‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 167 sur 227 · Id., XVI · texte numérisé non relu

Id., XVI

RASE EXNE,N 9; 3: Tac., Ann., XVI,:l4et 15, > | A. Tac,, id.; XVI, 14 : « Quippe Anieiumel Osiorium imminere rebus él sua

Caesarisiue jata serutari »,

sur les confins de la Ligurie. Néron envoya vers lui un centurion, avec ordre de le tuer dans le plus bref délai, car il était d’uné force prodigieuse et Néron le redoutait. Le centurion fit fermer les issues et signifia à Ostorius les ordres de l’empereur. Il se coupa les veines, puis il ordonna à un esclave de tenir sans bouger un poignard levé, et, se lançant sur le fer, il se percça la gorge.

Mais le procès le plus dramatique de ce funeste règne fut assurément celui de Baréa Soranus et de sa fille Servilia (66).

Baréa Soranus, proconsul d’Asie, avait aigri la haine de l’empereur par son équité et son mérite, durant son gouvernement dans cette province. Il fut accusé par Ostorius, chevalier romain, à son retour. Néron fixa, pour la condamnation, l’époque où Tiridate vint recevoir la couronne d’Arméniet.

a) L'accusation. -— Ostorius Sabinus accuse Soranus, devant le Sénat « d’avoir voulu se faire un nom aux dépens de l'Etat, pendant son proconsulat d’Asie, en fomentant les séditions des peuples ». Puis il ajoute des faits récents : la fille de Soranus, Servilia, s’était associée aux crimes de son père, en prodigant de l’argent à des magiciens?. Or, Servilia, âgée seulement de vingt ans, avait eu, en effet, par tendresse filiale, l’imprudence de consulter les devins, mais seulement pour savoir si sa famille serait sauvée, si Néron se laissera‘& fléchir, et si la décision du Sénat ne devait rien apporter de funeste Cette infortunée était déjà veuve, car l’exil venait de lui ravir son époux, Annius Polliont. s

b) Le procès. Servilia est appelée. Interdite, elle n'ose

-pas même jeter les yeux sur son vieux père, dont elle

redoute d’aggraver le péril. L’accusateur l’interroge, lui

demande « si elle avait vendu son collier et ses présents

de noces pour payer des sacrifices magiques5 ». Servilia l-2Tac:, Ann, XVI.93. |

2. Tac. Ann., XVI, 30 « quod pecuniam Magis dilargita esse ».

3. 1d., « non tamen aliud consultarerat, quam de incolumitate domus, ei an placabilis Nero, an cognitio senatus nihil atrox afferret »,

4, En 65, ïil s’était formé une conjuration contre Néron. Après la découverte du complot, les conjurés furent exécutés mais Annivs Pollion tate Be PS re avait des soupçons compromettants plu- Tac + Ann. KV 71 antes, il fut, par faveur, condamné à l’exil.

5, Tac., Ann., XVI, 31 : « An Culius dotales, andetractum cervici mon ile venumdedisset, quod pecuniam faciendis magicis sacris contraherei? »

se Jette à terre et pleure longtemps en silence, puis, embrassant les autels : « Je n’ai invoqué, dit-elle, aucune divinité funeste, je n’ai fat aucune imprécation. Le seul motif de mes prières malheureuses était que vous, César, et vous, Sénateurs, vous me conserviez le meilleur des pères. J'ai donné mes vêtements, mes pierreries, les parures qui conviennent à mon rang, comme j'aurais donné mon sang et ma vie. C’est à ces hommes, jusqu'alors inconnus pour moi, à répondre de leur nom et des pratiques auxquelles ils se livrent. Je n’ai parlé du prince que pour le nommer parmi les dieux; mon malheureux père ne sait rien, et, s’il y a crime, je suis seule coupablet. »

Son père n’en peut supporter davantage. Il l’interrompt et s’écrie : qu'il fallait séparer leurs causes car elle ne l’a point suivi dans sa province, elle n’a pas été impliquée dans l’accusation de son mari, enfin elle n’est coupable que d’un excès de tendresse. Pour qu’on absolve sa fille 1l est prêt, lui, à subir sans murmure son sort, quel qu’il soit. À ce moment, ce père vénérable se précipite dans les bras de sa fille qui s’élançait vers lui. Mais on ne tolère pas même ce réconfort, et des licteurs, se jetant entre eux, les arrêtent. Puis ce fut :

c) L'audition des témoins. Parmi les dépositions les plus ‘intéressantes, Tacite* signale celle de P. Ægnatius, client et ami de Soranus. Cet homme avait toujours affecté des airs de vertu et se disait stoïcien. Or, il s’était laissé séduire par l’argent, et chargea son ami. Il souleva, par sa perfidie, la colère de l’assemblée. Au contraire, Cassius Asclépiodotus, l’homme le plus riche de la Bithynie et ami de Soranus pendant les jours heureux, vint le défendre, à son propre péril, et, en effet, il fut dépouillé de ses biens et banni.

d) Condamnation. — Soranus et Servilia eurent le choix de leur mortt.

Vitellius, lorsqu'il fut dans Rome, y publia un décret (68), par lequel il chassait d’Italie les Astrologues « Pulsi Italia mathematici5 ». I] leur ordonnait de sortir de Rome et

Id: il0c. cit:

Tac., Ann., XVI, 32.

Tac, Ann, XVE,:33.

. Id., loc, cit,

. Tac., Hist., II, 62; Dion Cassius, LXV, 1; Suét., Vitel. XTV,

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de l'Italie avant les calendes d’octobret. Mais ceux-c1, la nuit, répliquèrent par une affiche ainsi conçue: « Salut, les Chaldéens défendent à Vitellius Germanicus de se trouver, passé ce terme, en quelque lieu que ce soit? ». Dès lors, Vitellius fut complètement exaspéré contre les astrologues. Il en voulait surtout, dit Suétoneÿ, aux astrologues domestiques. Il suffisait qu'on les accusât pour qu'il les fit périr sans les entendre.

L'année suivante (69), Vespasien bannit de Rome les astrologues4, bien qu’étant lui-même en rapport avec les plus célèbres d’entre eux.

Sous Domitien, les mathématiciens furent expulsés en même temps que les philosophess.

IIe siècle (post J.-C.). — C’est au règne des Antonins, et aux constitutions qui émanent de ces princes, que l’on doit vraisemblablement rapporter le $ 3 du passage d'Ulpien déjà cité? : « Fort souvent enfin, et à peu près par tous les princes, il a été interdit à qui que ce soit de se mêler de superstitions de cette sorte, et ceux qui l’ont fait ont été diversement punis, selon la portée de leur consultation. Car ceux qui ont posé des questions touchant la vie du prince, ont été frappés de la peine capitale ou de quelque autre châtiment sévère: : ceux qui ont consulté sur eux-mêmes ou les leurs ont été punis plus légèrement. Ceux qui passent pour des prophètes doivent être également frappés, attendu qu'ils exercent une profession détestable, qui va souvent contre le repos public et le gouvernement du peuple romain». S

Sous Antonin le Pieux, il ÿ. eut, toujours d’après Ulpien*,

"T Suét, Vite, XIV.

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