ALGEE-MAHAL, PATRICE, CHARLES, DJEMIL
MAHAL (un moment seul).—Va, va t'enfermer avec les tiens dans ces étroites murailles !.. fou qui court se livrer aux griffes de ses ennemis !.. (Montrant le caveau.) Iln’a rien deviné. Un moment j'ai tremblé... un cri... un gémissement, c'en était fait de moi !.… E |
CHARLES (dans le caveau, d'une voix tres étoufée). —Mon père ! mon père !.…
MaHAL (/entendant, efrayé). —Ah !
PATRICE (à ce moment, paraît à la porte de gauche et s'appuie contre l'huis, chancelant, exténué). — Secourez-moi… Je suis épuisé de fatigue. Pour lutter contre le fléau, j'ai trouvé du courage,
Pour arracher ces pauvres gens au péril qui les menaçait de toutes parts, j'avais assez de force! Le devoir accompli, je suecombe.. Séparé des miens, errant et fugitif à travers ces solitudes... l'énergie m'abandonne et ma volonté s’affaiblit.… Qui que vous soyez, si vous avez quelque pitié, secourez-moi, secourez-moi !
MaAHAL (qui écoutait toujours). —Le silence | (4 Patrice.) I] n’y a aucune sécurité pour vous dans cette maison. Les soldats du rajah peuvent l'envahir d’un instant à l'autre, et s’ils trouvaient chez moi un homme de votre race, nous serions perdus tous les deux. Fuyez !.…
PATRICE.—Il ne faut pas attirer sur vous le malheur qui me frappe... je vais partir ; mais si Vous voulez que je puisse m’éloigner, laissez-moi m'asseoir quelques instants seulement. (// montre du doigt Le flacon Placé sur la table.\et donnez-moi un peu de cette eau, qui, me ranimant, me pérmettra de me traîner encore à quelques pas d'ici.
MAHAL (avec une terreur mêlée de joie, et mon- #rant le flacon). — C'est lui qui le demande !.… Re- Posez-vous donc, seigneur.
PATRICE.— Merci |
AHAL (/4i tendant un verre d'eau qu'il a rempli). —Et buvez |
PATRICE. Merci! Z/ va
lèvres. A ce moment on entend un gémissement Poussé par Charles.
Patrice laisse le verre dans lequel il allait boire, e
tre, et dit :) Avez-vous entendu ?
AHAL. — Quoi donc ?
PATRICE, —Un sanglot ! une plainte !
Pa lefrayé).—Vous vous trompez !... rien!
PATRICE, —]] m'a semblé pourtant... Ah! mon esprit s’égare,
Dorter de verre à 5es
MAHAL (énsistant).—Buvez, seigneur ! Cette eau calmera votre fièvre. buvez !
PATRICE.— Donnez... donnez... J'ai soif!
DJEMIL (du dehors, poussant un grand cri).— Ah ! ah!
PATRICE (pose le verre et se lève brusquement).— J'avais bien entendu !... C’est un cri de douleur. C’est un cri de souffrance.
MAHAL (avec ragel.—Ce n’est rien, vous dis-je. Mon fils est là qui joue. Ce n’est rien!
DJEMIL (paraît, pâle, les yeux hagards).—Mon père ! mon père !
MAHAL.—Qu'as-tu donc? Pourquoi ces cris P
DJEMIL (éper du, montrant son bras). —Le serpent corail m'a mordu, là... (77 tombe.)
PATRICE.— Sauvez-le ! Il en est temps encore.
MaAHAL (désespéré).—La morsure du serpent corail est mortelle ; il n’existe aucun remède.
PATRICE. — Il en est un !... Le venin du reptile ne peut être déjà infiltré dans les veines de l’enfant.. Il faut à l'instant même aspirer le poison.
MaAHAL (se reculant avec horreur). —Mais c’est la mort !.. L'irrémissible souillure !... Du sang sur mes lèvres ?... Jamais... jamais !.…
PATRICE (indigné).—Cet enfant est le tien, et tu hésites ! Ce sera donc moi...
MaAHAL (abattu).—Qu'allez-vous faire ?
PaTrice.—Mon devoir !... (77 Jui prend le bras et aspire le poison.)
MAHAL (même jeu). —Mon enfant est perdu, èt cet homme avec lui ; avant que leur cœur ait battu cent fois, la nuit sera venue pour eux |...
PATRICE.—I1 vit ! il vit ! ton fils est sauvé ! (Z7 presse la blessure saignante ct l'enveloppe d'un linge.) Pauvre petit! Dieu a permis que j'arrive à temps pour t'arracher à cet affreux danger !.….
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Voyez, ses paupières s’entr'ouvrent, ses joues se colorent, ses tempes battent, sa bouche, déjà gonflée, reprend ses mouvements... Mais son gosier est sec. son haleine est brûlante... (7/4 remet à son père. Il court à la table, prend le verre et l'approche des lèvres de l'enfant.) Vite, un peu de cette eau.
MaHAL (se précipitant et arrachant Le verre des mains de Patrice).—Arrêtez | arrêtez ! Qu'il ne boive pas cela !
PATRICE.—-Pourquoi ? que craignez-vous ?
MAHAL (ex/ève enfant et le pose sur Le canapé). — Malheureux que je suis, être infâme, être lâche !.. Maudissez-moi.. accablez-moi.…. Au risque de votre vie, vous sauvez mon enfant, et je vous ai versé le poison !.… Je suis un misérable © votre grandeur m’écrase !.. Epuisé de fatigue, haletant, brisé par la souffrance, vous retrouvez des forces pour secourir la misère qui passe ,et moi, fort, vaillant, redoutable, je vous tendais un piège !.… Votre esprit, affaibli par la soif et la faim, retrouve dans le péril sa volonté puissante et vous dicte à l’instant le remède qui sauve... Et MOI, Calme, impassible, j'employais l’astuce et la Tuse pOur vous ravir votre meilleur ami!
PATRICE.—Que voulez-vous dire ?.… Charles !.…
MAHAL (montrant l'ouverture du caveau).— Surpris lâchement, bâillonné et jeté là par moi, pour être, la nuit venue, immolé sur l'autel de la déesse Dourga. (ZZ court au caveau et cherche à Ouvrir la porte secrète.)
PATRICE (courant et aidant). —Mais ces murs sont de fer !
MaHaL.—Il faut les briser ! Rien ne peut plus Ouvrir le panneau refermé. C'est là comnie un sépulcre ; les prêtres de Dourga seuls y ont accès
ces ET ame
par les souterrains du temple! (775 affaguent la murazile.) :
PATRICE. —Ah ! ces murs !... mes ongles s’y déchirent. |
MaAHAL (cherche une hache et la donne à Patrice). — Prenez donc cette hache !
PATRICE.—Donnez... (77 frappe.) La porte cède ! (Appelant.\ Charles !.. Charles, m'entendezvous? (Za porte cède, tordue et défoncée. Patrice se précipite et revient en soutenant Charles à demi évanout. On arrache le baillon qui enveloppe sa tête, ses jambes et ses épaules.)
MaAHAL.—Il respire !.…
PATRICE. —Charles !... mon ami! mon frère !.…
MaHAL (avec douceur).—Maître.. (Mouvement de crainte de Charles.) Ne demeurez pas ici un instant de plus; il n’y a de salut pour vous que dessus le vaisseau resté en rade. Je veux vous y condnire.. Venez.
CHARLES (fait un geste d'effroi). —Ah !
Parrice.—Le repentir a touché cet homme, nous pouvons désormais nous fier à lui... Suivonsle, et que Dieu nous protège !
RIDEAU