la proposition d’une baignade, d’une promenade dans les champs; en hiver, au plaisir de se lancer sur les glissades, de guigner le chapeau des cochers et de se battre à coups de boules de neige.

Alors l’écolier s’oublie, il laisse passer l'heure de revenir chez ses parents; il hésite, il demeure perplexe, il pèse dans sa petite cervelle le pour et le contre de sa situation; mais bientôt son hésitation cesse, un mauvais camarade lui a soufflé qu’il vaut mieux faire comme lui, ne pas rentrer : on s’amusera bien! |

L’écolier se laisse séduire, 1l cède à la tentation et le vagabondage compte une recrue de plus; car si; au début, l’écolier se sentait encore assez de courage pour affronter les ,remontrances, voire les corrections méritées, avec les jours qui s’écoulent le courage mollit, l’indifférence survient, et l’enfant, jusqu’à présent bon

sujet, est perverti par le contact d’un jeune adepte de la vie libre.

Lorsque l'enfant est plus grand, quand il ne va plus à l’école, qu’il est apprenti, bien des causes encore le poussent vers le vagabondage. L'apprenti, par exemple, a été renvoyé par son patron parce qu'il s’est mal conduit ou parce qu'il a manqué l'atelier, imitant l’écolier qui a déserté l’école; ou bien, envoyé par son père à travers la ville pour trouver de l’ouvrage, il n'ose pas rentrer et avouer l’insuccès de ses démarches. Enfin la rencontre d’un camarade vicieux, par ses sollicitations ou par ses sarcasmes, ébranle sa résolution et fait de lui un vagabond.

Après avoir exposé comment l'enfant est , amené au vagabondage, on peut se demander comment vivent ces jeunes vagabonds.

L'isolé vagabonde pour son propre compte et ne fréquente personne; il couche dans les hôtels les plus abjects, dans des chambrées à raison de 5 sous par nuit, soupe comprise; dans la journée il vend des journaux, le matin il fait des corvées aux Halles, évitant de profiter des asiles de nuit parce qu’il craint d’être recherché.

L'idéal, en effet, du petit vagabond isolé, est d’avoir son gîte à lui, d’être chez lui. Tel Gavroche dépeint par Victor Hugo dans les Misé-

rables, « ne se sentait jamais si bien que dans « la rue; le pavé lui était moins dur que le « cœur de sa mère. Pour lui, le vagabondage « n'était pas instinctif : ses parents l'avaient jeté « dans la vie d’un coup de pied. »

Aujourd’hui, l’isolé ne couche plus dans le ventre de léléphant de la Bastille, mais il s’arrange un Aome, soit dans les péniches ou bateaux restés amarrés le long de la Seine, soit dans des cabanes abandonnées. Parfois des camarades s'installent auprès de lui, et alors chacun contribue à meubler le logis et à garnir le garde-manger, en apportant victuailles ou objets mobiliers : ce sont des couvertures de cheval dérobées aux stations de voitures, des comestibles soustraits aux étalages extérieurs des magasins, et de préférence des boîtes de conserves.

Puis la mendicité vient en aide : on récolte quelque menue monnaie, qui permet d’acheter du pain, et cette vie vagabonde fait des adeptes même parmi les enfants des classes aisées.

Ainsi un jeune élève du lycée Charlemagne, appartenant à une honorable famille, vécut pendant plusieurs semaines de cette manière dans un bateau à vapeur hors d'usage remisé à Cha- renton. C'était un isolé, et pour se procurer l'argent nécessaire à sa subsistance, il dérobait

les outils des ouvriers occupés dans le chantier voisin et les revendait à vil prix.

Quelques jeunes vagabonds deviennent même souteneurs, et dès l’âge de 13, 14 et 15 ans, constatation épouvantable! J'ai même eu à instruire des affaires de rixes entre souteneurs qui ne dépassaient pas l’âge que jeviens d’indiquer.

Me voici amené à parler à cette occasion de la prostitution féminine, cette plaie sociale qui ronge les populations des grandes cités. C'est par centaines que des filles de 14 à 16 ans sont arrêtées chaque année, parce qu'elles se livrent à la prostitution, en dépit des efforts tentés par les parents pour les retenir dans le droit chemin. Mais malheureusement, dans les classes modestes, on ne peut organiser la surveillance active qui entoure les jeunes filles des classes aisées. A la porte de l'atelier, pendant l’apprentissage, se manifestent déjà bien des provocations à l'inconduite; et, lorsque l’apprentie devient ouvrière, les entraînements à l'immoralité sont encore plus grands.

