‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 82 sur 227 · Tamborino, op.-cit., p · texte numérisé non relu

Tamborino, op.-cit., p

LE FAIT MAGIQUE ins 85:

traitant de quelque moyen d’incantation!. Ou bien encore, on prononce des Æphesia grammata, paroles mystiques et obscures, auxquelles on attribue une grande force, même si elles sont simplement écrites?.

Mais, la ie du temps, l’exorciste joint le geste à la parole : « Deinde daemonus expelluntur, quod actiones daemonibus re fiunt ».

Ainsi, le magicien se montre subitement au démon - Magus apparet daemoni ». Seuls, peuvent triompher, ceux qui sont doués d’une grande force physique; de sorte que le démon ne peut tolérer leur présence. Le même résultat est acquis, lorsque c’est sur le possédé lui-même que l’officiant dirige sa puissance magnétique : Daemoniacus adspicitur®.… Il peut aussi terroriser le démon par des gestes « gesius aguntiur, ut daemoni terror iniciatur », il en est ainsi dans l’exemple donné par Psellust sur le mage Arménien qui s’y prit de cette manière pour guérir une femme atteinte de fièvre puerpérale et qui délirait. Ayant tiré son glaive, il se tint auprès du lit, menaçant la malade et l’accablant d'insultes. Quelquefois, on soufflait sur le possédé, pour mettre en fuite l’esprit malfaisant5.. Plus souvent encore, on frappait le malade de verges, avec la conviction que l’on blessait ainsi, non pas l’homme mais la puissance maléfique qui le tenait dans ses griffes : « Aegrotus verberibus mulcatur, quibus daemonum, non daemoniacum vexari certe putabaturs. » | Enfin, on croit également que la peur s’empare du démon lorsqu'on fait autour du malade un vacarme assourdis-

sant magnus strepiiur movelur’.

1. Narratur historia, de qua incantandi ratione, ibid., p. 79.

2. Tbid., p. 80 : « Non modo autem dicta, sed etiam scripta verba vim habere per se intelligitur. »

3. Ibid., loc. cit., p. 81 : « Adspectus quorundam hominum valentissimus habebatur, qua ex opinione fluxit etiam fascini superstitio…. »

4. Psellus-Migne, P. G., t. 122 : « De Daemonum operatione », capui XVI, p. 858. «….. At nonnullae mulieres. peregrinum hominem adducunt qui nudo gladio destricio proxime lecium adstans, iratus acgrotae comminabaiur, vernaculaque sibi lingua (Armenius enim erat) mullis eam conviciis lacessebat, »

5. Ibid., loc. cit., p. 81 : « Homo possessus afflatur « ta corpus daemoniaci expletur spiritu sufflantis ei daemon exire cogitur. »

6. Ibid., p. 82 La flagellation rituelle contribuait à expulser du corps les mauvais esprits, cf., ch. IV, dieux magiques : Luperca et Cybèle.

7. C'était là, d’ailleurs un moyen généralement employé pour chasser les ombres malfaisantes : Tac. Ann.I, 28 : Igitur, aeris sono, tubarum cornuum que conceniu strepere.; Ovide, Fastes, V, 441. Le père de famille, pendant la

Section III. — La Magie amoureuse.

De tout temps, on a attribué à la Magie, le pouvoir de transformer les sentiments, ainsi que d’exciter ou de calmer les sens. Les poètes abondent en exemples sur cette question.

Cependant, en ce qui concerne spécialement les Romains, Hirschfeld! affirme que, malgré leur connaissance des arts magiques, ils ont ignoré, durant les premiers siècles, les enchantements amoureux. Les premiers exemples de ce genre, dit-il, nous sont fournis par Plutarque et Pline, au sujet de Lucullus? et Hiéron, au sujet du poète Lucrèceÿ, car l’un devint fou par l'effet des philtres, l’autre se tua. Mais, ajoute-t-il, il ne faut pas conclure de ce que nous apprenons de ces deux illustres Romains que cette chose fut déjà connue et pratiquée à Rome... « Jam diu Romanis cognilam acceptamque fuisse ». Ainsi, bien que Lucrèce ait traité de l'Amour « de rebus venereis », nous ne voyons rien au sujet des incantations et des philtres, et il est certain que la loi Cornelia a complètement omis ces choses « has res plane omissas esse cerlum est». Hirschfeld appuie son affirmation sur deux textes du Digeste.

