‹ (Le) criminel-type dans quelques formes graves de la criminalitéChapitre 6 sur 8 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La sexualité anormale

L'observation de J. est celle crun sujet inconnu du public. Celle de K. se rapporte à celle de Jesse Pommeroy, connu sous le nom de « bourreau des enfants » {boytorturer). Z. est un nommé Piper, on pourrait le surnommer le casseur de tôu^s {the brainer), M. représente Jack Téventreur {Jack the ripper) et N. se rapporte à Ben- Ali, dit Frenchy.

Observation VI

J... a 15 ans, il a donné un coup de poing sur le nez à une petite fille parce qu'elle lui avait tiré sa cravate.

11 a été signalé à la justice clans une pétition déposée par un certain nombre de citoyens du quartier où il habitait. Sa réputation est telle que <( beaucoup de parents refusent de laisser fréquenter à leurs enfants la même école que lui. » Ses agressions ont pour objet des petits enfants, surtout des petites filles; elles sont soudaines, violentes et sans autre cause qu'un instinct de brutalité; il ment habituellement et remarquablement bien; il use d'un langage insultant, impertinent et commun envers ceux qui n'ont rien eu à démêler avec lui. Autre déclaration : c( Il faudrait des rames de papier pour écrire tous

les faits et gestes de J... ; je crois fermement que c*est une individualité anormale ; c'est un garçon en apparence très poli et au regard brillant; les données que vous avez déjà sur ses penchants et ses actes pervers vous permettront seules de ne pas être trompé par son aspect extérieur. » Autre déclaration : c< Il est si raisonnable dans la conversation que je le plaçai parmi mes jeunes garçons les plus méritants. Bientôt je reçus de leur part des plaintes mutuelles. J... niait toujours ce dont on l'accusait. Un jour il ouvrit le robinet d'un bidon, toute l'huile se répandit sur le parquet; une autre fois il blessa une vache à Tœil d'un coup de pierre. » Autre déclaration : € Ses tendances sont telles qu'on regarde comme dangereux de laisser avec lui des enfants éloignés de grandes personnes. Sa mère prétend, d'après plusieurs autorités médicales, qu'il est irresponsable. Il a été renvoyé de plusieurs écoles. On l'empêche aussi de circuler dans les voitures publiques sans un gardien. Il semble que la brutalité, la vulgarité et l'impiété ont été placées à sa porte. C'est un sujet vif, brillant, qui réussirait dans la vie, s'il était corrigé de ses penchants.

Rapports de V Institidio7i de correction

ouJ..,a été placé.

Lettre antérienre d'wi médecin: « J'ai traité J... pendant plus de deux ans. Il est atteint de troubles nerveux qui influent sur sa santé physique et ne lui permettent pas de contrôler ses actes comme le font les autres enfants. Il est atteint de chorée chronique, état du système nerveux qui Tempêche de conserver une position pendant un certain temps et qui lui occasionne des troubles parti-

CRIMINBLS-TYPBS 117

culiers dans lesquels il faut voir des indices d'une maladie physique, mais non d'une dépravation morale ou mentale. »

Quatre ans plus tard les démarches sont faites pour faire entrer le sujet dans l'Institution.

Lettre des parents av Directeur : « J... est jeune, encore très nerveux, et est tout à fait incapable de mener maintenant la vie commune. Dans un nioment de mauvaise humeur, il a donné, la semaine dernière à une jeune fille de notre voisinage un coup de poing sur le nez et Ta fait saigner : le père de cet eufaiit, très en colère contre lui, a porté l'affaire devant le tribunal et il a été emprisonné. On essaye de le placer dans une école de réforme, mais nous ne pensons pas que ce soit là sa place et nous espérons que vous ne le renverrez pas. Nous sommes dans un grand embarras. »

P. S, « Fensoz-vousque J... soit complètement responsable d'avoir agi comme il Ta fait, la petite fille en question l'ayant taquiné. »

Constatations à son admission : âge : 15 ans, maladie : chorée chronique; durée de la maladie cinq ans, père né en Amérique, mère née en Italie. L'enfant a eu les maladies suivantes : rougeole, oreillons avec troubles spinaux, légère saillie d'une ou deux vertèbres à la partie supérieure du dos, corrigé par le séjour au lit jusqu'à sa guérison. J... est né à sept mois; sa mère avait failli avorter deux fois dans cette grossesse ; à sa naissance il était ictérique et rachitique, pesait 5 livres, avait une grosse tète et un petit corps. Il a marché seulement à trois

118 FORMES GRWFS DE LA CRIMINALITE

ans; les dents sont sorties tard et sont maintenant en mauvais état ; à deux ans il s'est cassé la jambe dans une chute. J... n'a pas pu s'appliquer à l'étude, il a suivi et quitté Técole ; il aime la musique et les jeux.

Vondxnie : V deux mois après l'entrée : « J. .. s'est montré très pénible et d'une disposition d'esprit très changeante; il prend toujours part aux querelles et s'arrange toujours de manière que ce sont les autres enfants qui paraissent destinés î\ être bh^més. 11 ne veut jamais se reconnaître dans son tort ; 2* deux mois plus tard : « J... a été très obéissant mais il se montre masturbateur etîréné, se masturbant quelquefois trois ou quatre fois par nuit. Il dit qu'il a commencé à prendre celte habitude à l'âge de onze ans. )^

La surveillante dit « 11 donne de fort coups de pieds ; par moment il semble amplifier les objets. Quand il est en colère, ses yeux prennent un éclat spécial. Ses dispositions sont meilleures qu'au commencement. 11 fait souvent croire qu'il va frapper sans le faire. Il a une sorte de rire, c )mme celui d'un fou. Ses mouvements sont vifs, il n'est pas paresseux. C'est un enfant dont vous pouvez faire n'importe quoi si vous le traitez bien. Il dit qu'il esta blâmer pour certaines choses mais non pour toutes, et obtient ainsi plus de créance. Il dit qu'on lui trouve à redire plus qu'aux autres. Il a des sentiments ; il est arrivé en plusieurs occasions que j'avais puni un enfant pour une faute commise par J..., et qu'il est venu me dire qu'il en était fâché. Il a peur de dire la vérité, quelquefois par crainte; il a peu de respect, mais ferait n'importe quoi pour quelqu'un. J'ai essayé les deux moyens, la

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douceur et le contraire, et quelquefois sans résultats. Quand il est en colère, il est plus porté aux mauvaise habitudes. Il aime sortir seul, mais moins souvent maintenant (une fois tous les deux jours). Sa tendance aux mauvaises habitudes est plus forte pendant la nuit ; il n'est pas bien vu par les enfants de son âge, mais plus en faveur avec ceux qui sont moins âgés qnt> lui. »

Une inspectrice dit : « Il est le grand esprit méconnu ; tout le monde lui est après. Il veut prendre des libertés et pense qu'il a le droit de rire ; son regard est plutôt animal. Il est assez sale, et mange d'une manière grossière, sa physionomie ressemble à celle de son père. Quand il frappe, il ferme les poings ; il n'a pas de tendance à cire bon pour les petits enfants. Quelquefois il crie et paraît souffrir, si bien qu'on est disposé à faire quelque chose pour lui. 11 pense qu'il a droit à plus de privilèges que les autres garçons parce qu'il en sait plus qu'eux... Il a dt.'maudé à manger à la table de famille du directeur, veut entrer à l'école dans le villajj:e, et dit qu'il est on état d'entrer dans une école supérieure, ce qui n'est pas vrai. Il confessera ses torts. Il n'écoute rien de ce que le ministre dit à l'église, mais ne reganle son livre de prières et ne va à la chapelle que pour changer d'occupation. Il se conduira bien si vous le faites promener. 11 fait certaines choses délibérément et alors se retourne et dit : Excusez-moi. »

Un professeur de l'IUvStitution dit : « Je ne peux pas parler très favorablement des études de J... 11 écrit assez bien, peut lire très bien, quelquefois, mais pas très souvent, il est bon en arithmétique. Je l'ai gard(5 après les heures des classes pour travailler quelques fractions très

120 FORMES GRWBS DE LA CRIMINALITE

simples; il ne pouvait pas 0:1 ne voulait pas en venir à bout. Je suis porté h croire qu'il ne le pouvait pas. Il n*aime pas Tétude, en particulier celle de la géographie, de rhistoire, de la physiologie et de la grammaire. Il se dégoûte en quelques minutes du dessin ou de la peinture. Je ne l'ai jamais vu étudier cinq minutes de suite. Beaucoup de nos enfants disent les jours où J... n'a pas été à l'école : « Quelle belle journée nous avons eue! » J... a l'habitude d'avancer ses pieds pour faire tomber les élèves qui passent, se met alors à rire ; si on lui parle, il devient mauvais et répond très grossièrement. Il tient tout le système nerveux de l'école élevé au plus haut diapason, J'ai essayé de l'étudier, et crois que son système nerveux est construit de telle façon qu'il n'a sur lui-même qu'un contrôle faible ou nul. »

Un petit garçon déclare : « 11 m'a dit de sortir pour attraper des papillons, et après que nous avons marché |)endant quelques temps, il m'a demandé de 7)ie le faire (pédérastie) ; je lui ai dit que je n'en avais pas envie, mais il m'a entraîné, et je le lui ai fait aussi. Je connais un autre garçon qui a dit qu'il l'avait [fait avec lui. Il m'a frappé à la tête et donné un coup de poing dans l'estomac ; il frappe tout le monde. Quand on joue aux billes, il court les prendre toutes et refuse de les rendre, pour faire enrager tous les garçons. Comme un élève ne voulait pas attraper la balle, il lui a donné un coup de poing dans Testomac. Le plus souvent il fait cela sérieusement, mais quelquefois par plaisanterie. 11 m'a frappé à l'estomac trois ou quatre fois, et m'a donné deux fois trois coups de pied. Les garçons disent qu'il est fou parce qu'une fois il a jeté son chapeau dans l'étang et a dit à ses camarades

CRIHINBLS-TYPBS 121

de jeter des pierres dessus ; il riait quand cela Ta fait enfoncer ; c'était un beau chapeau de soie. 11 ni'a pris une fois à la gorge et m'a presque étouffé parce que j'étais devant lui et qu'il voulait que je l'attende. »>

Un autre garçon dit : « Il renverse sur le parquet les enfants boiteux pour s'amuser ; dès le début de son séjour ici, il parlait constamment et se servait de grands mots pour se faire connaître. Il disait que son père était riche à millions; il me montrait les cravates de son père, qu'il portait lui-même et faisait voir aux autres les pantalons que sa mère lui taillait dans les pantalons de son père. II diminua graduellement la fortune de son père, jusqu'à la réduire à une maison, une terre et un verger. Je ne crois pas qu'il connaisse bien les nombres, je suppose qu'il en oublie beaucoup. II dit du mal de ses camarades et se couvre de cette manière. Il n'a pas de soin et se coupe souvent ; il crie quelquefois, et rit d'une manière spéciale. Quand le ministre raconte une histoire à l'école du dimanche, il éclate de rire tout fort. Quand il est setil avec moi, il ne se mord pas les lèvres; je crois qu'il no le fait que pour attirer l'attention. Il sort quelquefois d'embarras facilement, mais a peu de jugement dans les questions d'argent. »

Dans noh^e premier entrevue avec /... dans Vinstitiitiony il 710US déclare ce qui suit :

« J'ai eu l'habitude do donner des coups aux jeunes garçons, mais jamais en face ; je leur ai donné aussi des soufdets. Je n'ai jamais frappé les petites filles à Técole,

122 FORMBS QBAVBS DU LA CRISJINALITR

mais leur ai tiré les cheveux. J'ai enfoncé des épingles dans la peau de mon camarade, parce qu'il me l'avait fait d'abord, et ai usé de représailles ; quand je voyais un en enfant seul, je le battais quand il ne me faisait rien. Je suis lâche et ai peur des garçons plus forts que moi. J'ai commencé à me masturber à l'âge de huit ans. Je le faisais d'abord avec un oreiller; un camarade m'a appris à le faire avec les mains ; j'en ai vu d'autres le faire avec l'oreiller. J'ai eu des rapports avec deux ou peut-être trois petites filles. Je n'ai jamais frappé ma mère, mais quand j'étais fou, j'aurais frappé mon père. Je lui ai dit une fois des injures en donnant des coups de pied de côté et d'autre .

J'ai vu un de mes camarades avoir des rapports une (ois avec un chien, je l'ai essayé avec mon chien et n y suis pas arrivé ; je l'ai essayé quehiuefois avec des garçons et y suis arrivé ; ils y consentaient. Je n'ai jamais eu des sensations voluptueuses dans les parties génitales quand je frappe les autres ; je suis excité quand je vois copuler des chiens.

(( J'ai une fois exhibé mes parties génitales; comme j'étais en train d'uriner et que quelques garçons et une petite fille vinrent à passer, je me retournai de leur côté et m'exhibai. Une fois j'introduisis mon doigt dans mon pantalon et l'agitai au dehors devant une femme : je le faisais uniquement pour la faire mentir en lui faisant dire que je montrais ma verge. J'éprouvai une jouissance quand je vis qu'elle me montrait le poing..

« J'ai vu d'autres garçons battre les petites filles dans les bois, mais sans relever leurs robes ; j'ai vu une fille enlever sa robe ; j'ai vu un de mes camarades uriner dans ^

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la bouche d'un autre ; j'ai vu des garçons frotter leurs parties les uns contre les autres ; je l'ai fait moi-môme.

« Une fois j'ai cassé des fenêtres dans une manufacture, j'ai brisé des enseignes ; j'ai écrasé de la glace sur laquelle on allait patiner; je n'étais pas seul quand j'ai fait cela. J'ai frappé une petite fille qui se promenait avec une autre en les appelant chiennes, et ai excité d'autres garçons après elles. Je n*ai jamais rien dit de mal sur mon professeur dans les voitures publiques ; j'ai dit une fois, étant excité, à une fille «je te tuerai ». J'ai rossé un camarade, n'ai jamais pris un couteau pour l'en frapper, mais me suis amusé avec des couteaux. J'ai menacé de tuer une petite fille qui habitait à côté de chez nous, et ai fait pareille menaces à plusieurs autres personnes, mais jamais pour leur faire mal; j'ai dit que je voulais leur écraser la mâchoire..

« J'ai donné la chasse aux poulets ; j'ai tordu de l'herbe et l'ai mise dans la gueule des chiens. J'ai donné à un chien qui était malade de l'huile de ricin, sur l'ordre de mon père. Mon père avait été médecin : il a des livres de médecine que j'ai lus. J'étudiais des choses que j'avais lues dans les ouvrages de chirurgie ; ces livres m'excitent quelquefois. J'ai donné à des vaches des coups sur le derrière, pour ra'amusor à les voir courir.

<f Je crois que j'aurais été un démon si mes parents m'avaient laissé sortir la nuit ; j'aurais probablement jeté des pierres aux reverlx'^res et mis le feu dans les champs ; je n'ai jamais mis le feu qu'une fois, c'était l'hiver dernier. Les autres garçons en voulaient à rallumeur,et nous jetions des pierres dans les réverbères.

« J allai cfiercher une fois un garçon qui me demanda de

le lui faire (pédérastie). Presque tous les garçons se masturbent. La surveillante les surprend quelquefois. Quand je nage et que la lame me frappe, cela me procure une sensation voluptueuse et quelquefois une éjaculation épaisse. Comme je l'ai dit, j'ai une jouissance en lisant les livres médicaux de mon père, quelquefois j'en ai la nuit sans m'en douter. J'ai éprouvé une sensation voluptueuse en claquant des petites fiUos ; je passai derrière elles et leur donnais une claque sur les fesses. J'éprouvais la même sensation en les embrassant. Trois ou quatre fois j*ai eu l'occasion d'avoir des rapports avec elles, j'en ai profité deux fois.

« Une fois l'institutrice m'ayant tiré les cheveux, je l'ai pincée aux seins et ai eu une sensation voluptueuse. Quand mon père et ma mère sont couchés ensemble, j'ai eu des sensations agréables; j'ai eu une fois un instant de jouissance en donnant des coups de pied à l'institutrice, mais jamais quand j'ai frappé un camarade. Quelquefois dans mes luttes avec ma mère j'ai été renversé à terre, et il m'arrivait de voir ses jambes, j'avais une sensation voluptueuse. Quelquefois j'ai vu des choses légères au musée Dimes, où j'allais à Tinsu de mes parents. J'ai vu une fois représenté une femme nourrissant un enfant qui venait de naître et cela m'a procuré une jouissance. J'ai pris une fois une inclination pour une fille qui, entre autres choses se tenait sur la tête, je lui fis des propositions qu'elle accepta. Tous les deux jours, et quelquefois tous les trois jours, j'eus des jouissances en y pensant, puis en pensant à chaque chose qui me le rappelait. La conversation avec les femmes m'excite.

(( Je tire la queue des chats pour m'aïuuser, pour les

voir se débattre et entendre leurs cris ; je les ai pendus par la queue et les observais ; je les lâchais dès qu'ils paraissaient souffrir. J'ai suspendu des chiens à des portemanteaux par les pattes de devant ; quand ils semblaient souff*rir je les détachais.

« La majorité des gens au milieu desquels je vis sont des Irlandais de la Nouvelle-Ecosse, des pauvres diables avec qui je suis souvent. Je me sens quelquefois si furieux que j'aimerais gratter la terre avec eux. Je n'aime pas beaucoup me battre, mais attrape juste avec des pierres. C'est drôle de casser les réverbères des rues ; je me suis querellé avec l'allumeur. Un homme m'ayant injurié, je me suis vengé en lui coupant des arbres et en leur enlevant l'écorce. Ayant entendu parler des maisons publiques, j'ai essayé d'en trouver une, et y suis allé.

« J'ai essayé une fois de sucer certains organes des chats. Quand les vaches rentraient à la maison, il m'est arrivé de prendre un bâton et de l'enfoncer dans leurs parties, ce qui me procurait une sensation agréable. Je ne voudrais pas, docteur, que le Directeur sût cela.

« Quand mon père disait que cela coûtait trop jiour avoir une petite sœur pour jouer avec moi, je lui demandais pourquoi les familles pauvres en avaient tellement. Je savais tout sur ce sujet et lui disais cela pour m'amuser. En parlant avec l'institutrice, en voyant ma mère balayer le plancher ou en voyant se soulever les jupes d'une dame, j'ai eu pendant un instant des sensations voluptueuses. Ne le dites pas, docteur, mais j'ai eu des rapports une ou deux fois avec la surveillante. Elle dit que la masturbation me fait plus de mal, et me permet ainsi de m'en priver » (cette dernière déclaration est faite en chuchotant).

