‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 2 sur 227 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La Magie, lorsque l’étude des textes a permis de comprendre le sens de ce mot, n’est plus, comme on le croit trop généralement, dépourvue d'intérêt ou digne de mépris

Si on veut la considérer comme telle, que l’on méprise et délaisse d’un coup l’histoire de l’humanité, son évolution philosophique, scientifique, juridique, pour s’en tenir aux résultats des conceptions modernes. Et encore peut-on rencontrer dans les religions et dans certaines branches sciences, des éléments de Magie. Sans doute, si l’on s’égare dans les fictions des poètes, et que l’on voie seulement dans la Magie les sottes pratiques des sorcières et des charlatans, on est tenté de dire, avec Bouché-Leclercq : « La Magie pure est un chaos inattaquable à la raison raisonnante, elle a combiné en toutes proportions la bêtise et la lâcheté.. elle a été la honte de l'intelligence. » Jugeons la Magie, si l’on veut, un art grossier et criminel, mais sans chercher à nier son importance. Née avec l'humanité, et destinée, sans doute, à ne s’éteindre qu'avec elle, la Magie mérite, à ce titre, d’être observée comme tout phénomène humain car son étude accroît notre connaissance du réel. «La Magie » dit Pline, est du petit nombre de choses sur lesquelles il importe de s'étendre, ne fût-ce qu’à ce titre, qu'étant le plus trompeur des arts, elle a eu, par tout le: monde et en tout temps, le plus grand crédit... » Qui pourra, d’ailleurs, dire exactement quel a été l’intérêt pratique de la Magie ? A-t-elle égaré l’intelligence vers un ténébreux chaos, ou ne lui a-t-elle pas plutôt servi de point d’appui, de transition, l’aidant à sortir de sa gaine épaisse, pour la conduire vers la lumière? C’est ce que semblent bien prouver les affirmations de l’éminent savant Berthelot : « L’astrologie, l’alchimie, la vieille médecine des vertus des pierres et des talismans, sont considérées aujourd’hui comme charlatanesques. Cependant leur apparition a marqué un progrès immense dans l’histoire de l'esprit humain, »

Qu'il s’agisse de la Magie la plus simpliste, des pratiques théurgiques, ou de la Magie quasi-scientifique, déjà gouvernée par les règles précises de la raison — car on ne fit guère de différence entre les deux — cette superstition ou cette science, à Rome tout particulièrement, s’impose à l'attention, et, offre, au seul point de vue juridique, un champ d'étude aussi vaste qu’intéressant.

Depuis la loi des XII Tables jusqu'aux constitutions de Justinien, il a toujours été question à Rome du « Crime de Magie ». C’est là l’objet principal de nos recherches. Cependant, ilne nous a pas été possible de le limiter à Ja « Répression ». Il était indispensable, en effet, d’étudier les rapports de la Magie et de la Divination, de rechercher aussi ce que l’on entendait par : Fait Magique, de donner un aperçu des divers « moyens » employés par les adeptes de cet art, ainsi que des dieux principalement invoqués dans les opérations magiques, enfin d’énumérer les noms les plus courants des magiciens.

On a écrit sur la Magie, un tel nombre d'ouvrages, que nous aurions pu allonger considérablement les citations. Nous les avons restreintes volontairement, pour rester en contact, le plus possible, avec le Droit Romain.

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