‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 180 sur 227 · d., XV · texte numérisé non relu

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Les personnes dénommées furent ramenées, chargées de chaînes. Le tribun Marin s’ouvrit le ventre, durant le trajet. Les autres captifs furent conduits à Milan. Là, au milieu des tortures, ils firent l’aveu d’avoir, dans l’entraînement d’un festin, laissé échapper quelques paroles indiscrètes. On les jeta en prison, leur faisant entrevoir l'espérance douteuse d’obtenir leur grâce.

396. Cette année-là, au camp de Constance, « de prétendus actes de lèse-majesté servirent de prétexte aux plus odieuses persécutions ». Or ces « prétendus actes de lèse-majesté » ne sont autres que des pratiques magiques, par exemple la consultation d’un devin sur un présage quelconque — comme le cri d’une souris ou la rencontre d’un belette — les incantations habituelles que l’on faisait réciter: par une vieille femme, et qui avaient pour objet de charmer quelque douleur physique. Bien que cela fût, à cette époque, parfaitement normal et « recu en médecine », on était aussitôt accusé, traduit en justice et mis à mort sans savoir d’où partait le coup!.

- 857. L'année suivante, une constitution de Constance met en relief la peur affreuse qu'inspirait la magie et laisse entendre quels crimes de tous genres et sans nombre suscitaient les instigations des mathemalici. « Que personne, dit-elle, ne consulte un haruspice ou un mathématicien, que personne ne consulte un hariolus. Que la doctrine honteuse des augures et des devins cesse. Que les Chaldéens et les mages, et les autres que le peuple appelle malfaisants à cause de la grandeur de leurs crimes, ne tentent pas d’ébranler cette loi. Que la curiosité de la divination reste à jamais silencieuse pour tous’. » La sanction du refus d’obéir à ces dispositions est la mort par le glaive. Ce texte, on le voit, ne distingue plus entre les représent ants ordinaires : augures, devins, ou extraordinaires : haruspices — de la vieille religion — et ceux de la Magie : Mathemaltici Chaldaei, Harioli. Mais il les proscrit tous dans l’ensemble.

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2. Cod. Th, IX, XVI, 4, du 25 janvier 357. : Imp. Constantius ad populum : « Nemo haruspicem consulat aut mathemalicum, nemo hariolum. Augurum et vatum prava confessio conticescat Chaldaei ac magi et celeri, quos maleficos ob facinorum magnitudinem vulgus appellat, nec ad hanc pariem aliquid moliantur. Sileat omnibus perpeluo divinandi curiositas, Etenim supplicium capitis feret gladio ultore prosiratus, quicumque jussis obsequium denegaverit,

À la fin de la même année, une autre constitution se: préoccupe du meurtre magique par envoûtement au moyen : duquel les magiciens se débarrassaient des personnes gênantes. « Beaucoup osent troubler les éléments au moyen des arts magiques, ils n'hésitent pas à porter atteinte à la vie des hommes paisibles et osent les dévouer aux mânes qu'ils évoquent, de sorte que chacun tue ses ennemis au moyen des arts magiques. Ceux-là seront livrés aux bêtes, car «ils sont étrangers à la naturel ».

358. En 358, un rescrit, concernant les honorali est: adressé au préfet du prétoire, Taurus. Ordinairement, en raison de leur dignité, les honorati sont soustraits aux supplices, en dehors des cas spécifiés par les lois. Désormais, dans les procès de Magie, on leur appliquera le régime commun, car « tous les mages, en quelque partie de la terre. qu'ils se trouvent, sont à déclarer ennemis du genre: humain?. Le crime de Magie comprend, comme dans la: Constitution de 357 (5 janvier) tous les genres de divina-. tion. Tous les magi, malefici, haruspici, harioli, augures,

maihemalici, ou encore interprèles des songes ou enfin ceux qui,exerçant un genre quelconque de divination ou quelque : chose de semblable, auront été pris dans l’entourage du prince, «seront crucifiés au siège de leur dignité et n’échapperont pas au supplice ». Et Constance assimile à sa cour celle du César Julien. Les magiciens, en effet, sont bien plus coupables lorsqu'ils approchent la majesté impériales. Aussi ceux qui, convaincus du crime de Magie, persistent à nier « seront suppliciés sur le chevalet de torture, et on leur percera les flancs avec des ongles de fer. »

