‹ (Le) criminel-type dans quelques formes graves de la criminalitéChapitre 2 sur 8 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le meurtre simple

La qualification de meurtre simple {pure mtirder) se rapporte aux cas dans lesquels prédomine une tendance innée à prendre la vie de son semblable. Les meurtriers sont plus honnêtes que les autres classes de criminels. Il n'est pas rare qu'ils soient de mœurs chastes : quelquesuns volent, mais seulement sous Tempire d'une nécessité impérieuse, car ils ne sont pas voleurs par nature. Dans la véritable essence du vol il y a toujours un élément de lâcheté, tandis que le meurtrier doit faire preuve d'un caractère absolument opposé. Le meurtrier par nature est-il un cannibale venu dans la civilisation moderne à Tétat de membre rudimentaire ou bien a-t-il été développé dans ce sens par son entourage? Le problème reste indécis. Cependant il est difficile de comprendre qu'il puisse être résolu complètement dans Tun ou dans l'autre sens : car si Ton dit que le sujet est un produitdes circonstances, comment aurait-il été influencé dans le sens du mal

à moins de porter déjàen lui quelque chose qui Ty prédisposât? La question n'est donc pas de savoir si un criminel est ainisi par- sa nature ou par les circonstances, mais plutôt de connaître à quel élément son crime doit être principalement attribué.

La cause du meurtre peut dépendre non seulement de signes positifs de caractère, tels que le courage et la force de volonté» mais aussi de signes négatifs, tel que Tabsence de répulsion pour faire du mal à autrui ou même à soimême.

Un cas classique de meurtre simple est celui de ce prisonnier qui tua son voisin parce qu'il ronflait trop fort. L'exemple le plus remarquable par l'absence de provocation que nous ayons vu est celui d'un homme qui enfonça dans le ventre de son ami intime la lame effilée d'un très petit couteau. La victime souleva son vêtement en lui disant : « Comment, John, vous m'avez frappé! il y a là du sang. » John lui donna encore trois ou quatre autres coups, qui entraînèrent la mort. Comme ils n'avaient pas eu de querelle, il semble que le meurtrier ait eu seulement la curiosité d'enfoncer son couteau dans un objet quelconque.

Le cas suivant démontre avec évidence que les simples meurtriers sont insensibles à toute espèce de répulsion. Un phtisique, âgé de près de 60 ans, étant à son lit de mort, le médecin lui demanda pourquoi il avait tué sa mère à coups de hache : « Ah, dit-il, mon père était mort et j'ai pensé qu'il fallait que je prenne ma place dans la famille. » Son idée était que son père avait l'habitude de battre sa mère, mais qu'il s'était encore bien mieux acquitté de cette fonction que lui .

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Un autre cas est celui d^un condamné à perpétuité qui avait déjà fait un séjour de plusieurs années en prison . Il avait tué plusieurs hommes et n'aurait pas hésité à prendre la vie des gardiens qui avaient tous peur de lui . Il n'avait qu'un ami au monde, c'était « le docteur » . On était parfaitement en sûreté dans sa cellule quand le docteur vous introduisait comme un de ses amis. Mais si pendant la visite il arrivait qu'il vtt un fonctionnaire de la prison, il vomissait un torrent d'épithètes injurieuses, montrait alors cinq ou six blessures par armes à feu qu'il avait reçues dans une rixe avec les gardiens et gi'ommelait : « coquins et lâches » en grinçant des dents.

« Je suis venu ici de l'Irlande, racontait-il; j'y avais déjà tué plusieurs hommes, mais en Amérique la punition est beaucoup plus dure. Un soir où j'allais dans un bal avec ma maîtresse, un policeman essaya de m'arrêter; il insulta ma maltresse, je lui donnai un mauvais coup (il le tua)^ mais je ne m'enfuis pas et me rendis dans le bal ». Durant son procès, il se mettait facilement en des colères assez terribles pour faire enfuir presque tous ceux qui se trouvaient dans le tribunal; il fallut pour le dompter lui mettre les menottes et d'autres entraves qui lui procurèrent des hémorragies presque mortelles. Dans le cours d'une conversation il disait à son ami le médecin : « Docteur, j'aurais tué un homme à l'hôpital s'il n'avait pas été dans votre service. »

Cet homme avait un caractère loyal et était chaste avec les femmes. Il aurait donné sa vie pour le docteur. Quand il aimait quelqu'un, il faisait tout son possible pour lui; mais il aurait tué sans la moindre répugnance

quiconque lui déplaisait. Il y avait en lui quelque chose d'héroïque, malgré sa férocité.

