LE CRIME ET LA DÉGÉNÉRESCENCE
Sans aller jusqu'à dire, avec Alfred de Musset, que
Il nait sous le soleil des âmes dégradées,
Comme il naît des chacals, des chiens et des serpents,
Qui meurent dans la fange, où leurs mères sont nées,
il est certain, néanmoins, qu'il y a des natures ingrates. Quel terrible problème pom' le magistrat, lorsqu'il a à juger un prévenu dont les facultés morales sont peu développées, alors qu'il tient de sa nature de mauvais instincts 1 Combien la responsabilité morale du prévenu est alors difûcile à apprécier ! J'ai entendu quelquefois reprocher au petit nombre de prévenus qui se trouvent dans ce cas, non pas la prédominance de leurs mauvais instincts sur les bons, mais l'existence même de ces mauvais instincts. Ce reproche est-il fondé ? Est-il juste d'imputer à un prévenu les mauvais penchants qu'il tient de sa nature ? Sans doute, dans la plupart de ces cas exceptionnels, ce prévenu, par un meilleur emploi de sa vie, par un usage mieux entendu de ses forces morales, aurait pu vaincre ses mauvais penchants et faire prédominer les bons, dont il n'était pas dépourvu. Rarement la lutte est impossible. Mais combien elle est difficile pour celui qui souvent, par la faute de ses parents, apporte en naissant une nature ingrate! Loin de voù* dans ces mauvais instincts une cause d'aggravation, j'y vois, au contraire, un puissant motif d'atténuation (1).
Si même, par suite d'une conformation cérébrale défeclaeuse, le discernement et le libre arbitre ne sont plus assez développés pour entraîner la responsabilité, que le magistrat n'hésite pas à acquitter et à mettre en pratique cette parole du Christ à son père : « Pardonnez-leur, Seigneur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font ». Lorsque l'accusé n'a pas su ou n'a pas voulu librement ce qu'il a fait, lorsque sa responsabilité morale nest pas clairement établie, son acquittement s'impose, au regard de la loi pénale comme au regard de la loi morale.
;ij Puffendorf, Droit de la nature et des gens^ 1. VIII, chap. m, § 21
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