Dèclaratioyis à notre seconde entrevue :

« J'aime à m'amuser avec mes camarades et à me rouler en boule, ce qui me procure une chaleur spéciale. La masturbation est mauvaise puisqu'elle est contraire aux lois de la santé. C'est mal de battre les garçons, mais je ne m'arrête pas à y penser; je les bats d'abord et pense après que j'ai tort. J'éprouve une jouissance particulière en parlant de certaines choses; il en est de même quand la surveillante m'embrasse en me disant bonsoir ou quand je suis assis contre son sein. J'ai cette sensation quand je vois des dessins légers dans les journaux : The Puck et The Judge^ et seulement quand il y a une femme représentée, par exemple dans le dessin d'un jeune homme qui en patinant donne un croc-en-jambe à une jeune fille dont la jupe se relève un peu. Une fois je lisais qu'une jeune fille s'était jetée à Teau, qu'elle fut sauvée par un homme et qu'ils nagèrent ensuite entrelacés; la pensée de cette dernière attitude me donna la même sensation. Quand je suis au musée et que je regarde des statues de femmes, cela me produit le même effet ; il en est également ainsi quand je vois des bébés nus, quand un domestique tend un petit enfant à sa mère qui le prend sur elle pour lui donner le sein. J'ai souvent eu cette sensation en lisant des romans que je n'aurais pas dû lire; également en voyant un veau qui venait de naître, des chats cherchant à s'accoupler, des chiens, des chevaux et des vaches montant l'un sur l'autre et enfin en voyant une femme allaiter un enfant.

« On ne peut me faire étudier si je ne le veux pas.

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Quand je me suis masturbé, on me domine facilement. Je me masturbe toujours plusieurs fois quand on m'envoie au lit par punition. Je n aime pas aller de bonne heure me coucher, parce que cela me donne des maux de tête; si je reste assis un peu tard, je m'endors dès que je suis au lit.

« Quand je vais dans les rues et que je vois une jeune fille, cela me donne une érection ; cette dernière est plus forte, si elle flirte avec un garçon ou qu'elle s'appuie sur son épaule, ou qu'il lui passe le bras autour de la taille, ou qu'ils s'étreignent. Dans la ville les dessins qui sont sur les prospectus me donnent quelquefois cette sensation, mais je ne vois pas à la campagne beaucoup de choses qui me fassent cet effet. Je l'ai éprouve en voyant des femmes et des petites filles en costume de bain ou quand elles marchent sur le bord de l'eau ou quand les hommes sont avec elles ; il en est de même quand les garçons parlent de ce que leurs pères et mères font ensemble, etc. Dans les cabinets d'histoire naturelle je vois souvent des objets qui me donnent cette sensation.

« Une fois, je lus qu'un homme avait tué une jeune fille d'un coup de feu, Tavait portée le lendemain dans les bois, l'avait déshabillée (il rit sur ce mot) et avait tiré des coups de feu sur son cadavre; il me semble qu'en la déshabillant il avait dans l'esprit un autre but et j'éprouvai une jouissance. Quand j'ai lu que les hommes étaient des bâtards, l'idée d'une femme ayant un enfant de cette manière me donnait cette sensation.

Certaines danses, la vue de jeunes filles montant à cheval dans la position masculine, m'excitent de même; également dans un cirque au moment où deux singes

128 FORMES GRÀVfiS DB l.k C&TMINALITE

coïtaient,et aussi celui où une femme fut lancée hors d'un canon, comme ses jupes volaient en l'air ! Cela ne me fait aucun effet de voir des hommes nus en costume de bain, mais je l'éprouve quelquefois quand c'est mon père, ou quand ma mère est à moitié habillée, ou quand elle entre dans ce costume dans sa chambre et que mon père y est, encore plus lorsqu'elle est en chemise.

« J'ai vu un garçon étreignant une fille dans une voiture, un homme saisissant une femme par le fond de son pantalon, des ivrognes s'amusant avec des femmes ; dans tous ces cas j'ai éprouvé une jouissance.

« Quand j'ai mangé de la viande, j'ai une éjaculation plus abondante ; je suis un grand mangeur de viande et dors souvent après.

« J'ai étudié l'histoire et la grammaire avant de venir ici, je n'aime pas cette école ; quand je cause avec l'institutrice d'ici, cela n'a aucun effet sur moi, contrairement à l'institutrice que j'avais à la maison, car elle ne lui ressemble pas. Je ne me rappelle à l'école que les choses dont j'ai besoin ; je récite et j'oublie.

« 11 y a sur notre famille une sorte de défaveur. Ma mère était portée à la fierté et ne se liait pas avec certaines familles, ce qui a fait que la coterie lui en a voulu ; la chose date d'avant ma naissance.

« Quelquefois j'ai une jouissance quand je vois des vêtements de dessous de femme dans un magasin, ou quand je vois une dame ou une jeune fille en acheter, surtout si ce sont des caleçons. J'ai vu venir à la prison pendant une visite de mon père des femmes habillées en toile, et la robe de l'une d'elle se boutonnait du haut en bas ; cela m'a fait plus d'effet que de voir des vêtements de

Criminels-types 129

dessous. J'en éprouve davantage à voir des chiens pendant leur rapprochement que de voir des jolies femmes, mais moins qu'à voir de jolies petites filles. Pour indiquer l'ordre d'intensité suivant lequel telles ou telles causes me font éprouver des sensations voluptueuses, je mettrais en dernière ligne le rapprochement des mouches avec leurs dards, puis les chiens, puis les chevaux, puis les vêtements de dessous des femmes ou les jolies petites filles, puis un garçon et une fille flirtant, puis les vachas montées l'une sur l'autre, puis des statues de femme ayant la poitrine découverte, puis le contact du corps de la surveillante avec la sensation de ses seins, enfin le coït luimême.

« Quelquefois je vois certaines de ces choses sans qu'elles me fassent de l'effet. Celles qui agissent le moins agissent instantanément; quelques-unes me procurent une jouissance prolongée qui s'accompagne alors d'éjaculation.

« Quand je lis qu'un homme a jeté à terre une femme, je pense généralement qu'il a dû le faire pour avoir des rapports avec elle ; même la pensée d'un meurtre avec une hache me procure de la jouissance, si le cas peut par un point quelconque éveiller l'idée d'un rapprochement sexuel.

« Je n'aime pas à dire ces choses à moins que vous ne pensiez que cela aidera à me guérir. On m'a circoncis l'autre jour, mais je n'ai pas besoin qu'on m'enlève les parties. Je veux essayer de m'empècher de me masturber. J'aime à aller me promener dans les bois, pas toujours pour me masturber, mais seulement pour voir certaines choses. J'aime à. attraper des papillons et à les piquer

130 FORMES GUAVHS DB LA CKIMIMALITB

îjvec une épingle. Alors je ne fraye pas avec les autres garçons; ils sont trop paresseux, je suis las d'eux. »

Déclarations à notre troisièrm' entrecue :

« Je sais des choses qu'un enfant de nnon âge ne devrait pas savoir, je n'aime pas à les dire et n'ai pas besoin de me trahir. J'ai lu un livre sur les pratiques de la famille dans lequel on parlait des rapports naturels et du nourrissage des enfants, tout cela me faisait de l'effet. Il en fut de même des images représentant les parties sexuelles du corps, soit de la femme, soit de l'homme; les squelettes ne me firent rien, excepté ceux qui étaient recouverts de parties molles. Le livre parlait de la jouissance et de la matière qui sort. Dans le dispensaire des enfants, des reproductions de parties sexuelles me firent de l'effet; je vis le docteur donner un coup de lancette dans le sein d'une petite fille, et cela me donna une sensation voluptueuse. Le docteur soupçonna à ce moment que je me masturbais et recommanda à mes parents de me surveiller, mais ma mère ne m'a jamais surpris.

(( J'ai lu qu'une Itinuiic .ivaiiôté renversée sur le plancher, tuée par une ha^-li»* ou une hachette, et traînée tout autour de la pièce; cela m a. procuré une jouissance. Quand je tirais les cheveux des ptîtlios filles, je n'éprouvais aucune sensation sexuelle ùoni je ine rappelle. Je ne crois pas en avoir éprouvé quand je me suis oxhibé à des petits garçons et à une petite fille, car j'f'iais plus jeune ; mais j'en ai ressenti l'hiver dernier quarjd j'ai fiiit sem-

blant de m'exhiber à une femme. Je ne crois pas que la circoncision m^ait fait aucun bien.

a Quand j'entends parler d'un meurtre à coup de hache, cela ne me fait aucun effet tant qu'il n*y a pas de femme renversée. Je me rappelle avoir agité des sonnettes aux oreilles des petites filles sans avoir éprouvé aucune sensation. J'ai jeté un jour une petite fille dans une petite mare, profonde de 5 à 6 pieds. Je me promenais avec elle, elle dit à une de ses camarades de venir avec nous ; celle-ci me donna une poussée, l'autre était sur le bord et je la jetai à Teau ; elle fit un plongeon (il rit en disant cela) et des garçons la retirèrent. Elle était tombée la tête la première ; je vis ses caleçons sans éprouver aucune jouissance. Mais, quand un de mes camarades me le rappelle, j'en éprouve, de même que quand j'y pense de moi-même ; une impulsion a dû me prendre quand je l'ai poussée à l'eau.

a J'ai tenu un de mes camarades sous Teau pendant que nous nagions, jusqu'à ce que les bulles d'air vinssent à la surface (il rit) et ils m'en ont fait autant; ma bande leur tombait dessus et la leur sur nous. J'ai appris une fois à une petite fille à nager ; j'avais ma main droite placée sous son cou, et cela m'a donné une sensation voluptueuse. Je n'éprouve rien quand je vais au bain avec plusieurs jeunes filles, mais c'est le contraire quand je suis seul avec une ou deux, au point que j'ai une sort^ d'éjaculation.

c< J'ai couché quelque temps avec un camarade et ai essayé toutes les nuits d'avoir des rapports avec lui ; il se couchait sur le ventre; nous ne sommes restés qu'une semaine ensemble. J'en ai fait autant avec un autre dans un endroit différent ; il me dit qu'il avait de la jouissance

sent de 50 millimètres (à Tinspiration forcée 813 millim. de circonférence, à l'expiration forcée 762 millim.) Pieds et mains extraordinairement grands.

Cràfi iologie de J. . . de son père et de sa mère

(en millimètres:)

U Mère Le Père J.

Longueur maximum de la tète 175

Largeur au-dessus du tragus 135

> entre les arcades zygomatiques i2^

» entre les bords externe des orbite.. 107

Distance entre les angles externes des yeux. 89

Distance entre les angles internes des yeux. 31

Largeur entro les angles de la mandibule. . . IM

Distance du menton aux cheveux 175

• > à la racine eu nez . 108

> • à la base c 62

» > à la bouche 45

» t au tracrus 1?0

B du tragus à la racine du nez 110

Longueur de loreille 60

» du nez 44

Hauteur • 45

Elévation • ÎO

Largeur » 27

• de la Iv^uche 44

Epaisseur des lèvres

Circonférence horizontale de la tôte 520

» verticale • 333

» sagittale » 320

Le père a les yeux bleu fonct^, les cheveux noir foncé (aujourd'hui gris), il est âgé de 70 ans.

La mère a le^ veux brun foncé, les cheveux noir foncé elle esi à,w de 3S ans.

At

CRIMINBLS-TYPRS 135

J... a les yeux gris verdâtre, les cheveux brun foncé, frisés, la coloration de la peau est foncée.

Au dynamomètre la main droite donne chez J... 25, chez son père 60, chez sa mère 12 ; la main gauche donne chez J... 20, chez son père 62, chez sa mère 10.

A Testhésiomètre, le bras droit donne chez J... 29, chez son père 36, chez sa mère 23 ; le bras gau(»he donne chez J. . . 48, chez son père 30, chez sa mère 24 ; le médius droit donne chez J... 4, chez son père 7, chez sa mère 2; le médius gauche donne chez J... 4, chez son père 7, chez sa raore 1 ; le bout de la langue donne 1 chez les trois sujets.

Examen anthropométrique (en millimètres) (te ./..• par le médecin de t'InsHticlion.

TaiUe 1587

Circonférence de la ceinture 667

I» du buste au-dessus des mamelons. 775 • des hanches au-dessus des tro-

chanters 762

» du cou 40

De la grande tubérosit6 de Thumérus h Textrémité

du médius 584

Circonférence du biceps 216

» du poignet 1^5

u do la main aux articulations méta-

carpo-phalangiennes 216

ù de la cuisse gauche 419

» » droite 406

• des deux mollets 317

Longueur du pied droit 2G9

» » gauche 266

1 des membres inférieurs (du trochanter à

la plante du pied) 825

» du pénis 83

136 FORMES GRAVBS DB LA CBIMINALITB

Circonférence du pénis S3

> des épaules au milieu des omoplates 927

Ombilic à 252 au-dessus du rebord des cartihiges. Poids 49kil.

Longueur des doigts et des orteils norniale; testicule gaurhe plus bas que le droit ; circoncision ; poils au pubis, absents surTabdomen et sur la poitrine; côtes inférieures faisant une légère saillie à gauche, symétriques à part cela. Ombilic sensible à la pression; pas de cicatrices. La colonne vertébrale est sensible tout le long de la région dorsale; épaule gauche un peu plus basse que la droite; il existe au milieu de la région dorsale une courbure très légère et latérale comprenant environ cinq vertèbres: épaules arrondies; voussure considérable des épaules quand le sujet est a^sis. moins marquée quand il est debout; tendance à s'asseoir sur Tépine lomlmire.

Généalogie de J,,.

Le père, âgé de 70 ans, a une taille de 1828 millimètres et pèse 72 kilog. 11 est actif, son tempérament est nerveux et sanguin : il fabrique maintenant des patrons, mais à exercé d'autres professions ; a eu plusieurs maladies graves, a été atteint entre 35 et 45 ans de fièvre bilieuse, de fièvre typhoïde, d'érysipèle et de rhumatisme; souffre maintenant fréquemment de cette dernière maladie ; à eu penlant un grand nombre d'années un léger catarrhe. Il ne s'^adonne pas aux boissons fortes mais prend quelquefois de la bière et du vin. Il a des goûts littéraires, est très

Portrait de J.

138 FORMES GRAVES DR Lk CRIMINALITÉ

amateur de musique, n'est pas d'un caractère désagréable; il a deux frères plus jeune et une sœur qui sont tous vivants et bien portants. Le plus âgé des deux frères seulement souifre de rhumatisme goutteux; il est grasetpèse 1 1 kilog. L'autre s'est toujours bien porté, sauf qu'il y a 30 ans environ il a eu une fièvre grave. La sœur, qui est la plus jeune de la famille, est d'un tempérament très nerveux; elle est mariée, a fait une fausse couche et n'a pas eu d'enfant .

Le grand-père paternel de J. . . est mort à 60 ans d'une maladie de foie. Il avait 1778 de taille, était bien bâti, avait en général une bonne santé, mais aussi par moment des attaques de catarrhe qui ont à la fin entraîné sa mort; tempéré dans ses habitudes; il a été une fois élu sénateur. Il avait les goûts littéraires et de l'habileté manuelle; caractère jovial, aimait beaucoup les enfants.

La grand'mère maternelle de J... est morte à l'âge de 74 ans d'une paralysie au cerveau ; elle se portait bien en général, sauf un catarrhe, et à la fin de sa vie des manifestations bilieuses et rhumatismales; elle avait eu sept enfants dont trois morts jeunes.

Un des arrière-grand-pères paternels de J... a vécu jusqu'à 83 ou 84 ans, et est mort avec une jaunisse foncée; il était très corpulent. Pendant 32 ans il fut incapable de marcher sans aide à cause de la faiblesse de ses genoux. Il a joui d'une bonne santé jusqu'à peu de temps avant sa mort; il était gai et réjoui dans ses jeunes années. 11 était compositeur et professeur de musique, mais s'occupait aussi de travaux manuels, comme menuisier pour maisons et pour navires. Sa mère, qui par conséquent était l'arrière grand-mère du père de J...,

CRIMINBLS-TTPBS 139

était morte à 80 ans; elle a eu beaucoup d'enfants qui ont atteint Tâge mAr; Tun avait des tendances à Tobésité.

L'arrière grand-père paternel de J. . . , du côté maternel était banquier, mais on ne sait sur lui rien de plus précis. Sa femme eut une dépression mentale avant de mourir» mais la cause immédiate de sa mort fut un anthrax . Elle avait une nature poétique et une mémoire merveilleuse ; elle a été la mère de plusieurs enfants qui ont atteint un âge moyen.

La mère de J... est née en Italie d'une très bonne famille ; elle a 38 ans, a eu trois frères et une sœur. Sa mère mourut de phtisie quand elle était très jeune, et à r&ge de 5 ou 6 ans environ elle fut adoptée par un capitaine de vaisseau et par sa femme qui remmenèrent en Amérique. Elle reçut une éducation religieuse et est une femme dévouée ; sa santé est délicate, ce en quoi elle parait tenir de sa mère (probablement par tehdanceà la phtisie) ; elle est active et a des goûts musicaux. J... a été son premier enfant ; deux ans plus tard, elle a eu une allé qui pesait 4 kilog. 082, bien développée, mais qui mourut avant d'avoir deux ans^ par suite de convulsions de cause inconnue. Trois jours avant sa mort, on lui avait donné, ainsi qu'à son frère, deux pièces de monnaie en nickel et on a supposé qu'elle avait pu en avoir avalé une, mais on ne sait rien de précis ; elle était en somme en bonne santé jusqu'à la nuit suivante où se manifestèrent les symptômes des convulsions.

La mère de J... fut atteinte, vers le cinquième ou le sixième mois de la grossesse où elle le portait, d'un panaris qui la fit beaucoup souffrir; elle dut recourir à des soins médicaux pour une congestion du foie qui per-

140 FORMES aRAVBS DB Là CRIMINALITÉ

sista jusqa'à la naissance de J... et qui exigea un traitement continuel pour empêcher une fausse couche. L'enfant naquit un mois avant terme, il pesait 2 kilog. et était jaune de peau ; on le portait sur un coussin avec une bouillotte. Il ne pouvait supporter aucune espèce de lait : la farine d'Hallick sembla lui réussir pendant quelque temps, puis on y substitua le gruau d'avoine qui parut la seule chose que son estomac voulut accepter. Il eut de bonne heure le rachitisme, trois vertèbres fléchirent, et il ne put ni marcher ni même se tenir debout avant Tâge de 2 ans 1/2. Il a été presque constamment soumis à un traitement médical jusqu'à l'époque actuelle. Son pouls n'est devenu régulier que depuis trois ans. Quand il avait suivi son traitement pendant le jour, il marmottaitet criait pendant la nuit, paraissait avoir du délire et ouvrait des yeux hagards. Il avait des spasmes de courte durée, mais qui à un certain moment étaient très fréquents.