Parmi ces jeunes filles, les unes, fortes et bien trempées moralement, ne succombent pas; les autres, écoutant le séducteur qui les convoite, ne songent pas à la scène attristante qui se déroulerale soir au foyer paternel, lorsque sera écoulée l’heure habituelle de léur rentrée

En. hu gi cn) LR La

‘sans qu'elles paraissent; le désespoir de leur mère, le chagrin de leur père, les questions -indiscrètes des petits en ne voyant pas arriver leur grande sœur sont des éventualités qui n'éveillent pas leurs sensations. Or comme le séducteur est le plus souvent un être pervers et sans scrupules,1labandonne bientôt sa victime; alors celle-ci, quelques semaines, parfois quelques jours seulement après la faute commise, pense à revenir au domicile de la famille : mais la honte fréquemment l’arrête, elle n’ose pas mettre à exécution le projet qui la sauverait, et elle demande conséquemment à la prostitution les ressources nécessaires à son existence.

Dès lors ces mineures, après avoir glissé sur

la pente fatale, ne s'arrêtent plus et ne résistent pas au courant démoralisateur qui les emporte. A ce moment c’est la maison de correction qui les attend, quand les patronages ne peuvent leur ouvrir leurs portes. Quelquefois, sur notre invitation, les parents reprennent leur fille, et il arrive que la leçon recue la corrige; dans d’autres cas, celle-ci, recommençant à se mal conduire, est traduite devant le tribunal, qui ne peut qu'ordonner l'envoi en correction en pré-

sence de la récidive. 1. La Cour d’appel a déclaré, par un arrêt du 10 mars 18093, , qu’une fille mineure de 16 ans vivant de la prostitution

Les filles âgées de moins de 16 ans qui vagabondent ne sont pas toutes des prostituées. On en rencontre qui ont des instincts d’aventure, et qui quittent leur famille afin de ne pas travailler, de ne pas s'occuper du ménage, ou de ne pas aider leur mère à élever des enfants plus petits. D’autres fois ce sont des jeunes filles qui, placées chez des patrons qu'elles ont abandonnés pour différents prétextes, n’osent plus rentrer sous le toit paternel.

Tous les enfants arrêtés à Paris pour vagabondage ne sont pas uniquement fournis par les familles qui habitent la capitale : beaucoup d’entre eux viennent de province.

Ainsi trois bambins de 10 à 12 ans étaient venus dernièrement à Paris pour y voir le Jardin des Plantes, vraisemblablement à la suite d'un récit qui les avait émerveillés. En assez grand nombre aussi ils sont attirés par la tour Eiffel; et s'ils n’ont point d’argent en poche, la question de la bourse vide ne les préoccupe pas; ils montent dans un compaïrtiment de chemin de fer en se faufilant dans les salles à voyageugs. Mais à l’arrivée du train, quel désappointement! après avoir abandonné sa famille est en état de vagabondage, « attendu que la corruption et la débauche ne sauraient constituér un moyen de se soustraire à l'obligation que la loi

impose à tout citoyen d’avoir un domicile certain et de se livrer à un travail régulier dans la limite de ses facultés ».

l’inexorable employé de la Compagnie réclame le billet du voyageur ; si celui-ci ne peut le présenter, il cueille le petit vagabond qui est mis en arrestation, et, cruelle ironie du sort, de Paris il ne voit que le Dépôt et la Petite- Roquette, en attendant qu’il soit rapatrié par les soins de l’administration sans connaître les beautés rêvées de la capitale.

Parmi ces derniers, beaucoup ne renouvellent pas leur escapade; mais il y en a quelquefois qui reprennent la clef des champs sans que la distance à parcourir les rebute. Je termine par un exemple qui montre que l’enfant a tous les courages quand il veut faire quelque chose.

Un enfant avait été arrêté au milieu de Paris, il venait de Buenos-Ayres! Au départ du paquebot, il s’était caché à fond de cale, puis, une fois en pleine mer, il se montra; le capitaine dut naturellement conserver à son bord ce passager inattendu. Il fut débarqué à Bordeaux pour aller rejoindre sa grand’mère, habitant aux environs de Nancy; le père, menuisier, s'était expatrié dans l'Amérique du Sud, Sans espoir de retour en France. Lui, le petit Français, avait conçu le projet de voir la patrie dont on parlait souvent devant lui, et il supposait que sa vieille ‘grand'mère le recevrait; mais arrivé à Paris il s’égara, erra au hasard

et il fut rencontré par des agents. L'enfant fut amené devant moi, il m’exposa son dessein de rester en France. J’ai pu combler ses vœux en le faisant conduire près de Nancy, au domicile de sa grand’mère, chez laquelle il doit habiter encore. C'était plus pratique que de le renvoyer en Amérique.