Comme on Ta déjà observé, l'homme à l'état sauvage a été forcé de regarder l'étranger comme un ennemi, idée que l'événement démontrait généralement être vraie. Le petit enfant semble aussi montrer des traces de cette tendance meurtrière ; car il n'hésite nullement ni A mordre sa nourrice ni à battre sa mère, même si ces actes sont susceptibles de causer leur mort. Heureusement cette propension est généralement corrigée : mais si elle persiste et que l'entourage soit favorable à son développement, ces enfants deviennent des meurtriers.

Nous avons étudié comme exemple l'observation du nommé A..., jeune garçon qui était âgé de 12 ou 13 ans lorsqu'il commit l'acte qui attira l'attention sur lui. Laissons-le parler pour lui-même en donnant ici son autobiographie textuelle.

Autobiographie de A...

« J'écrirai ce que je sais sur ma vie, à partir de l'âge de 7 à 8 ans environ. Mes parents me traitèrent bien jusqu'à Tâge de 11 ans. J'allai à l'école pendant environ deux mois régulièrement, puis je m'en échappai, et mes parents me mirent à l'asile de '*'. Là ma conduite ne fut pas très bonne; pendant les deux ans deux mois et deux semaines que j'y restai, j'eus un grand nombre de mauvaises notes. Je rentrai alors à la maison, et restai livré à nioi-même pendant un mois. Comme je n'allais

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pas régulièrement à l'école, mes parents me remirent dans Tasile où je restai longtemps. Un jour le directeur me fit appeler et me demanda si j'aimerais vivre à la campagne; sur ma réponse affirmative, il me dit qu'il m'y enverrait.

La première mauvaise action que je fis fut de voler une pomme duns le champ d'un Italien. Je rentrai chez moi avec ce fruit, et ma mère m'ayant demandé comment je me l'étais procuré, je lui dit que je l'avais payé un cent. « Où avez-vous pris Targent, me dit-elle? — Dans ma caisse d'épargne. — Comment avez-vous retiré l'argent de la caisse d'épargne? » Je secouai alors la tète et ne voulus rien dire. Ma mère me demanda ce que cela signifiait.

Je sortis et me perdis; maison me ramena à la maison. Quand je rentrai, mon père me demanda de me montrer, me menaça de me battre si je ne disais pas la vérité, prit le tire-bottes en m'ordonnant encore une fois de la dire ; je refusai et reçus cette nuit une bonne correction.

Je décrirai maintenant les faits et gestes de mes parents. Jusqu'au moment où j'ai quitté ma maison, ma mère, mes frères et mes sœurs étaient bons pour moi, et j'ai mieux gardé leur souvenir que celui de mon père. Ce dernier buvait beaucoup. Chaque soir, quand il rentrait ivre, il fallait nous garer de son passage, sans quoi un objet quelconque volait dans la chambre. Mais une nuit je ne lui échappai pas, sans chercher à le rencontrer, mais simplement en essayant de voir ce qu'il faisait. Il vint vers une porte près de laquelle j'étais assis à une lucarne, s'avançant juste dans ma direction et enfonça une vitre au niveau de mon oreille; je me rais a crier, il

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me demanda ce que j'avais, et quand il vit que je saignais» prit un morceau d'une sorte d'emplâtre noir et me le mit sur l'oreille.

Mon père à été la cause de la mort de ma mère. Une nuit qu'elle était assise à la salle à manger en train de raccommoder les pantalons d'un de ses enfants, il entra ivre, saisit un fer à repasser et le lança à ma mère; elle ne fut pas atteinte, et regarda autour d'elle sans se rendre compte de l'endroit d'où venait le projectile. Elle vit alors son mari saisir le tisonnier de la grille avec lequel il vint sur elle, l'en frappa et lui fit une blessure grave pour laquelle elle s'alita un mois environ et dont elle mourut. Mon père buvait continuellement, mais il n'y avait pas à la maison d'autre cause de trouble.