A l'âge d'environ deux ans, J... tomba d'un fauteuil et se cassa la jambe; à l'âge d'environ six ou sept ans, il tomba de la balustrade d'un jardin et eut des symptômes de commotion cérébrale ; à plusieurs reprises il a roulé du haut en bas d'un escalier.

Son père dit : « J... a toujours eu l'esprit vif et intéressé aux machines; quand il est bien disposé pour y concentrer son esprit, il apprend vite ses leçons. 11 est fier d'un talent musical qui est supérieur à celui de la majorité des enfants qui ont une pratique plus longue, d'après ce que déclarent les professeurs des institutions musicales dans lesquelles il a étudié quatre année consécutives. »

Son père ajoute : « Il faudrait un long récit pour narrer les persécutions, les conspirations tendant à notre ruine,

CRIMINBLS-TTPBS 141

les actes persistants de malice envers nous qui commencèrent avant que cette jeune victime vint au monde — Il suivit Técole publique de *** pendant près d'une année et s'y comporta très bien. J'ai une lettre de son institutrice dans laquelle elle dit qu'elle n'a jamais rien vu dans sa conduite qu'on pût qualifier de malicieux et qu'elle était heureuse de déclarer qu'elle pouvait toujours se fier à sa parole. Nous l'envoyâmes ensuite dans une école de notre voisinage; c'est là qu'il commença à se déranger. Ce changement d'école le fit reculer dans ses études, il perdit naturellement la faveur de son institutrice^ se découragea, de sorte qu'à la fin nous l'en avons retiré, sur l'avis des médecins, et lui avons fait donner chez nous l'instruction qui lui fallait. »

Une comparaison sur les points suivants des antécédents de J... avec sa propre condition est au moins suggestive : père nerveux, tante paternelle très nerveuse et ayant eu une fausse couche; grand'mère maternelle morte d'une paralysie cérébrale ; une des arrières grand mères paternelles mentalement déprimée et mélancolique plusieurs années avant sa mort qui a pour cause immédiate un anthrax; mère atteinte d'un panaris sept mois environ avant la naissance de l'enfant; celui-ci a la jaunisse, ne peut pas marcher avant l'âge de deux ans et demi, il a été chétif, a eu des moments où il criait, paraissait délirer, avait des spasmes de courte durée, souffrait de congestion du cerveau. Sa sœur est morte de convulsions. Il semble qu'il ait aussi une tendance héréditaire à l'obésité. A noter le talent musical dans la famille.

J... a un extérieur brillant et intelligent. Il a de l'hésitation quand il raconte les particularités les plus mauvaises

140 FORMES aRAVBS DB Là CRIMINALITÉ

sista jusqa'à la naissance de J... et qui exigea un traitement continuel pour empêcher une fausse couche. L'enfant naquit un mois avant terme, il pesait 2 kilog. et était jaune de peau ; on le portait sur un coussin avec une bouillotte. Il ne pouvait supporter aucune espèce de lait : la farine d'Hallick sembla lui réussir pendant quelque temps, puis on y substitua le gruau d'avoine qui parut la seule chose que son estomac voulut accepter. Il eut de bonne heure le rachitisme, trois vertèbres fléchirent, et il ne put ni marcher ni même se tenir debout avant Tâge de 2 ans 1/2. Il a été presque constamment soumis à un traitement médical jusqu'à l'époque actuelle. Son pouls n'est devenu régulier que depuis trois ans. Quand il avait suivi son traitement pendant le jour, il marmottait et criait pendant la nuit, paraissait avoir du délire et ouvrait des yeux hagards. Il avait des spasmes de courte durée, mais qui à un certain moment étaient très fréquents.

A l'âge d'environ deux ans, J... tomba d'un fauteuil et se cassa la jambe; à Tàge d'environ six ou sept ans, il tomba de la balustrade d'un jardin et eut des symptômes de commotion cérébrale; à plusieurs reprises il a roulé du haut en bas d'un escalier.

Son père dit : « J... a toujours eu l'esprit vif et intéressé aux machines ; quand il est bien disposé pour y concentrer son esprit, il apprend vite ses leçons. 11 est fier d'un talent musical qui est supérieur à celui de la majorité des enfants qui ont une pratique plus longue, d'après ce que déclarent les professeurs des institutions musicales dans lesquelles il a étudié quatre année consécutives. »

Son père ajoute : « Il faudrait un long récit pour narrer les persécutions, les conspirations tendant à notre ruine,

CRIMINBLS-TTPBS 141

les actes persistants de malice envers notis qui commencèrent avant que cette jeune victime vint au monde Il

suivit Técole publique de *** pendant près d'une année et s'y comporta très bien. J'ai une lettre de son institutrice dans laquelle elle dit qu'elle n'a jamais rien vu dans sa conduite qu'on pût qualifier de malicieux et qu'elle était heureuse de déclarer qu'elle pouvait toujours se fier à sa parole. Nous l'envoyâmes ensuite dans une école de notre voisinage; c'est là qu'il commença à se déranger. Ce changement d'école le fit reculer dans ses études, il perdit naturellement la faveur de son institutrice^ se découragea, de sorte qu'à la fin nous l'en avons retiré, sur l'avis des médecins, et lui avons fait donner chez nous l'instruction qui lui fallait. »

Une comparaison sur les points suivants des antécédents de J... avec sa propre condition est au moins suggestive : père nerveux, tante paternelle très nerveuse et ayant eu une fausse couche; grand'mère maternelle morte d'une paralysie cérébrale; une des arrières-grandmères paternelles mentalement déprimée et mélancolique plusieurs années avant sa mort qui a pour cause immédiate un anthrax; mère atteinte d'un panaris sept mois environ avant la naissance de l'enfant; celui-ci a la jaunisse, ne peut pas marcher avant l'âge de deux ans et demi, il a été chétif, a eu des moments où il criait, paraissait délirer, avait des spasmes de courte durée, souffrait de congestion du cerveau. Sa sœur est morte de convulsions. Il semble qu'il ait aussi une tendance héréditaire à l'obésité. A noter le talent musical dans la famille.

J... a un extérieur brillant et intelligent. Il a de l'hésitation quand il raconte les particularités les plus mauvaises

142 FORMES OaAVBS DB LA CRîMINALITé

de son histoire. Il a montré du respect pour sa mère et pour sa famille. 11 nous a dit dans une de nos visites qu'il avait dit tout ce qu'il se rappelait pour le moment, mais il promettait avec un sourire de se rappeler encore d'autres choses; il semblait aimer par moment à raconter ses phénomènes sexuels, mais était enclin à dissimuler quelques cruautés qui s'y rattachaient, dont il avait à rendre compte et que par conséquent il pouvatt redouter de détailler. Aussi, quand il nous a raconté l'histoire de la petite filie jetée dans la mare, il a hésité et a souri avant de commencer. II en a probablement fait beaucoup plus que ce qu'il se rappelle. Il n'a pas la pensée de sa perversité réelle, et d'après ce point de vue, il est souvent honnête, cardans un grand nombre de eas il n'a pas manifestement conscience de la répulsion, qu'aarait tout enfant normal, et il ne sent ni ne voit pourquoi « ou le regarderait comme pire qu'il n'est. » Il dit que les choses qu'il fait sont mauvaises, mais c'est une question de savoir jusqu'à quel point il le sent ; car il peut le dire simplement parce qu'on le lui a dit très souvent et parce qu'on le lui a rappelé par les moyens sévères et légaux . Il peut le faire aussi pour produire une bonne impression. On peut le suspecter quand il dit qu'il n'approuve pas qu'on jure ni qu'on fume ; cependant il n'est pas impossible qu'il ait ressenti cela, car les sujets de cette nature ont souvent plus de répulsion pour les écarts légers que pour les actions cruelles.

Comme exemple de sa vanité il désirait nous faire croire qu'il était le seul enfant de Tlnstitution qui fût examiné par nous, il témoignait complètement qu'il était jaloux de cette singulière distinction.

GSnUHKLa-TTPBS 143

En somme, il n'y a aucune raison spéciale de mettre en doute qu'il ne nous ait décrit ses phénomènes sexuels avec autant de véracité qn'il le pouvait. Mais dans notre quatrième visite, quand nous l'avons contredit à dessein à propos des choses dont son entourage l'accusait constamment et qu'il niait souvent, il semblait être fortement tenté d'altérer la vérité. D'abord il niait avoir frappé à l'Institution ses camarades dans la région de l'estomac, puis il dit qu'il l'avait fait dans la poitrine, enfin il reconnut que cela avait pu être dans Testomac. Il ne semble pas qu'il ait jamais été avant nous interrogé minutieusement sur sa vie psycho -sexuelle, et dans ce cas il serait plus naturel pour lui de cacher que d'exagérer; de plus il témoignait d'une connaissance trop approfondie dans la matière pour un enfant qui n'en aurait pas eu l'expérience. En outre un certain nombre de ses phénomènes sexuels ont été confirmés par des témoignages étrangers.

Dans notre troisième visite, nous lui avons dit qu'il n'avait pas été franc avec nous tant pour sa brutalité que pour sa lubricité ; il a souri sans rien répondre.

Beaucoup des actes de J... se rencontrent chez d'autres enfants. Il en diffère parce qu'il les poussait à l'extrême, par exemple, quand il tenait. un petit garçon sous l'eau jusqu'à ce que les bulles d'air vinssent à la surface ; à ce moment il n'éprouvait aucune répulsion pour la gravité de cet acte et riait en y pensant.

Sa sensibilité sexuelle étant due sans doute en partie à la masturbation, celle-ci à son tour est probablement devenue un symptôme et une cause de troubles nerveux.

Comme conclusion, nous disons que J.., est spécialement intéressant comme cas de la zone mitoyen7ie. Il

144 FORMBS QRAVBS DB LA CRmiNALlTÊ

est cruel simplement pour s*amuser, il n'en éprouve que peu ou pas de répulsion, car autrement il réagirait contre cet amusement. Toutes les fois que la cruauté lui suggère d*une manière quelconque la possibilité d'un rapprochement sexuel y il devient excité; par exemple, quand il lit qu'un homme a tué une femme à coup de hache, et ne s'excite que si elle est tombée à terre. Il semble n'avoir ni plaisir ni répulsion pour la brutalité, mais dès qu*il y a là une occasion pour une excitation sexuelle, le résultat est en somme du plaisir. C'est dans cette indifférence complète ou partielle qu'il semble être sur la limite entre la sexualité et la cruauté. Il est possible qu'il reçoive une jouissance sexuelle de la cruauté elle-même, mais il a peur de Tavouer. Quoi qu'il en soit, cela prouve avec quelle facilité on peut passer de la brutalité à la sexualité, de sorte que cette dernière peut graduellement devenir le motif de la première.

Observation VII

A l'âge de 14 ans et 5 mois, K... a tué brutalement un petit garçon. Il a été condamné |K)ur meurtre au premier degré, mais avec la restriction qu'il ne subirait pas la peine de mort et serait placé dans un établissement où il se trouverait mis dans l'impossibilité de nuire. Son avocat avait admis le crime et plaidé la folie. Afin de soutenir sa thèse, il fit venir devant la Cour un certain nombre de petits garçons pour témoigner des actes cruels et bizarres qui avaient été commis sur eux par l'accusé.

CRIMINBLS-TTPBS 145

K. .. fut condamné à la réclusion (solitary confinement) perpétuelle.

Nous donnons d'abord les dépositions des enfants qui ont été victimes de sa cruauté et de ses caprices.

Première victime (attentat commis le 21 juin 1872)

V.B.H...âgé de 10 ans : K...queje ne connaissais pas m'a battu avec un bâton dans un] bâtiment situé sur le derrière. Il m'a enlevé ma jaquette, ma veste, mes pantalons, avant de me fouetter, m'a frappé deux ou trois fois et me dit en commençant qu'il voulait me couper la verge; il ne ât pas autre chose en me fouettant; je ne sais pasT combien de temps je suis resté dans les cabinets. J'ai crié, il m'a fouetté cinq fois; quand je me sauvai, il me courut après et vint à la maison pour détourner les soupçons. Il m'avait, après m'avoir déshabillé, attaché les pieds ensemble, les mains ensemble, puis m'avait lié à une poutre. Ensuite il m'a détaché; il y avait des marques tout autour des endroits des poignets et des chevilles où il m'avait attaché. Je ne sais pas combien de temps cela avait duré; il m'a fait très mal. Il me dit qu'il allait me laisser dans cet endroit en fixant la porte, puis il rouvrit et me fit sortir. Il ne me fit rien dire pendant qu'il m'attachait et me fouettait. Il m'avait emmené sur la colline de H. pour voir les soldats avec deux d'entre nous. Il renvoya F... Un des garçons était venu sur la colline, mais rentra chez lui en courant quand il commença à me fouetter, l'autre a vu la moitié de la scène.

A l'examen contradictoire (cross- ea^ami nation) :

14G FORMKS GRAVES DK LA CRIMINALITÉ

« J'ai 10 ans; je n'avais jamais vu K... avant de le rencontrer ce jour; il m'a attaché les pieds avec une corde qu'il avait apportée; c'était une corde longue. Je criai, lis du bruit et me débattis. Il m'attacha d'abord les pieds, m'enleva ma jaquette et ma veste avant de m'aitacher les mains; puis il prit une verge qu'il avait trouvée sur la colline de H. Cette verge était ronde, il m'a frappé avec et m'a fait très mal. Quand nous sommes descendus de la colline, il marchait devant moi, et plus vite que moi; il m'avait mis un mouchoir de poche dans la bouche en me disant de ne pas « gueuler. )>

DeuxiéïiU* victime (attentat le 22 juillet 1872)

« J'ai 10 ans. Je ne connaissais pas K... Il y a environ deux ans, je regardais la devanture d'un magasin de jouets, dans la rue qui est derrière la maison où j'habite. K... me demanda si je voulais 25 cents; je lui dis que oui. 11 me dit de venir avec lui qu'il me les donnerait; je lui demandai ce que j'avais à Taire pour les gagner et il me répondit qu'il s'agissait de porter son paquet. Il m'emmena alors sur la colline de H... et médit qu'il fallait attendre un garçon qui allait apporter le paquet. Il entra dans un water-closet, ferma la porte sur nous et me déshabilla, m'attacha les mains au-ilessus de la tête et nraccrocha à une poutre. Puis il prit une corde qui avait à pou près la largeur de la bordure d'un drap et la longueur suftîsante pour attacher un gros paquet; il en lit une sorte de fouet et m'en battit de toutes ses forces. 11 me mit alors à terre, me piétina et me sauta dessus,

CBIMINBLS-TITPBS 14?

puis courut au dehors et me dit qu'il me tuerait si je sortais. Il m'avais eulevé tous mes vêtemeuts, y compris mes souliers et mes chaussettes, et j'étais tout à fait nu pendant qu'il me battait. Il m'avait attaché les pieds ensemble, mais sans les axer à un objet; mes mains, comme je l'ai dit, étaient attachées à une poutre, et il m'avait enfoncé un mouchoir de poche dans la bouche avant de me lier : sa corde servit en partie pour me lier et en partie pour me fouetter. Pendant qu'il m'attachait, il ne semblait pas accomplir un acte extraordinaire. Je ne me rappelle pas pendant combien de temps il m'a frappé. Il me battit sur le dos et sur toutes les parties environnantes, puis me sauta sur le dos et quand je rentrais chez moi j'étais couvert de meurtrissures noires et bleues. Pendant qu'il me piétinait, il ne faisait rien autre et ne disait rien. Il ne paraissait ni irrité ni de mauvaise humeur. Je ne pouvais pas crier parce qu'il m'avait mis un mouchoir de poche dans la bouche. »

Troisième victime (attentat le 17 août 1872)

a J'ai 9 ans. Je ne connaissais pas K. .. avant ce qui s'est passé entre nous. J'étais au bout de la rue; K... vint vers moi et me demanda si je voulais porter une lettre à la station des omnibus. Je lui répondis que ma mère ne le permettrait pas; il me dit qu^il me donnerait deux sous [10 cents) si j y allais; je lui répondis que je n'en avais pas besoin. J étais alors à quelques pas de mon habitation; je ne le suivis pas, mais descendis au bord de l'eau. Au bout d'un instant il descendit aussi sur

148 FORMES aKAYBS DB LA CRIMINALITE

la berge, qui est à quelques pas de Textrémité de la rue, et me demanda si je ne voulais pas aller m'amuser en bateau ; j'y consentis. Quand nous y fûmes, il me dit que j'avais fait trois mensonges et qu'il allait me battre trois fois. Il me dit qu'il allait me déshabiller, et le fit. Il prit une courroie qu'il avait autour de la taille et m'en donna des coups sur Testomac et sur la tête. Il ne fit rien que me déshabiller avant de me fouetter. Il me donna trois coups sur Testomac et s'arrêta un peu, environ une minute entre chaque coup : je ne me rappelle pas qu'il ait dit alors quelque chose; puis il me donna des coups sur la tète avec la courroie. Puis il me piqua environ quinze fois avec une épingle sur la face; il enfonçait l'épingle sur le pourtour de chaque joue, mais pas très profondément; cela ne me fit pas très mal, mais il sortit du sang; une seule fois il me piqua juste au-dessus de l'œil; cela me fit mal, bien que l'épingle ne fût pas grosse. Alors il me toucha les parties; il m'y enfonça une fois l'épingle, sans que cela me fit grand'chose. Je ne criai pas, il m'avait mis la main sur la bouche pour m'en empêcher, Il m'avait renversé dans le fond du bateau avant de me déshabiller. Il me mordit aussi la joue, mais pas très fort, puis me mordit dans le dos pendant que j'étais couché sur le ventre, et me dit de garder cette position. Comme j'essayais de me relever, il me mordit encore la joue, me dit de me recoucher et me mordit encore dans le dos, directement sur le croupion; cela me fit mal, bien qu'il ne semblât pas y mettre de force. Il me dit alors de me rhabiller, de me mettre au bout du bateau et de dormir. Au bout d'une minute environ, il sauta hors du bateau; j'en fis autant aussi vite que je pus et m'enfuis en courant.

Il me souriait quand il me dit d'enlever mes vêtements; mais à part ce que j'ai rapporté, il ne parlait pas, ni pour moi, ni pour lui-même; il ne m'a pas attaché. »

Quatrième victime (attentat le 5 septembre 1872)

Cet enfant n'a pas déposé devant la Cour, parce qu'au moment du procès, il avait été emmené dans un autre Comté; mais on sait que K... lui avait donné quatre coups de couteau, l'un dans l'aine, les autres dans le dos.