Comme corollaire au vagabondage, je dois dire quelques mots seulement de la mendicité pratiquée par les enfants, car 1l me paraît superflu de m'’étendre: longuement sur un sujet déjà bien souvent traité. |

Ou bien l’enfant mendie pour son propre compte,comme le font les vagabonds contraints de chercher des ressources pour se nourrir ; où bien l’enfant fait de la mendicité un métier, et est exploité par des parents ou des professionnels qui le font circuler dans Paris sous des haïllons, hâve et dépenaillé. Si l'enfant ne rapporte pas le soir une recette dont le total est fixé d'avance, il est maltraité et privé de la maigre et insuffisante nourriture prélevée chaque jour sur le produit quotidien de leur mesdicité. Heureusement la loi punit sévèrement les individus qui tirent profit des enfants en les faisant mendier, et si sous sa protection les enfants maltraités :.

1, La Société contre la mendicité des enfants dans le dé:

Le vol occupe une des premières places sur l’échelle de la criminalité de l’enfance. Je ne ferai qu'indiquer seulement les grandes lignes de ce délit, et les diverses modalités qu'il peut revêtir chez l’enfant; celui-ci vole parce que la gourmandise l’y conviera ; parce que la vue d'objets convoités éveillera en lui un désir,une impulsion nullement irrésistible, à laduelle il cédera, parce qu’en dérobant de l'argent il aura conçu le projet de s’octroyer un plaisir quelconque. |

On comprend le mécanisme mental qui dirige la main de l’enfant voleur; au lieu que pour le vagabondage on perçoit bien où il aboutit, mais on ne découvre pas d’où il part psychiquement ; et cependant ces deux délits d'essence opposée sont, constatation curieuse, la plupart du temps intimement unis, dérivent l’un de l’autre, et présentent néanmoins ces signes différentiels importants : d'abord, l'enfant vagabond renonce sans regret à une situation agréable pour en prendre une absolument pénible, tandis que l’enfant voleur songe seulement à se donner du bien-être immédiat, et,

partement de la Seine a été créée pour diminuer le nombre des jeunes mendiants, mais ses efforts n’ont pu obtenir jusqu'ici des résultats satisfaisants à cause de notre législation incomplète.

en second lieu, l'enfant vagabond abandonne plus difficilement que l'enfant voleur sa fâcheuse propension au mal. C’est une indication dont on peut tirer profit pour le traitement moral -des uns et des autres.

Chez l'adulte, les formes du vol sont variées presque à l'infini, et leur multiplicitéa contraint le législateur à créer plusieurs catégories de vols en édictant des pénalités correspondantes : c'est ainsi que la loi divise les vols en vols simples et en vols qualifiés, considérant les premiers comme des délits, les seconds comme des crimes. Mais pour les vols opérés par les mineurs au-dessous de 16 ans. cette distinction ne répond pas à la réalité des faits, car presque jamais les enfants ne commettent de vols compliqués, on en devine aisément la raison : presque toujours ils exécutent des vols simples et ayant entre eux une ressemblance constante.

Les nombreux jeunes voleurs qui ont défilé dans mon cabinet ont été pour moi un vaste champ d'étude. J'ai pu réunir sur eux une quantité d'observations d’où l’on peut déduire quelques considérations pratiques et intéressantes. Les enfants parisiens voleurs peuvent être classés en deux divisions nettement tranchées : 1° les voleurs à l'étalage; 2° les voleurs à la tire et au radin. Assurément, on peut

LES ENFANTS. cor

occasionnellement rencontrer d’autres genres de vols pratiqués par des enfants ne rentrant pas dans l’une de ces trois variétés, mais il ne nous semble pas utile de leur assigner un rang particulier dans la classification adoptée ; toutefois je n’omettrai pas d’en parler.

Le vol le plus fréquent, le plus à la portée de. l'enfant, celui qui vient le plus naturellement à sa pensée, parce qu'ilest le moins compliqué, le plus élémentaire et, en général, le plus aisé à exécuter, est le vol à l’étalage. La genèse de ce vol est simple et facile à comprendre, et en parlant du vagabondage, j'ai cité des observations qui laissaient déjà entrevoir comment l'enfant vagabond est poussé à opérer des soustractions délictueuses; l'enfant n'a pas d'argent, et il faut bien qu'il découvreun moyen de subvenir à ses besoins : alors il vole.