Je fus alors envoyé de chez moi dans un asile; de là j'allai à*** et reçus une assez bonne éducation scolaire. Je suivais l'école pendant Tété et restais à la ferme en hiver. Je veux dorénavent essayer d'être un meilleur sujet.

Pendant mon séjour dans la dernière localité, j'ai fait beaucoup de choses qui étaient mauvaises. L'homme chez lequel j'étais avait l'habitude de m'envoyer travailler dans les champs. Je m'y étendais et dormais pendant une heure, pendant une demi-journée même, s'il ne venait pas s'assurer que je travaillais. S'il me surprenait à ne rien faire, il prenait un bâton et me fouettait au milieu du champ. Le matin je devais arracher les mauvaises herbes; je le faisais consciencieusement pendant deux ou trois heures et me couchais. Si j'étais encore las je serais resté couché tout le jour, à moins que mon maître ne m'en empêchât.

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Je restai chez lui un mois. Je m'amusais à tourmenter ses moutons, à donner la chasse aux chiens dans le parc à moutons et aux poulets dans la grange. J'avais l'habitude de voler des œufs de toute sorte. Quand mon maître m'ordonnait d'aller à la ferme pour donner à manger aux vaches» je ne le faisais pas et allais me coucher. J'ai quitté cette place parce que cet homme ne m'aimait pas et que je le lui rendais.

J'allai ensuite dans un autre comté chez un homme qui avait une très belle ferme. Je l'aimais beaucoup, il me traitait comme un de ses enfants et je le traitais comme doit le faire tout homme de race blanche. Nous eûmes une discussion parce que je ne voulais pas îaire convenablement l'ouvrage et je le quittai pour cette raison, bien que ce fût un brave homme. Nous avions de l'affection l'un pour l'autre.

Je restai ensuite deux mois dans une autre ferme dont j'aimais le grand train. Je faisais aller un moulin à vent qui remplissait d'eau un grand réservoir; mais je n'aimais pas à surveiller cette opération. J'avais à surveiller et à soigner quinze à vingt vaches, à les ramener matin et soir du pâturage, en outre à garder douze chevaux et à leur donner à manger et à boire le matin, à midi et le soir.

Alors je me rendis dans un autre comté et restai trois mois de suite chez un agriculteur. J'avais beaucoup à travailler dans cette place : il me fallait labourer, semer, moissonner, herser, aider à rentrer la récolte, en faisant environ un mille de chemin avant d'atteindre le champ. C'est là où je commis tant de mauvais actes et tuai des animaux ; comme j'en ai parlé ailleurs, je n'y reviendrai

pas Je chercherai dorénavant à bien me conduire. Puis j'entrai pendant deux bons mois chez un maître d'une autre localité. Je n'aimais pas la manière dont il me traitait. Pendant l'hiver il ne me permettait pas d'avoir des mitaines aux mains ; il m'envoyait nettoyer les écuries et les étables quand il faisait un froid aigu, sans que j'eusse aux mains ni aux pieds rien qui les tînt au chaud. Quelquefois il venait dans la grange et m'y trouvait debout, ne travaillant pas ; il me demandait ce que je faisais, et lorsque je lui répondais que j'essayais de me chauffer les mains, il m'ordonnait de nettoyer ses étables ou qu'il me battrait.

S'il revenait et qu'il ne me retrouvât pas en train de travailler, il prenait ses harnais et les rênes pour me corriger, et en outre me faisait conduire un chariot plein de blé sans rien aux mains. Il me fallait le décharger et prendre une autre charge avant d'avoir à manger ; je faisais quelquefois trois voyages avant et après dîner. Si je ne faisais pas ma tâche de travail, il me menaçait de ne rien me donner à manger. Il était dur pour moi. Lorsque je donnai à sa femme un coup de poing parce qu'elle me tourmentait, je ne l'aurais pas frappée si elle ne m'avait pas taquiné. Je lui avais dit : « Cessez vos sottises ou cela tournera mal. » Elle n'en fit rien, et je lui donnai un bon coup de poing à la figure; elle s'arrêta, mais le dit à son mari qui me donna ce soir une bonne correction .