Cinquième victime (attentat le 8 septembre 1872)

(( J'ai 8 ans. J'étais au coin des rues P... et S... lorsque K... me parla; il me demanda si je voulais aller voir le cirque de Barnum; il s'enquit aussi si mon père avait un fusil et je lui dis que oui. Il alla alors derrière la colline de H.., Je me rendis à un endroit où il y avait des pierres entourées de maisons de briques ne construction. Je descendis tout près d'un étang; K... essaya de m'y pousser, mais mon pied seul fut trempé. Alors il m'emmena de l'étang vers» les pierres en question, m'attacha les mains derrière le dos, me mit dans la bouche un bouchon de bouteille à lait, prit un bâton et me battit. Il m'avait enlevé tous mes vêtements, m'avait traîné jusqu'à un rocher, m'y avait mis sur la pierre froide sans rien sous moi; il se tenait debout en me fouettant et riait pendant ce temps. Il me donna plus de cinquante

150 FORMES GRAVBS DB LA CRIMINALITE

coups, et rit environ deux minutes. Il me disait aussi pendant ce temps de jurer et de dire des vilains mots; je le fis : il me menaçait, si je refusais, de me fouetter. Il se mit deux fois à sauter à une certaine distance de moi autour du rocher, en riant et en faisant un bruit qui ressemblait à un cri. J'étais assis pendant qu'il me fouettait. Puis il m'habilla, me dit que le cirque de Barnum allait venir et m entraîna à la maison. Il me conduisit jusqu'à mi-chemin de chez moi et je fis seul le reste de la route : je criais en marchant avec lui. Nous rencontrâmes environ cinquante personnes, mais je ne leur dis rien. Il me demanda de revenir avec lui le lendemain et qu'il me ferait voir autre chose; quand il me quitta, j'étais tout près de chez moi. »

A l'examen contradictoire : « Je suis resté absent de chez moi à peu près depuis dix heures du matin jusqu'à deux ou trois heures de l'après-midi. K... m'avait dit de ne rien dire à personne, ou qu'il me battrait encore davantage la prochaine fois qu'il me rencontrerait. »

Sixième victime (attentat le 1 1 septembre 1872)

(1 J'ai 9 ans. Je ne connaissais pas K... qui m'a fait des blessures et l'ai seulement vu avec ses papiers quand j'ai été à Técole. La première fois que y\ l'ai vu, c'était en septembre et il m'a emmené de la rue n** 6. Pendant que je jouais avec du sable sous un arbre, j'ai vu K... qui descendait la rue E...; il me dit que si je voulais aller à la maison qui était à louer dans la rue B... il me donnerait 25 cents. 11 descendit avec moi dans une

CRIMINBLS-TYPBS 151

petite place étroite, où il y avait une grange et une sorte de trou qui ressemblait à un fossé, m'ordonna d'y descendre en regardant tout autour de lui et dit : « Non, je pense que je le ferai sous le dépôt des bateaux. » Alors il me conduisit à travers plusieurs rues : nous rencontrâmes toute une troupe de garçons qui descendaient le long de la voie ferrée; il rit et causa avec eux, mais je ne savais pas ce qu'il disait. Puis il traversa la voie ferrée et me mena au-dessous du dépôt des bateaux; là, le sol était couvert de mousse. Il me mordit le nez et m'y donna des coups de poing qui le firent saigner; alors il me dit de prendre mon mouchoir de poche, de m'essuyer le nez et de le tremper dans Teau de mer. Je lui dis que je ne voulais pas, parce que Teau salée me ferait saigner encore plus. Alors il me renversa, et j'eus peur qu'il ne me jetât dans Teau : il me dit qu'il le ferait si je ne me laissais pas renverser. Comme je ne le voulais pas, il me saisit par le cou et me fit glisser dans un trou qu'im bateau avait fait dans le sable; il me prit alors le mouchoir et se mit à m'en essuyer la figure; pendant ce temps il tenait à la main un fer à cheval.

Il y avait sur la plage des bandes de personnes, des jeunes garçons et des hommes qui allaient dans le dépôt de bateaux, et des jeunes gens qui péchaient; j'allais crier, mais il me dit que si je criais il me tuerait. Alors il me sortit du dépôt de bateau et me mit sur la voie ferrée, il me frappa avec le fer à cheval et me fit saigner; il m'égratignait et me surveillait de près ; de temps en temps il reprenait le fer à cheval et me faisait dans la main des trous qui saignaient considérablement. II avait sous son habit un gros couteau de boucher et un petit

couteau de pocbe; avec la première arme il me fit sur chaque côté de la face trois coupures; il la retirait après le premier coqp, essayant de l'enfoncer plus profondément le second coup^ puis la retirait le second coup pour essayer de renfoncer plus profondément la troisième fois. J'étais dans un marais; il essaya de me faire arrêter dans les flaques d'eau, après m'avoir lié les mains derrière le dos, il me coucha, s'agenouilla devant moi et essaya de me donner des coups de couteau au bas du corps, mais je ne le laissai pas faire. La lame de son gros couteau était toute tachée du sang qui dégouttait à terre soit de l'arme, soit de mes blessures.

Pendant qu'il me frappait il était tantôt agenouillé, tantôt debout. Quand il venait de me donner un coup il regardait un peu le couteau, paraissait le fixer et se levait; je ne sais combien de temps il restait dans cette attitude, mais il mit cinq minutes entre chaque blessure^ et pendant ce temps ne quittait pas des yeux le sang qui était sur l'arme qu'il retournait de temps en temps. Un chien aboyant près de là, il regardait à chaque instant pour voir si cet animal allait venir.

Il me fit dire mes prières et essaya de me faire prononcer des paroles mauvaises, mais je ne voulus pas. Il me dit qu'il allait me tuer et que je ne reverrais plus ni mon père ni ma mère. Il me fit agenouiller et voulut m'enlever mes vêtements, mais j'étais trop fort et ne le lui laissai pas faire ; cependant comme il me tenait attaché tout ce temps-là, il me prit et me mit à genoux. Il me fit réciter deux fois le « Notre père qui êtes aux cieux » ; se tenant debout devant moi qui était à genoux et répétant les prières à voix basse. A la fin il y avait ajouté quelques

CRÎMINELS-TÏPES 153

mauvaises paroles que je ne répétai pas. Il essaya de me les faire dire et me frappait à la face lorsque je ne le faisait pas. Cela dura à peu près cinq minutes. Il tenta encore de me donner des coups de couteau après qu'il m'eut fait dire mes prières. Je suis resté avec lui environ trois heures et demie dans le dépôt des bateaux. »

Septième victime (attentat le 17 septembre 1872)

J'ai eu 7 ans le mois de septembre dernier. J'étais au coin des ruesB... et C... lorsque K... vint vers moi et me dit : « Viens voir les soldats ». Il me saisit alors par la main^ m'emmena vers la voie ferrée et m'y fît marcher pendant deux milles environ. Puis il me conduisit dans les talus qui séparent le chemin de fer de la mer, me déshabilla et m'attacha à un poteau en me mettant des liens autour des mains et des pieds. J'étais droit contre le poteau, une première corde passée autour de mes jambes et du poteau , une seconde autour de mon tronc et du poteau, une troisième me liant les mains sans les fîxer au poteau; il m'avait enlevé tous mes vêtements et les avaient mis à mes pieds. Il tenait deux couteaux, un gros couteau à découper et un couteau de poche; il me fit cinq blessures à la tète et une derrière l'oreille, la première avec le gros couteau, les autres avec le petit; pendant tout ce temps il était debout devant moi et ne disait rien. Un homme étant venu de notre côté, il prit peur, jeta l'ariue qu'il tenait à la main, et s'enfuit encourant, me laissant attaché. »

154 FORMBS ORAVBS DK LA CRIMINALITÉ

Premier meurtre (accompli probablement le 18 mars 1874)

Rapport médical sur l'autopsie. — Nous nous sommes trouvé en présence d'un cadavre de jeune fille, dans un état avancé de décomposition, recouvert de vêtements également très altérés; la tête était séparée du tronc, les parties molles étaient presque partout détachées par la putréfaction du squelette, le tout mélangé d'une certaine quantité de cendre, de charbon mouillé, de poussière, etc.

Les vêtements ont dû être arrachés de force ou coupés du haut en bas à leur partie antérieure. Les deux poches et la ceinture de la robe étaient déchirées, et il semblait qu'on les eût arrachées sans prendre le temps de déboutonner les jupes ni de dégrafer la taille. Le devant de la robe de dessous et une partie du jupon étaient aussi coupés par le milieu ; il en était de même de la ceinture des caleçons, au moyen de coupures correspondantes. La chemise était dans un tel état de détérioration qu'il était difficile de dire si elle avait été coupée ou arrachée, mais l'un ou l'autre avait été fait. Le côté droit des caleçons était boutonné à la ceinture, mais le côté gauche ne l'était pas et paraissait avoir été tiré le long de la jambe jusqu'en bas.

La peau et les parties molles de la partie supérieure des cuisses et du tiers inférieur de l'abdomen étaient remarquablement conservées par rapport au reste du corps. On

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y constata des blessures faites avec un instrument tran* chant . Il y avait une plaie évidente de cette nature un peu au-dessous de Taine. La blessure la plus nette s'étendait à travers la peau et le tissu cellulaire jusque dans la cavité abdominale sur une ligne qui commençait à la fente des parties génitales et la prolongeait directement en haut ; mais il était impossible de déterminer jusqu'à quelle hauteur remontait cette incision, parce que la peau était détachée par la putréfaction à quelques pouces au-dessus. On pouvait aussi très bien voir une autre coupure longue de quatre à cinq pouces, faite dans une direction oblique sur la fosse iliaque droite et sur la partie inférieure de Tabdomen autour de cette région .

Sur les deux tiers supérieurs de Tabdomen, à la poitrine et au cou, la peau et les parties molles étant entièrement détruites par la putréfaction, il est impossible de dire si des blessures ont été faites dans ces parties. Pas de fractures ni au crâne ni aux autres os.

J'ai recherché avec beaucoup de soin si les vêtements présentaient des preuves de coups de couteau les ayant traversés, je ne vis rien qui eût ce caractère précis, excepté un trou de la jambe gauche des caleçons qui aurait pu être fait en môme temps que la plaie sousjacente de la cuisse.

Les vêtements ont été évidemment ouverts avant qu'aucune blessure ait été faite dans toute la partie du corps située au-dessous du cou. La peau des bras était intacte et ne présentait pas de blessures. Les bras étaient passés dans les manches de la robe. Les bas étaient aussi en place sur les jambes et les pieds retenus par des jarretières en caoutchouc. Voilà la relation exacte de tous les faits importants que l'autopsie a révélés. »

Confession écrite de K... à son avocat. — « Cher monsieur, je vous fais de mon propre mouvement les déclarations suivantes :

Le matin en question, j'ouvris la boutique; comme je la balayais, la petite fille entra et me demanda certains papiers. Je lui dis de descendre au-dessous, fermai la porte de la boutique et la suivis. Comme elle était debout au milieu de la cave, la face tournée du côté de Broadway, je vins derrière elle, lui mis la main gauche sur la bouche et lui coupai la gorge avec mon couteau . Elle se débattit et tomba, mais de crainte qu'elle ne fit du bruit, je lui mis une seconde fois la main sur la bouche. Elle ne remua plus; au bout de quelques minutes je la traînai derrière le water-closet et mis sur elle des cendres et des pierres. Alors je lavai mes mains et mon couteau. J'entendis mon frère qui essayait d'ouvrir la porte; je courus l'ouvrir et le ramenai avec moi avant qu'il ne descendit; pendant que nous revenions il me demanda pourquoi j'avais fermé la porte, je lui dis que j'avais été aux cabinets. Ma mère et mon frère sont étrangers à la chose, ils ne savent rien, moi seul ai tout fait.

Quant au motif qui m'a fait agir ainsi, je Tignore. Quand elle entra, des mots me vinrent à la bouche avant que je pusse les arrêter. Alors, quand je pensai à ce que je lui avais dit, j'eus peur qu'elle n'allât dans les autres étages et qu'on ne crût que j'avais un but en l'envoyant à la cave, et je résolus de faire ce que j'ai fait. Je le répète, ma mère ni mon frère ne savent rien de cette affaire. »

Remarque cCun médecin : a II y a une chose qui m'a

CRIMINBLS-TYPBS 157

frappé à Tautopsie. La victime était pauvrement vêtue et avait un certain nombre de vêtements, quatre ou cinq, je crois. Les uns étaient boutonnés derrière, les autres devant. K... n'a pas déboulonné les derniers, mais les autres ont été coupés avec un instrument tranchant. »

2* Meurtre (commis le 22 avril 1874)

Dépositî07i de P. W. — <c L'enfant était mort et couché sur le dos, les pieds étendus; ses petits pantalons étaient détachés, il avait une casquette de velours sur la tête. 11 sort du sang par les deux yeux, il a la gorge coupée, sa main gauche présente six coups de couteau, la région du cœur est toute criblée 'le blessures semblables faites à travers les vêtements, j'ai enlevé quelquesuns des vêtements. Le corps n'était pas complètement froid, mais il était un peu flasque. »

Déposition d'un officier de police : <* 11 y avait des coups de couteau à la partie postérieure de la main gauche, il semblait que la gorge eût été coupée du côté gauche, car le sang s'écoulait de ce côté du cou. Les mains étaient, l'une à droite, l'autre à gauche du corps, elles paraissaient s'être redressées et être restées dans la même position, les pieds étaient redressés en dehors. Tout tendait à faire croire qu'un corps avait appuyé sur la poitrine de la victime pour l'enfoncer dans le marais bourbeux où il se trouvait et que ses pieds s'étaient enfoncés dans cet endroit par les efforts qu'il faisait pour lutter. L'un d'eux étaient embourbé et semblait aller à la

158 PORMBS QRâVBS de LA GRIMlKALITé

rencontre de l'autre dans le marais où il avait piétiné dans la lutte. »

Déposition du coroner. — « J'ai constaté que le cou avait été coupé dans presque toute sa largeur. Il présentait deux blessures distinctes, faites apparemment avec le même instrument. Une première fois il avait fait une marque dans la peau sans la traverser et la plaie se prolongeait jusqu'au côté opposé avec des caractères semblables à ceux qu'elle avait au début. Environ à 3/4 de pouce de cette première blessure , il y en avait une autre^ commençant comme la première; mais au bout d'un trajet de 1/2 pouce, l'arme s'était engagée dans les tissus en les incisant largement, avait traversé le cou et était sortie, non pas directement par la peau, mais à environ 1/2 pouce en arrière de la place où elle avait percé la peau.

D. — Quelle était la profondeur de cette blessure?

R. — Elle était assez profonde pour couper les téguments, en laissant la trachée exposée à l'air et même pour pénétrer dans cet organe^ mais sans le séparer. Le sang coulait très abondamment sur le côté gauche. J'ai mis le doigt dans la plaie et ai trouvé qu'il y avait une blessure profonde dirigée de haut en bas depuis le point où le couteau s'était engagé dans la plaie, et, en en écartant les lèvres avec le doigt, je vis qu'il y avait un gros vaisseau divisé ou piqué de manière à donuer lieu à une hémorragie abondante.

Il y avait au-dessus de l'œil droit une piqûre faite avec un instrument tranchant qui avait perforé la paupière supérieure et pénétré dans le globe oculaire. Je ne saiç

CRIMIN BLS-TYPBS l59

pas la profondeur de la plaie, mais elle était suffisante pour que le sang coulât; il s'échappait en abondance quand on soulevait la paupière.

Sur la main droite il y avait trois ou quatre plaies en forme de piqûres faites avec un instrument tranchant ; elles étaient loin de la traverser. Sur le dos de la main gauche il y avait six blessures par piqûre. Telles étaient lès blessures visibles sans enlever les vêtements.

Après avoir déshabillé le corps, je pris une sonde et explorai un grand nombre de blessures; je constatai qu'il y en avait beaucoup qui pénétraient dans les cavités viscérales. Dans ce dernier cas, la sonde s'enfonçait sans résistance de cinq pouces; pour les autres, elle ne pouvait pas s'enfoncer «le plus d'un quart de pouce. Il y avait sur le sein gauche 18 blessures en forme de piqûres, dont la moitié environ avait traversé la paroi thoracique .

En continuant à déshabiller le cadavre, je constatai sur le côté gauche une blessure circulaire ou en forme de croissant, qui avait eu évidemment pour but d'amputer toutes les parties génitales ; elle avait ouvert le scrotum au point que le testicule correspondant pendait au dehors .

Voici la petite chemise et le petit gilet portés par la victime et qui montrent où ces blessures ont été faites; on compte distinctement sur ces vêtements dix-huit trous correspondant exactement aux plaies que j'ai comptées sur 1^ poitrine; elles couvrent toutes un cercle qui ne dépasse pas trois pouces de diamètre. »

Déposition du même témoin à Vexamen contra-

160 FORMES eRAVBS DR LA CRIMINALITE

dictoire : « Je pense que les blessures ont été faites avec une petite lame, aussi bien celles de la gorge que les autres. Les plaies du cou n'ont pas été faites avec un instrument très aigu; car elles n'auraient pas^ dans le cas contraire, laissé des marques distinctes des deux côtés, bien que traversant une cavité peu profonde. Les blessures des mains paraissaient causées par des piqûres. Ce n'était pas des coupures, elles paraissaient en rapport avec la position du bras, comme si elles eussent été reçues en voulant parer les blessures qui étaient faites à la poitrine. Elles avaient ce caractère : car si la main avait été frappée intentionnellement, elle aurait eu une position particulière, tandis qu'elles semblaient toutes avoir été données dans une seule direction. Les trajets des plaies auraient été différents si l'enfant avait donné à son bras plusieurs directions. Toutes ces plaies étaient sur le dos de la main gauche. Elles étaient faites avec un instrument coupant et variaient en largeur d'un quart à un huitième de pouce, quelques-unes étaient profondes d'un demi pouce. Je le répète, il y avait trois piqûres sur la main droite et une piqûre au-dessus de l'œil droit qui pénétrait dans le globe oculaire . Toutes ces piqûres correspondaient pour la largeur à un instrument tranchant et étroit, qui peut avoir été le couteau que l'on vous présente.

La blessure du scrotum a commencé près de l'aine avec une forme circulaire, elle a divisé la peau ainsi que la cavité du scrotum, et a traversé tous les organes au point que le testicule gauche pendait hors de la plaie, suspendu par le cordon spermatique. C'est là la seule blessure que j'ai découverte sur la partie inférieure du corps. Elle semblait avoir été faite par une seule incision ou par tout autre coup.

