CHAPITRE PREMIER
west là le premier monument qui traite de la Magie et la punit, tout en offrant de respectables garanties d’authenticité. Néanmoins, le texte qui nous intéresse a été tellement controversé qu'il est nécessaire de rappeler, en les résumant, les opinions diverses des auteurs les plus fameux ayant pris part au débat!. |
Deux paragraphes, dans la loi des XII tables, se rapportent à la Magie.
Le 1er : Tabula VIII, 1 a s’énonce ainsi : « Si quis occentas sil quod alleri flagilium facial ».
Le 2e : Tabula VIII, 8 : « Qui fruges excantassit.. b.. neve alienam segelem pellexeris ».
Le second texte n'offre pas de difficulté d'interprétation. « Celui qui aurait transporté par des enchantements une récolte dans son champ... tu ne déplaceras pas par des enchantements la moisson d’autrui.
L'avis unanime est qu’il s’agit d’anéantir la récolte d'autrui ou de la transférer dans son propre champ « nam excanliare est damnum dare, pellicere lucrum facere » «excanlare » sign fie causer un dommage, «pellicere » réaliser un proful?. Aussi ne nous étendons-nous pas sur cette disposition. On trouvera dans Bruns :
1. Notre guide sera Huvelin, La notion de l’Injuria dans le très ancien droit romain. A la page 20, interprétant le texte de Paul, Sent, V, xxur, 15, il remarque que les XII Tables ne punissent pas d’une façon générale l’exercice de la Magie; elles répriment seulement l’emploi de certaines pratiques magiques. Ainsi rien ne prouve que la peine du feu, employée plus tard contre les magi remonte aux XII Tables.
2. Huvelin, op. cit., $ 11, p. 38 définissant le terme excantare, chasser, écarter par un sortilège, interprète ainsi qui fruges excantassit, celui qui détruit par un sort les moissons d'autrui, Mommsen, Rômisches Sitrafrecht, p. 773. La loi des XIL Tables punissait le vo] de moissons sur pied au moyen de sorlilèges, sous peine de supplicium.
Fonles juris, Loi des XII Tables Tabula VIII, 8., en note, la liste des principaux auteurs anciens la commentant’.
Voici maintenant la disposition la plus intéressante mais qui offre les plus grandes difficultés d'appréciation. Tabula VIIL I a « Siquis occentassit quod alleri flagitium faciat », c'est-à-dire : «Si quelqu’un a prononcé une formule magique qui jette l’infamie sur une personne. »
Parmi les anciens commentateurs, il en est d’abord qui voient dans l’occentatio la formule magique, le sortilège, le « malum carmen ». Ainsi Pline*: « An sit in medendo verborum vis aliqua ? Ex homine remediorum primum maximae quaeslionis, et semper incerlae est, valeanine aliquid verba el incantamenta carminum. Quid, non et legum ipsarum in XII lab. verba sunt : qui fruges excantassit, et alibi « qui malum carmen incantassit ». Il reprend plus loin la même idée :-« In augurum certe disciplina constat, neque diras, neque ulla auspicia pertinere ad eos, qui quamque rem ingredientes, observare se ea negaverint : quo munere divinae indulgentiae majus nullum est. Quid, non et legum ipsarum in XII tab. verba sunt.… etc. »
Rien que de très aisé à expliquer dans ce texte qui malum carmen incantassit. Le malum carmen c’est le mauvais charme; le carmen, en effet, consiste en une formule rythmée, chantée, récitée, ou simplement écrite. Elle est destinée, par le pouvoir mystérieux des paroles et la force toute spéciale inhérente à la cadence même, à contraindre les puissances surnaturelles d'exécuter le but proposé.
1. Serv. (Verg. egl. VIII, 99) : ciraducere messes. Magicis quibusdam artibus hoc fiebat »; —Saint Aug., Civ. Dei, VIII, 19 : hac pestifera scelerataque doctrina fructus alieni in alias terras transferri perhibentur »; — Apulée, Apol. XLVIT; — Ovide, Am. LI, 7, 31; — Pline, H. N., XVIII, varr, 3 €t 4, rapportant -lexempie de Furius Chresinus. Enfin Sch., XLIX, 76 : « Formam pellexeris merilo suspectam habet, attamen lex neque reiicienda neque cum priore confjundenda est : nam excantare », etc.
2. Pline, N. H., XX VIII, 11, 10-17 : « Les motsont-ils quelque vertu prpre # Le premier remède dont l’homme trouve en lui la source, donne lieu à un problème grave et jusqu'ici insoluble, les formules, les enchantements ont-ils quelques vertus ? » Æ 5
3. Id, XXVIII, 1v, 3 : C’est du moins un axiome dans la science augurale que les smprécations et les auspices sont nuls pour ceux qui n’y font aucune attention, quelque chose qu’ils entreprennent, insouciance qui est, pour l’homme, la plus grande faveur de la bonté des dieux. Et d’ailleurs, ne lisonsnous pas textuellement dans les XII Tables : « Quiconque jeltera un sori sur les blés », et plus loin : « Quiconque se rendra coupable de maléfices en prononcant cerjaines paroles magiques », etc. Ar
4. Carmen, voir Dict. de Dar. et Saglio; Huvelin, Injuria, $ 11 ÿ Le mot carmen est régulièrement employé pour désigner les formules magiques et l’on n’ignore pas que son dérivé français charme a conservé le même sens.
En prenant carmen dans l’un de ses sens, le sens courant, mais non exclusif, d’incantation magique, il désigne la formule employée par les sorciers, le bonum carmen pour détourner les malheurs, le malum carmen pour les attirer sur la tête de la personne désignée.
Quant au verbe incantare il se compose de canlare et du préfixe « in » canlare est le fréquentatif de canere, faire du bruit, chanter. Il signifie : prononcer des paroles religieuses ou magiques, en les chantant, ce qui leur donne l’accentuation du rythme, et les adapte à {un but. C’est le préfixe « in» qui indique plus spécialement que la formule est prononcée pour réaliser une intention déterminée.. ou contre une personne ‘désignéel.
Mais tous les auteurs ne sont pas de cet avis. C’est, dit Huvelin, qu'ils veulent interpréter, sans s’apercevoir que : le sens des mots, des mœurs,|du droit, ont également changé?. En tête, Cicéron, dansson livre de la Republiqueÿ » : XII tab. cum perpaucas res capile sanæissent, in his hanc quoque sanciendam pulaverunt : si quis occentavisset sive carmen condidissel, quod infamiam faceret flagitiumve allerit ».
Pour traduire exactement la deuxième partie de ce texte, il faut remarquer :
a) que les mots « si quis occentavisset », sont expliqués par les suivants « sive carmen condidisset ». Or, les deux mots occentare et carmen y sont détournés de leur sens technique. Occentareÿ, signifie étymologiquement « cantare ob » à cause de, en échange de, contre. Il y a l’idée d’une cause antérieure, à laquelle l’occentalio est chargée de remédiers.