Puis je restai cinq mois ailleurs dans une ferme de premier ordre. Je faisais ordinairement tout ce qui se rapportait à la grange et, concurremment à mes autres occupations, aidais à l'ouvrage de la maison. Je ne me

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souviens pas d'âvoir rien fait de mal là. La femme de mon maître était une bonne dame, que j'aimais beaucoup et qui ne m'a jamais donné beaucoup de tracas.

Puis je m'engageai chez un homme qui louait des chevaux. Je faisais le principal ouvrage et avais la table et les vêtements. Au bout d'une semaine je pris un nouvel habillement complet et me donnai de l'air avec.

Je restai ainsi quelques jours dans une nouvelle place, m'enfuis et rôdai jusqu'à ce que j'eusse atteint une station située à dix milles environ au sud de la ville de ***. Alors je pris un train de marchandises et me rendis directement jusqu'à Chicago. J'y séjournai environ une semaine, et pendant près de six jours, passai mon temps à aider à charger les bateaux à vapeur. Finalement je volai mon trajet sur un bateau qui allait de Chicago à Milwankee, et faillis me faire arrêter pour cela. Le contre-maître m'ordonna de sortir du bateau ; je répondis « Non, je ne le ferai pas pour vous, ni pour un être de votre espèce. » Il alla alors chercher nn agent de police qui me dit qu'il me donnait une heure pour sortir de la ville. Mais plus de deux heures après je revenais encore dans un bateau sur la rive du lac Michigan : je dis des injures au contremaître et lui déclarai que je lui casserais la figure si je l'attrapais sur la terre ferme ; il n'osa pas descendre du bateau de crainte de recevoir des coups.

Je rentrai à Chicago, y restai encore trois jours, puis mie rendis sur un autre bateau ù Bulïalo où je restai le même temps. Alors, je pris un train de marchandises et dormis pendant une nuit sur des moutons; quand je sortis du wagon, j'étais à environ cinquante milles de BufFalo sur une des lignes qui traversent la Pennsylvanie. Je

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gagnai en partie mon voyage par mon travail et le chef du train me fit faire gratis plus de cent milles dans sa cuisine ; je me cachais par crainte d'être vu pendant ce temps ; car si j'avais été pris j'aurais pu être arrêté et le chef de train cassé ; je marchai pendant trois jours, ne m'arrêtant que pour dormir et manger. Alors je pris à un mille environ de Scranton un train de marchandises qui allait très lentement, et allant de \h à Jersey, je me rendis à pied à Hoboken, après avoir pris un bateau pour traverser la rivière, et m'arrêtai pour chercher mes parents ; après m'en être enquis, je restai deux heures à New- York et me rendis à Brooklyn en traversant la rivière en bateau .

Là je commençai mon enquête pour retrouver mes parents en me faisant aider par une bande déjeunes gens. Nous entrâmes dans une grande droguerie et je demandai à prendre le livre d'adresses pour y voir le nom et la demeure de l'homme que je cherchais. Nous y trouvâmes an grand nombre do pLrJnne. qui portaient le même nom que mon père et nous rendîmes à leurs adresses, mais sans trouver celui que nous cherchions ; nous eûmes beau regarder, il nous fut impossible ae trouver ses traces. Je me rappelais un dernier homonyme qui habitait dans le quartier Est de Brooklyn ; mais je n'eus pas le temps d'aller chez lui, parce qu'un pasteur me fit entrer dans un établissement où je restai un mois. Comme travail, je ne faisais que couper du bois et aider le mécanicien de la chambre de la machine. Je ne dînais qu'à près d'une heure de l'après-midi, quelquefois à une heure et demie. C'était une très bonne place où je me plaisais beaucoup.