Remarque d'un détective : « Les testicules de la victime étaient coupés ainsi que l'extrémité du pénis. »

Aveux de K... : « Le matin du 22 avril je me levai et allai à mon travail comme d'habitude. Je me rendis au magasin, puis en ville et revins vers neuf heures; je restai jusqu'à onze heures passées et dis à ma mère que j'allais en ville; je me rendis à la maison., y restai quelques minutes puis allai dans la rue **». Je rencontrai Tenfant et lui demandai s'il ne voulait pas venir voir le bateau à vapeur, ce à quoi il consentit. Je le conduisis à la place où on l'a trouvé, pris mon couteau, lui dit de se coucher à terre, ce qu'il fit, lui mis la main sur la bouche et lui coupai la gorge; comme il luttait, je lui donnai des coups de couteau dans la poitrine et dans le ventre. Je dois l'avoir mutilé, mais je ne me le rappelle pas. Je courus le long du marais et sur la voie ferrée et allai dans un terrain vague; l'histoire que je vous dis est vraie. Je m'arrêtai un instant et rapportai mes journaux.

Le motif de ce que j'ai fait m'est inexplicable. Quand j'emmenai renfant,je n'en avais aucune idée, je rebroussai chemin un instant et le ramenai à la place où je l'avais trouvé. Mais quelque chose sembla me pousser et je commis le crime. Je n'ai aucun plaisir à vous dire ces choses, si ce n'est celui de disculper ma mère, mon frère ou tout autre personne sur laquelle on pourrrait avoir des soupçons. Quand je me levai dans la matinée du 22, je me sentis tout étourdi et suis resté ainsi toute la journée. »

Témoignage de F. J. A. : « J*ai vécu dans la même

maison que la famille de K.. . deux ans et cinq mois avant

102 FORMES GKWKS DE LA CRlMlNALlTé

le mois li'aoïU 1872; je voyais K... trois fois par jour. Il se livrait à des actes particuliers. Ainsi, pendant qu'il jouait avec de jeunes garçons dans la rue, je Tai vu les quitter brusquement, s'asseoir sur le bord du chemin et porter ses mains à sa tète qu*il secouait et tenait baissée. Quelquefois j'allais à lui, le saisissais et lui demandais c^ qu*i] avait; alors il ne me répondait pas, puis au bout de deux minutes environ disait ma lète, et se taisait; il restait assis de trois à cinq minutes, et alors je le voyais se relever en sursaut et courir jouer avec ses camarades aussi naturellement que si rien ne s'était passé. Je Tai vu faire cela à plusieurs reprises, peut-être une quinzaine de fois ; cela durait quelquefois de dix à quinze minutes. Je l'ai surpris une fois dans notre cave, dont la porte était fermée, ce qui n'a presque jamais lieu. Il était debout et avait à la main un bâton long de trois ou quatre pieds, qu'il tenait levé comme pour frapper. J'allai en face de lui, le regardai et lui dis : « Qu'y a-t-il? » Il laissa toml^er son bâton et s élança dans les latrines dont il ferma la porte. Quand je lui ai parlé ainsi, il ne dit rien, mais me regarda fixement et tressaillit. »

Témoignage de Madame L... : « J'ai connu K... depuis son plus bas âge. Je Tai vu faire des choses que je regardais comme très particulières. Je remarquais que quand il jouait avec d autres enfants, il se comportait autrement qu eux. 11 semblait alors étudier et méditer pendant un certain temps avant de se lever et de commencer -t jout^r. Il s'asseyait souvent et avait une attitude malade et calme ic'éuiitdu reste un enfant très calme) ; ces arrêts pouvaient durer deux ou trois minutes.

CRIMINBLS-TTPBS 163

mais je ne puis fixer aucune durée précise. Je l'ai trouvé une fois derrière une pompe tenant un petit chat dans ses mains; je le lui ai enlevé et ai constaté qu'il lui avait fait trois coupures, l'une au cou, la seconde au-dessous de l'épaule et la troisième à la poitrine.

A l'examen contradictoire, le témoin dit : « Ce dernier fait s'est passé il y a environ onze ans, quand K. . . était tout petit. »

Témoignage de M. C.., précepteur : a K... a été mon élève de septembre 1870 à juillet 1871. C'était un garçon très indocile. Il avait Thabitucle de faire sans aucun motif des grimaces consistant en une contorsion de la bouche et du nez. Je supposai d'abord qu'il le faisait intentionnellement ; plus tard je changeai d'avis, car ces grimaces ne se produisaient pas pendant que les autres enfants le regardaient, mais quand il calculait sur son ardoise. Je n'ai rien observé de semblable quand il faisait n'importe quoi autre, mais cela se reproduisait chaque jour. Je lui en parlai et le punis pour cela, mais sans résultat. Toutes les fois que je lui demandais pourquoi il faisait cela ou pourquoi il commettait une faute, il me répondait qu'il ne pouvait pas s'en empêcher. Quand il était puni, il agissait comme s'il pensait qu'on lui eût fait une injustice et faisait beaucoup de bruit. Il eut ces contorsions toute l'année, et je crois môme qu'elles empirèrent pendant la dernière partie de l'année. Quoique désobéissant, c'était un très bon élève. Je ne me rappelle pas lui avoir vu manifester du chagrin à aucun moment.»

A l'examen contradictoire, le témoin dit : « Quand je lui disais de s'arrêter de faire des grimaces, il continuait.

164 FORUS G&AVBS DB LA CinOXJLLITV

Dans Técole il ne se tenait pas dans ane zonne mi:': Je : il s^asserait continuellement cooché en liecx et L*c*:*r.ssaîi pas quand je lui disais de se redresser. Je ini ionns: à caose de cela des coups de rotin. Je U srrparû des ai::r>es enfants, ce «jue je n*anrais pas fait s*il ne les aTai: pas incommodés. Il chuchotait beaucoup, soii ouTeneseni, et quelquefois comme par bravade, soit en cache::-r ; les punitions Ten empêchèrent pendant quelque temr^. mais il ne s'améliora pas sous ma discipline. K... êtaî: irès soigné dans son extérieur, mais irrévérencieux dans la manière dont il m'adressait la parole et il répondait mal. »

Tém lignage de la mère de K. . . : <^ Je suis la mère de K...; ii a eu quinze ans le 25 novembre dernier. Pendant ses deux ou trois premiers mois, une petite tache apparut sur sa joue et continua à s'étendre sur sa n^ure: elle était rouge, aqueuse et dura jusqu*à ce qu'il eut huit mois; alors il fut pris de vomissements et fut malade jusqu'à Tâge d'un an et demi. A Tâge de dix mois environ il eut un ulcère à Fœil et se tenait constamment la tête. Il commen^'a à aller un peu mieux à partir de Tâge d'un an . Pendant qu'il était sérieusement malade, il avait dépéri au point de n'avoir que la peau sur les os. Il fut longtemps à prendre le dessus, mais depuis ce moment sa santé a continué à être bonne. Il a commencé à suivre Técole du dimanche à l'âge de quatre ans et a continué jusqu'à douze ans; il aaussi suivi l'école publ ique. En 1871, il a été très malade: pendant deux ou trois jours il semblait n'avoir pas sa tète à lui, divaguait et disait des paroles de colère. Auparavant il s'était souvent

CRIBilNBLS-TYPBS 165

plaint de maux de tête et de son œil; il y portait la main et médisait : « Mère, vous ne savez pas combien je souffre de Toeil et de la tête » ; cette maladie le laissa faible. Quelquefois il mangeait peu, d'autres fois il avait un très bon appétit, et mangeait très vite. Il racontait souvent des choses qu'il avait faites ou qu'il s'imaginait avoir faites; lorsque je lui disais que cela était impossible, il persistait à me Taffirmer. Il me semblait dire la vérité et croire qu'il avait agi comme il le disait, je crois que cela se passait avant qu'il ne fût malade. A la maison il m'a toujours semblé être un bon garçon et je n'ai jamais rien noté de mal . Il se plaignait d'être étourdi quand il avait des maux de tête. J'ai deux enfants, deux garçons. Mon mari n'a plus vécu avec moi depuis que je me suis fixée à ***. »

Réponse à Veœamen contradictoire : « Mon fils se portait bien à sa naissance, je l'ai sevré seulement à un an et demi. Il n'a jamais été malade après que j'ai habité à •*•; mais il l'a été pendant que j'étais à ***et a gardé le lit environ deux semaines. Il parut s'écouler longtemps entre sa maladie et son rétablissement complet. Comme écolier, il paraissait brillant et avait une belle écriture. Quand il fréquentait l'école du dimanche, il me lisait la Bible et je lui apprenais ses leçons; pour le dessin il était moins fort que son frère. Je crois qu'il rêvait souvent les histoires qu'il me racontait, bien qu'il ne me le dit pas ; je ne puis dire quelles étaient ces histoires. On l'a envoyé dans TEcole de Réforme le 20 septembre, j'en fus tout à fait surprise, car je n'avais jamais rien soupçonné de semblable. Il était honnête et très correct dans sa conduite. Sa tête était la cause constante des douleurs qu'il ressen-

lAB FORMBS ORAVBS DB LA CKIHINALITK

Uiit, il a eu aussi des étourdissements, mais seulement d^îpuis qu'il est revenu de l'Ecole de Réforme. »

Témoignage de M. N. — « Professeur à l'Ecole de Réforme dans le temps qu'il y a séjourné, j'étais chargé de lui tous les jours de la semaine, y compris les dimanches. Sa conduite a été très bonne et je n'ai jamais eu l'occasion de le corriger. Quand il était dans lacour^ il n'était pas porté à jouer avec les autres garçons, mais à lire tout seul, et préférait presque toujours la lecture aux jeux avec ses camarades . »

K. .. est sorti de l'Ecole de Réforme le 6 février 1874. Un médecin qui l'a vu à l'époque présente dit : « Il n'aime pas à être vu nu et aflfecte une réserve plus que commune. »

Au moment de son arrestation, un détective a dit : « J'ai déshabillé K..., c'est un garçon fort et très bien bâti, il a du poil sur la poitrine et sur tout le pubis, les testicules sont volumineux, le pénis très gros. Si je n'avais vu que la partie inférieure de son corps, je l'aurais regardé comme un homme fait. »

Quand le chef de la police recueillit les déclarations de K... il lui dit : « K. .. vous devez me dire la vérité exacte et entière que je vais écrire. » L'accusé commença les aveux rapportés ci-dessus que le chef de la police lui relut, à mesure qu'il les écrivait; quand il fut arrrivé au passage suivant : « Je lui dis (à la victime) que si elle voulait descendre les escaliers avec moi, je lui donnerais un papier », on avait écrit descendre à la cave au lieu de desrendre les escaliers : « Ne dites pas cela, interrompit K... sur un ton très emphatique, ne dites par cela.

répéta-t-il, je lui ai dit de descendre les escaliers avec moi, si je lui avais dit de descendre à la cave, elle ne m'aurait pas suivi. »

La mère de K... a dit aussi que son fils avait l'habitude de lire dans la bibliothèque publique des récits de voyage et des livres sur les jçrands hommes. Elle ne croit pas encore, au bout de 17 ans, que son fils soit coupable du crime pour lequel il a été condamné, chose bien excusable pour toute mère.

Le secrétaire de l'Ecole du dimanche dit que K... était un enfant méchant, que ses compagnons ne l'aimaient pas, et qu'il n'avait pas de camarades. Le directeur du même établissement dit qu'il n'étaità l'école ni le meilleur ni un des plus mauvais des élèves.

Opinion des spécialistes

Y \y J. E. T. — a L'étrangeté des actes eux-mêmes est ce qui frappe d'abord et le plus en évidence; ces différents actes, tels que les blessures à coup de couteau, présentent un caractère de cruauté et de dissimulation qui s'accentue et devient de plus en plus extraordinaire à mesure qu'ils se reproduisent.Le jeune homme en question a répondu à mes questions sur le champ et avec franchise. Dans toutes les explications qu'il me donnait, il dit : « Je devais le faire », et cela revenait toujours comme un motif qu'il paraissait ne pas comprendre; il y a ainsi des personnes qui ont un pencliant à faire toute sorte de choses et qui, comme raison finale;, disont. aussi quo quelque chose d'intérieur leur a dii de le faire. Notro sujet

a témoigné d'un esprit brillant, sagace, et d'une bonne mémoire. Il n'a pas manifesté la plus légère émotion pour tout ce qui s'est passé et n*a montré de l'aflection que pour sa mère. C'est là une particularité extraordinaire de son cas, et sans cela j'aurais remporté de toutes mes entrevues avec lui l'impression qu'il était indifférent à tout et parfaitement insouciant. Il n'a jamais manifesté l'ombre de chagrin. Il disait qu'avant de commettre les actes en question, il éprouvait constamment à la partie supérieure de la tète une impression spéciale» mais qu'il ne la définissait pas clairement. Je crois que l'accusé a été fou au moment où il a commis le crime pour lequel il est poursuivi, et je m'appuie sur l'étrangeté des actes eux-mêmes, sur les résultats de mon examen personnel, sur sa manière d'être et sur l'impression d'ensemble qu'il m'a laissée. »

Le témoin répond à l'examen contradictoire... « Le mobile de ses actes était le seul symptôme qui suggérât l'idée d'une aura épileptique. II n'y avait aucun signe extérieur de cette maladie. Mes examens ultérieurs m'ont porté à mettre en doute cette aura. »

2*D' C. A. W. — « K... était atteint d'une maladie mentale au moment où il a commis les actes dont il est accusé. Parmi les raisons qui me le font croire, je placerais peut-être en première ligne le nombre extraordinaire et la nature de ses actes de cruauté; l'absence de tout motif ordinaire pour les expliquer, l'absence de tout but à atteindre par leur accomplissement et Tâge particulier des victimes ont suggéré de prime abord à mon esprit une supposition de folie, indépendante de tout examen du sujet.

CRIMINBL8-TYPBS 169

« Je me suis trouvé en présence d'un garçon extrême* ment vain de sa personne, n'ayant pas une très grande profondeur d'esprit, mais très habile en arguments pour tout ce qui le regardait lui-même, sans qu'il m'ait semblé avoir la moindre conscience de la responsabilité morale. Dans toutes mes entrevues avec lui, il n'a manifesté qu'une seule fois de l'émotion provenant de la pitié ou du chagrin. Quant à ses actes, il dit qu'il n'a pas le pouvoir de les empêcher. Il ne cherche pas à en expliquer la nature et semble croire qu'ils n'étaient pas d'une grande importance. Je lui demandai s'il ne se sentait pas tourmenté par des pensées de pitié ou de tristesse en songeant à la pauvre mère de l'enfant qu'il avait tué. Sa réponse fut : « Non, je n'y pense presque jamais, »> Puis, après une pause, il ajouta, comme ayant l'air de se parler à lui-môme : w C'est drôle, n'est-ce pas? » Dans une autre entrevue il tint à peu près le même langage.

Il pensait que Dieu prendrait soin de lui et me dit qu'il faisait à ce sujet une prière en allant se coucher et répétait: je puis dormir maintenant, paraissant regarder cela comme suffisant. Le fait qu'il se réveillait fréquemment avec des maux de tête m'a suggéré l'idée de Tépilepsie. A mon avis, la preuve de cette hypothèse est d'une importance assez grande pour exiger une observation soigneuse et prolongée dirigée sur ce seul point. Jt* n'ai pu découvrir aucun motif à ses actes. »

3"* D' S. C... « Je pense qu'il y a dans les actes de K... quelque chose, à savoir l'absence du motif ordinaire du crime, qui doit donner lieu à une enquête sur son éiat mental; mais à part cela, je ne vois rien de

170 FORMBS ORAVBS DB LA CRIMINAI.ITB

suspect. J'ai constaté qu'il avait de la mémoire, des facultés de raisonnement et de Taptitude à bien apprendre. Il reconnaît qu'il a mal agi dans les cas particuliers en question, et en général saisit bien la différence entre le bien et le mal. Une des premières remarques qu'il m'a faites a été qu'il ne serait pas pendu, puisqu'on n'avait jamais encore pendu un enfant de quatorze ans, et qu'il ne croyait pas qu'on commencerait par lui. Il me dit qu'on l'enverrait dans une prison d'Etat ou dans un asile d'aliénés: comme je lui demandais pourquoi, il me répondit que j'avais bien entendu parler de la manie du meurtre et me dit qu'il pourrait bien l'avoir, mais non qu'il l'avait. Puis il me parla de son avocat et déclara qu'il ne voulait avoir que M. ***, parce qu'il pensait que c'était le meilleur défenseur dans les affaires telles que la sienne, en se basant sur un procès qui avait eu lieu récemment à B... dans lequel M. *** avait été l'avocat et où l'accusé avait été acquitté. Je le pressai beaucoup au sujet des motifs qui l'avaient fait agir, et à ce moment il ne put pas ou ne voulut pas s'ouvrir à moi. Il se plaignit des maux de tête qui précédaient les actes en question, et me dit que lorsqu'il emmenait pour la première fois des enfants avec lui, il n'avait aucune idée de leur faire du mal, mais que cela lui venait à l'esprit sur le moment. Je lui demandai pourquoi il les emmenait toujours dans un endroit désert sans qu'il pût me répondre. Mais il y revint lors de notre seconde entrevue dans laquelle il changea sur certains points le récit qu'il m'avait fait ; du reste, dès la fin de ma première visite, il avait déclaré que Thistoire qu'il m'avait faite d'abord était fausse et qu'à 1 époque en question il avait constam-

CRIMINRLS-TTPBS 171

ment à l'esprit des idées de tortures et d'actes de cruauté. Il croyait que cela lui était entré dans la tête en lisant des récits sur les Indiens et la relation de la manière dont ils torturaient leurs prisonniers; la première fois qu'il avait eu ses idées, il s'était sauvé, avait volé un peu d'argent, et était parti avec un autre garçon du côté des Indiens pour vivre comme eux, puis le penchant lui vint de commettre ces attentats à leur imitation. Il me dit aussi qu'au moment où on avait découvert le cadavre de la petite fille, il avait voulu faire des aveux pour décharger sa mère et son frère qui avaient été accusés ; mais à une seconde entrevue il revint complètement sur cette déclaration. Je crois qu'il pensait par moment qu'on devrait le mettre en prison, qu'il y serait mieux que dans un asile et qu'il pourrait peut-être en sortir; d'autres fois il disait qu'on pourrait l'envoyer à la mer, que ce serait une bonne idée. Il m'a dit n'avoir aucun penchant à torturer des hommes, mais seulement les petits garçons. Toutes les particularités de son histoire indiquent un état sain de l'esprit. Le seul point en désaccord serait la nature extraordinaire des actes, qui sont absolument en dehors des motifs ordinaires, et cela ne suffit pas, selon moi, pour aller plus loin que donner l'idée d'une enquête. Ces actes ne peuvent pas être le produit de la forme ordinaire de la folie agissant de la manière habituelle. Si on adoptait la théorie de la folie, on serait forcé de croire que ces actes ont été commis sous l'influence d'une impulsion irrésistible : or, je ne crois pas que l'impulsion irrésistible puisse se produire comme constituant par elle-même une maladie chez une personne qui, à part cela, est absolument saine d'esprit.