1. Cod. Th., IX, XVI, 5, Dec. 357 : Imp. Constantius ad populum : « Multi magicis artibus ausi sunt elementa turbare vitas insoniium labefactare non dubitant et manibus accilis audent ventilare, ut quisque suos conficiat malis artibus inimicos.'Hos, quoniam naturae peregrini sunt, feralis pestis absumali*.

2. Cod. Th, IX, XVI, 6, 5 jul. 358. 1mp. Constantius ad Taurum, praefectum praetorio : « Etsi excepta lormentis sunt corpora honoribus praeditorum, praeter illa videlicet crimina, quae legibus demonstraniur, eisi omnes magi, in quacumque sint parle ierrarum, humani generis inimici credendi sunt, tamen quoniam qui in somitalu nosiro sunt ipsam pulsant propemodum maiestaiem, si quis maqus vel magicis contaminihus adsueius, qui maleficus vulqgi consuetudine nuncupatur aut haruspex aul hariolus aut certe auqur vel etiam mathemaiicus aut narrandis somniis occulians ariem aliquam divinandi aut cerie aliquid horum simili exercens in comiiatu meo vel Caesaris fuerit deprehensus, praesidio dignitatis cruciatus et iormenta non fugiat. Si convicius ad proprium facinus detegentibus repugnaverit pernegando, sit eculeo deditus ungulisque sulcantibus lalera perferal poenas proprio dignas facinore ».

3. Ici perce le souci dominant de l’empereur : la crainte, pour lui-même : des artifices magiques. ;

359. Cette année-là, on relève de nombreux procès de Magie, intimement liés au crime de Ièse-majesté

Procès de Barbation, général de l'infanterie, et de sa

- femme Assyria!,

Un essaim d’abeilles s'étant montré dans sa maison, Barbation, inquiet de ce présage, consulla les adeples en la science divinatoire. On lui répondit qu’il était à la veille de quelque grand événement. C’est alors que sa femme Assyria eut la malencontreuse idée, tandis qu’il était en expédition, de lui écrire une lettre, où elle le conjurait, comme allant succéder à Constance, de ne point lui préférer l’impératrice Eusébie, malgré la beauté de celle-ci. Assyria, en effet, était convaincue que la mort du prince était proche. C'était une lettre chiffrée, mais l’esclave qui l’avait écrite en livra copie à Arbetion, qui faisait partie du conseil secret de l’empereur. L'affaire fut instruite sommairement comme de coutume. Barbation et sa femme eurent la tête tranchée, et une foule d’innocents subirent la torture.

Mais ce fut dans l’Empire d'Orient que se passèrent le plus grand nombre d’atrocités. Le principal auteur de ce fléau du crime de lèse-majesté était le fameux notaire Paul, qui « cherchait à tout prix des victimes, n’hésitant jamais à employer la fraude et à étreindre un innocent dans les liens

.d’une accusation capitale, pour peu que sa cupidité s’y trouvât intéressée2. » L'occasion fut l’oracle du dieu Bésa, qui se trouvait à Abydos, en Thébaïde. On consultait l’oracle directement ou par mandataire. Ces demandes étant rédigées par bulletins, sur papier ou sur parchemin, suivant des formules consacrées: elles restaient quelquefois dans le temple, après qu’on avait obtenu les réponses. Or, quelques-unes ayant été recueillies avec une maligne intention, elles furent mises sous les yeux de l’empereur. Aussitôt Paul fut dépêché en Orient, muni de pleins pouvoirs vice sacra et la bride lâchée à la calomnie. « Nobles ou obscurs, traînés en masse de presque tous les points de l’empire, succombaient en route sous le poids de leurs chaînes ou périssaient dans les prisons ».

La ville de Scythopolis, en Palestine, fut choisie pour théâtre des exécutions.

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