Le 1e, de Paul XLVIII, XIX, 38,5 : «Qui abortionis aui amalorium poculum dant, etsi dolo non faciant », etc.

Or, ce texte, au mot amatorium, renvoie, en effet, au $ 2, in fine, de la loi 3, livre 48, titre 8: Ad legem Corneliam de Sicariis et Veneficiis », qui, après avoir énoncé

nuit des Lemuria, frappe l’airain de Temesa, et conjure l'ombre de quitter sa demeure :

« Temesaeaque concrepat aera, Et rogai, ut tectis exeat umbra suis. »

1. Hirschfeld, De ZJIncantamentis et devnctionibus amatoriis apud Graecos, Romanosque,Regiomonti Pr. 1863, 8 cité par Marquardt op. cit., p. 136 note 5.

2. Plutarque, Lucullus, 43 : « Cornelius Nepos dit que ce ne fut ni la vieillesse, ni la maladie, qui altéra la raison de Lucullus, mais l'effet désastreux des breuvages administrés par Callisthène, un de ses affranchis, ce dernier les lui avait fait prendre afin de se faire aimer de lui davantage » ; Pline, H. N., XXV, vu 3 : «Lucullum imperatorem clarissimum amaiorio periisse ». .

3. Hieron, in Eusebii Caesariensis, Chronicorum, lib. II (Migne, Pair. P. G.), t. 19, p. 525 : « Titus Lucretius poeta nascitur : qui postea amatorio poculo in furorem versus, cum aliquot libros per intervalla insaniae conscripsissel, quos posiea Cicero emendavit, propria se manu interfecit anno aetatis quadragesimo quarto.

4. Voir 2e partie, ch. III, La Loi Cornelia de Sicariis et Veneficiis où ces textes sont étudiés en détail,

que, sous la dénomination de « mala venena » on avait compris et fait tomber sous le coup de la loi non seulement ce qui était destiné à guérir ou à tuer mais aussi « quod amatorium appellatur », ajoute que c’est là seulement une extension de l'interprétation, comme l'indique cette phrase « sed hoc solum notatur in lege quod hominis causa habet.

Ainsi, d'après Hirschfeldt, au temps de Sylla, ces arts étaient, sinon complètement ignorés des Romains, du moins fort rarement employés.

Pas plus que dans la loi, on ne trouve aucune mention

des philtres magiques à destination amoureuse avant les

poètes du temps de Cicéron?.

La plupart du temps, les incantations et philtres amoureux, avaient pour but de disposer à l'amour celui ou celle à qui on les réservait. Les sorcières se flattent de procurer l’amour, ou tout au moins d’exciter les sens, de ranimer l’ardeur amoureuse.

Virgile, dans une charmante églogueÿ, nous décrit toute une scène de conjurations amoureuses, où les incantations et les herbes enchantées jouent le premier rôle.

Plus fameuse encore est l’épode d’'Horace, où l’on voit deux magiciennes, Canidie et Sagana, composer un philtre d'amour.

Les amants délaissés, attribuaient à la Magie l’origine de leurs maux. « Ce qui donne l'avantage à ma rivale, à ma perfide rivale, ce ne sont pas ses qualités, mais ses philtres. Elle a fait tourner contre lui le rouet des enchantements5... La Magie est un infâme moyen de faire nattre l’amour : il doit être le prix des vertus et de la beauté »,

1. Op. cit., p. 18 : « Sullae igitur tempore hae artes nedicam plane ignotae Romanis, certe raro adhibitae neque multo ante in Italiam illatae fuisse videnlur }.

2. Ainsi, les Romains ne connurent pas ces breuvages avant la fin de la République; au contraire, ils ont été connus de très bonne heure par les Grecs, cf. Marquardt, loc. cit.

3. Eglogue, VIII, :« Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnin »: Ramenez, charmes puissants, ramenez Daphnis de la ville en ces lieux.

4. Epod. V, 69, 19 : « Il dort, maintenant, sur le lit parfumé de ses maîtresses, dans l’oub'i de nos amours ! Ah ! sans doute une magicienne plus savante l’arrache à mes lois par ses enchantements ! Mais je te prépare, Varus, un breuvage encore inconnu. Oh ! que de larmes tu vas‘répandre !.. Tu reviendras à moi, et la voix du Marse ne pourra rappeler ta raison ».

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