SCÈNE X
Les MÊMES, LE RAJAH ef sa suite, PAGES, OFFICIERS INDOUS.
Tous ces personnages sont vêtus de riches costumes. Les
serviteurs de la factorerie accourent et se groupent à toutes les issues.
LE RAJAH.--André Robert, je viens chez toi en ennemi ! (Mouvement) Nous autres, fils de Brama, nous n'avons pas la langue dorée. Dépossédé de mes États par trahison, je n’ai pas abdiqué la dignité royale. J'ai consenti, pour ne pas livrer mon peuple à la férocité du conquérant, à signer le traité qui fait de moi non pas un vassal, mais
un allié de l'Angleterre. Je règne encore, sachezle !
ROBERT (/inter gnez-vous ?
LE RaAJAH.—Vous le savez ! Depuis trop longtemps JE Supporte vos offenses.. On ravage mes omMaines ; on m’enlève des esclaves. Je suis encore
assez puissant pour dédaigner l’insulte, assez riche Pour souffrir qu’on me vole. Mais qu'on vienne °Mmenter la trahison parmi mes serviteurs”. les EXCIter à la révolte, je ne le veux pas !
rompant).—De quoi vous plai-
à ROBERT. —Vous accusez hardiment, prince !.… faudyait prouver.
# RAJAH—Ce n'est vous... pas tout! Des gens à
#4 mépris des traités qui vous obligent à
respecter notre foi, nos cultes, nos temples. se sont introduits, la nuit dernière, dans le sanctuaire de Dourga, où s’accomplissent les mystères sacrés du Yamsé !
Le MAJOR (/'interrompant).— C'est un repaire d'étrangleurs, votre souterrain !
LE RAJAH (au major).—Je ne vous parle pas.
(Avec hauteur.) C'est d’une audace inouïe qu’on m'interrompe ainsi |...
LE MaJor (furieux). —Oh ! je lui clouerai la langue !
TOMLINSON (conciliant) —Du calme !... du calme, major !
Le RaJaH.—Les profanateurs ont outragé la déesse. On a frappé un vieillard, un fakir !
RoBerT.—Désignez le coupable, il sera ehâtié ! |
LE RAJAH (avec ironie). —Châtié !... On l’enfermera tout un jour dans un caveau de votre factorerie, on lui fera une réprimande en souriant. Et... (Montrant le major.) Cet officier, peut-être, viendra en grand uniforme me présenter des excuses au nom de sa Reine.
LE MAJOR (indigné).—Des excuses !
TOMLINSON (conciliant).—Major !
LE RAJAH (avec un éclat de voix)—Allons donc ! c’est moi qui punis !
ROBERT (/roidement).—Qu'exigez-vous donc ?
Le RaJaH.—]Je veux qu'on me livre le coupable.… 11 expiera le sacrilège au lieu même où il l'a commis, et son sang, jusqu’à la dernière goutte, coulera, fumant, sur l'autel de la déesse !..
Le Major (#répignant de rage)—Il m'agace, cet ogre |
ROBERT (avec énergie) —Assez! Rao-Sangor | votre volonté n’est pas ma loi... Si une faute a été commise par quelque serviteur ignorant des mœurs
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du pays, je me charge de le punir... Mais le livrer à vos bourreaux, jamais !
LE RajaH.—Je ne discute pas... j'ordonne!
Vous refusez d’obéir? prenez garde !
RoBEerT.—Croyez-vous que j'aie peur ?
LE RaJAH (s'avance lentement jusqu'à lui, le regarde bien en face. D'un ton bas, concentré, ave intention). —Bienheureux ceux qui ont le cœur pur |
RoBErT (se redressant).—-Est-ce pour moi que Votre Altesse parle ainsi ?
Le RajaH (d'un ton véhément) —Le feu qui consume ton âme luit dans tes yeux, André Robert... Pas de paroles stériles ! J'ai dit: “Je veux!” (Robert hausse les épaules.) Vous refusez de faire justice? Tremblez donc ! C’est la guerre entre nous, une guerre acharnée que je poursuivrai sans trêve ni merci !
