‹ (Le) criminel-type dans quelques formes graves de la criminalitéChapitre 1 sur 8 · PREFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PREFACE DU TRADUCTEUR

L'ouvrage donl nous offrons la traduction aux lecteurs français se recommande avant tout par une qualité sur laquelle nous n'avons pas été blasés par les travaux criminologiques qui se multiplient depuis quelques années : il apporte, au lieu de théories, des faits nouveaux et précis. Si le D' Arthur iMac-Donald s'est plu dans des publications antérieures à vulgariser en Amérique les idées lombrosiennes les plus orthodoxes, il ne se révèle dans ce livre comme disciple du maître turinois que par le soin et la conscience qu'il emploie dans l'étude anthropologique de quelques individualités criminelles. Les lecteurs de son ouvrage récent, intitulé Criminology et de ses articles parus dans les Ahghives de l'Anthropologie criminelle, ont déjà été à même d'apprécier la valeur documentaire des observations détaillées^ méticuleuses méme^ qu'il a rédigées. On ne peut que le féliciter de l'éclectisme avec lequel il a consigné les contributions apportées à l'étude de ses sujets par les sources professionnelles

les plus diverses, et il est assez piquant de constater que Télat mental de tel de ses criminels paraît avoir été beaucoup plus Hnement analysé par un charpentier que par un médecin ou un directeur pénitentiaire.

Quelles quesoient les réserves qu'on puisse faire sur le choix des sujets que M. Mac Donald a pris comme exemples de types criminels, il faut reconnaître que Tauteur est dans la bonne voie: c'est seulement en multipliant les études de cette nature et en accumulant ces sortes d'observations cliniques qu'on pourra remplacer par un édifice solide l'esquisse assez grossière à laquelle se réduisent encore nos connaissances en anthropologie criminelle.

Lyon, juillet 1893.

Hewry COUTAGNE

La méthode suivie dans ce travail de Criminologie spéciale consiste à étudier quelques cas aussi complètement que possible. Pour explorer un champ nouveau d'études empiriques, la recherche des détails est indispensable, s'il y a lieu de faire un essai de traitement scientifique. Le lecteur pourra, en outre, y gagner un aperçu indépendant sur les cas typiques et sur la méthode de traitement usitée dans nos institutions pénales.

La valeur d'un simple cas consiste dans le fait que la répétition est la règle dans le crime, et pour cette raison l'étude des cas isolés est probablement la meilleure méthode d'acquérir une connaissance définie des causes, des difficultés et des remèdes pour la criminologie. Voici notre procédé pour recueillir des observations : nous visitons différents établissements de réforme et différentes prisons, nous demandons au directeur ou au gardien de nous nommer parmi les prisonniers qu'ils ont sous leur direction ceux qui correspondent au type le plus pur du meurtrier, du voleur et de la perversité morale simple. Notre but consiste à étudier seulement les cas sur

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lesquels on en connali assez pour que leur nature réelle soit hors de tout liouie. Les cas choisis sont lîonc parmi les pires ei parmi ceux chez lesquels le srenre de criminalité est la plus confirmée.

Nous avons donné en détail les plaintes et les rapports de loui autre nature relatifs à chaque cas étudié, ainsi que les témoiirnag'es additionnels recueillis auprès des employés. Ces faits ont une valeur scienunque supérieure à ceux qui sont recueillis en dehors de la prison, non seulement parc^ qu'ils sont plus ditmes de foi, mais encore parce que le milieu qu; entoure le prisonnier est connu d'une manière plus précise. Chaque plainte représente généralemeni un erand nombre de répétitions de la même fiiute: car les employés s'abstiennent naturellement de faire des plaintes, dans ia crainte de s'attirer le mauvais vouloir du prisonnier, ce qui ajouterait des difficultés aux devoirs de tous les deux.

Nous avons procédé dans Tordre suivant : 1* nous choisissons les cas qui doivent être étudies: 2*' nous copions tous les rapi>oris faits sur leur compte dans les établissements; 3* nous interroi:eons tous le* employés qui ont une connaissance directe du prisonnier: 4^ nous interrog-eons le prisonnier lui-même.