172 FORMES QRAVBS DB LA CRIMINALITE

Je crois K... cougéiûtalement différent des personnes ordinaires, surtout par son sens moral. Je n'ai trouvé dans son organisation intellectuelle aucune trace d'épilepsie. Quant à son organisation morale, elle diffère de celle des autres par nn penchant pour certaines formes de crime et par la faiblesse du pouvoir de résistance à ce penchant : il s'ag:it là d'une différence en degré, mais portée à une distance considérable de ce que nous voyons ordinairement. »

A l'examen contradictoire, le témoin répond : « Cet enfant a un manque congénital de qualités morales; à mon avis, il a un caractère faible, mais non une organisation faible. »

Conclusion

Il ne semble pas, d'après les dépositions des spécialistes, qu'ils aient eu l'idée que le motif des actes de K... pouvait être sexuel.

Quoique nous ayons eu un certain nombre d'entrevues avec K..., il ne nous a rien confessé do ses crimes, mais renvoie simplement à son autobiographie qui a été écrite afin de les couvrir, et peut-être dans le but secondaire de convaincre sa mère et d'autres personnes de sa prétendue innocence. Nous n'avons pas consigné ici ce document, d'abord parce que nous avions sans lui des matériaux suffisants, puis parce que sa valeur scientifique est taible ou nulle.

K... n'a pas voulu laisser prendre sur lui aucune mensuration, peut-être pour la même raison qu'il ne nous

CBIMIN BLS-TYPBS 173

a rien confessé, bien qu'il admette qu'il n'a rien à perdre. Je crois que la cause en est un mélange d'entêtement et de ce qu'il apppelle sa faiblesse, c'est-à-dire de vanité et de honte au sujet de l'exposition d'une partie quelconque de sa personne.

Si le lecteur a suivi de près les détails de notre sixième et septième observations, il n'aura aucune difficulté à comprendre comment un grand nombre des actes de K... ont eu un motif sexut^l. Il existe des c^is avoués qui sont aussi curieux, sinon plus, que celui de K..., et dans quelques-uns, qui présentent avec les siens une certaine similitude d'actes, on sait que le motif a été sexuel. K... égratignait une de ses victimes avec un fer à cheval et lui a fait dans la main des trous jusqu'à effusion du sang, puis il lui a donné des coups de couteau sur la joue et sur divers points de la face. A un autre, il a fait des coupures à l'abdomen, au pli de l'aine et aux parties génitales, actes semblables à ceux qui sont mentionnés par Krafït- Ebing. Mais, d'autre part, il est aussi certain qu'à certains moments il avait une certaine répulsion pour la cruauté, comme J..., et probablement pour des raisons semblables. Si nous avons raison de penser qu'il était sous l'influence d'une impulsion sexuelle, il semblerait qu'à ce moment il ne parlait pas, comme lorsqu'il fixait le couteau sanglant et le retournait, avant de faire une blessure et de rester de nouveau silencieux. Comme l'impulsion sexuelle est la plus forte de toutes, il est aisé de comprendre pourquoi il avait peu de disposition à parler pendant que son influence durait. D'autre part, il est évident que pour quelques-uns de ses actes l'instinct de cruauté prédominait, ou même était le seul. Il en était

ainsi lorsqu'il faisait dire une prière à ses victimes ou qu'il les faisait jurer, qu'il essayait d'en enfoncer une dans Teau (comme J... pour la petite fille jetée dans une mare) ou, qu'après en avoir fouetté une, il sautait autour d'un rocher en poussant des cris.

Mais il semblerait que chez lui les instincts sexuels et cruels étaient le plus souvent mélangés et successifs (toujours à l'exemple de J...)> comme lorsqu'il dépouillait les enfants de leurs vêtements, les fouettait, puis s'arrêtait sans rien dire et riait ; pourtant la circonstance que, dans presque tous les cas, il les mettait nus et les fouettait,semble indiquer que l'élément sexuel était toujours en première ligne. C'est un fait bien connu que quelques enfants ont de l'excitation sexuelle quand ils sont frappés par des femmes, donc il n'est pas improbable que la vue d'enfants fouettés ou l'acte lui-même de fouetter ait pu donner à K. . . une jouissance semblable par une association d'idées et de sensations ; il en était ainsi dans le cas de J... Comme on Ta montré, le passage de l'expérience à l'idée de^l'expérience est très fréquent dans les phénomènes sexuels, et même les phases variées de ce passage sont presque infinies. En fait, ces phénomènes dépendent fondamentalement aussi bien de Timagination que du système nerveux central.

Caractère social de V observation de K...

Les impressions de l'auteur provenant d'un certain nombre d'entrevues prolongées avec K... qui a été mis en réclusion (solitary confinement) depuis son procès, ne

CHIMINELS-TVPKS

sont pas de nature définie quant à ce qui concerne son crime. Comme il s'est écoulé dix-sept ans depuis cette époque et que K... était à ce moment dans la période de la puberté, on ne peut garantir qu'on puisse tirer aucune conséquence île son état présent.

Portrait de K.

IC... est d'une brillante complexion, plutôt solide et bien proportionné, sa tète a une belle forme, et dans son aspect eztt'rieur il n'y a rien d*aiiormal excepté un œil scrutateur; ses manières sont distinguées, agréables et produisent une boune impression. Il a fait plusieurs tea-

176 FORMES GRAVES DB LA CRrMlNALlTÉ

tatives infructueuses d'évasion ; de temps en temps il s'est occupé de différentes choses, telles que le français, la chimie, la peinture et les inventions.

Son intelligence est bien au-dessus de celle des autres prisonniers. Il témoigne d'une certaine aptitude à raisonner le côté légal de son cas, ce dont il avait déjà fait preuve dans sa première jeunesse au moment de son procès. Sa condamnation à une réclusion perpétuelle lui parait anormale et illégale. Il ne peut saisir le lôié social de son cas et ne comprend pas que le caractère extraordinaire et la brutalité de ses actes ont amené une réaction sévère, mais en somme normale et naturelle. Il dit qu'il a essayé d'oublier le début passé de sa vie.

Ou peut avec quelque fondement croire comme lui qu'il n'est pas l'individu qu'il était dans sa jeunesse. La ditférence devient apparente si l'on compare sa photographie de cette époque avec celle d'aujourd'hui (1). Il est heureusement vrai que plus d'un jeune homme surmonte des propensions souvent anormales de la puberté: si cela n'a pas lieu, ces individus sont généralement corrigés par l'instruction et l'éducation, ou, en dernier ressort, par le châtiment de la société.

Mais, d'autre part, on sait bien que dans quelques cas les propensions anormales continuent pendant toute la vie. La chose est impossible à décider dans un cas tel que celui de K... car ses propensions précoces n'ont pas eu l'occasion de se manifester depuis. A un certain point de vue il peut sembler sévère d'emprisonner un homme pour la vie à cause de crimes de jeunesse qui peuvent avoir été

(1) Jfi rogreUe de ne pouvoir reproduire cette pholoffraphie actuelle, mais les autorités do la prison ne m'y ont pas autorisé.

CRIMINBLS-TYPES 177

causés par une sexualité aussi excessivement prématurée qu'anormale; ces propensions peuvent même avoir été irrésistibles, la forme qu'elles prennent dépendant de circonstances accidentelles.

Mais le point de vue individuel n'est ni le plus élevé ni le plus important; c'est la société qui doit être considérée avant tout. Un homme insensé peut n'être nullement coupable du fait de sa folie, et cependant on ne doit jamais lui accorder la liberté, à moins d'être autorisé raisonnablement à croire qu'il n'est pas dangereux. Voilà quel devrait être le traitement du criminel en tant que cela concerne la société.

Il y a une autre difficulté sérieuse dans un cas tel que celui de K... Lorsque le sentiment naturel et moral delà communauté a été soulevé, et à un point tel que, comme pour K..., la réaction subsiste encore au bout de dix-sept ans, ce serait commettre une grande injustice psychosociale que de rendre une liberté individuelle dans ces conditions. Car le bon sens public dirait : « Si un criminel tel que K... peut obtenir sa liberté, quel est celui qui ne le pourra pas? » C'est ainsi que la société peut ressentir pour la loi en général un sentiment de défiance et de mépris constituant un mal beaucoup plus grand que le bien que pourrait faire la liberté d'un criminel impuni. Dans ces conditions, la crainte universelle que les criminels et les non-criminels ressentent pour le pouvoir de la communauté est diminuée. Ce sentiment social organique contre les actes criminels (et non nécessairement contre leurs auteurs) est normal et sain, quoique sévère. Quand la souffrance est nécessaire, c'est la société, et non l'individu qui doit avoir la préférence.

178 FORMBS QHAVBS DB LA CRIMINALITE

Observation Vm

L... était marié et âgé d*environ 30 ans au moment où il a commis le crime décrit ci-dessous. Il n'avait pas de barbe, était d'un tempérament brun, et présentait un abord avenant.

Il a été poursuivi pour avoir tué une petite fille qu'il avait persuadée de monter avec lui dans le clocher de l'église dont il était sacristain^ afin de voir des pigeons. Comme personne ne le vit commettre le crime, les preuves furent uniquement circonstancielles, et il laissa croire à sQïï avocat qu'il était innocent jusqu'au moment où il confessa qu'il avait assommé cette enfant.

Un médecin a dit de lui ce qui suit : « C'était un pieux coquin et je crois qu'il appartenait à l'église dont il était le sacristain. Il aurait déjà éié condamné pour le meurtre d'une femme si cette circonstance n*avait détourné les soupçons. Les armes dont il se servait pour tuer était contondantes et non tranchantes. Evidemment lorsqu'il vit qu'il ne pouvait pas convaincre la Cour de son innocence pour le cas de la petite fille il changea ses batteries, avoua le meurtre de la femme et essava de faire croire qu'il était possédé par un démon qui le dominait et le poussait, malgré lui, à commettre les actes les plus infernaux. Peut-être a-t-il agi ainsi dans l'espérance que quelques soi-disant philanthropes seraient aussi indulgents pour son cas qu'ils l'avaient été dans celui de K... Quand son exécution lut proche, il écrivit comme une disposi-

CRlMlNBLS-TtPES 179

tion dernière sans importance, une confession de forfaits ignobles et d'un caractère tel qu'on aurait à peine compris qu'il pût les faire connaître oralement. »

Il avoue dans cette confession une tentative de meurtre sur une autre femme. Il résulte clairement de ce document que dans tous ces cas le motif de ses actes était « la luxure, une luxure du caractère le plus horrible et le plus dégoûtant. » Il semble aussi que ses victimes lui étaient totalement étrangères avant qu'il ne s'attaquât à elles. En outre, il fit à la commission l'aveu de plusieurs crimes de moindre importance.

I semble avoir été le seul qui ait fait une confession

de cette forme brutale de sexualité. Une description détaillée des blessures des victimes présente donc un intérêt inhérent à cette observation, mais peut aussi servir à indiquer le mobile du crime dans des cas où des aveux n'auraient pas été faits.

Résultats de V autopsie de la première victime.

Le corps est celui d'une femme âgée d'environ 28 ans ; la mort remonte à 14 heures. Il y a de la rigidité cadavérique ; aucunes contusions sur les extrémités inférieures, les parties génitales ni les autres régions situées au-dessous du cou. Les parties molles de la tête portent douze plaies contuses, à savoir :

P Une plaie transversale à un pouce au-dessus de la partie centrale de l'occipital ;

2° Au côté gauche du cou, directement au-dessous de

180 FORMRS GRAVES DB LA CRIMINALITB

l'oreille, une plaie pénétrante correspondant à lextrémité de la boucle portée à cette oreille ;

3"* Une déchirure contuse et béante des téguments, longue de deux pouces, s'étendant du milieu environ du sourcil gauche le long du muscle temporal jusqu'à l'extrémité postérieure de la naissance de ce muscle.

4* Une déchirure dirigée en haut à partir du côté droit du dos du nez, longue d'un pouce ;

5" Une plaie contuse de l'épiderme s'étendant sur toute la partie moyenne de la paupière supérieure droite ;

6° Une lésion de même nature, longue de 3/4 de pouce, à Tangle externe de Tœil droit ;

T et 8* Deux déchirures irrégulières au-dessus de la suture frontale de Tos malaire, par lesquelles le doigt constate des fractures étendues ;

9* En avant de l'oreille droite, une plaie pénétrante d'un quart de pouce de diamètre ;

10* A la partie supérieure et postérieure de l'oreille droite, une grande déchirure des téguments qui sépare presque la partie supérieure de l'oreille de ses attaches et qui devient parallèle à la blessure n** 12 ;

11** Une déchirure irrégulière longue d'un pouce audessus de l'extrémité externe du sourcil droit ;

12*" Une plaie, la plus large de toutes, commençant au niveau de la bosse frontale droite, se dirigeant en arrière dans une étendue de sept pouces vers l'os occipital. 11 y avait des ecchymoses extérieures sur les paupières droites et sur le côté correspondant de la face et de la tête.

CRIMINBLS-TYPB8

Fractures. — Le crâne est mince, au-dessous des blessures 7, 8 et 9 fractures comminutives étendues de l'os malaire droit.

Portrait de L.

Au-dessous de la blessure 10, fracture comminutive, flûcliissant le temporal, le frontal et le sphénoïde, enfontiantla moitié supérieure (partie écailleuse) du temporal et mettant à nu la dure-mêre. Cette membrane, au niveau de

182 FORMRS GRAVES DB Lk CRIMINALITB

renfoncement du temporal, a une teinte foncée provenant d'une hémorragie sous-jacente ; si on la soulève, on voit que le sang épanché est liquide. Il en existe également une couche mince répandue sur toute la surface du cerveau au-dessous de la dure-mère.

La substance grise du cerveau présente une légère abrasion d'un tiers de pouce de diamètre en un point correspondant à la dernière fracture décrite ; même lésion au-dessus du bulbe olfactif droit.

Le poumon droit est réduit à la moitié environ de son volume normal par des adhérences pleurales anciennes et dures : mais il crépite dans tous ses points. Le cœur est petit, dur, contracté et vide, Testomac affaissé ; les intestins contiennent des aliments en voie de digestion. L'utérus est vierge et normal, quoique gros, sa cavité mesure trois pouces de long. L'ovaire droit présente à une de ses extrémités un engorgement paraissant provenir de Tovulation, son enveloppe est très mince, éclate et laisse échapper son contenu à la pression. L'orifice du col est circulaire et ne laisse pénétrer une sonde qu'avec difficulté. L'hvmen existe sous sa forme normale. Tous les organes que nous ne venons pas de nommer ont été examinés et trouvés sains.

D'après notre opinion, la victime a succombé aux fractures étendues comminutives et compliquées du côté droit et de la partie antérieure de la base du crâne que nous avons décrites ci-dessus. Nous certifions en outre que ces blessures ont dû être produites par des coups répétés et violents portés par une arme telle que le gourdin qu'on nous a présenté. Nous déclarons aussi qu'il n'y a aucune preuve aiiaioraique d'une tentative de viol.

CRIMINBLS-TTPBS 1 83

8 décembre 1873... M... D... et M... D..., chirurgiens experts.

Résultats de V autopsie de la petite fille y la seconde victime.

a Le corps est long de 52 pouces, maigre» mais présentant un certain développement du système musculaire, la rigidité est très marquée, les pieds sont tournés en dedans, les doigts demi-fléchis. On ne constate aucun signe de violence au-dessous de la tête. Les yeux présentent un léger écoulement m uco- purulent. Emphysème au niveau du dos du nez et dans la lèvre supérieure; plusieurs petites hémorragies au-dessous de la conjonctive oculaire gauche, entre cette membrane et la sclérotique ; il existe aussi quelques lésions semblables mais plus petites s'étendant légèrement sur le côté droit des deux yeux autour des replis de la conjonctive à sa surface palpébrale.

A un pouce et demi à gauche de la ligne médiane et directement au-dessus du sommet de Toreille gauche, il existait une dépression du cuir chevelu, de forme irrégulière et présentant sur une partie de sa surface une légère abrasion de la peau ; toute la région environnante était très gonflée. A un pouce trois quarts en arrière du sommet de l'oreille droite, l'os pariétal présente une saillie tranchante. On perçoit de la crépitation en maniant le crâne. Après avoir enlevé le cuir chevelu, on trouve au-dessous une extravasation sanguine qui couvre tout le vertex et qui s'étend en arrière jusqu'à l'occiput, en avant jusqu'aux sourcils et latéralement presque jusqu'aux

184 FORMES QRAVBS DE LA CRIMINALITE

oreilles. Il existe aussi à droite un épanchement sanguin au-dessous de Taponévrose temporale. La voûte du crâne présente une fracture comminutive qui a son centre au sommet de la tête un peu à gauche, et qui figure un quadrilatère irrégulier de deux à trois pouces d'étendue ; de ses angles postérieurs part de chaque côté une longue fracture qui se dirige en arrière vers la base du crâne ; de la partie moyenne du trait du côté droit se détache une fracture horizontale qui se rend en avant à la fosse temporale.

La base du cerveau ne présente rien d'anormal à part une légère augmentation du liquide méningé. A la surface supérieure de l'hémisphère droit, au-dessous de la réunion des derniers traits de fractures que nous venons de mentionner, le cerveau était déchiré sur une longueur approximative des trois quarts d'un pouce, et ecchymotique tout autour. La dure-mère présente en un point correspondant à cette lésion une fente large d'un pouce. La premère porte aussi quelques suffusions sanguines sur les côtés du cerveau. Il existe sur l'hémisphère gauche, entre la terminaison de la scissure de Sylvius et la scissure longitudinale, un épanchement sanguin de la pie-mère ; le tissu cérébral sous-jacent est à la fois déchiré et ecchymose. La substance cérébrale est pâle et ne présente aucune lésion autre que celles que nous venons de décrire. Il existe un épanchement sanguin sous-cutané au dos du nez ; les os propres de cette partie ne sont pas fracturés mais les cartilages latéraux sont uu peu ébranlés, déprimés et détachés en partie.

