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des hommes en pierre de marbre, tout le long des murs? Il y en a qui sont /ardés de fer! Estce vrai qu’il y a des revenants, monsieur Allain ?
ALLAIN (en riant). —Benêt |... Dépêche-toi, ce feu ne flambe pas. ,
Pornic (indigné).—Flambe pas !.. voyez donc.
Aussi monsieur le comte préfère qu’on serve le thé ici plutôt que dans la salle.
ALLAIN (/interrompant).—Trop grande à cette heure que nous sommes pauvres | —'Trop petite au temps jadis, quand nous étions riches !... Nous avions beaucoup d'amis.
PORNIC (se relevant). — Pas l'embarras !... Quand la bourse fait drin, drin, tout le monde sont cousins. (77 va et vient dans la chambre.)
ALLAIN.—Qui donc a sonné tantôt ?
Pornic.-—Léonidas Bornu, du village de Montandry, qui demandait place au feu et à la chandelle... Il avait bu! trop bu! il était saoûl comme un chien d’écorcheux. Je l'ai arraisonné doucement avec une gaule, une trique. (Æaisant le geste de frapper.) Il est reparti.
ALLAIN.—Ne te vante pas de cette équipée
. devant monsieur le comte : Le Féal de Champlau-
rent n’a jamais fermé sa porte à personne.
PORNIC (un peu honteux).— Bah! Il fait froid, — Mais il y a si peu de neige par les chemins. Une belle nuit de lendemain de Noël! Et puis, monsieur Robert qui retourne ce soir à la ville le prendra dans sa Carriole.…. Voilà mon feu qui flambe joliment, hein, maître Allain? Si on allait souper ?.. J'ai faim !
ALLAIN.—Monsieur Robert va repartir ?
PORNIC.—Oui bien !.… Il m'a donné un écu tantôt. Est-il assez riche, hein ? (Z7 a posé une lampe sur la table de jeu, approché des sièges.)
DR; Dee SCÈNE II.
Les MÊMES, LE Comrt.
LE CoMTE (d'un air péoccupé, à Allain).—Eh bien! Allain, que faites-vous? Préparez la : boîte de whist... Allez donc !.…
ALLAIN.—Mais.. le lit?... la couverture ?.…
Le Cour. —C'est bon... c’est bon. plus tard !
ALLAIN. -- Pardon, excuse, monsieur le comte
LE CoMTe.—On vous appelle, allez donc !.… Toi, Pornic... (A//ain sort.)
Pornic {faisant mine de s'en aller]. —Oh ! je m'en vais aussi... Monsieur le comte est fâché. (A part.) C'est peut-être à cause de la bouteille : du vin de cent ans, à ce que je me suis laissé dire. J'ai bu le vin... et j'ai cassé la bouteille. (Æausse sortie.)
LE Come. —Pornic!... (Pornic approche timidement.) Ecoute bien ce que je vais te dire... Et surtout, pas un mot à qui que ce soit.
Pornic (avec volubilité) —Oh! pour ça,-un chacun sait que je ne suis pas bavard! Je ne parle jamais quand je dors... c’est bon pour les commères... et... (77 s'interrompt, confus.)
LE COMTE (durement). — Assez ?.… Ecoute.
Tu te lèveras demain avant le jour.
Pornic (à part).—Le maître d'école appelle ça l'aurore.
LE Comre.—"Tu attelleras le cheval.
PoRNIC (& part). —Bonhomme !... Ce n'est qu’une bête, mais c’est m’n’ami : il est estimable.
LE Core (#mpatienté). —Tu attelleras le cheval au petit char, puis tu le conduiras par le préau jusqu’au saut de loup... Tiens, là-bas !..
. BôRNIc (distrait). —Oui, monsieur, par le chemin
es UC
de terre! Pauvre Bonhomme! Drès avant le matin ! Lui et moi nous aurons encore sommeil...
Le ComTe.—Tu ne lui mettras pas de collier.
pas de grelots !.…
PoRNIC (se récriant).—Pas de grelots !.… C'est si gai, quand ça chante: drin, drin, drin. Impossible! Bonhomme serait trop humilié !... Pas de grelots !.… à
Le Comre.—Si tu fais le moindre bruit... si on s'aperçoit... je te chasse!