Si l’enfant n’a pas quitté sa famille et ne vagabonde pas, il n’est pas poussé par le besoin de se nourrir ou de se vêtir, au même niveau que le vagabond véritable. Et à ce propos, qu'il soit permis de déplorer le libertinage effréné des étalages extérieurs qui tentent le jeune passant, et qui vont en quelque sorte au-devant de lui, de manière qu’il n’a qu’à allonger la main pour satisfaire sa convoitise. Aussi l’enfant cède surtout si le foyer paternel est pauvre,

s’il n’y trouve pas tout ce qui pour lui constitue non seulement l’abondance, mais même les choses nécessaire à sa subsistance.

Conséquemmentl’enfantdevientvoleur,parce que l’occasion l’a sollicité. Il estinfiniment probable que, le plus souvent, l’idée de s'approprier illicitement un objet ne serait pas née dans son esprit, et il n’aurait pas eu l'audace de pénétrer dans l’intérieur du magasin, même dans ceux dont l'entrée est libre, car il n’ignore pas que la surveillance y est plus’ grande qu'à l’extérieur. | Les jeunes voleurs à l’étalage sont un peu dans la même situation que le ‘petit paysan qui maraude, cueillant -de-ci de-là les fruits des jardins ou des-vergers; l'enfant, à la ville comme à la campagne, cède à son désir et dérobe ce qui le tente.

L'enfant ne succombe pas toujours à' sa propre tentation, 1} lui arrive d’obéir aux conseils pernicieux de camarades qui ont déjà « travaillé » pour leur propre compte : alors il se forme une société en participation, dont le Siège social est essentiellement variable et soumis aux caprices du hasard. On le fait résider indifféremment et alternativement dans les caves des maisons en construction, surtout dans les masures abandonnées, dans les exca-

vations des carrières. dans les fossés des fortifications. L’un des sociétaires est désigné pour accomplir le vol: ils vont dans les rues, affectant les airs indifférents de flâneurs inoffensifs, les uns derrière les autres, sans affectation, à la file indienne, en ayant soin de maintenir l’opérateur au milieu de la bande. Les camarades se groupent autour de celui-ci au moment du vol en ayant soin de masquer ses mouvements. Puis, le coup réussi, on continue l’expédition et on cherche à nouveau un étalage favorable. |

Si le jeune voleur est habile, il est difficile pour les employés ou pour les passants de le surprendre en flagrant délit; néanmoins, il n'est pas rare qu’un certain nombre de ces voleurs soit arrêté ainsi, le coupable est alors remis entre les mains des agents de l’autorité. Seulement le policier sagace, qui est toute la journée en chasse, pour ainsi dire, qui connaît bien la manière d'opérer de ces jeunes voleurs et qui. quelquefois, retrouvant dans la bande des personnages de connaissance qu'il a déjà arrêtés, est de suite fixé sur la qualité de ces flâneurs à apparence inoffensive.

Et, qu’on le sache bien, ces garnements sont habiles: pour pouvoir les surprendre et les” mettre en état d’arrestation, il faut souvent

une patience inlassable. Aussi les brigades de sûreté de la vote publique sont-elles la terreur des voleurs à l’étalage, et en même temps, des voleurs de la seconde catégorie, comme on le verra tout à l'heure.

Ce n’est pas toujours aux comestibles que s’attaquent les voleurs à l’étalage, il s’en faut même de beaucoup. Bien des objets ne servant pas à l'alimentation sont le but principal de leurs soustractions, et ce serait assurément une statistique intéressante que celle qui porterait sur la nature des objets le plus fréquemment dérobés par eux.

On ne le croira peut-être pas, mais ce que dérobent surtout les petits voleurs, ce sont les chaussures. Ces voleurs à l'étalage, ces amateurs de chaussures, ne sont pas des délinquants bien dangereux, et leur perversité ne nous semble nullement incurable: au contraire, ils me paraissent aptes à rentrer dans le droit chemin, pourvu que le vol qu'ils ont commis ne soit que le résultat d'un entraînement provoqué par un mauvais conseil ou d’un désir éveillé par la vue des marchandises étalées à la devanture des magasins.