Puis j'allai dans une autre ville où M. X... vint me

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chercher. J'entrai à son service l'après-midi de Noël, où j'eus un bon repas. Le lendemain matin, quand je me levai/j'allai dans la grange et m'occupai le mieux que je pus, puis rentrai à la maison et fis ce qui était nécessaire, puis restai dans la cour où je donnai à manger aux poulets et aux dindons. A midi, je sortis et abreuvai et nourris les chevaux et le bétail ; puis j'allai un peu de côté et d'autre, m'occupant de temps en temps. Quand je ne faisais rien, je pensais à ce que j'avais à faire ; si je ne pouvais penser à rien, je rentrais à la maison et je lisais. Dans cette place je restai à la ferme Tété et allai à l'école l'hiver. Nous avions d'assez bons moments; comme la propriété avait des parties accidentées et une colline dont la descente avait un demi-mille d'étendue, je faisais le trajet sur un traîneau. Mais un jour, il arriva une triste choseà un des garçons qui habitaient la maison d'école. Je lui volai son traîneau et m'enfuis à la ville avec. Je m'en amusai un peu, le donnai à un garçon avec lequel je m'amusai un peu, puis j'allai au dépôt du chemin de fer, j'y parlai au chef de la voie et à un employé de la station qui pouvait être le télégraphiste ; alors je sortis (lu bâtiment, volai un second traîneau pour remplacer celui que j'avais pris à mon camarade, rentrai avec et le lui remis. Mais son père vint dans la grange où je travaillai et me dit : « Où est le traîneau que vous avez volé à mon fils? » Quand je lui répondis que je l'avais laissé en ville, il me dit qu'il fallait le rapporter ou que je le payerais. J'y acquiesçai, et comme il me demandait quand j'irais le chercher, je lui répondis que j'irais l'après-midi et que si je ne trouvais pas le traîneau en question, j eu apporterais un neuf. Je partis donc après mon dîner, arrivai en ville

vers deux heures et y restai assez tard. Quand j'arrivai sur la colline portant mon traîneau, je descendis par le chemin du retour pensant que je ne serais ni entendu, ni vu, mais je me trompais. Comme j'approchais du champ de la grange, je vis le père en question avec des hommes qu'il avait loués. Je me rendis alors dans la maison et allai me coucher dans une voiture qui était sous le hangar. Le lendemain matin, un vieux serviteur vint à l'endroit où j'étais et me donna un coup d'un bâton qu'il portait toujours quand il allait traire les vaches. Je me réveillai en gémissant et me retournai. Puis j'entrai dans la maison, déjeûnai un peu, allai me coucher vers le fourneau, montai revêtir mes meilleurs habits, redescendis et pris congé. J'allai dans la direction de New- York et marchai environ pendant vingt-cinq milles.

Pendant que je marchais sur )a route, je croisai deux attelages; quand je les eus dépassés, je lançai une boule déneige à une dame âgée de 65 ou 70 ans environ qui me dit qu'elle me ferait arrêter. Cela me rendit furieux; je vis un tas de pierres près de moi, et en pris trois ou quatre ; comme elle me disputait, je m'élançai, courus environ 30 mètres, lui lançai une des pierres et continuai jusqu'à ce que je lui fis une forte contusion. Alors je courus à une station voisine et pris le chemin de fer. Je n'eus pas besoin de monter dans le train, le chef de gare m'y mit lui-même. Puis lorsque le chef du train me demanda mon billet, je lui dis que j'étais un pauvre garçon sans sou ni maille et que je voulais aller à New- York. Alors il me mena jusqu'à la ville de "* où je passai la nuit dans le dépôt de police de la 2* enceinte. J'y dis que j'étais un pauvre garçon sans asile, qui avait quitté

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ma maison depuis quatre ans et erré de côté et d'autre; ils firent une collecte qui me rapporta un dollar et demi. Alors je me rendis au bureau public de la Charité {State board of Charity), et demandai à son directeur mon voyage pour New- York.

Il envoya quelqu'un avec moi au dépôt et me donna ce que je demandais, je pris le train et me rendis à New- York. Quand j'y arrivai, un détective me demanda mon nom : quand je le lui eus donnés, il me dit que mon père et ma mère s'étaient inquiétés de moi et qu'il me fallait entrer dans l'établissement où je suis maintenant; je répondis : « C'est très bien. Adieu » .

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