Par ia copie des rapports on devient familier avec les faits et on est plus à même de questionner les employés sur un point donné. Après cela Tenquèteur est suffisamment préparé pour interrosrer le prisonnier, li ne doit pas laisser voir préalablement au prisonnier qu'on connaît quelque chose sur sa vie. C'est là la marche la plus silre pour éviter les erreurs et les déceptions, car le prisonnier est aisément pris dans un mensonge, et souvent alors il

s^égare au point de conclure en disant la vérité le mieux qu'il peut. Quelques sujets sont si anormaux et falsifient si aisément la vérité par habitude qu'ils en sont inconscients sur le moment ; d'autres fois ils sont trop paresseux ou trop indilTérents pour dire la vérité. Nous ne conseillons pas de contredire un prisonnier, mais de le laisser continuer jusqu'à ce que ses propres paroles Tentralnont à des confessions additionnelles. Quand on veut poser des questions dont la réponse peut ne pas être accordée par le prisonnier, il est préférable de les réserver pour la fin; car, mieux on connaît un criminel, plus il devient ouvert et disposé à parler, autrement on pourrait l'indisposer, ce qui rendrait difficiles, sinon inutiles, les interrogations ultérieures.

Nous demandons l'indulgence du lecteur pour la multiplicité de ces détails, qui peuvent paraître par euxmêmes dénués d'importance ; mais notre objet a été de présenter chaque cas aussi complètement et aussi exactement qu'il l'est en réalité, de manière à ce que le lecteur soit tout à fait indépendant de l'auteur quand il se formera une opinion. Il faut néanmoins avoir présent à l'esprit que la faute la plus légère signalée dans les plaintes, comme par exemple le fait de laisser un instrument hors de sa place, peut indiquer le moment exact où le prisonnier commence à se relâcher de ses dispositions à la réforme, pendant qu'un bon rapport signifie qu'il est de nouveau résolu à bien faire. Il est également vrai que ce qui semblerait en dehors de la prison être une faute très légère n'a pas ce caractère à l'intérieur ; car dans tout asile de réforme bien organisé, il y a un minimum de tentation à faire le mal et uu maximum de contrainte

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continuelle à faire le bien, de manière que le pensionnaire puisse recevoir une éducation graduelle pour se former de bonnes habitudes qui seront à sa libération sa sauvegarde la plus sûre.

Notre désir a été d*étudier nos observations aussi complètement que possible. Nous sommes convaincu que cela pourra donnera d'autres personnes appelées à diriger des institutions pénitentiaires et des établissements de réforme Tidée et le conseil de prendre plus de soin en s'enquérant de la vie antérieure du criminel» surtout dans la partie de sa carrière qui a suivi sa sortie de prison , et aussi en observant minutieus^*ment sa vie journalière pendant qu'il leur est confié, ce qui lui procurera des connaissances utiles dont toute la société bénéficiera. En effet, si quelque progrès peut être fait dans la connaissance du crime, cela ne peut s'effectuer que dans la direction de l'étude du criminel lui-même. Nos institutions devraient donc offrir des facilités pour cette étude dont le véritable objet est deprocurer une base digne de confiance à la prévention et à la répression du crime. Une idée nette de la criminalité est le premier pas rationnel vers son traitement, et si ce dernier n'est possible que jusqu'à un certain degré, la détermination approximative de ce degré serait d'une grande importance pratique.

Quelques-uns de ces cas indiquent avant tout combien peu importantes sont les connaissances exactes que nous possédons sur les êtres humains réunis en société, puisque, avec un nombre comparativement grand de données, on est incapable de donner plus qu'une opinion sur la cause réelle du crime; mais cela ne doit décourager personne, car cela est dû surtout à notre manque actuel de méthodes d'investigation plus exactes.

II semble donc, pour le présent, que les études criminologiques doivent être dirigées vers les investigations portant sur des criminels individuels considérés comme membres d'une société et d'une race. C'est dans la psychologie du criminel qu'on peut atteindre les résultats les plus importants. Ses sensations et ses pensées, étudiées en général et spécialement au moment du crime nous révèlent la plus grande partie de sa véritable condition, et par cette étude individuelle, on pourra s'avancer dans les champs plus larges des la sociologie et de l'anthropologie criminelles.

L'étude complète d*une seule individualité, criminelle ou non, de l'organisme social peut suggérer au moins le commencement d'une méthode pour la sociologie scientifique.

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