‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 80 sur 227 · Ibid., VI · texte numérisé non relu

Ibid., VI

« Quod desipis, inde est:

Inde animi caligo, et magna oblivio rerum Quas modo gessisti. »

$ 3. — La « possession » des fous, les exorcismes.

La folie ayant toujours été considérée comme une maladie dont les causes sont mystérieuses, inexplicables, les fous sont, au regard des gens les plus sérieux, des « possédés », victimes de la vengeance des puissances invisibles, ou simplement devenus tels, grâce aux procédés magiques employés contre eux.

On appelait les fous larvati, c’est-à-dire, possédés par les larves!, c'était là le terme le plus couramment employé. A côté, 1l y avait les cerrili, en proie à la vengeance de Cérès, et les lymphati à celle des divinités des sources, lymphae?. Enfin furiosus s’appliquait à tous les possédés.

Seule, en effet, la possession du fou par un méchant esprit qui le domine et contraint sa volonté, permettait aux anciens d'expliquer le phénomène des maladies mentales, entre autres la force extraordinaire de l’aliéné pendant ses accès, et le fait qu'il se frappait et se blessait lui-même comme s’il était au pouvoir d’un ennemi.

Aussi opposait-on au larvalus celui qui, maître de son esprit, n’était dominé par personne compos animi ou compos mentis, dont l'origine étymologique n’est autre que cum : avec et pots : puissant.

Jobbé-Duval montre que ces croyances populaires ont inspiré les jurisconsultes ayant traité de la folie. Aïnsi, Julien assimile le furiosus — terme juridique général pour désigner la possession démoniaque — à un absent ou à un homme plongé dans le sommeil, lorsqu'il dit : «cum per omnia et in omnibus absentlis vel quiescentis loco habetur », c’est-à-dire que le furiosus ne peut faire de codicilles « alors que pour toutes choses et à l'égard de tous, il est considéré comme absent ou endormi ». Et un autre texte de Papinienf, prouve que lorsque l’aliéné recouvre sa raison, c’est qu’elle lui est rendue... le mauvais esprit a quitté sa victime : « furiosus suae menlis effectus ».

Jobbé-Duval, op. cit., p. 118.

Tbid., p. 132.

Ibid., p. 118-119.

Digeste, XXIX, VII, De jure codicillorum, 2, 3.

De furor, aliénation mentale, folie; elle n est pas toujours turieuse, elle

peut, en outre, avoir des intermittences, cf. Jobbé-Duval, op. cit., p. 125, 6. Papinien, Digeste, V, 1, De judiciis, 39, pr.

(io CRT

Au ze siècle de l’ère chrétienne, Ulpien! se range à l'avis de Labéon, qui, s’étant demandé si l’ackio injuriarum pouvait être intentée contre celui qui avait rendu quelqu'un fou, grâce aux philtres ou aux incantations, s'était prononcé pour l’affirmative.

On verra que, sous Tibère, Numantine fut accusée d'avoir rendu fou son mari, en employant les enchantements et les philtres?.

C'est suivant cette idée de la « possession » que l’on soignait les fous, car la partie essentielle du traitement avait un caractère à la fois religieux et magique. Elle consistait en cérémonies de purification : piationes, piamenta, sacrifices et surtout exorcismes.

L’exorciste tournait trois fois autour du tee soit en l’aspergeant d’eau lustrale, soit avec une torche de résine, de bois de pin,ou du soufre allumé. Le rituel variait suivant qu’on avait affaire à un cerrilus ou à un larvatus. La cérémonie comprenait aussi des sacrifices de porcs ou de chiens, selon qu’on s’adressait à Cérès ou à Hécatet. Puis venait la partie plus spécialement magique du traitement. L’exorciste engageait une véritable lutte avec l'esprit malfaisant pour le contraindre à abandonner le corps du possédé. Pour y parvenir, il prononçait des formules solennelles et mystérieuses d’incantation5. Ainsi : « Le magicien ordonne au démon de sortir du corps du possédé» ou bien «Il prononce contre lui des imprécations’» … Il le menace*.. Il adjure le démon de partir au nom du dieu qui a un pouvoir supérieur à lui°, 1l implore cette divinité elle-même pour qu’elle libère le malade des attaques du démon!°. Quelquefois, on raconte une histoire

1. Ulp., Dig., XLVII,X; De inj., 15, pr. . « Item apud Labeonem quaeritur, si quis mentem alicujus medicamento, aliove quo alienaverit, an injuriarum actio locum haberet? et ait, re adversus eum agi posse. »

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