Le voleur à l'étalage s'approprie aussi des articles exposés, dispersés sur les tables au dedans des magasins portant à la porte, écrit

en gros caractères : « Entrée Libre »; mais il . choisit toujours le moment où la foule, composée de plus de curieux que d’acheteurs, s’y presse et s’y entasse, comme cela arrive, par exemple, au moment des expositions ou dans les bazars. Il ne s’écoule pas de jour que ces établissements ne soient victimes de voleurs de tous les âges, malgré une surveillance des plus actives et des plus rigoureuses, exercée par les employés et des agents spéciaux.

Passons maintenant à un acte plus grave, le vol à la tire. Ce délit, pour être fructueusement exécuté, exige une étude, un apprentissage ; il ne résulte pas d’une sorte d’impulsion passa-

CS Le D « # ?

gère, il faut l’apprendre; par conséquent, l’en-

fant qui s’y livre a conscience de son acte; il obéit à une conception mauvaise et calculée.

Aussi, c’est avec raison que les voleurs à la tire doivent être tenus pour bien plus coupables que les précédents.

Tous ceux que j'ai vus étaient des pervers, chez lesquels le mal avait poussé de profondes racines. On a vu cependant des enfants voler

Je citerai un exemple curieux.

Une fillette appartenant à une famille honnête, mais dont la surveillance était absolument défectueuse, fut arrêtée pour avoir soustrait

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dans des circonstances tout à fait anormales.

des porte-monnaie dans la poche des dames, stationnant devant les bureaux d'’omnibus. Or, cette enfant employait le produit de ses vols à l'achat d'une couronne de fleurs qu’elle allait . déposer sur la tombe de son frère.

Après l'arrestation, l'attitude du voleur à l'étalage et celle du voleur à la tire sont absolument différentes et caractéristiques. Tandis que le premier avoue presque toujours son vol, spontanément, sans qu’il soit besoin de le soumettre à un interrogatoire bien long, le second, au contraire, agit tout autrement : il nie effrontément, avec impudence, même quand il est pris sur le fait, en flagrant délit, la main encore dans la poche de sa victime.

Comme pour le vol précédent, le jeune vo-

leur à la tire n’opère jamais seul, il est toujours accompagné de complices plus âgés que lui, qui sont au nombre de deux le plus souvent.

C’est le plus petit de la bande qui doit pratiquer le vol, quelquefois il a ro ans à peine; il se place derrière la victime qui est le plus ordinairement une femme.

On a soïn d’opérer dans une foule, celle qui se presse devant les tréteaux des forains ou autour d’un camelot, sur les boulevards ou aux alentours des bureaux d’omnibus, partout enfin

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où un grand nombre de personnes accumulées sont rapprochées les unes des autres.

Au moment de l’exécution du vol, les complices se rapprochent du petit voleur après avoir

‘épié les alentours. afin de s'assurer si quelque

agent ne les voit pas; et, comme dans le vol à

Pétalage, ils le masquent autant que possible;

puis, le coup fait, toute la bande se rend dans un endroit écarté connu d'avance, le portemonnaie est vidé, on partage l'argent qu’il contenait, et ensuite les jeunes voleurs se faufilent de nouveau dans la foule, prêts à recommencer, à moins que des agents de la sûreté n’interviennent et ne mettent fin à leurs exploits.

Il faut signaler un caractère particulier au mineur qui pratique le vol à la tire, c’est que, contrairement à l'enfant qui se livre au vol à l’étalage, 1l ne vagabonde pas; il vit presque toujours chez ses parents, s’adonne parfois à un travail régulier. Comme on ne naît pas voleur à la tire, l’enfant commence par faire un apprentissage, par s'exercer, et pour cela il existe des professeurs occultes qui se chargent d’initier le mineur aux secrets du métier.

Le lecteur n’est pas assurément sans avoir entendu parler des académies de vol qui existent dans un certain quartier de Londres, à White-Chapel, et dont le but est de dresser

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enfants et adultes au vol en général, et conséquemment au vol à la tire : à cet effet, des mannequins affublés de sonnettes excessivement mobiles, et simulant l’être humain, doivent être dépouillés par l'élève sans provoquer le moindre tintement métallique, et ce n’est que lorsqu'il a .atteint ce degré d’habileté que l’adepte est reconnu apte à travailler seul. Je ne pense pas qu’en France il existe de semblables entreprises. Mais à Paris, des lecons sont données soit par des voleurs adultes, :soit par des enfants expérimentés.

Quoi qu'il en soit, le jeune voleur à la tire agit dans un but déterminé, il vise à la réussite d’un projet concu à l’avance, il n’a pas pour lui l’excuse du besoin, il a la conception nette

de ce qu’il fait, ilest donc indubitablement plus

coupable que le voleur à l’étalage.