Le poumon droit est normal, le gauche l'est également, sauf une légère congestion de sa partie supérieure. Le

CB IMINELS-T YPBS 185

cœur^ le foie, la rate» les reins^ les intestins et les autres viscères abdominaux sont également normaux.

Tous les organes non mentionnés ci-dessus étaient sains et tous les autres étaient en état de supporter et de maintenir la vie, à l'exception de la tête et du cerveau ; aussi j'estime que la mort a été causée par la dépression générale et par le choc du système nerveux qui ont été la conséquence et le résultat directs des blessures de la tête et du cerveau décrites ci -dessus.

Un détective a dit que le caleçon et le pantalon que L... portait quand il a commis ce crime étaient abondamment tachés de sperme au niveau des parties sexuelles.

CONCLUSION

La confession de L... fournit la conclusion de cette observation. Il semble à priori que le plus haut degré de Timprobabilité soit atteint par le fait du plaisir sexuel servant de motif pour assommer des êtres humains ; et la chose a été avouée dans ce cas. C'est là certainement une forme de sexualité brutale et inattendue.

Ainsi que les autopsies l'ont montré, on n'a trouvé aucune blessure au-dessous du cou, et il n'y avait aucun signe de viol. Cela indique un haut degré de perversion sexuelle; car, dans la plupart des autres cas, les parties génitales sont intéressées directement ou indirectement. On peut retrouver dans les cas les plus curieux de cet ordre, une trace psychologique de sexualité objective,

186 PORMBS QBAYBS DB LA CaiMINALITB

comme par exemple, lorsque la jouissance est obtenae en enfonçant des chevilles dans un morceau de carton découpé d'après la forme d'une semelle de bottine de femme (Krafft-Ebing). Mais dans le cas de L... il semble qu'une substitution complète de la brutalité à la sexualité se soit opérée, à un point tel que cette brutalité soit complètement sexuelle. Nous sommes incapables de dire quelle association d'idées a amené ce résultat. Le fait anthropologique que les sauvages ont des rapports avec les femmes captives après avoir versé du sang et commettent des actes de brutalité si elles résistent, peut mettre sur la voie d'une explication possible pour ces actes étranges, manifestation d'un instinct rudimen taire dont on retrouve de temps en temps les traces dans la civilisation moderne.

ObsenratioD IZ

Les cas dont nous venons de faire l'étude rendent évidente l'importance de la nature des blessures. Il n'est pas indispensable pour discuter le problème suivant que l'assassin soit coimu, ni même que toutes les victimes soient celles d'un seul individu. Eclairée parles faits précédents, la lecture des résultats suivants des autopsies, montrera la nature et le motif des crimes de M..., à un point de vue qui ne les fera pas paraître aussi mystérieux qu'on l'a dit.

Première victime. — Le !•' décembre 1887, un

CRIMINKLS-TYPBS 187

cadavre de femme inconniie est trouvé mutilé à Whitechapel.

Deuxième victime. — Le 7 août 1888, on trouve dans le même quartier une femme frappée de 39 coups de couteau.

Troisième victime. — Trouvée vers quatre heures du matin le 31 août 1888, étendue de toute sa longueur sur le dos, les vêtements en désordre, avec une blessure à la gorge et le ventre ouvert ; il existe une mare de sang à Tendroit où le cou a porté.

Voici ce que dit le médecin : « Les membres inférieurs sont étendus; le cou présente des blessures graves, les mains et les poignets sont froids ; très peu de sang autour du cou, il n'y a pas de signes de lutte et la forme des taches de sang n'indique pas que le corps ait été traîné. L'abdomen a été frappé de larges coups de couteau ; cinq dents manquent; légère déchirure de la langue; des contusions situées au niveau de la partie inférieure de la mâchoire et du côté droit de la face ont pu être faites par un coup de poing ou par la pression du pouce. Il existe sur le côté gauche de la face une contusion circulaire qui a pu être faite par la pression des doigts. Sur le côté gauche du cou, à un pouce environ au-dessous de la mâchoire, il y avait une incision de quatre pouces environ de long, qui partait d'un point situé immédiatement audessous de Toreilie. Du même côté, mais à un pouce au-dessous et à environ un pouce en avant commence une incision circulaire qui se termine à environ trois pouces au-dessous du côté droit de la mâchoire et qui a divisé

tous les tissus jusqu'à là colonne vertébrale ; elle a environ huit pouces de lon^, les gros vaisseaux du cou sont divisés de chaque côté.

Ces coupures ont dû être faites par un couteau à longue lame, modérément aigu et manié avec une grande force. Il n'y avait pas de sang sur la partie antérieure de la poitrine ni sur la partie correspondante des vêtements. On ne trouve sur le corps aucune autre lésion jusqu'à la partie inférieure de l'abdomen. Là, à deux ou trois pouces en dedans du côté gauche, il existe une blessure très profonde, dont le trajet est déchiquetée; les tissus ont été coupés en travers ; il y a plusieurs incisions qui traversent l'abdomen et trois ou quatre autres incisions semblables dirigées en bas et à droite, toutes faites par un couteau et avec une grande violence. Les blessures étaient dirigées de gauche à droite et ont pu être faites par un gaucher ; toutes proviennent du même instrument. Il ne manque aucun organe ; il n'y a pas d'ecchymoses sur les bras. Les blessures ont pu être faites pendant que le meurtrier était sur le corps. La victime était connue pour être très portée à la boisson, elle était séparée de son mari. »

Quatrième victime. — Un autre corps de femme a été trouvé dans une cour du même qnartier le matin du samedi 8 septembre 1888. La tête était presque séparée du reste du corps, les intestins étaient complètement sortis de Tabdomen ; la victime reposait sur le dos, les vêtements en désordre, un mouchoir enroulé autour du cou comme pour le retenir; il y a des taches de sang sur le mur de la maison et tout autour du corps ; une ou plusieurs

CRiMIÎfELS-TYPBS 189

bagues paraissent avoir été arrachées du médius de la main gauche, on sait qu'elle avait trois bagues en cuivre. Pas de trace d'alcool dans l'estomac. Deux dents manquent ; large contusion sur le côté droit de la tète et sur la face ; on y distingue des empreintes de doigts. Les vêtements ne sont pas déchirés ; la jaquette extérieure est tachée de sang en dehors et en dedans au niveau du cou ; il y a également du sang sur le mur postérieur de la maison, à la tête de la victime et à trois ou quatre pieds du sol. La jupe noire est aussi tachée légèrement dans le dos ; il n'y a rien à la partie inférieure des vêtements, mais les bas sont tachés ; les bottines sont aux pieds .

Les jambes sont relevées, la face gonflée, la langue projetée entre les incisives, mais ne dépassant pas les lèvres. Il y a sur le cou des plaies circulaires et dentelées faites à partir du côté gauche ; il y en avait deux parallèles et distantes entre elles d'un demi-pouce environ. La partie inférieure du corps présente des mutilations considérables qui ont intéressé l'estomac ; il manquait quelques parties des organes abdominaux qui en avaient été extraits.

Le gonflement de la face et la saillie de la langue constituent des signes de suflbcatiorî : les contusions du menton et de la mâchoire étaient récentes. Le corps était mutilé au point qu'une description de ces lésions serait impossible; on peut seulement dire qu'il l'avait été d'une manière délibérée, au moyen d'une arme longue de cinq à six pouces, et avec des connaissances anatomiques. L'utérus et les organes enlevés de l'abdomen l'avaient été par quelqu'un qui savait où les trouver ; il n'y avait pas d'incisions inutiles. »

190 RORMRS GRâVBS 08 LA CRIMINALITÉ

Cinquième victime. — Elle a été trouvée assassinée dans one cour voisine de celle du cas précédent le dimanche matin, 30 septembre 1888, les vêtements fripés, les jambes repliées, la trachée artère ouverte, les boutons des vêtements non défaits. Le cadavre est couché sur le côté, appuyé sur le bras gauche, le bras droit sur la poitrine ; il y a près de la gorge du sang coagulé. Le menton est chaud, il s'écoule encore du sang de cette blessure, le cou et la poitrine sont encore assez chauds, les jambes et la face le sont à peine, les mains sont froides. La main droite est tachée de sang en dedans et en dehors, la main gauche appuyée sur le sol tient un petit paquet de cachou enveloppé dans du papier Joseph ; la face est calme, la bouche entr'ouverte. L'incision du cou commence au côté gauche à deux pouces et demi au-dessous de l'angle de la mâchoire et presque sur son prolongement direct, elle a presque sectionné les gros vaisseaux du côté gauche, a coupé complètement en deux la trachée et s'est terminée du côté opposé à un pouce et demi audessous de l'angle de la mâchoire et presque sur son prolongement direct. L'hémorragie qui s'est prolongée jusqu'à la mort a été relativement lente, parce que la section n'avait porté que sur les vaisseaux d'un côté. La robe n^était pas défaite, même en haut. La main gauche et le côto correspondant de la face sont tachés de boue, Tincision du cou avait six pouces de long.

Un médecin dit : « Je crois que l'incision a été faite de gauche à droite. La main droite de la victime était couverte de sang. Elle devait être encore en vie une heure auparavant ; deux secondes ont suffi pour qu'elle reçût cette blessure. Une partie du cachou qu'elle tenait s'est

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répandu dans le ruisseau. Le meurtrier n'a pas dû nécessairement être taché de sang, car le flot de Thémorragie a été dirigé loin de lui. Il n'y avait du sang que sur le côté gauche du corps. La femme devait être à terre quand elle a été blessée. Les organes abdominaux ont été enlevés avec une certaine connaissance de leur situation exacte et de la manière d'en faire l'ablation ; aucun usage professionnel n'explique ces manœuvres ; il fallait plus d'habileté pour enlever le rein gauche. L'assassin a dû avoir du temps devant lui, sans quoi il n'aurait pas fait des entailles aux paupières; il lui a fallu au moins cinq minutes pour commettre ce crime ; je ne puis assigner une raison à l'ablation des organes hors du corps. On ne doit pas s'attendre à trouver beaucoup de sang sur la personne du meurtrier ; la mutilation n'a pas dû exiger beaucoup de violence ; elle a été faite simplement pour empêcher l'identification. »

Sixième victime. — Un autre meurtre a été commis le 30 septembre 1888. Le médecin -expert dit : « Il était plus de deux heures, le corps était sur le dos, la tête tournée vers l'épaule gauche, les bras sur les côtés, les vêtements relevés, la face très défigurée, la jambe gauche écartée, la jambe droite repliée sur la cuisse et sur le genou ; la partie supérieure de la robe avait été arrachée dans une petite étendue; l'abdomen était découvert, et tous les intestins étaient au dehors et placés sur Tépaule droite: il y en avait un morceau complètement détaché entre le tronc et le bras gauche. Le lobule de l'oreille droite était coupé obliquement dans son épaisseur ; aucune marque de sang au-dessous delà moitié du corps.

Le cadavre n'était certainement là que depuis . quelques minutes, trente ou quarante ; la face était très mutilée, la gorge coupée transversalement dans une étendue de six ou sept pouces environ ; pas d'ecchymose dans le cuir chevelu. Le muscle sterno-cléido mastoïdien était divisé; le cartilage cricoïde était sectionné à sa partie moyenne au-dessous des cordes vocales. Les gros vaisseaux du côté gauche du cou étaient coupés jusqu'à Tos, car le couteau avait laissé une marque sur un cartilage vertébral ; la veine jugulaire interne avait été ouverte dans Tétendue d'un pouce et demi.

Les mutilations ont été faites après la mort ; les parois abdominales ont été ouvertes par une incision partant du sein, sans que la paroi ait été dépassée au-dessus du sternum ; on avait ensuite divisé le cartilage cunéiforme dont la section démontrait comment la plaie avait été faite : le couteau avait été tenu la pointe à droite et le manche à gauche, manié obliquement. Le foie avait été intéressé; son lobe gauche portait aussi une autre coupure verticale. Les parois abdominales étaient divisées sur la ligne médiane jusqu'à un quart de pouce de l'ombilic ; à ce niveau l'incision prenait une direction horizontale vers le côté droit pendant deux pouces et demi, divisant l'ombilic à gauche en en faisant le tour, et faisait une incision parallèle à Tincision horizontale précédente en laissant l'ombilic sur une languette de peau, relié à deux pouces et demi de la partie inférieure du muscle droit du côté gauche; de ce point l'incision prenait une direction oblique à droite; il y avait dans le pli de l'aine gauche une blessure d'un pouce environ qui ne pénétrait la peau que superficiellement. Au-dessous, une autre incision de

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trois pouces traversait tous les tissus et blessait le péritoine dans la même étendue. Il n'y avait pas eu d'hémorragie appréciable ; la blessure de l'abdomen a été faite après la mort, de sorte qu'il ne faut pas compter trouver du sang sur les mains du meurtrier. »

Septième victime. — Trouvée en octobre 1888.

M. T. B. dit : « Mardi dernier j'ai vu le tronc décomposé d'une femme, qu'on avait trouvé dans une voûte sombre ; la tète avait été séparée du tronc au niveau delà sixième vertèbre cervicale, qui était sciée en travers. La partie inférieure du corps et le bassin avaient été enlevés et la quatrième vertèbre lombaire sectionnée comme celle du cou par de longues incisions courbes ; les bras avaient été détachés aux articulations des épaules par plusieurs incisions faites au-dessous du larynx. Il n'y a pas de sang dans le cœur, de sorte que la femme n'est morte ni de suffocation, ni de submersion; l'intestin grêle était en place, mais la partie inférieure du gros intestin et tout le contenu du bassin avait été enlevé. La date de la mort calculée d'après la décomposition à l'air libre remonte probablement à six ou huit semaines avant la découverte du corps ; les incisions ont probablement été faites après la mort.

M. C. A. A. dit : « Les six ou huit incisions en question ont évidemment été faites avec un couteau très aiguisé par quelqu'un qui savait ce qu'il faisait, mais non par un anatomiste. »

Les médecins disent : ce II n'y avait pas de poison dans l'estomac ; les blessures ont été faites par une personne d'une grande habileté anatomique; nous croyons que

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l'assassin n'avait aucun dessein sur un organe spécial du corps. »

Huitième victime. — Trouvée le 9 novembre 1888, couchée sur le dos entièrement nue sur un lit de sa chambre.

ce La gorge a été coupée d'une oreille à l'autre par une incision dirigée en bas sur la colonne vertébrale ; le nez et les oreilles ont été détachés ; les seins ont été sectionnés nettement et placés sur une table à côté du lit ; l'estomac et Tabdomen ont été ouverts, la face a été tailladée au point d'empêcher qu'on ne la reconnaisse; les reins et le cœur ont aussi été enlevés et placés sur la table à côté des seins; le foie a été aussi détaché et placé sur la cuisse gauche ; la partie inférieure du corps et l'utérus ont été sectionnés et ces organes n'ont pas été retrouvés ; la section a porté jusque sur les cuisses. Les vêtements se trouvaient déposés d'une manière ordinaire à côté du lit. Il n*y avait pas d'apparence de lutte. »

Neuvième victime. — Vers le 1" juin 1889, la partie inférieure du tronc d'une jeune femme bieu constituée fut trouvé dans la Tamise. Ce débris est coupé en deux endroits; il paraît avoir séjourné peu de temps dans Teau. La jambe et la cuisse gauches de cette femme furent trouvées un peu plus tard sur la rive de Surrey. La mort de ce sujet ne remontait pas à plus de 48 heures» et le corps avait été disséqué assez grossièrement par une personne qui avait quelque connaissance des articulations du corps humain.

Un jour plus tard on trouva la partie supérieure du

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tronc de cette femme ; la cavité thoracique était vide ; la rate, les reins et une portion des intestins adhéraient au tronc, une portion du diaphragme au-dessous des seins et de la paroi thoracique correspondante avait été sectionnée, comme avec une scie, à son centre; les côtes également avaient été sciées. Le lundi 10 juin suivant on trouva un bras et une main droite de femme.

Voici ce que rapportent les médecins au commissaire en chef de la police : « La tête, les poumons, le cœur, les intestins et Tutérus font défaut; on dirait qu'une bague a été arrachée de force de l'annulaire de la main gauche. La victime avait des cheveux châtain clair, des mains et des pieds bien formés, mais les ongles des deux mains étaient coupés ou mordus très court. Aucune marque n'indiquait qu'elle s'occupât de travaux manuels. La victime était enceinte au moment de sa mort, les sections du corps sont semblable à celles des affaires du ponton de Rainham. »

Cette femme était bien connue dans les maisons à nombreux locataires du district de Chelsea; on l'a vue en vie pour la dernière fois le 31 mai 1888; elle vivait au jour le jour.

Dixième victime. — Trouvée le 17 juillet 1889 entre minuit et une heure du matin par un constable dans une ruelle de Whitechapel.

« Du sang coulait d'une blessure à la gorge; l'estomac avait une balafre, ainsi que le reste de l'abdomen, mais ces blessures n'étaient pas profondes. La jupe de la robe et le jupon étaient relevés. »

Le chirurgien divisionnaire dit : <* La faco était encore

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chaude; c'était une pauvre femme d'environ 4Ô ans, d'un beau tempérament avec des cheveux brun foncé; une dent manquait comme à une autre des victimes de cette série. Un des ongles de la main gauche était en partie détaché. Ce meurtre se rapporte aux sept autres meurtres semblables des dernières années. Il n'y avait du sang qu'à l'endroit oii la victime a été tuée. «

Onzième victime. — Le 10 septembre 1889, on trouve sous une voûte de chemin de fer le corps d'une femme, la tête séparée du tronc, les deux jambes manquant; il y a à la partie antérieure de l'estomac des coupures profondes à travers lesquelles les intestins font saillie.