Pornic (es bras levés).—. Pas de grelots !.…
LE CoMTE.—Maintenant, tu vas prendre l'échelle du jardin. Tu la mettras là sous la fenêtre.
appuyée au balcon. Et, demain matin, la voiture prête, tu viendras me chereher... tu monteras par échelle... et tu... (77 mef une chaïse contre la fenêtre, et fait le geste de heurter contre les vitres.) Non, tu n’auras qu’à pousser... as-tu compris P..
Pornic (avec force gestes).—Si j'ai compris !.… D'abord ; pas de grelots !..: Oh! que tous ces mystères sont donc mystérieux ! Est-ce que nous désertons, monsieur le comte ?
Le ComTe.—Imbécile !... Tu auras un écu situ sais te taire.
Pornic (exagérant son air mystérieux). —Oh !
alors, chut! (77 s'éloigne.)
Le ComTE.—N'oublie rien : le cheval... le petit char... le préau.…. l'échelle... le balcon !.. Pas un mot à Allain !
PORNIC.—Allain !.. Je me ferais couper la langue plutôt que. Pas de grelots !.. (Z7 sort.)
on D ee SCÈNE III.
LE CoMTE, ANDRÉ ROBERT, Puis PATRICE, ALLAIN.
LE CoMTE (gaiement).—Ah ! voici monsieur Robert, un cosmopolite !.. Le Juif Errant!... Il arrive. il part... il revient, il repart... Mais, vous ferez bien une partie de whist, monsieur Robert ?
ROBERT (s’rclinant).—Le seul jeu que je ne sache pas jouer, comte |!
LE CoMTE (r/ant).—Oh! mon cher, vous vous préparez une vieillesse bien malheureuse, vous aurait dit Talleyrand.
ROBERT (7/ant).—Que voulez-vous ?... On n’est pas parfait. D'ailleurs ce n’est pas ma faute si je suis condamné à errer.. Les affaires !... on est ambitieux... on veut faire sa fortune... (Regardant le comte.) Celle des autres ! On ne réussit pas toujours. Mais, on lutte, on travaille, on se remue. Le moyen de vivre cette existence-là à cent lieues de Paris ! (Regardant autour de lui.)
LE-CoMTE (avec bonne humeur, achevant).— Dans le château de Mailtaverne, dans ce mapoir très antique et très délabré du très noble comte de Champlaurent, qui n’est plus un haut et puissant seigneur, mais un petit châtelain de campagne, sans fermes,prés, moulins,redevances, ni privilèges.
ROBERT (avec entrain).—On y est si bien, dans ce manoir : l'hospitalité simple, cordiale et franche des anciens âges. (Sa/uant.) Des hôtes de bonne humeur. (Ze comte et Robert s'asseyent à la table de jeu; battant les cartes.) Une idée... comte : faisons une partie d’écarté... cinq points... Si je gagne, c’est que je réussirai dans ce fameux projet.
Le CoMTE (/’nterrompant).—Votre expédition dans l’Inde ? ‘
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RoëerT (sérieusement pensif).—Oui !
Le CoMTE (railleur). — L'Inde est un pays fermé aux conquérants.. Voyez: Alexandre en est revenu... Alexandre comme devant...
RoBErT (même ton).—-Les Anglais, mes quasicompatriotes, ont mis en déroute les Taxiles et les Porus.. qui leur barraient le passage... Si je perds... je renonce...
Le CoMTE (railleur).—-Voyez un peu à quoi tient la destinée des empires ! (7/5 jouent. Le comte battant les cartes.) Des cartes? non !
Rogerr.—Le roi... atout! atout !
LE CoMTE (gui a donnéi.—La vole !... Vous n'en demandez pas ?
RoOPERT (#erveux).—Jamais !.. De l'audace.
toujours de l'audace !.. Le roi!
Le Comte (etant les cartes).—Et le point.
vous avez gagné. Allons |! vous réussirez, André. Mais, est-ce vrai tout ce que vous avez dit tantôt ? Vous quitteriez la France ?
ROBERT (fronçant le sourcil).—Je veux être riche, et. vouloir, c’est pouvoir !.…
ALLAIN (extrant).—Monsieur le comte, voici Patfice qui vient vous dire bonsoir.
PATRICE (avec respect, un peu grave).—Mon père, je vous souhaite une bonne nuit.
Le COMTE (ému).—-Dieu te bénisse, cher enfant !
ROBERT (à Pafrice).--Patrice, vous ne m'embrassez pas ?
PATRICE (courant à lui).--Oh! de tout mon cœur, bon ami,
Le ComrE.—Adieu ! .. mon enfant. (Patrice sort, suivi d'Alain.) U
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