Les voleurs à la tire sont jeunes et souvent ” incorrigibles. Néanmoins on peut arriver à des amendements, pourvu que les efforts soient prolongés. En voici un exemple.

Un enfant de 10 ans avait réellement organisé une bande de voleurs à la tire dont il était naturellement le chef. Tous se livraient au vol à la tire, mais ils Joignaient aussi à la première industrie un autre genre de:vol, celui qui consiste à soustraire de l’argent dans les tiroirs-

caisses des boutiques, c’est ce qu’on appelle le vol au radin. Le chef fut envoyé en correction, mais 1l fut remis à sa famille par l’Administration trois mois après.

Il recommença bientôt à se livrer à ses anciens agissements délictueux; il fut alors envoyé une seconde fois dans une maison de correction; il s’en évada au bout de deux ans, nullement amélioré évidemment, et il fut arrêté derechef au moment où il pratiquait un nouveau vol à la tire. De sorte que, par trois fois successives, j'ai eu à instruire contre cet enfant, qui avait une intelligence réellement exceptionnelle, mais qui en même temps était d’une perversité et d’une audace qui, à son âge, sont rarement aussi développées. Tout dernièrement, je l’ai retrouvé dans une colonie pénitentiaire que je visitais, et où il est parmi les plus âgés. Il a aujourd’hui près de 18 ans. Il a fini par s’amender, et dans quelques mois il partira au service militaire, où il parviendra rapidement à être gradé à cause de son savoir et de son intelligence peu ordinaires.

Il ne me reste qu’à dire un mot du vol au radin. On donne ce nom au genre de vol qui consiste à soustraire, dans un tiroir-caisse, l’argent qui y est contenu. Pour l’accomplir, 1l faut être au moins deux : pendant que l’un'‘des

roo LE CRIME DANS LA FAMILLE.

complices détourne l'attention du marchand, l’autre opère la soustraction; quelquefois un troisième reste au dehors.

Autour de ces trois catégories de soustractions qui forment comme le pivot des vols pratiqués par les enfants mineurs, en gravitent d’autres qui sont comme des dérivés.

Ainsi à la Halle, les maraïchers viennent dans le courant de la nuit apporter leurs marchandises, ce sont des légumes, des fruits; or, malgré la plus rigoureuse surveillance, les jeunes voleurs sont assez habiles pour en dérober une plus ou moins grande quantité, sans que l'œil pourtant exercé des agents s’en apercoive, et immédiatement ils se hâtent de les revendre, ce qui leur est facile au milieu du tohu-bohu, du va-et-vient énorme qui, au moment de l’ouverture du marché, encombre les : passages réservés aux piétons. Il y a là, comme on le voit, un vol qui se rapproche du vol à l’étalage.

Un autre genre de vol pratiqué aussi par les enfants mineurs, et qui rappelle le vol à la tire, est celui qui consiste à dépouiller les ivrognes de la monnaie qui peut rester encore dans leurs poches.

Les jeunes voleurs ne limitent pas toujours leurs exploits à la capitale seule; ils les font

LES-ENFANES. 2e IS on

rayonner aux alentours et ils visitent volontiers les vergers et les cultures maraîchères, les jardins. Ils tirent profit de leurs rapines en les vendant à Paris. Les volailles sont aussi dérobées par les jeunes malfaiteurs. Il y a peu de temps, de jeunes voleurs âgés de 8 et 12 ans avaient dévalisé plusieurs basses-cours,. et ils étaient allés vendre poules et lapins dans les environs.

Je ne veux point prolonger l’énumération d’autres variétés de vols commis par les jeunes mineurs; ces soustractions ne présentent pas grand intérêt, elles rentrent toutes plus ou moins, comme les précédentes, dans l'une des catégories énoncées.

Néanmoins on voit des cas où l’acte commis déconcerte à cause de l’ingéniosité ne qui l'accompagne.

Tout récemment un jeune homme de 15 ans, employé d’un restaurateur qui souvent lui avait confié pour des clients des sommes importantes à aller porter, profita de ce qu'on lui avait remis un billet de 1 000 francs à changer pour simuler un vol dont il aurait été victime, feignant d’avoir été frappé par des agresseurs qui avaient pris la fuite. Puis, changeant tout d’un coup de récit, il raconta que son ancten patron lui avait conseillé de lui envoyer ce billet à la poste res-

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