Le médecin dépose : « La mort remonte à trois jours. Il n'y a comme vêtement qu'une chemise très déchirée et tachée de sang et une corde qui devait servir à attacher la taille. Les incisions paraissent avoir été faites par un gaucher. L'état des organes indique que cette femme s'adonnait à la boisson, le cœur est absent; il n'y a sur les doigts aucune marque d'anneau ; les mains présentent un aspect sale et négligé; pas de signes d'accouchement, les jambes sont sectionnées dans des conditions qui indiquent une certaine habileté. Les mains ne sont pas crispées; pas d'indice de lutte avant la mort. L'amputation a dû être faite sur le cadavre. La grande balafre signalée plus haut est la seule mutilation qu'on constate à l'exception de l'ablation d'une petite portion de la partie inférieure du tronc, les doigts étaient longs et effilés . »

Le coroner dépose : « La chemise n'avait pas été déchirée, mais coupée du haut en bas; les ouvertures des bras étaient coupées jusqu'au cou. »

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Le chirurgien assistant divisionnaire dit : '< Le corps était couché sur la face, le bras droit replié sous Tabdomen; pas de mare de sang ni de trace de lutte sous la voûte. La chemise est déchirée en avant et coupée de chaque côté à partir de l'extrémité des ouvertures des bras. Il y avait une blessure longue de quinze pouces le long de la paroi extérieure de l'abdomen; et en outre un certain nombre d'ecchymoses, dont aucune de date ancienne. A la partie externe de l'avant-bras gauche, à trois pouces au-dessus des poignets, il y avait une coupure de deux pouces de long; autre lésion semblable à un demipouce plus bas ; toutes deux ont été faites après la mort . Dans tout le corps les vaisseaux sont vides; tous les organes, excepté la rate et le foie, sont très sains; la mort provient de Thémorragie. Les mutilations post mortem ont été faites avec un couteau aiguisé par quelqu'un d'accoutumé à dépecer ou à voir dépecer les animaux, mais il n'y a pas de raison de supposer des connaissances en anatomie humaine. »

CONCLUSION

Les crimes de M... se distinguent par le fait que la sexualité prend une forme spécialement sanglante et 7neurtriêre, Dans les cas précédents, excepté celui de L..., la mon de la victime était l'exception, tandis qu'ici elle est la règle. Il est probable que M... coupait la gorge de ses victimes, soit parce que cela môme lui donnait de la jouissance, soit parce que cela amenait la mort qui lui permettait de se livrer ultérieurement à des cruautés

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qui lui causaient une jouissance, comme lorsqu'il sectionnait Tabdomen, qu'il manipulait les intestins ou qu'il défigurait ou mutilait les organes sexuels. Une forme encore plus perverse de sexualité nous est démontrée par les confessions de ceux qui ont exhumé des cadavres et leur ont fait subir des outrages semblables.

Dans quelqu»^<cas, M... emportait des organes sexuels, sans doute pour se procurer des jouissances ultérieures, soit en les regardant, soit en s'en servant pour se masturber. Un cas analogue, mentionné par Krafft-Ebing, est celui d'un homme qui donnait souvent des coups de couteau à une petite fille, et qui se procurait une jouissance sexuelle en regardant le couteau sanglant qu'il gardait dans sa chambre pour cela. Nous avons vu que K... regardait férocement son couteau quand il blessait ses victimes.

Il y a peu de raisons pour croire à la folie de M..., quel qu'il soit, car il aurait probablement fait des aveux depuis. L'aliéné en effet n'est pas seulement fier de ses crimes, mais il est beaucoup plus honnête que le criminel et finit généralement par se confesser. I^efait qu'il a aussi évité pendant si longtemps d'être découvert ne plaide pas en faveur de la folie.

Comme dans les cas semblables, les preuves indiquent que le meurtre comporte un plaisir sexuel si puissant que toute répulsion pour la cruauté est contrebalancée, au moins sur le moment, ou bien que cette répulsion est faible par elle-même. L'idée d'une cruauté simple nVxplique pas les plaies de l'abdomen et des organes sexuels ot la soustraction de ces organes. Mais le fait de placer dans un cas l'intestin sur une épaule de la victime

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et celui de couper dans un autre cas les seins et de les mettre sur une table, ces faits, dis-je, indiquent que le meurtrier a eu du temps devant Ipi et a pu désirer rendre son crime aussi horrible que possible simplement pour la publicité. Ce sentiment ne se serait fait jour naturellement qu'après l'apaisement Je l'impulsion sexuelle.

Une raison qui a peut-être empêché M... d'être découvert, c'est qu'il procédait à son œuvre délibérément et n'était pas agité en quittant ses victimes, ce qui n'attirait pas l'attention sur lui; on sait bien, en effet, de par l'expérience de la police, qu'un grand nombre de criminels aident à leur propre découverte en manifestant de l'agitation d'une manière ou d'une autre.

Les éléments de l'information ne nécessitent pas la supposition que le meurtrier avait des connaissances aiiatomiques, mais plutôt que la pratique l'avait peu à peu rendu habile.

Observation Z

Nous présentons ce cas sans être à même de donner les résultats de nos recherches personnelles sur N. .•, car les autorités ne nous ont pas permis de faire ces études. Nous avons été obligé de nous baser sur les rapports d'autrui, mais n'avons pas de raison, à ce point de vue, de douter de l'exactitude de ces faits.

La victime était une femme touchant à la vieillesse, fréquentant les mauvais lieux, ivrogne et probablement

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adonnée aux rapports sexuels contre nature. Il semble qu'elle n'était pas étrangère au meurtrier.

Autopsie. — Les résultats de Tautopsie ont montré une blessure pénétrant dans le côté gauche de la cavité abdominale ; les muscles étaient en ce point déchirés et tiraillés comme par un instrument contondant. La plaie avait 241 millimètres de long ; elle partait en bas du point le plus bas du pli de Taineet pénétrait en haut dans la cavité abdominale avec issue des intestins. A droite, on trouvait une plaie par instrument piquant, longue de 38 millimètres, intéressant les parties molles à droite de Textrémité inférieure de la première blessure. Le mésentère était ouvert sur une longueur de 406 millimètres. A la partie postérieure de la hanche, il j avait deux plaies formant entre elles la lettre X ; une des jambes de cette lettre, dirigée à droite et horizontalement, passait audessus du sacrum à 50 millimètres à droite de la ligne médiane ; elle avait 272 millimètres de long et la forme d'un croissant. La partie postérieure du corps porte plusieurs plaies si rapprochées entre elles qu'elles semblent n'en faire qu'une. Si on les considère comme une seule blessure, on trouve qu'elle commence dans les parties molles au-dessous de Taine, traverse le péritoine, passe à droite du rectum et se termine à 25 millimètres au-dessus et à droite du coccyx, sur une longueur de 171 millimètres et une profondeur de 1 15. L'instrument a passé dans la cavité pelvienne en arrière du péritoine et a traversé les muscles fessiers. Il y avait aussi deux plaies superficielles qui partaient du coccyx , traversaient les muscles entre les cuisses et finissaient dans les parties molles de l'aine, en formant aussi la lettre X.

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Une blessure superficielle de la cuisse gauche commençait au niveau de Tombilic et s'étendait en bas vers la cuisse à une distance de 381 millimètres. Une autre plaie superficielle commençait au môme point et suivait en bas la même direction sur une étendue de 127 millimètres, en formant avec la blessure précédente la lettre X renversée; elle est à une distance de 177 millimètres de la plaie la plus basse et ne consiste presque qu'en une abrasion de la peau. Il y avait deux autres blessures superficielles du côté de Tabdomen, partant de Taine, longues, la plus extérieure de 228 et l'autre de 216 millimètres ; pas de signes de contusions.

L'examen du cou démontre que le meurtrier a étranglé la victime jusqu'à ce que l'os hyoïde ait été comprimé au point de rompre ses vaisseaux et de donner lieu à une hémorragie. Les poumons ont été aussi trouvés congestionnés. Il y avait une légère coupure sur une des oreilles ; le cœur était normal et bien conservé ; le foie et les reins indiquaient l'alcoolisme.

Deux portions des intestins avaient été détachées ; il en était de môme de l'ovaire gauche qui fut retrouvé sur le lit. Il ne manquait aucune partie du corps ; on retrouva celles qui étaient détachées au milieu du sang dont le lit était souillé.

Ces blessures paraissent avoir été faites après ou pendant la strangulation ; elles n'indiquent aucune habileté de la part du meurtrier. Il y avait dans la chambre où le crime a été commis des marques de doigts sanglants sur le bord de la porte et des empreintes de pieds sanglants à côté du lit.

Histoire et psychologie de N... avant le procès. — N... fut arrêté moins de 24 heures après le crime. L'inspecteur dit : « N... est un homme d'habitudes perverties avec les femmes ; on disait que la victime était sa fille (?). Plusieurs fois il avait battu et mordu les filles avec lesquelles il allait et même leur prenait leur argent. Il avait fréquemment logé avec elles dans Tétage supérieur de rhôtel où le njeurtre a été commis et y avait occasionné du tapage. 11 nia d'abord connaître la victime, et, mis en présence d'une autre femme et de son compagnon, dit aussi qu'il ne les connaissait pas, bien que nous sachions qu'il avait été intime avec eux. Un moment, il prétendit qu'il n'avait pas été dans l'hôtel en question la nuit du crime et nous donna une autre adresse où il aurait été ; nous reconnûmes que c'était faux et finalement il avoua qu'il avait couché dans l'hôtel. Nous l'avons mis en présence d'une personne qui lui fit avouer qu'il avait donné 25 pences pour une chambre la nuit en question. Nous avons appris qu'il était sorti d'un pénitencier après un se jour d'un mois pour vagabondage. Il donna une explication du sang qu'il avait sur lui ; inais l'examen de ses déclarations démontra que c'était un mensonge comme le reste. L'instrument qui a servi pour le meurtre est un couteau de table commun et ébréché. Il est certain que quelqu'un qui aurait prémédité le crime n'aurait pas pris cette arme pour le commettre.

N... fut traduit devant le jury et plaida non coupable (non guilty) pour l'accusation de meurtre. Il refusa de parler autrement que dans un dialecte consistant en un mélange de français et d'arabe.

N... est très grand; bien que légèrement courbé, il a

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plus de 1828 mill. (6 pieds) de taille; il parait avoir plus de quarante ans, est pauvrement habillé, sa physionomie a quelque chose d'une caricature. Les pommettes sont extrêmement saillantes , il a de petits yeux de furet miclos, le front bas, la peau jaune, la mâchoire épaisse, et ne fait pas l'eflfet d'être très intelligent. Il rappelle les algériens grands à épaules un peu voûtées. Il avait la réputation d'être violent et avait bu la nuit du meurtre ; il a aussi la réputation d'une sorte d'escroc, qui fréquente les femmes de basse qualité et vole avec elles.

Quand N... fut déshabillé au bureau de police, on trouva qu'au-dessous de son manteau extérieur il n'avait qu'une chemise de mérinos grossier présentant des taches de sang à la taille. Il en avait aussi à un poignet, une autre à l'épaule gauche paraissant faite par la pression d'une main sanglante, d'autres sous les ongles des doigts et enân d'autres à ses chaussettes. Les taches de ce vêtement étaient larges à la taille; elles persistèrent au poignet quand on essaya de les laver à l'eau.

Quand on l'interrogea, il prétendit qu'il ne pouvait pas parler anglais, mais il le ût plus tard. Un sherifï dit que tandis qu'il était dans sa prison, N... s'était querellé avec un de ses compagnons, avait levé un couteau sur lui et essayé de l'en frapper ; quand il avait été conduit dans cette prison, il portait un bras enécharpe.

Arrêté une autre fois, il avait également un bras en écharpe et entouré d'attelles, mais il s'enfuit lorsque le chirurgien vint Texaminer, et on trouva qu'il n'avait pas de blessure.

N... a les bras longs et musculeux; il porte des tatouages bleus ; l'un représente une croix et un croissant au-

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dessous ; sur un bras il porte le portrait éclatant d'une femme avec le nom de Fa^/ria et au-dessous le profil d'un homme coiffé d'un bonnet turc et vêtu d'un costume militaire ; aux mains il porte à l'angle du pouce gauche un papillon volant dans la direction du poignet, sur le pouce droit une flèche dirigée vers l'ongle ; en dedans du pouce une ancre et un aigle au-dessous. Il avait déclaré auparavant qu'il avait servi dans les troupes algériennes. Quand on lui demanda la signification de la croix et du croissant, il répondit avec une voix très gutturale qu'il ne parlait pas bien l'anglais. Ses mains ressemblaient à des griffes d'oiseaux : il avait les pieds larges et les entrechoquaient un peu en marchant.

Ses avocats semblent avoir eu de la peine à le comprendre quand il parlait son mélange de français et d'arabe. Quand son défenseur le questionna sur ce qu'il avait fait la nuit du crime, il se leva, secoua la table et leva la main ouverte ; alors il frappa ses deux mains l'une contre l'autre, dit plusieurs fois avec force le moi police et se mit à parler en jargon.

Voici, d'après ce qu'il dit, sa vie : il est né en Algérie et parait avoir passé plusieurs années dans les troupes françaises qui y sont en garnison permanente. A sa libération, il a fait trois ou quatre traversées comme marin sur les vaisseaux qui font le trafic des fruits entre l'Afrique et le Brésil ; jamais il n'a été à Paris ni à Londres. La dernière fois qu'il est allé au Brésil, il avait eu l'occasion de payer son passage en travaillant sur un vaisseau chargé de fruits ; ayant entendu dire qu'il était facile de trouver à vivre dans l'Amérique du Nord, il y vint, et à son arrivée fit toute espèce de travail qu'il trouvait ou mendiait.

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Il reconnut qu'il avait passé la nuit dans Thôtel où le meurtre avait été commis, ayant mendié une somme suffisante pour payer sa chambre, mais insista sur sa non culpabilité. Il travaillait dans les quais de débarquement, et avait la réputation d'un homme d'habitudes dissolues, sans courage et sans force de caractère. Un patron qui Ta employé dit : « Il ne faisait rien d'extraordinaire, c'était un chien régulier : on pouvait aller à lui et le frapper au (

visage, il se détournait et s'enfuyait. » L'homme répondait -l^-jr^y à la description de Jack l'embrasseur {Jack the ICisserj^ \^\ \ qui terrorisait les femmes en les saisissant dans la rue la ' \ nuit et en les serrant dans ses bras.

Conduite de Vaccusé et témoignages pendant le procès. — Un expert vint attester que le sang que N... portait sur lui était mélangé du contenu de l'intestin grêle.

L'accusé déclara qu'il était Arabe, de la tribu des Beni- Aïcha, qu'il avait servi dans l'armée française, avait reçu une blessure à la jambe, et qu'après sa libération il était venu à Para et de là aux Etats-Unis. Lorsqu'on lui demanda s'il avait tué la victime, il fut pris d'une sorte d'accès de déclamation sauvage, secouant la tête, levant les mains et criant vers le ciel : « Je suis innocent, je n'ai jamais tué aucune femme, j'implore Dieu pour qu'il vienne à mon secours. » Il dit qu'il ne connaissait pas la victime, mais convint qu'il avait dormi dans l'hôtel. Il ne savait pas où était sa femme. Quand on lui demanda son âge et combien de temps il avait vécu en Amérique, il dit à plusieurs reprises : « Je suis Arabe et nous ne comptons pas le temps. » 11 affirma d'abord qu'il ne pouvait pas dire le mot basement mais plus tard le dit très bien.

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Lorsque le jury revint avec son verdict, N... parut effrayé ; il avait marmotté des prières pendant que le jury délibérait, et semblait avoir l'idée que, s'il était condamné, il serait exécuté immédiatement. Lorsqu'on lui annonça qu'il était condamné pour un meurtre au second degré et qu'il comprit qu'il serait emprisonné pour le reste de sa vie, il ne fit aucune démonstration, si ce n*est qu'en retournant à sa cellule il leva les mains en criant : Je suis innocent ! »

L'inspecteur qui avait eu à s'occuper de cette affaire dit qu'il aurait été difficile au jury de rendre un autre verdict à cause de l'absence de preuves de préméditation. N... avait essayé de se faire rendre l'argent qu'il avait donné à cette femme, et, comme elle refusait, il l'étrangla jusqu'à ce qu'elle mourût et la mutila ensuite. Les empreintes qu'elle portait au cou avaient nettement été faites par les ongles allongés d'une main d'homme.

Des témoins ont affirmé le mélange des matières intestinales avec les taches de sang du matelas sur lequel la victime était couchée, ainsi que sur la chemise, les chaussettes et les ongles des doigts de N...

Toutes les femmes citées comme témoins contredirent directement les déclarations de N...; aucun témoin ne vint confirmer la version mise en avant par l'accusé pour expliquer le sang qu'il portait sur lui. Comme théorie du motif qui Tavait fait agir, on crut que lorsque N... se vit refuser l'argent qu'il avait donné à sa victime, il entra en fureur et Tétrangla, et la circonstance qu'on mentionna à l'appui de cette manière de voir fut que les poches de la victime étaient retournées et qu'on n'y trouva qu'un centime.

Le jury eut l'impression que les déclarations de N. . . manquaient totalement de véracité.

CONCLUSION

Bien qu'il ne soit pas scientifiquement démontré que N... fût le meurtrier, nous sommes autorisés à croire à cette certitude au point de vue pratique et moral.

Les données suivantes tendent à réfuter la supposition que N... fut la même personne que M... N... a laissé son couteau sur place ; il est problable qu'il a agi sous l'influence d'un désir d'argent; il n'a pas coupé la gorge de sa victime, mais Ta étranglée. Cette victime était beaucoup plus âgée que celles de M... N... était probablement à New- York quand M... a commis son dernier crime à Londres. En somme, les procédés employés par N... sont très grossiers comparés à ceux de M...

Eu égard à la notoriété des cas de M..., il ne serait pas extraordinaire que des faits semblables se soient produits par la contagion de l'imitation ; car ce sont justement les faibles et les débauchés qui sont incapables de résister ou portés à ces manières de satisfaire leurs propensions morbitles. On explique aisément la similitude des brutalités par le pouvoir de l'imitation sur les systèmes nerveux prédisposés .

Pour la question de l'impulsion sexuelle, les blessures de la victime donnent les mêmes indices. Comme dans les cas de M..., une des plaies avait la forme d'un croissant, Les plaies de l'abdomen, au voisinage des parties sexuelles.

208 FORMES GBAVBS DB LA CRIMINALITE

et Tablation de portions des intestins et d'un ovaire sont semblables aux actes de M...

Il est possible que le point de départ du meurtre ait été une question d'argent, mais la nature des blessures faites après la mort suggère Tidée que l'impulsion sexuelle était dominante. Lie caractère de N.. . et sa réputation au point de vue des habitudes vicieuses sont confirmatives de cette supposition, mais cela n'exclut pas l'instinct de cruauté comme impulsion secondaire ou coexistante.

La fille de joie tatouée sur le bras de N... indique la sexualité erotique. D'après A. Kocher, les* Arabes qui ont été dans l'armée ou en prison ont des symboles de femmes tatoués ; mais cela est généralement regardé comme un déshonneur. Les prostituées arabes ont aussi un symbole de croix tatoué sur la joue ou sur le bras. Il est intéressant, au point de vue physiologique, d'obèrver que deux des blessures de la victime avaient la forme d'une croix, et une troisième la forme d'un croissant, symboles tatoués sur le meurtrier. Cela peut être un raffinement de cruauté sexuelle par une association d'idées et par l'imitation.

Préface de traducteur I

Introduction 1

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