PATRICE (s’énclinant devant le rajah).—Monseigneur, je suis un soldat, moi aussi: un soldat de la foi. Je-déplore cette faute, la violation d’un temple. Ce n’est pas par la violence qu’on nous apprend, à nous, à enseigner la vérité. Mais la haine conseille mal! Écoutez-moi, monseigneur.
LE RAJAH (d'un ton plus calme).—Votre esprit est loyal, votre voix est douce... Mais vos conseils ne sont pas ceux qu’un fils de Brama peut écouter sans colère !
PATRICE.—Loin de moi la pensée de vous offenser, mais le sang n'efface pas les fautes ! En VOUS parlant ainsi, j'accomplis ma mission.
LE RAJAH (à Z’abbé Patrice).—Prètre, je vénère la noblesse de ton cœur. J'ai appris à connaître
les tiens ! Vous avez le courage, -la vertu ; vous Savez mourir
Mais ir pour votre foi... vous êtes braves | cé nest pas de votre mission qu'il s’agit ici,
à cette heure! Et c’est (Æontrant Robert.) lui seul que je veux écouter.
ROBERT (férement).—J'ai répondu, Sangor !
Jamais je ne m'abaisserai jusqu’à céder aux menaces d’un barbare !
LE MAJOR (#'y tenant plus)—.A la bonne heure, voilà qui est parler! (4x rajah.) Rappelez-vous, Rao-Sangor, que vous êtes un protégé de l’Angleterre, un sujet de la Reine... dont vous êtes indigne de porter les ordres !
LE RAJAH (avec arrogance).—Je ne relève de personne... sachez-le! (Arrachant de sa poitrine la plaque en diamants du “Star-of-India.”) J'avais eu la faiblesse d'accepter ce hochet... comme si vos distinctions étaient faites pour nous, les héritiers de la plus antique dynastie qui soit au monde ! (Z7 jette la plaque sur la table.) Reprenez ce joyau. | |
LE MaJor (avec éclat). —C'est une insulte.
une révolte. une trahison ! |
LE RaJax (furieux). —Les Anglais m'ont dépouillé de mon royaume de Sambelpour. Je leur arracherai l'Inde tout entière !.. D'une mer à l'autre, dans huit jours, la péninsule sera soulevée… Les tigres s’enfuiront dans la jungle, épouvantés par le fracas des batailles. Ah ! vous me bravez.….. Tremblez! la mort est là . Adieu! (/ew de scène. 7 sort avec toute sa suite.) |
TOMLINSON (au major).—Vous le laissez partir ?
Le Major.—Parbleu!
TomLiNson.—Et nous allons nous battre?
LE Major.--Parfaitement…
ToMLiINsoN.—Ah ! quel affreux pays !
Le Major (se frottant les mains)—Un pays charmant. de la gaieté, de l’entrain... ça marche !
Rogerr.—Cet insolent !... avec ses menaces.
me 8
Le Major (à Patrice).—Nous allons prendre ici des dispositions.
CHARLES (ax major).--Mais, commandant, vous n’allez pas attaquer le rajah ?
LE MajJor.—Tant pis ! Je voudrais lui donner une bonne... frottée.
TOMLINSON (au mayor).—Mais, mon ami, vous êtes effrayant !
LE MajJor.——Ah! capitaine, laissez-moi tranquille ! Je ne reçois pas d'observations dans le service ! Crackett, Paddy!
CRACKETT, PADDY.—Commandant ?
LE Major.Mon uniforme, mon sabre, mon casque! (4 Patrice.) L'abbé, rentrez avec tous ceux qui ne sont pas sujets anglais !
PATRICE.—Vous entendez, messieurs.
RoOBERT.—Dans ce pays, il faut tout prendre au sérieux. Obéissez au commandant. Nous ne saurions à partir de cet instant, agir avec trop de prudence.
CHARLES (gaiement).—Rentrons, puisqu'on le veut, mais je n’ai pas peur ! Ce n’est pas la première fois qu'on assiste ici à une scène pareille. (Z/ sort avec l'abbé Patrice.)
LE MAJOR (s’'asseyant à la table et écrivant). — Voyons! capitaine. Une dépêche à Bombay... un exprès au fort Victoria... un avis au gouverneur général.