‹ Le crime et la peineChapitre 20 sur 36 · LE CRIME DANS LES VILLES ET LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

LE CRIME DANS LES VILLES ET LES CAMPAGNES

de fausse monnaie, les accusés calquent souvent Texécution du crime sur le récit de crimes analogues. Aussi, avec MM. les D" Georget, Legrand du SauUe, Despine, Bouchut, Després, Aubry, je crois que le compte rendu des affaires criminelles devrait être réservé aux journaux judiciaires. Il n'est pas bon que les jeunes gens, les jeunes filles cherchent chaque jour des images et des excitations malsaines dans le tableau des vices et des crimes qui s'étale dans es colonnes de la petite presse.

La criminalité des villes et des campagnes. — Le séjour des campagnes est plus favorable à la santé de Fâme comme à celle du corps. C'est là un fait qui a été observé chez tous les peuples ; à toutes les époques on a constaté que la moralité des campagnes est plus grande que celle des villes. «Les laboureurs, dit Platon, fournissent les hommes les plus braves, les soldats les plus infatigables qui songent le moins au mal! » Darwin a observé aussi que dans l'Amérique du Sud «* / Gauchos ou paysans sont bien supérieurs aux habitants des villes...; que dans les classes élevées et instruites qui habitent les villes, la sensualité, l'irréligion, la corruption la plus éhontée sont poussées au suprême degré. On peut, dit-il, acheter presque tous les fonctionnaires; le directeur des postes vend des timbres faux pour l'affranchissement des dépêches; le gouverneur et le premier ministre s'entendent pour voler l'État. » ( Voyage d'un naturaliste autour du monde, ^. 168.)

Les statistiques criminelles viennent confirmer la supériorité morale des campagnes sur les villes. En 1887, le garde des sceaux constate que « sm' trois crimes jugés par les cours d'assises, deux ont été commis par les villes. » Il y a eu cette année là 14 accusés sur 100,000 habitants des villes et 7 accusés seulement sur 100,000 habitants des campagnes.

Dans les départements où sont les grandes villes, la criminalité est plus grande. Le tableau LXI de la Statistique de 1887 est à cet égard très instructif. Sur 100,000 habitants la moyenne générale de la criminalité est de ol7 accusés et prévenus jugés à la requête du ministère public. Or, ce chiffre est de 961 dans le département de la Seine, de 834 dans la Seine-Inférieure, de 708 dans le Rhône et de 1045 dans les Bouches-du-Rhône (1).

(1) Ce chiffre est plus élevé dans les Bouches-du-Rliôoe que dans la Seine à cause du grand nombre d'Italiens qui résident dans ce département ; il y en a plus de 50,000.

Il descend à 242 dans les Deux-Sèvres, à 254 dans la Vendée, à 296 dans TAriège.

La criminalité des villes est donc plus grande que celle des campagnes. La différence attestée par les statistiques serait encore plus accentuée, si Fassistance publique était mieux organisée dans les campagnes. En effet, les trois quarts des infanticides sont commis dans les campagnes, parce que la fille-mère y est plus sensible à la honte que Touvrière des villes, et parce que l'assistance des filles-mères et le service des enfants naturels ne sont pas aussi bien organisés dans les campagnes que dans les villes.

La forme de la criminalité n'est pas la môme dans les villes et dans les campagnes, u Les deux tiers (66 ""/o) des accusés employés dans rindustrie ou dans le commerce se rendent coupables de crimes contre les propriétés, tandis que pour ceux qui sont occupés aux travaux des champs la proportion dépasse à peine la moitié, 3,370. » (Statistique de 1887, p. xn) Les attentats aux mœurs sont aussi plus fréquents dans les villes que dans les campagnes, proportionnellement à la population. Les départements qui présentent le moins de crimes de cette nature, sont des départements où là population est surtout rurale (Corse, Hautes-Pyrénées, Creuse, Haute-Vienne, Cantal). Les départements qui en présentent le plus, sont ceux où la population est surtout urbaine (Seine, Nord, Seine-Inférieure, Rhône, Bouches-du-Rhône).

Les suicides comme les crimes sont deux fois plus nombreux dans les villesquedans les campagnes. {Statistique de ^ 8 87 ,) En 1880, on a constaté 24 suicides sur 100,000 habitants appartenant à la population urbaine et 13 suicides sur 100,000 habitants des campagnes. (Statistique de 1 880, p. 126.) Le département de la Seine fournit à lui seul le sixième des suicides. Les départements voisins de Paris présentent aussi beaucoup de suicides.

Pourquoi la moralité des campagnes est-elle meilleure que celle des villes ? Cette supériorité tient à bien des causes. L'opinion publique, la crainte de la honte ont plus d'action dans une petite ville, dans un village, que dans une grande ville, où, en changeant de quartier, on se soustrait au contrôle de ses parents et de ses voisins, tandis que l'habitant des campagnes vit sous le regard de ses concitoyens. La surveillance que les parents et

Page 1